Category: musée

  • Une archéologie des premiers sites web de musées en France

    Une archéologie des premiers sites web de musées en France

    Voici un article écrit avec Omer Pesquer, initialement paru dans le numéro 4 de la revue Nichons-nous dans l’internet à l’automne 2015, sous le titre “Les musées à la pointe des NTIC”.

    En juillet 1995, quelques mois après l’arrivée des modems 28.8 Kbps en France, le site du musée du Louvre est inauguré. Contrairement au cliché qui les décrit comme systématiquement en retard sur les avancées technologiques, les institutions culturelles françaises s’emparent très rapidement de cet outil. Dans la seconde partie des années 1990, le Web connaît d’importantes améliorations techniques qui vont permettre son développement et sa diffusion auprès d’un public de plus en plus conséquent. L’évolution des sites web de musées va suivre et accompagner les débuts d’Internet à mesure que le HTML se complexifie, que la vitesse de chargement augmente et que le prix de connexion baisse.

    Pourtant, l’adoption du Web au sein des institutions culturelles ne se fait pas sans heurt : à quel service doit-on confier ce nouvel outil ? Comment il doit être alimenté ? Ces questions se posent avec d’autant plus d’acuité que, dès ses premières années dans les musées, le Web, par essence transversal, relève tout autant de la communication institutionnelle que du service aux visiteurs et bientôt même, de la médiation culturelle.

    À la pointe des NTIC

    Avant l’arrivée du Web, les ordinateurs, présents dans les musées depuis le début des années 1980, sont parfois utilisés comme des bases de données locales. Ainsi en 1989, le Musée Dauphinois à Grenoble, installe des postes en accès libre à l’occasion de l’exposition « Quelle mémoire pour demain ? ». Les visiteurs peuvent y consulter une base de données iconographiques en relation avec l’expo. Outre les ordinateurs personnels, les Nouvelles technologies de l’information et la communication (NTIC) rassemblent de nombreux outils, qu’il s’agisse des bornes interactives, du vidéodisque ou encore du Minitel. Dans les années 1990 d’ailleurs, les musées se déploient sur la boîte marron – à l’époque fleuron de l’industrie française des télécoms – avec notamment 3615 Picasso ou 3615 Louvre. La base Joconde, catalogue collectif du patrimoine national, mis en place la Direction des musées de France en 1975, est accessible sur Minitel dès 1992, puis sur le Web à partir de 1995 (1). Déjà à l’époque, elle se veut plus qu’une simple base de photographies et donne accès à notices détaillées. Le nombre d’objets disposant d’une notice numérique ira croissant au fil des années jusqu’à l’exhaustivité.

    Plus visuels que les bases de données consultables sur Minitel, plus puissants que les sites web de l’époque, les cédéroms donnent aux visiteurs un accès à des contenus éditorialisés, consultables sur leurs propres ordinateurs. C’est pour conquérir un public plus vaste que les musées se tournent vers ce support, si bien que « la France est le leader incontesté des producteurs de cédéroms de la Francophonie » (2). En 1994, le musée du Louvre se lance avec Montparnasse Multimedia (3) pour Le Louvre, peinture et palais. D’autres suivront, qu’ils soient généralistes comme le musée d’Orsay (1996), ou thématiques comme Arman, collectionneur d’Art (1996) et Angkor Cité royale (1997), deux coproductions de la RMN. En 2001, dans son ouvrage Le musée virtuel, le muséologue et philosophe Bernard Deloche s’engage : « Le CD-ROM n’a pas pour tâche de décrire le musée (…) mais de le remplacer. » La promesse est ambitieuse : il ne s’agit pas pour ces outils de paraphraser leur équivalent physique, mais véritablement d’en proposer une alternative. Certains, comme celui musée d’Orsay, proposent des photos panoramiques qui fondent les prémices du Google Art Project : « La technologie Quick Time VR pour vous permettre d’arpenter les salles du musée… comme si vous y étiez. » (4).

    Il y a bientôt 20 ans qu’on peut visiter un musée dans un environnement 3D qui reconstitue le bâtiment, un usage qui s’imposera sous la forme des visites virtuelles, comme celle proposée par le Musée du Louvre en 2000.

    Les premiers sites web de musée sont accueillis avec une certaine défiance par les agents des musées. Mais pourquoi devrait-on favoriser ce support plutôt qu’un autre. Cette interrogation est plus large et concerne l’ensemble du pays : avant 1997, le nombre de foyers français connectés à Internet reste inférieur à 100 000, contre 7,6 millions de terminaux permettant de consulter le Minitel ou autres services télématiques. En septembre 1997, le premier ministre Lionel Jospin réclame pourtant une « migration du Minitel vers Internet » (5). Paradoxalement, les musées sont donc à la fois à la pointe de l’adoption de ces outils mais en interne, les avis sont partagés sur l’usage du Web et ses applications potentielles. « Après tout, n’a-t-on pas déjà identifié la vraie nature de ces millions d’adeptes de la souris : on dit d’eux qu’ils sont des net-surfers, entendant par là que ce sont pas des gens qui vont au fond des choses… », conclut Paul Carpentier, alors directeur de l’accès aux collections et à l’information au Musée canadien des Civilisations, en octobre 1996 lors d’un colloque franco-québécois à Montréal (6).

    Bienvenue dans le World Wide Web

    En 1996, la page d’accueil du ministère de la culture est parfaitement symbolique des débuts du Web de la culture et du Web, tout court. Un menu clairement découpé dans un tableau, une animation en .gif du logo de l’institution (qui, à sa conception, n’a pas été pensé pour se mouvoir), un motif qui se répète à l’infini en image de fond, les liens cliquables en typo Times gras, bleue et soulignée, les badges des prix reçus. En ligne depuis 1er juillet 1994, le site du ministère est le point central du Web culturel français. Il héberge de nombreux autres sites dont ceux du Musée du Louvre, du Musée national des Arts et Traditions populaires (ancêtre du MuCEM) ou du Musée Goupil à Bordeaux. Il propose également un guide de l’Internet culturel permettant de trouver des ressources. Cybermusée ou musée cybernétique sont parfois utilisés pour décrire les extensions en ligne des institutions culturelles. Au milieu des années 1990, le site du Ministère intègre ainsi une cybergalerie, dont le but est de présenter des expositions uniquement visibles en ligne. Expérience qui tournera court, puisque l’espace ne proposera que deux expositions, dont l’une est une création multimédia de Jean-Michel Jarre s’appuyant sur des plug-ins spécifiques.

    À la fin des années 1990, la bataille des navigateurs fait rage entre Internet Explorer et Netscape, et nombreux sont les sites web à suggérer l’un ou l’autre de ces acteurs à leurs visiteurs. Les liens URL permettant de télécharger les deux navigateurs sont intégrés. Au-delà de choix purement technologique, l’expérience proposés au visiteur est déjà centrale. En avril 1998, les actes du colloque « Dispositifs et médiation des savoirs » indiquent : « Ce qui est en train de se jouer, c’est le passage d’une conception de la connaissance comme contenus à une autre, qui la voit comme l’expérience faite d’environnements aménagés, de dispositifs. » (7). En ligne, l’expérience souhaitée est toutefois encore fortement contrainte par l’avancement des technologies et par leur démocratisation. Limiter le temps de chargement est ainsi un enjeu primordial, car le temps de connexion est précieux. C’est pourquoi les sites se doivent d’être efficaces et légers. Souvent, le graphisme et l’ergonomie s’en ressentent, mais certains sites s’en sortent très honnêtement, comme le site du musée Rodin en 1996, par exemple.

    Aujourd’hui, en terme de visites, le Web prend le pas sur les visites in situ dans certaines grandes institutions à la portée internationale, comme le Metropolitan Museum de New York ou le British Museum de Londres. Compter les visiteurs a toujours été une mission des musées, et Internet n’y échappe pas. Les sites de musées ne font pas exception et présentent les compteurs de visite traditionnels du Web vernaculaire des années 1990, comme pouvaient le voir en 1996 les visiteurs du site du Carré d’Art de Nîmes.

    Le casse-tête de l’organigramme

    À ses débuts, le Web dans les musées est une affaire technique avant tout. Lorsque les musées commencent à s’intéresser à Internet et envisagent d’avoir leurs propres sites, c’est souvent un technicien du service informatique s’en charge. Lorsque la question du contenu éditorial émerge, ils se tournent ensuite vers les métiers de la communication, de la production voire des publics. Mais à l’époque, Internet est encore majoritairement utilisé par ceux qui le conçoivent : des ingénieurs et des chercheurs, familiers avec l’informatique et le jargon technique, qu’ils n’hésitent pas à réutiliser. La page d’accueil du musée du Louvre en 1997 parle ainsi de « serveur », et celui du Muséum national d’Histoire naturelle précise même « serveur WWW ».

    La plupart des musées, relevant directement du ministère de la culture ou de collectivités territoriales, restent largement tributaires de leur tutelle pour l’accès aux réseaux, la maintenance et l’entretien des équipements, ce qui ne facilite pas toujours la souplesse. Seuls les grands établissements publics, comme Versailles ou le Centre Pompidou, sont autonomes quant à leurs installations hardware comme software, compte-tenu de leur statut juridique. En revanche, depuis à l’arrivée des CMS (Content management system), même les plus petites structures sont autonomes sur l’administration de leurs contenus éditoriaux.

    Et les visiteurs dans tout cela ?

    Dès leurs débuts, les sites de musées ont plusieurs fonctions : vitrine institutionnelle des établissements, ils sont aussi des outils d’information et ouvrent sur la médiation culturelle. En 1997, le ministère de la culture demande à chacun d’indiquer leur « nom dans la vie réelle » dans un formulaire donnant la parole aux visiteurs. Figure notable des musées, le Livre d’Or est aussi un incontournable du Web vernaculaire des années 1990. A la sortie d’une exposition, le cahier, souvent laissé proche de la sortie, permet aux visiteurs d’inscrire un avis, poser une question, exprimer un regret ou encore de dessiner un zizi. C’est donc naturel pour les institutions patrimoniales de reproduire cette habitude en ligne. La possibilité pour n’importe quel utilisateur de contacter un musée directement, rapidement et sans autre intermédiaire que la machine constitue déjà une évolution remarquable dans la relation entre les publics et l’institution, la rendant plus immédiate, plus proche. Aujourd’hui, elle trouve son prolongement dans la présence et la réactivité des musées sur les réseaux sociaux, face à des visiteurs qui ont intégré ces outils dans leurs pratiques numériques quotidiennes.

    Mais recueillir un commentaire n’est possible qu’une fois la visite effectuée. Aussi, pour l’organiser, les sites deviennent également des supports de la diffusion d’informations pratiques. Un plan permettant de se repérer dans le vaste Hôtel des Invalides est par exemple disponible dès 1998 sur le site du Musée de l’Armée (8). En rendant l’exploration des collections ludique et plus vivante qu’une simple consultation de notices, les musées ouvrent la voie vers des dispositifs de médiation en ligne associant davantage les publics. Et l’utilisation ne s’est pas démentie, puisqu’en 2012, 35 % des Français déclarent avoir utilisé Internet pour la préparation d’une visite au musée (9), et ce chiffre risque fort de continuer à croître avec les usages mobiles.

    Les musées n’ont pas attendu l’arrivée des géants du numérique pour proposer des dispositifs innovants qui complètent et prolongent la visite.

    Accès à distance aux bases de données, livre d’or électronique ou visite virtuelle dans un univers en 3D existaient dès le milieu des années 1990. Globalement, tout est déjà là : le site web comme outil de communication institutionnelle et comme support de diffusion des informations pratiques, mais aussi les prémices d’une médiation culturelle participative à travers l’appropriation des bases de données. Ces vingt dernières années, les sites des musées se sont développés dans le prolongement de ces actions. Incontestablement, ce qui a changé, c’est l’amélioration technique en terme de chargement et de contenus, la généralisation de ces dispositifs à tous les budgets et le développement de la médiation sur le  Web, tels que parcours thématiques, expositions en ligne ou ressources à télécharger pour approfondir sa visite.

    Alors que le numérique se diffuse dans tous les secteurs de la vie quotidienne et du travail, les musées ne cessent de changer. L’expérience montre que ce changement se fera selon deux temporalités : d’un côté, le temps de l’institution, lent, qui repose sur les évolutions dans les pratiques des agents de musées eux-mêmes et leur validation par les circuits hiérarchiques. De l’autre, le temps de l’audace et de la prise de risque qui, comme on l’a vu, ne manque pas dans les établissements patrimoniaux, véritables laboratoires d’innovations techniques et sociales. Restez connectés, les sites sont en construction…

    Pour aller plus loin, découvrez une sélection de capture d’écran des sites de musées dans les années 1990 sur la page Facebook d’Omer Pesquer.

    Captures d'écran des sites de musées dans les années 1990 sur la page Facebook d'Omer Pesquer
    Captures d’écran des sites de musées dans les années 1990 sur la page Facebook d’Omer Pesquer
    1. Chronologie de la base Joconde sur le site du Ministère de la Culture et de la Communication.
    2. BAILLARGEON Stéphane, « Vers le cybermusée » , Le Devoir, 18 septembre 1999.
    3. Montparnasse Multimédia, une PME, réalisera de nombreuses productions pour la culture jusqu’à sa disparition en 2002. Le cédérom « Le Louvre, peinture et palais » restera son produit phare.
    4. DESALLE Philippe, « Le musée d’Orsay, visite virtuelle sur CD-ROM », Libération, 6 mars 1996.
    5. L’Usine Nouvelle, « Passer du Minitel à Internet, pas si facile ! », L’Usine Nouvelle, 4 septembre 1997
    6. Actes du colloque « La société et le musée, l’une change, l’autre aussi ». Montréal, Musée de Pointe-à-Callière, octobre 1996.
    7. VOL Alexandra, « Tisser des trames de pertinence entre musées, nouvelles technologies et publics », in : Publics et Musées. N°13, 1998. pp. 67-87.
    8. Pour la petite histoire, le Musée de l’Armée ne relève pas du Ministère de la Culture mais de celui de la Défense.
    9. Étude du CREDOC commandée par le Ministère de la Culture et de la Communication, juin 2012 (mise à jour en 2014).

     

  • Elle est pas belle mon étude ?

    Elle est pas belle mon étude ?

    De temps à autre émergent des études réalisées par des agences digitales sur les pratiques en ligne des musées. Ces analyses permettent à leurs auteurs de mettre en avant leurs compétences auprès de potentiels clients et de valoriser leur polyvalence auprès des actuels. Réalisées avec des outils du marketing, elles révèlent souvent une absence de connaissance du contexte — le saviez-vous ? Une institution publique ne se gère pas comme une entreprise, toutes n’ont pas les mêmes moyens financiers et humains, et toutes n’ont certainement pas les moyens des grands groupes. Une fois n’est pas coutume, je me permets un petit billet d’humeur sur cette pratique, vous me pardonnerez donc la relative légèreté du ton que j’adopte.

    Je ne peux m’empêcher d’associer la multiplication récente de ces analyses à la visibilité de la #MuseumWeek. Avec l’importante couverture média dont l’opération a bénéficié en 2014 et encore plus cette année, ces agences doivent se dire : “Chouette, un nouveau marché à conquérir ! Les musées sont des dinosaures sur le web, ils ne savent sans doute pas comment s’y prendre, on va leur apprendre.” Noyées sous des avalanches de chiffres, pas toujours mis en relation de manière pertinente, ces études aboutissent même parfois à des absurdités : l’une des plus récentes annonçait que le Musée d’Orsay et le Grand Palais n’avaient aucune stratégie numérique. J’imagine d’ici la réaction de mes confrères et consœurs.

    You Know Nothing Jon SnowAlors, chers ami.e.s d’agences, que vous soyez fraîchement diplômé.e.s d’un MBA ou que vous soyez des business developers aguerri.e.s et rompu.e.s au digital (#aveclesdoigts), vous souhaitez vous adresser à un marché en plein essors ? Voici quelques conseils :

    Sachez d’abord que les GLAMs (Galleries, Libraries, Archives & Museums) bénéficient d’une longueur d’avance sur les grandes entreprises pour lesquelles vous avez l’habitude de travailler : nous n’avons pas besoin de trouver des contenus à haute valeur ajoutée ou de définir l’ADN de nos marques. Nous les avons déjà : ce sont nos collections et le service public. Le patrimoine national dont nous avons la garde offre des occasions idéales pour mettre en place des dispositifs innovants, reposant sur la complicité avec le public. Des exemples ? #Jourdefermeture, #MuseumSelfie ou encore, justement, la #MuseumWeek.

    Perhaps I Made a Terrible MistakeEnsuite, ne nous prenez pas pour des buses : certains d’entre nous animions déjà des comptes Twitter à 5 chiffres quand vous étiez encore à l’école (de commerce) et le pire c’est que certain.e.s ont justement fait des études de commerce, de marketing, de sciences sociales, et connaissent les outils que vous utilisez. Ne croyez pas que vous allez nous apprendre la vie avec la méthode agile : certes, un musée n’est pas aussi souple qu’une start-up ; certes, dans les gros établissements, les multiples niveaux de validation ralentissent parfois la prise de décision. Mais soyez sûrs que nous travaillons à développer la culture numérique de nos hiérarchies comme de nos collègues, avec des réseaux comme Muzeonum ou des groupes de travail comme la #CMMin, et ce depuis au moins 5 ans. D’un point de vue “métier”, les musées n’ont pas à rougir de leur politique en ligne : la preuve, Twitter est venu nous chercher pour créer la #MuseumWeek, constatant la maturité et la créativité de nos actions.

    More wineOne last thing : pour la prochaine étude, prenez le temps de consulter l’activité en ligne des établissements que vous visez, en dépassant le simple relevé de chiffres et d’interactions. Étudiez le long terme, pas la dernière grosse opération. Cherchez les gens qui animent les comptes que vous citez (il y a souvent des CM derrière… Étonnant, non ?), regardez ce qu’ils postent et comment ils interagissent entre eux.

    Allez, sans rancune.

    Valar Morghulis

  • La narration transmedia au service de la médiation

    La narration transmedia au service de la médiation

    Suite de ma série d’article consacré à la médiation sur supports numériques avec la première tentative du musée du quai Branly d’utiliser la narration transmedia.

    L’origine du projet et ses objectifs

    À l’occasion de l’exposition “Indiens des Plaines”, nous avons mis en place L’opération #LesBisons. Nous souhaitions tester un dispositif transmedia léger, au déploiement simple, avec pour objectif d’approcher “les non-publics”, qui ne sont pas d’ordinaire intéressés par notre programmation, avec une manière décalée de prendre connaissance de l’existence de l’exposition et de son propos. Le dispositif a été mis en place dans le cadre d’une co-production avec Michel Reilhac, Bruno Masi et leur équipe.

    Les différentes étapes

    Dès le 22 mars : un compte Twitter et un mot-dièse

    Première étape : le musée crée (discrètement) un compte Twitter @wacochachi, et un mot-dièse, #LesBisons. Ce personnage fictif, mais inspiré de faits réels, publie des messages destinés à planter le décor, en décrivant brièvement la vie quotidienne des Indiens des Plaines avant l’arrivée des Européens en Amérique du Nord. Quelques jours avant les projections, le passage des bisons y est annoncé.

    Samedi 28 mars : des projections mystères dans Paris

    Dix jours avant l’ouverture de l’exposition au public, un film de 5 min montrant des bisons parcourant les Grandes Plaines est projeté dans une dizaine de lieux à Paris, le soir du samedi 28 mars 2014¹. Deux équipes suivant deux itinéraires, l’un nord-sud-ouest et l’autre est-ouest, s’arrêtent ponctuellement pour projeter le film et se retrouvent au musée du quai Branly. Le compte Twitter et le hashtag apparaissent à la fin du film et sur des cartes de visite distribuées par l’équipe. 

    Du lundi 30 mars au vendredi 4 avril : une autre porte d’entrée

    En parallèle à cette première piste, j’ai improvisé une autre porte d’entrée – qu’on appelle rabbit hole dans le vocabulaire du transmedia, en référence à l’entrée du terrier du lapin blanc d’ « Alice au pays des merveilles”. J’ai pris en photo deux petites figurines en forme de bisons devant les entrées de certains musées parisiens, avec le mot-dièse #LesBisons pour inciter mes abonnés sur Twitter à découvrir le compte @Wacochachi.

    Vendredi 4 avril : dévoilement et lancement du jeu

    Quatre jours avant le dévoilement de l’exposition au public, le musée révéle être à l’origine des projections, dans un making-off posté sur notre chaîne YouTube. Après la projection, le compte de Wacochachi lance un jeu de piste, invitant les participants à retourner sur les lieux de passages des bisons, pour y découvrir des indices permettant de reconstituer une phrase mystère.

    Vendredi 18 avril : fin du jeu

    Après deux semaines d’exploitation et quatre symboles à identifier, le jeu se termine le soir du Before consacré à l’exposition. Les participants doivent identifier quatre personnes dans la foule, portant ces symboles, qui leur délivrent quatre morceaux de la phrase à trouver, et la tweeter en s’adressant à Wacochachi.

    Une première tentative riche d’enseignements

    L’ensemble du projet a davantage tendu vers une campagne de communication s’appuyant sur une production audiovisuelle qui, au lieu de constituer un point d’entrée dans la narration, est devenue centrale au point d’éclipser le jeu. A titre personnel, je regrette que nous ne soyons pas parvenus à installer un véritable dispositif de médiation à travers une expérience en ligne et hors ligne. Le jeu, notamment, aurait nécessité plus de temps de réalisation, de même qu’un budget propre. 

    Néanmoins, les conclusions que nous avons tirées de cette expérience viennent nourrir nos réflexions dans la perspective de prochains projets, notamment CULTE, un projet ANR sur trois ans, porté par ma collègue Candice Chenu de la Direction des public. Le musée collabore avec un laboratoire de recherche du CNAM, une PME et un bureau d’évaluation pour la conduite de ce projet, qui proposera une expérience transmédia au coeur des collections du musée.

    Dans le dernier article de cette série, je proposerai quelques éléments de réflexion autour de la notion de “méditation numérique”, en synthèse des trois articles illustrés d’exemples du musée du quai Branly.

    Cet article et les trois autres consacrés à la “médiation numérique” sont basés sur mon intervention le mercredi 3 décembre 2014 avec Gonzague Gauthier à l’École la Panacée, en partenariat avec l’Université Montpellier III. Merci à Eli Commins et Éva Sandri pour leur accueil et l’organisation de cette rencontre.

    ¹ Et accessoirement, le samedi de la #MuseumWeek 2014.

  • Facebook et Twitter comme outils de « médiation numérique »

    Facebook et Twitter comme outils de « médiation numérique »

    L’expression « médiation numérique » semble de plus en plus populaire, alors que les professionnels des musées se forment au numérique. Je ne suis pas fan de ce terme : l’ajout de l’adjectif « numérique » au nom « médiation » sous-entend que cette pratique aurait une nature fondamentalement différente d’une médiation non numérique. À mon sens, il n’y a qu’une seule médiation, la médiation culturelle, héritée de plus de trente ans de réflexion en muséologie, à la fois par les professionnels des musées et dans diverses champs de la recherche en sciences humaines, parmi lesquels la sociologie, l’esthétique et les sciences de l’art. Ces pratiques ont pour objet la transmission d’un message aux visiteurs, pour leur permettre d’appréhender des éléments qui ne sont pas immédiatement explicites à propos des œuvres, des objets ou des concepts exposés. Des différences existent entre les écoles de muséologie, notamment en fonction des pays,  on parle d’interpretation ou d’educational programs dans le monde anglo-saxon, et parfois d’interprétation au Québec et ailleurs dans le monde francophone.

    En l’état actuel de ma réflexion, je ne suis pas sûr que les méthodes et les techniques qui sont mobilisées dans le cadre d’actions sur des supports numériques diffèrent tant que ça de celles qui sont à l’œuvre dans les actions de médiation dite traditionnelle, qu’il s’agisse de supports papier (textes de salle ou de section, cartels, dépliants type “journal de l’exposition”, etc.) ou d’actions de médiation présentielle (c’est-à-dire qu’elles nécessitent la présence in situ des visiteurs ainsi que de représentants du musée : visite guidée ou contée, ateliers en groupe, spectacles vivants, etc.). Je vous propose donc d’explorer quelques pistes de réflexion autour de la médiation sur supports numériques, illustrées d’exemple issus des projets mis en place au musée du quai Branly, que ce soit en ligne ou hors ligne, in situ ou hors les murs.

    Je commence avec les réseaux sociaux, et je complèterai par d’autres articles autour des applications mobiles et des dispositifs de narration transmedia, avant de proposer quelques éléments de réflexion.

    Sur Facebook : s’appuyer sur la vie quotidienne de nos visiteurs

    Sur les réseaux sociaux, aussi souvent que possible, nous nous efforçons de nous appuyer sur l’actualité. Renvoyer les visiteurs à leur vie quotidienne permet de leur montrer les collections sous un angle décalé et surprenant. Nous avons consacré des albums photos à l’éducation chez les peuples dont le musée traite lors de la rentrée des classes ou à leurs conditions de vie face au froid de l’hiver. C’est un exemple que je cite souvent (notamment ici), mais je continue de penser qu’il est pertinent.

    fb_album_hiver
    Vivre la neige à travers les collections Asie et Amériques

    En février 2013, la France a connu un épisode neigeux, un événement qui a toujours pour conséquence une certaine frénésie dans la capitale. Plusieurs de mes confrères et consœurs d’autres établissements ont posté des photos de leur jardin ou de leur terrasse sous la neige. Bien que le musée comprenne un superbe jardin qui fait entièrement partie de son architecture, j’ai d’abord voulu me concentrer sur nos collections, toujours dans l’objectif de les valoriser. J’ai demandé aux responsables des collections Asie et Amériques de m’aider à sélectionner des pièces issues de leurs aires géographiques respectives. Ainsi, j’ai posté un petit album photos de pièces représentatives des conditions de vie avec la neige et le froid pour les populations Nganassan et Nivkh pour l’Asie et Yupik, Montagnais et Sioux pour les Amériques. Cet album a généré plus de 400 likes, une centaine de partages et quelques commentaires. Le lendemain, j’ai tout de même posté un second album sur la thématique, avec des photos du jardin sous la neige cette fois. Cet album a eu plus de succès que le précédent, ce qui m’a un peu déçu à titre personnel, mais c’est une autre histoire.

    Même s’il commence à dater, je continue de penser que cet exemple est assez représentatif de ce que nous nous efforçons de mettre en place. Ici, nous utilisons un ressort traditionnel de la médiation : aller chercher le public en lui parlant de ce qui lui est familier. Ce déplacement des techniques vers les supports numériques ne créé pas en soi une médiation fondamentalement différente. La seule différence ici est propre aux réseaux sociaux : les visiteurs peuvent réagir et interagir directement avec le musée.

    Sur Twitter : associer les abonnés les plus investis à nos actions en ligne

    J’ai déjà eu l’occasion de parler de #jourdefermeture, ainsi que de nos actions pendant la #MuseumWeek (ici et ). Plus récemment, nous avons associé un de nos plus fidèles abonnés sur Twitter à nos actions en ligne, à l’occasion du lancement de l’exposition « L’Éclat des ombres, L’Art en noir et blanc des Îles Salomon ». Cet abonné, Laurent Granier (@perlesduquai) est, à titre personnel, un collectionneur passionné d’arts d’Afrique et d’Océanie. Depuis environ deux ans, il participe spontanément à la médiation autour de nos collections, sans être d’ordinaire relié à la programmation. En effet, il a entrepris d’explorer les bases de données du musée pour en extraire ses coups de cœur, en s’efforçant notamment de montrer des pièces non exposées sur le Plateau des collections, notre espace d’exposition permanente. Il bénéficie d’une communauté d’abonnés restreinte mais très impliquée, constituée de musées confrères, de responsables de collection de musées et d’autres collectionneurs.

    Au printemps dernier, Laurent a créé une timeline personnalisée, une sorte d’exposition en ligne, consacrée à une anthropologue qui a travaillé au musée de l’Homme, l’un des ancêtres du quai Branly. Suite à cette opération, nous avons eu envie de lui proposer de mettre en place quelque chose ensemble, et il nous a devancé en nous proposant de couvrir la semaine de lancement de l’exposition « Salomon », une zone géographique dont il est fan. Nous avons donc organisé une rencontre avec la commissaire Magali Melandri, responsable des collections Océanie au musée, qui a permis de définir ensemble le contexte de l’intervention de Laurent.

    Les tweets qu’il a publiés, thématisés quotidiennement par support, sont venu éclairer le propos de l’exposition, approfondissant certains points non traitées dans l’exposition. Ce dispositif a été une belle occasion d’associer directement un visiteur passionné et érudit à la création du discours entourant l’exposition. Celui-ci ne se substitue pas à celui de la commissaire, qui se déploie notamment dans l’exposition physique et sur divers supports, mais il vient la prolonger en ligne, auprès d’une communauté de fans de nos thématiques.

    Dernier exemple en date, certes plus anecdotique, mais qui a fait parler de lui : vendredi 28 novembre, à l’occasion du dévoilement du teaser de Star Wars VII, attendu pour décembre 2015, j’ai posté un tweet qui y faisait allusion. Ce message, simple clin d’œil un peu geek aux utilisateurs de Twitter, sans hashtag et avec une faute d’orthographe à Tataouine (village tunisien lieu du tournage de la première trilogie qui a inspiré le nom de la planète Tatooine), a été retweeté plus de 1000 fois, soit un record absolu pour le compte Twitter du musée. Mon seul regret ici est de ne pas avoir plus véritablement mettre en place une action de médiation à proprement parler puisque, compte-tenu des limites de la plateforme et de notre site actuel, je n’ai pas pu accompagner les quatre pièces sélectionnées de leur notice ou d’éléments contextuels. Ici, on touche aux limites entre médiation et communication, l’un des principaux enjeux de la présence des institutions culturelles sur les réseaux sociaux, sur lequel j’aurai l’occasion de revenir.

    Dans le prochain article de cette série, j’évoquerai les applications mobiles comme outils de médiation.

    Cet article et les trois autres consacrés à la “médiation numérique” sont basés sur mon intervention le mercredi 3 décembre 2014 avec Gonzague Gauthier à l’École la Panacée, en partenariat avec l’Université Montpellier III. Merci à Eli Commins et Éva Sandri pour leur accueil et l’organisation de cette rencontre.

  • Ceci n’est pas une histoire du participatif au musée

    Ceci n’est pas une histoire du participatif au musée

    Voici un texte sur lequel j’ai travaillé à l’occasion de ma participation au colloque-événement Participa(c)tion au MAC/VAL en décembre 2013, qui n’a finalement pas été utilisé par le musée. Il s’agit d’une tentative de replacer les enjeux de la participation des publics dans une continuité historique. Je le reproduis ici dans son intégralité, avec les précautions d’usages : malgré mes efforts dans la préparation de ce texte, je ne suis ni historien, ni chercheur en sciences sociales, mais un simple professionnel qui réfléchit à sa pratique.

    Il est d’usage de dire que les “nouvelles” technologies et les pratiques qui y sont associées introduisent un changement de paradigme dans la relation entre visiteurs et institutions culturelles : s’il est vrai que les réseaux sociaux et l’ensemble des dispositifs numériques permettent un niveau d’interaction jamais atteint entre musées et visiteurs, la participation de ces derniers n’est pas apparue avec le bouton “J’aime” de Facebook et elle ne s’y limite pas. Comment associer les publics pour leur offrir une visite enrichissante ? Comment leur permettre de découvrir et de s’approprier la diversité des collections ? Les questions entourant l’engagement des visiteurs ont émergées bien avant les années 2000 et s’inscrivent dans une évolution marquée par des initiatives politiques, des choix stratégiques autant que des avancées technologiques. Sans ambition scientifique, on se propose d’en retracer les principales étapes et d’en observer les conséquences pour l’institution et les publics.

    Des collections privées aux expositions publiques

    Si les premières collections assemblées par les princes et les marchands européens au début du XVII°s préfigurent l’apparition des musées, ces galeries restent longtemps réservées aux élites intellectuelles et commerçantes. Tout autre public, qu’on n’appelle pas encore “grand”, en est exclu. De riches collectionneurs, peu nombreux, partagent leurs collections composées d’art religieux dans un entre-soi qui verra émerger la notion d’exposition. On ne peut donc pas encore parler de public, mais la participation est là : ceux qui exposent sont les mêmes que ceux qui visitent.

    À la fin du XVIII°s et au début du XIX°s, les révolutions politiques et sociales en Amérique du Nord et en Europe sont à l’origine d’une première étape de démocratisation des musées, qui deviennent symboles de la grandeur d’une nation et se doivent d’être au service du peuple. Les artistes et les étudiants bénéficient d’abord de cette ouverture puis, progressivement, la visite devient accessible à tous. Dès les prémices de ce qui deviendra l’institution muséale, trois enjeux relatifs à l’accès aux collections apparaissent. Le premier est d’ordre géographique : le visiteur n’a accès qu’aux musées dans lesquels il se déplace. Le suivant est économique : bien que les collections ne soient plus privées, il reste un droit d’entrée à régler. Aujourd’hui encore, malgré des grilles tarifaires avantageuses, une sortie familiale au musée s’accompagne de dépenses. Dernier enjeux : comment rendre le musée accessible à l’ensemble des visiteurs, issus de cultures et de classes sociales diverses, tout en garantissant la cohérence et la pertinence scientifique du propos ?

    D’un objet à un autre, d’un visiteur à un autre

    Au début des années 1970, l’idée d’un patrimoine lié à une communauté et à un territoire émerge : c’est l’apparition de l’écomusée, qui associe les habitants de la région à tous les niveaux de décision et de production. Les premiers naissent dans les parcs naturels (Ouessant, Marquèze), puis leurs thématiques se diversifient : certains sont consacrés à la technique (le chemin de fer à Mulhouse), d’autres aux cultures urbaines (Fresnes). Ils se multiplient et, dans les années 1990, on recense plus de 250 écomusées et musées de société en France. Parallèlement, au début des années 1980, le Mouvement international pour une nouvelle muséologie (MINOM) fait son apparition. Se plaçant dans le prolongement de l’écomusée, ses partisans soutiennent le rôle social voire environnemental du musée et aspirent au développement de la pluridisciplinarité. Ils souhaitent inventer de nouvelles manières d’entrer en interaction avec les publics, en s’inspirant notamment de ce qui est fait dans les musées de science : une médiation ludique, qui associe le visiteur à la manipulation de machines lui permettant de comprendre les concepts exposés (Palais de la Découverte, 1937).

    Ces deux modèles rompent avec les codes du musée d’art classique : ils ne s’intéressent plus seulement aux beaux-arts, mais aussi aux arts populaires, et misent sur l’interdisciplinarité plutôt que sur la spécialisation. Les publics, associés à la création des exposition, deviennent acteurs – certains vont jusqu’à dire auteurs – du musée. Avec ce changement progressif d’objet apparaissent des impératifs pédagogiques : comment susciter la curiosité des visiteurs ? Comment articuler et présenter un discours pour que la visite sont instructive ?

    Vers la pédagogie

    Dans les années 1980, les ordinateurs arrivent dans les institutions publiques. Dans la continuité des manips, les bornes interactives font ainsi leur apparition. Elles permettent aux publics d’explorer les documents relatifs aux collections (Musée d’Orsay, 1986) ou d’apprendre de manière ludique (Cité des Sciences, 1986). Parallèlement, la numérisation des bases de données des collections permet aux conservateurs de structurer davantage l’information. D’abord accessible aux agents du musée avec la création de réseaux internes, ces bases deviennent consultables de l’extérieur avec l’arrivée d’internet. En permettant la consultation des notices d’œuvres, ces dispositifs – sites internet (Louvre, 1995) et CD-Rom (Versailles, 1996) – mettent à la disposition des visiteurs des connaissances qui, jusque là, étaient réservées aux personnels des musées.

    Un bouton “Publier”…

    Apparus au début des années 2000, les sites qui constituent ce qu’on a appelé le web 2.0 permettent aux utilisateurs de produire facilement leurs propres contenus (textes, photos, sons, vidéos) et de les publier rapidement sur le web, pour les partager avec leur communauté. Spontanément, beaucoup de visiteurs se photographient devant les œuvres à l’aide de leur smartphone, et partagent ces photos avec leurs proches. Certains racontent leur visite en direct à l’aide de Twitter et d’autres, sur leur blog une fois rentrés chez eux. Ces pratiques, qui dépassent le simple témoignage, participent à l’appropriation des collections par les publics (voir les travaux d’André Gunthert et ceux de Bernard Stiegler). En investissant les plateformes plébiscitées par les visiteurs, les institutions culturelles continuent d’explorer de nouvelles manières d’interagir avec leurs publics.

    Une nouvelle fonction se crée : le community management – ou administration de communauté en ligne -, qui est une interface entre le musée et ses visiteurs. Porteur de la voix de l’institution auprès des publics, le community manager se fait l’écho de la programmation du musée, en s’adaptant parfois aux codes propres à internet. Mais son rôle est également de transmettre la parole des publics au sein de l’institution, complétant alors le travail effectué par les autres agents en contact direct avec les visiteurs. Dépassant la transmission d’un discours entourant les objets, il fait également émerger une nouvelle forme de médiation socio-technique mettant en relation à la fois les visiteurs et les objets, les visiteurs et le personnel du musée, les visiteurs entre eux.

    … et un champ de recherche

    Si les musées ne peuvent exposer l’intégralité de leurs collections en permanence, ils peuvent offrir l’accès aux savoirs qui les entourent. Le site internet du musée du quai Branly propose, depuis l’ouverture en 2006, l’intégralité des bases de données de ses collections : plus de 300 000 notices pour les objets, auxquelles s’ajoutent les ressources de l’iconothèque, de la médiathèque, des archives et de la documentation. Plus récemment, plusieurs grands musées européens (Centre Pompidou, Rijksmuseum) ont choisi de mettre les bases de données au cœur des refontes de leurs sites. Sur le modèle des moteurs de recherche, l’investigabilité – la possibilité d’effectuer des recherches dans une base de données – s’est rendue indispensable pour les visiteurs.

    Progressivement, les sites de musées passent de sites vitrines, valorisant la programmation et les informations pratiques, à des sites de contenu, mettant en avant la richesse de collections et les informations qui y sont liées. De nouvelles problématiques apparaissent, tant techniques et éditoriales que stratégiques : comment offrir aux visiteurs la meilleure expérience utilisateur ? Ergonomie et design d’interface, efficacité de l’indexation posent de nouvelles questions – dont la réponse est parfois du côté des visiteurs, comme le montrent les exemples d’indexation collaborative. S’ils ne remplacent pas la visite physique du musée – dont l’expérience s’enrichit de l’architecture du bâtiment, de la scénographie et surtout de la confrontation physique avec les œuvres – ces modules d’exploration, sur les sites des musées ou externalisés (comme le Google Art Project) permettent “d’amener les collections” aux visiteurs en ligne.

    Quelle participation pour demain ?

    À travers son site internet, sa présence sur les réseaux sociaux et, éventuellement, ses applications mobiles, le musée contemporain prolonge le projet de l’écomusée, que ses fondateurs décrivaient comme “éclaté”, parce que pluridisciplinaire et délocalisé. En permettant la circulation gratuite et dématérialisée des informations entourant les collections, le numérique abolit les distances et permet de répondre, au moins en partie, aux contraintes géographiques et économiques évoquées plus haut. Le bâtiment-musée s’autonomise, tandis que ses avatars en ligne prolongent et complètent l’offre de médiation et d’information. Alors qu’ils offrent l’opportunité de construire un véritable musée hors les murs, les outils numériques révèlent plus que jamais l’hétérogénéité des publics. Qu’est-ce que réunit les visiteurs qui prennent plaisir à partager, en ligne, des photos de leur visite et ceux qui partagent leur mécontentement face à une visite qui leur est imposée ? Experts ou novices, curieux ou blasés, investis ou indifférents : le défi demeure pour le musée de réussir à échanger avec tous ses publics. Heureusement, il n’a jamais eu autant de moyens à sa disposition pour y parvenir.

    Merci à l’indispensable chronologie du numérique dans les musées, par Omer Pesquer, l’article de “Petite chronologie du numérique dans les musées” de Florence Belaën sur le C/Blog (qui semble avoir disparu), ainsi qu’à la complicité de Noémie Couillard et de Fred Pailler.

  • Musée et numérique à la radio

    Logo France CulturePlusieurs émissions de France Culture ont récemment été consacrées au musée, à l’occasion de l’ouverture de la Fondation Louis Vuitton et de la réouverture du Musée Picasso. Je les rassemble ici et sur le wiki de Muzeonum.

    La semaine des Nouvelles vagues consacrée aux musées

    Chaque semaine, dans Les Nouvelles vagues, Marie Richeux et son équipe traitent d’un sujet sur cinq jours. La semaine du 20 au 25 octobre 2014, les musées étaient à l’honneur. Parmi les cinq émissions, deux ont retenu mon attention et j’ai participé à une troisième :

    • Le musée (1/5) : comment le musée peut-il “faire société” ? Avec Benjamin Stora, historien et président de la Cité nationale de l’Histoire de l’Immigration.
    • Le musée (3/5) : le musée sans les murs. Le mercredi, Les Nouvelles vagues proposent un éclairage numérique à la thématique de la semaine. Pour cette émission, ma consoeur Stéphanie Van den Hende, de la RMN-Grand Palais, et moi-même étions les invités. Comme toujours, il y aurait mille choses que j’aimerais ajouter. Mais je suis très reconnaissant à Marie et à son équipe pour cette émission, qui nous a permis d’aborder de nombreux sujets propres à nos métiers, sans survoler le sujet, mais en le rendant accessible. J’ai l’impression que Stéphanie et moi avons apporté un éclairage pertinent qui s’est bien inscrit dans la semaine, plus globalement. Mon seul regret est qu’une troisième personne, d’un musée qui n’aurait pas été un grand établissement parisien, avec une approche sensiblement différente aurait peut-être permis d’enrichir le débat.
    • Le musée (5/5) : un musée, pour quoi faire ? Avec François Mairesse, professeur des Universités, muséologue et responsable du master “Muséologie et nouveaux médias” à Paris 3.

    Modes de vie, mode d’emploi : Les Français et leurs musées

    L’émission, datée du lundi 20 octobre 2014, est à la fois pédagogique pour les auditeurs non spécialisés et passionnante pour les professionnels, qui revient sur plusieurs points fondamentaux du musée : la différence entre muséographie et muséologie, le rôle de la scénographie, le marketing au musée, l’expérience de la visite, etc.

    Bonne écoute !

    PS : visiblement, WordPress ne souhaite pas que j’intègre le player de France Culture, c’est pourquoi j’ai du me résigner à insérer des liens uniquement. Si un lecteur a une suggestion sur le sujet, je suis preneur.

  • Construire une culture numérique et participative dans une institution patrimoniale

    Construire une culture numérique et participative dans une institution patrimoniale

    Jeudi 16 octobre 2014, la Ville de Bordeaux m’a invité à intervenir lors de la journée “Culture et numérique”, dans le cadre de la Semaine digitale. Voici la trame de mon intervention, qui m’offre l’occasion de livrer quelques pistes de réflexion autour du musée participatif, en m’efforçant de montrer comment construire une culture numérique et participative au sein du musée. Il manque quelques éléments qui rebondissaient sur les interventions précédentes, notamment en réponse à mon confrère Samuel Bausson autour des cultures du web et de leur adoption par les musées. Pour plus d’informations, consultez le livetweet avec les deux hashtags #SDBX4 et #culturnumbx14.

    Qu’est-ce la participation ? À quel moment commence la participation du visiteur ? Que veut dire « prendre part à » ? Si on s’en tient à la définition la plus stricte, le musée produit un dispositif de visite, qu’il soit temporaire ou permanent, dans lequel le visiteur prend pleinement part en jouant son rôle de visiteur. Il vient visiter, c’est-à-dire voir et être en présence de ce qui lui est proposé par les conservateurs du musée ou les commissaires de l’exposition.

    Mais comme on dit : ça, c’était avant. Avant que l’ensemble des outils en ligne apparus au début des années 2000 ne lui permettent de produire, à son tour, un discours sur ce qu’il lui est proposé de visiter. Alors bien sûr, la participation n’a pas commencé en 2007 quand Facebook s’est ouvert à tous ou en 2008, quand Apple a sorti l’iPhone et son système d’applications reposant sur l’iTunes Store. Néanmoins, ces outils ont amorcés une changement de fond dans la relation qui unit le musée et ses publics. Comme nous le savons à présent, la présence des institutions culturelles et patrimoniales sur les réseaux sociaux constitue une première étape dans la mise en place d’une dispositif participatif en ligne, à travers le recueil de la parole des visiteurs et le crédit qui y est accordé. Et forcément, tout cela change aussi la manière dont le musée est organisé, les interactions qui naissent entre les agents de services et de directions différentes, voire d’autres institutions, ainsi que les modes de prise de décision.

    Pour amener les visiteurs à participer…

    Au musée du quai Branly, lorsque les visiteurs nous posent des questions sur Twitter, que ce soit à l’occasion de l’opération #AskACurator il y a quelques semaines ou lors de la #MuseumWeek au printemps dernier, nous sommes déjà dans une dimension participative. Comme je l’ai déjà évoqué, nous considérons les RSN comme étant à la croisée des trois disciplines que sont la communication, l’information et la médiation. Voici quelques exemples qui n’illustrent pas directement ces trois axes, mais mettent en avant la participation.

    À l’automne 2013, à l’occasion de Photoquai, la biennale de photographie internationale que nous organisons en face du musée, nous avons mis en place un album collaboratif sur la page Facebook de l’événement, permettant aux visiteurs de partager leur regard sur la biennale. Ils et elles ont ainsi participé à la médiation entourant la biennale en apportant leur propre regard sur l’exposition, nécessairement non institutionnel, attirant notre attention sur les œuvres favorites, des éléments insolites ou poétiques de l’exposition.

    Au printemps 2012, lors des Vacances numériques, nous avons recueilli la parole des visiteurs à propos de Berenson, un robot anthropomorphe, sujet d’un projet de recherche en anthropologie, qui s’interroge sur la notion de goût esthétique. Les publics étaient invités à partager avec le robot leurs avis sur des pièces exposées. L’année suivante, nous avons organisé un edit-a-thon en partenariat avec Wikipédia : conservateurs, wikipédiens chevronnés et visiteurs de passage se sont penchés sur plusieurs pages relatives aux thématiques traitées par le musée, pour les améliorer ensemble.

    Comme on le voit dans ces exemples, la participation n’est pas uniquement numérique : aujourd’hui, elle est souvent à mi-chemin entre en ligne et hors ligne, et passe joyeusement d’un support à l’autre. Par exemple, les actions de médiation portées par la Direction des publics trouvent un prolongement avec la mise en ligne, sur le site ou sur la page Facebook du musée des photos, des dessins ou encore des poèmes produits par nos visiteurs pendant les ateliers en famille – le tout, avec leur accord. En outre, on constate également que numérique et participatif sont intimement liés, même s’ils ne sont pas indissociables. Or, une culture numérique ne peut pas se développer sans d’autres couches de pratiques et d’engagements, notamment de la part de ceux qui « font » le musée. Alors, permettez-moi de revenir quelque peu en arrière.

    Il faut commencer par l’interne…

    Lorsque je suis arrivé au musée il a 2 ans et demi, il n’y avait pas de stratégie numérique globale. La dimension numérique était abordée à plusieurs niveaux, dans plusieurs services eux-mêmes répartis dans plusieurs directions. Mon embauche a été l’occasion pour l’institution d’amorcer une réflexion sur le numérique, et sur le positionnement que le musée devait apporter sur les questions qu’il suppose.

    Progressivement et en parallèle à l’ensemble des dispositifs que je viens de lister, je me suis efforcé d’apporter une culture numérique dans l’établissement. D’abord en me rendant aussi disponible que possible pour répondre aux questions que les agents se posent sur le numérique, quelque soit leur niveau dans la hiérarchie. Puis par la mise en place d’une veille mensuelle, un cours bulletin contenant une sélection d’initiatives récentes, que j’envoie à l’ensemble des agents. Enfin, en diffusant autant que possible les informations relatives à l’actualité des rencontres autour du numérique. Créer une culture numérique et participative nécessite de commencer par les collègues les plus proches, pour les sensibiliser à ces enjeux, avant de pouvoir s’étendre aux visiteurs.

    Je ne crois pas avoir révolutionné les pratiques à l’interne, mais je m’efforce d’apporter de la cohérence dans l’offre du musée, notamment en facilitant les échanges entre mes collègues. Nous savons tous combien il est parfois difficile d’aller au-delà du cloisonnement entre directions, hors ce cloisonnement va à l’encontre des pratiques numériques, par définition éclatées, décentralisées et moins hiérarchisées. Aujourd’hui, le numérique est abordé dans au moins cinq des sept directions que compte le musée, la question dépasse donc bien sûr mon seul service. Nombreux sont mes collègues à intervenir sur des projets variés que sont le site internet, les réseaux sociaux, les applications mobiles, la signalétique dynamique, les productions audiovisuelles et multimédia.

    Justement, parmi les agents plus impliqués en ligne aujourd’hui, nombreux sont ceux qui travaillaient déjà au musée à mon arrivée – certains depuis plusieurs années – et dont la créativité ne demandait qu’à être libérée à travers des outils ou des occasions dédiées (voir notamment les photos et Vine de @jbrkmr). C’est cette dynamique que je m’applique à stimuler, et que nous nous efforçons d’entretenir à travers le comité éditorial, que je coordonne et qui préside aux contenus mis en ligne sur le site internet et les réseaux sociaux.

    En s’appuyant sur sa communauté !

    Ce qui a changé aussi ces dernières années, c’est que nos missions passent immanquablement par des communautés de professionnels, utilisateurs quotidiens des réseaux sociaux, et qui construisent ensemble de nouvelles expériences de communication et de médiation au musée.

    Parmi les nombreuses initiatives nées de la communauté des #museogeeks, figure Muzeonum, la plateforme des professionnels du numérique au musée que je participe à animer. Son objectif est de faciliter le partage de bonnes pratiques, l’accès à la formation et à l’emploi. Ses membres sont des agents d’institutions patrimoniales et culturelles, des professionnels extérieurs (consultants en agence ou indépendants), des chercheurs, des étudiants ou des passionnés. Nous avons développé de nombreux outils parmi lesquels un wiki et un groupe Facebook, qui viennent compléter les outils de veille tels que Twitter. Nous sommes actuellement en train de créer une association, dont le statut administratif nous permettra de développer de nouveaux projets. Compte-tenu de mon implication auprès de Muzeonum, j’incite bien sûr régulièrement mes collègues à participer aux événements de la communautés.

    Vers une stratégie numérique globale qui associe les publics

    Aujourd’hui au musée du quai Branly, le projet qui nous occupe est la refonte du site web, dont le dévoilement au public est prévu pour le printemps 2015. C’est un projet ambitieux, qui nous amènera à revoir intégralement l’architecture du site actuel, et bien sûr l’interface. La prochaine version sera en responsive web design, un ensemble de règles et de langages qui repose sur les standards du web et qui permet la consultation d’un contenu identique sur tous les supports, qu’ils soient mobiles ou non. Ce site fera la part belle aux bases de données des collections, tout en n’oubliant pas les informations pratiques. Nous espérons que cette nouvelle mise en forme permettra une plus grande appropriation des collections par les visiteurs, favorisant leur participation et leur collaboration dans la construction du propos qui entoure le musée.

    Bien sûr, le participatif n’est pas une fin en soit. L’injonction à participer ne doit pas devenir le nouveau ticket d’entrée au musée, favorisant les plus créatifs et les moins timides au détriment des visiteurs pour lesquels la visite physique suffit à définir leur relation au musée. Mais les outils qui permettent aux visiteurs de s’exprimer participent à reconfigurer les liens qui unissent les institutions et leurs publics, à travers une place plus grande accordée à leur parole. Une meilleure prise en compte des retours dont les visiteurs nous font part permet de les associer dans leur diversité, en tenant compte de leurs pratiques culturelles et numériques. Comme mes confrères et mes consœurs d’autres établissements vous en parleront cet après-midi, nous voyons l’usage de Twitter grandir chez les jeunes, tandis que Facebook reste une référence pour les familles, et que de nombreux autres plateformes naissent et se développent, générant de nouveaux usages.

    Si le community management est un métier naissant, qui se construit au quotidien, il repose sur les missions premières du musée : la conservation, la valorisation et la diffusion au plus grand nombre des collections nationales. Or, le numérique et les cultures qui en découlent ne s’opposent en rien à ces missions, mais constitue un formidable outil pour les remplir. Si nous souhaitons innover durablement, nous ne nous pouvons plus nous dispenser d’une politique numérique structurée, qui passe notamment par une présence affirmée sur les réseaux sociaux, devenus de véritables vecteurs de notre mission de service public.

  • Étude de cas sur #coulissesMW, la première journée de la #MuseumWeek

    Étude de cas sur #coulissesMW, la première journée de la #MuseumWeek

    Après avoir rapidement listé ce que le musée du quai Branly a posté pendant la #MuseumWeek, je vous propose de me concentrer sur la journée du lundi, avec le mot-dièse #coulissesMW et de l’explorer sous trois aspects : l’organisation, la communication et la médiation. Bien sûr, ce choix est un prétexte pour aborder plus généralement l’opération sous ces trois aspects.

    Organisation

    Cette première journée à mobilisé une douzaine d’agents, principalement de trois services de la direction du patrimoine des collections (le DPC) : la régie des collections, l’atelier de restauration et la conservation. Il a été nécessaire d’obtenir l’autorisation de la part d’Yves Le Fur, directeur du DPC pour que ses agents soient associés, à l’aide d’une note interne lui présentant le projet. Puis, j’ai rencontré individuellement certains des responsables de service pour leur expliquer le fonctionnement de Twitter et leur présenter ce que j’avais prévu de faire pour cette journée.

    La journée elle-même elle s’est divisée en quatre parties :

    • première partie de la matinée sur le plateau des collections (l’espace des collections permanentes), avec la pose d’un pagne sur une statue de culture nkhisi en compagnie de deux agents du pôle restauration.
    • deuxième étape dans l’atelier de restauration conservation préventive avec les agents qui y travaillent, ainsi qu’un zoom sur les scan 3D, portés au musée par Christophe Moulherat, l’un des responsables scientifiques, qui a présenté le principe.
    • ensuite retour sur le plateau des collections pour le réaménagement de deux vitrines de la zone Amériques à l’occasion de l’exposition “Indiens des Plaines”. Pour ces trois étages, j’ai globalement posté en temps réel, avec quasiment un livetweet de la présentation de Christophe pour le scan 3D.
    • enfin, dernière étape, après le déjeuner et toute l’après-midi pour une visite les réserves en compagnie de l’un des agents qui les coordonne, Fabrice Sauvagnargues. Il n’aurait pas été possible d’accéder aux réserves sans l’accord du directeur du DPC, car cette zone est rarement accessible aux agents qui n’y travaillent pas. J’ai pu notamment montrer aux visiteurs des pièces en attente pour être photographiés, d’autres en attente d’être envoyées en itinérance, ou encore que certaines des nouvelles acquisitions. D’un point de vue pratique, comme il n’est pas possible d’accéder au réseau à partir des réserves, j’ai pris des notes et des photos, j’ai tout posté une fois remonté à a surface.

    Communication

    Du point de vue éditorial et institutionnel, il y avait plusieurs enjeux dans cette première journée : tout d’abord, il fallait trouver le ton, un ton qui soit propre à la dimension événementielle de la semaine, avec une couverture en temps réel conséquente, mais en même temps, une tonalité qui s’inscrive dans ce que nous faisons habituellement sur Twitter. Il était également important de respecter toutes les recommandations de sécurité et de confidentialité, notamment pour les informations et les photographies montrant des manipulations d’œuvres ou des zones à accès restreint des réserves. En outre, le scan 3D était un sujet assez délicat à traiter pour moi, alors que j’avais eu peu de temps pour me documenter en amont sur ce projet, qui est régulièrement montré dans des publications scientifiques mais encore peu connue de nos publics plus généraliste, et auquel il était important d’expliquer la démarche.

    Plus généralement, les objectifs en termes de communication pour le musée lors de la #MuseumWeek était à la fois de se positionner comme innovant les réseaux sociaux et d’être identifié par les utilisateurs de Twitter qui n’auraient pas connaissance de notre présence sur la plateforme. À cet égard, nous estimons que nous avons atteint une partie des objectifs puisque que le musée a gagné 1500 nouveaux abonnés pour la seule semaine de la #MuseumWeek, ce qui constitue à peu près le double des nouveaux abonnés sur une semaine ordinaire. En outre, l’augmentation à continué dans les semaines qui ont suivi, notamment avec l’ouverture d’#IndiensdesPlaines et l’opération #LesBisons [article à venir] entre le 28 mars et le 8 avril. En revanche, parmi les nouveaux abonnés, peu ont continué à être actifs après la semaine.

    Nous avons mis en place plusieurs relais à la fois en ligne et hors ligne pour mettre en avant l’événement :

    • sur le site du musée : une page dans la rubrique “Programmation/Fêtes et événements” ainsi qu’une bannière en page d’accueil
    • sur Facebook : une bannière spéciale pour la #MuseumWeek et un album avec le websérie “Histoires d’objets” le mercredi, consacrée aux coups de cœur des conservateurs.
    • in-situ : deux écrans dans la signalétique dynamique, l’un annonçant la semaine en général et le second annonçant le programme quotidien.

    En outre, nous avons bénéficié d’une belle couverture dans les médias, avec plusieurs articles citant explicitement les publications du musée, parmi lesquelles l’article du Monde, illustré avec une de nos peaux peintes, merveilleuse publicité pour l’exposition “Indiens des Plaines” qui ouvrait deux semaines après la #MuseumWeek.

    Médiation

    Les actions qui ont été développés lors de cette plongée dans les coulisses s’inscrivent dans la continuité de ce que nous nous efforçons de mettre en place avec #jourdefermeture. Il s’agit à la fois de montrer les collections mais également d’accompagner les visiteurs dans leur découverte des métiers du musée, de ses espaces, de son quotidien. L’objectif était donc de dépasser la simple narration de pour atteindre un niveau un peu plus exigeant, en ajoutant autant que possible des éléments d’information qui viennent enrichir l’expérience du visiteur et lui permettre de retirer quelques connaissances de cet échange sur Twitter. Il s’agit également de sortir de l’événementialité (j’emprunte le terme à la sociologue Louise Merzeau lors de son dernier séminaire chez Antonio Casilli), propre à la programmation articulée autour d’expositions, de spectacles et de rencontres, pour porter un discours plus généraliste sur le musée, ses fonctions, sa vocation et ses activités.

    Le travail effectué sur les #coulissesMW me semble donc clairement dépasser le cadre de la communication, institutionnelle ou promotionnelle. La cinquantaine de tweets postés sur cette journée ont permis de d’approfondir le propos sur ses collections, d’entrer dans des espaces qui ne sont pas habituellement montrés aux visiteurs, alors même que les collections étant nationales, ces pièces appartiennent aux citoyens, elles font partie du bien commun. Et de cette manière, ces publications sur Twitter viennent répondre en partie aux missions qui sont celles du musée : documenter, conserver et exposer le patrimoine national, mais aussi accueillir et informer les visiteurs.

    Bilan pour le musée du quai Branly

    L’organisation de la semaine a fait l’objet d’une bonne perception à l’interne, avec beaucoup d’agents très impliqués. L’événement a reçu la validation et le soutien des cinq directions principalement concernées, notamment celle du patrimoine et des collections, ce qui a permis une vraie plongée dans les réserves et dans la régie des œuvres, rarement montrée jusqu’à présent sur Twitter. Les effets de cette sensibilisation des agents continuent de se faire sentir plusieurs semaines après l’événement, et facilitent les perspectives de développement d’autres projets en ligne.

    Pour le formuler manière plus personnelle, j’avoue que j’ai eu le plaisir de voir mes collègues mobilisés, réactifs et disponibles et je sais que je suis très chanceux d’avoir, au musée du quai Branly, une majorité d’agents ouverts au numérique en général, et notamment aux réseaux sociaux. J’ai eu de nombreuses propositions spontanées de la part de certain-e-s conservateurs, régisseurs-ses, chargé-e-s de production, enthousiastes à l’idée de participer à ce type de projet, c’est pourquoi je profite de l’occasion pour les remercier à nouveau.

    En outre, comme indiqué plus haut, nous avons observé une vraie augmentation des abonnés, avec le doublement des nouveaux abonnés par rapport à une semaine habituelle. Le nombre d’abonnés continue d’augmenter, à la fois en raison de la semaine des musées, mais également comme le résultat de nos efforts de coordination pour apporter de la visibilité aux réseaux sociaux en ligne et hors ligne (affichage in-situ dans les expositions et d’autres espaces du musée, lettre d’information aux adhérents, site internet, etc).

    Quelques réflexions dans la perspective d’une prochaine édition

    Pour une prochaine édition, il est évident qu’il faudra faire preuve de davantage de coordination à l’international, notamment pour avoir les mêmes mots-dièses en France et à l’étranger, mais également plus de collaboration en amont pour créer des échanges avec des institutions dont les thématiques ou l’actualité sont proches.

    La communication de Twitter basée sur “les douze grands musées parisiens qui créent la semaine des musées” est à discuter, et elle a été source d’échanges parfois vifs entre institutions, comme en témoigne l’article de mon confrère Gonzague Gauthier. Si elle valorise ces institutions, elle dessert franchement les plus modestes qui n’en sont pas moins dynamiques voire, pour certaines, encore plus créatives que les grosses. À titre personnel, je m’attendais à une approche plus communautaire de la part de Twitter, auréolée de son image de start-up californienne, qui a fait au contraire un choix très hiérarchique, assez institutionnel, de s’adresser à des musées en prenant davantage en compte le prestige et le capital social hors ligne que leurs pratiques en ligne.

    Quoiqu’il en soit, cette semaine a été une formidable occasion de montrer le dynamisme des musées et, plus largement, des institutions culturelles, sur les réseaux sociaux. Au musée du quai Branly tout comme chez plusieurs de mes confrères et consœurs, plusieurs abonnés se sont révélés, tout comme des agents à l’interne. En outre, je persiste à penser que les outils tels que Twitter permettent d’aller plus loin que la seule communication de l’institution, pour s’inscrire dans une continuité éditoriale qui dépasse l’événement. Enfin, il me semble qu’il serait pertinent de bien associer les actions en ligne à des événements et/ou à une visibilité hors ligne.

  • Trois idées reçues sur le numérique au musée

    Trois idées reçues sur le numérique au musée

    Alors que les dispositifs numériques (réseaux sociaux, dispositif in-situ ou mobile, en ligne ou hors-ligne) sont aujourd’hui omniprésents dans les institutions patrimoniales, il n’est pas rare de tomber sur des articles de blogs, des conférences de professionnels ou encore des discussions de comptoirs qui regorgent d’idées reçues sur le numérique, supposément sauveur ou démon de la culture, selon les paroisses.

    Je vous propose ici quelques notes jetées sur la papier (ou plutôt, à l’écran) autour de trois poncifs : pour les réseaux sociaux, les jeunes publics et le retour sur investissement ; pour les dispositifs in-situ, la confrontation entre expérience esthétique et expérience numérique. Évidemment, il ne s’agit que d’observations personnelles basées sur mon parcours professionnel, non de résultats d’une enquête scientifique. En outre, ces réflexions ne reflètent pas la position officielle du musée du quai Branly sur ces sujets.

    Il faut être sur les réseaux sociaux : c’est là que sont les jeunes

    Justin Bieber sur Twitter
    Justin Bieber et ses 52 millions d’abonnées sur Twitter

    C’est l’une des leçons les plus claires que j’ai tiré en deux ans de community management au quai Branly : la majorité des adolescents se fichent bien que des musées viennent leur parler sur les réseaux sociaux. Le musée du quai Branly a une politique des publics très orientée vers les scolaires, qui bénéficient de conditions de visite spécialement adaptées. Forcément, entre la généralisation des smartphones et le succès grandissant de Twitter auprès des ados, il est très fréquent que certain-e-s parlent de leur visite au musée, pas toujours dans les termes les plus flatteurs. Je m’efforce de les accueillir par un petit mot aussi souvent que possible. J’ai choisi cette attitude car je pense que “la première impression compte”. Si ces gamins ont le sentiment qu’ils sont les bienvenus, qu’ils peuvent poser des questions et avoir des réponses, peut-être auront-ils une image positive du musée. La majorité ne répond pas, beaucoup semblent ressentir ces messages comme une agression, quelques-uns au contraire sont demandeurs d’informations. Enfin, plus rarement, certains ont une attitude provocatrice.

    Comme le montrent les travaux de danah boyd ou de Laurence Allard, les ados considèrent les réseaux sociaux comme des espaces qui leur permettent de se retrouver, de discuter hors du regard de leurs parents. La preuve : ils se méfient à présent de Facebook et lui préfèrent des outils moins “exigeants” comme Twitter ou Snapchat). Ils ont un usage identitaire de Twitter, par affinités, dans laquelle le musée ne cadre pas. Leur logique conversationnelle n’est pas celle de l’institution et, en général, ils ont peu d’abonnés et d’abonnements. Ils parlent entre eux, éventuellement, tentent des interactions avec des marques et/ou des stars qui font partie de leur univers (cf les Directioners, les Beliebers, les Gleeks, etc). Un exemple, plutôt drôle, de ces confrontations entre jeunes utilisateurs et institutions est celui de la préfecture de la Moselle sur Twitter en janvier 2013.

    Alors, faut-il s’acharner à essayer d’établir le contact ? Si oui, comment leur parler ? De quoi ? Quel niveau de langue adopter ? Je n’ai pas de réponse et ma réflexion continue à accompagner ma pratique. Un peu de lecture pour enrichir le débat : Teens, Social Media, and Privacy sur le site de Pew Research Internet Project (mai 2013).

    Le problème avec les réseaux sociaux, c’est qu’on ne peut pas mesurer le véritable impact sur les visiteurs

    Intégration des réseaux sociaux dans l'exposition "Indiens des Plaines"
    Intégration des réseaux sociaux dans l’exposition “Indiens des Plaines”

    L’une des questions les plus fréquemment posées avec les réseaux sociaux est : comment en mesure-t-on l’efficacité sur les utilisateurs ? C’est l’une des problématiques les plus importantes des marques, auxquelles les nombreux gourous 2.0 consacrent beaucoup de temps à conseiller tel outil maison ou tel service tiers censé répondre à toutes leurs attentes. Or, les institutions publiques sont confrontées à des enjeux sensiblement différents : leur objectif n’est pas de développer et d’entretenir une clientèle chargée de consommer des produits, mais de répondre aux besoins d’utilisateurs, d’usagers, de visiteurs.

    Aussi, si un projet comme le NOS (Nouvel Outil Statistique) a toute sa pertinence et s’il est important de mettre au point des outils permettant d’évaluer les actions de community management dans les institutions culturelles, je m’interroge de plus en plus sur l’intérêt de ce type de questions. Ça n’est que mon avis, mais plus le temps passe et plus je pense qu’il est inutile de calculer un quelconque ROI (return on investment, ou retour sur investissement en marketing) pour l’usage des médias sociaux par les musées. À mon sens, il s’agit aujourd’hui d’un service public qui doit être proposé aux visiteurs par les institutions culturelles. Pour autant qu’elles en aient les ressources humaines et financières, elles doivent être présentes sur les réseaux sociaux numériques pour répondre aux besoins que les utilisateurs pourraient exprimer à leurs égards. Bien sûr, quelques milliers de fans sur Facebook et ou d’abonnés sur Twitter n’auront pas la portée d’une campagne d’affichage en 4×3 dans le métro parisien, mais là n’est pas la question. Car dans ces quelques milliers d’abonnés figurent nos plus fidèles visiteurs, ambassadeurs du musée et de ses activités.

    Les écrans empêchent les visiteurs de regarder les œuvres

    Capture d’écran du Statens Museum for Kunst, Copenhague sur le Google Art Project
    Capture d’écran du Statens Museum for Kunst, Copenhague sur le Google Art Project

    La multiplication des occasions de consulter des informations sur écrans (qu’ils soient mobiles ou non, et qu’ils soient proposés par le site qu’on visite ou ceux de nos terminaux personnels) pose problème à certains observateurs, qui craignent un éloignement des œuvres. L’exemple le plus frappant de ce danger est le Google Art Project, dont la proposition de visiter les musées du monde entier confortablement installé dans son fauteuil fait craindre à certains l’abandon de la visite physique des lieux. Si je demeure réservé sur les motivations de Google et la participation enthousiaste de bien des établissements culturels dans le monde, il n’en demeure pas moins que ce projet permet une visite en ligne de belle qualité et offre un aperçu de lieux que je ne pourrai sans doute jamais visiter.

    Ironiquement, lors l’apparition de la photographie comme outil de documentation des collections (et la création du catalogue d’exposition tel qu’on le connait aujourd’hui qui en a découlé*), le même argument était utilisé par ses détracteurs : forcément, les visiteurs ne viendraient plus visiter la Grande Galerie de Peinture du Louvre, dès lors qu’ils pourraient se procurer un livre reproduisant les tableaux avec une qualité plus ou moins correcte. Aujourd’hui, les plus hostiles à la valorisation des collections sur formats numériques ne jurent que par les supports éditoriaux papiers, souvent considérés comme bien plus honorables que les dispositifs numériques. Le temps est passé et a rendu le livre légitime alors qu’il n’en est pas moins un support technique, tout comme l’écran. Or, je me rappelle d’un cours de méthodologie à l’École du Louvre dans lequel on nous enjoignait à nous méfier des reproductions des œuvres – les diapos projetées sur l’écran géant de l’amphithéâtre Rohan autant que les vignettes dans les ouvrages de référence -, notamment car elles ne permettent pas toujours de se rendre compte des dimensions des objets représentés, d’une fibule de quelques centimètres à une façade de palais.

    Explorer les trésors des musées grâce à un outil, que ce soit sur papier ou sur écran, est un premier pas dans la découverte de l’œuvre et c’est déjà formidable. Parfois, cette découverte ne va pas plus loin, quelles qu’en soient les raisons (éloignement géographique, prix de la visite, etc). Parfois, cet avant-goût débouchera sur une visite des lieux. Si rien ne remplace la confrontation physique avec les œuvres, les technologies permettent d’en appréhender de multiples aspects. Et réciproquement, si les technologies enrichissent la découverte et la visite, rien ne saurait remplacer la présence de l’œuvre.

    *Voir Culture & musées n°21.

  • 11 Questions to a Museum Blogger on MuseumBlog/gers Day

    11 Questions to a Museum Blogger on MuseumBlog/gers Day

    Best Blog logo
    Last week, March 19th was #MuseumBlogs Day, initiated by Museum 140 and Museum Minute. Many Twitter users used the #MuseumBlogs hashtag to share their favourite museums blogs, as well as museums bloggers (regardless of their working in museums or not).

    The Naturkundemuseum, in Berlin, started a blog chain, by throwing Jenni Fuchs from Museum 140 a Best Blog Blogstöckchen, eleven questions to answer. As the chain went on, Jamie Glavic from Museum Minute was so kind as naming my blog one of her favourite and suggesting I may answer eleven of her questions.

    Here are some bloggers who already answered the 11 questions:

    And here are my answers…

    1. Who are you and what do you like about blogging?

    My name is Sébastien Magro, I am 32 and I am a new media manager at musée du quai Branly in Paris, France. I’m particularly interested in the social, collaborative and participatory aspects of interpretation through digital tools. I like blogging about museum-related technological and digital practices, which are both personal and professional interests.

    2. And which post on your blog is your personal favourite?

    I’m quite proud of ‘About #jourdefermeture‘, which explains the #jourdefermeture hashtags used by French speaking museums. It was, up now, my only blogpost in English, and I’d like to write more often in English.

    3. If you had a whole week just to blog: which subject would you like to thoroughly research and write about?

    I’d like to write about accessibility and visitors with disabilities, in-situ as well as online and through digital devices. I’d ask my friend Simon Houriez, who runs the Signe des Sens non-profit, to help.

    4. If you could ask anyone at all to write a guest post for your blog (you can be as utopian as you like), who would you chose and what would you ask them to write about?

    So it’s totally utopian? I think I’d be very honoured to have an anthopologist like Claude Lévi-Strauss or a sociologist such as Marcel Mauss to write about the Web’s ‘tribes’ and ‘groups’. Working at Musée du quai Branly got me interested in social sciences and humanities, I started reading some books dealing with the museum’s themes. I’d be very intrigued to read what they have to say about our current so-called connected world. Of course, there are sociologists and anthropologists who work on these subjets right now, such as Antonio Casilli, Fred Pailler or Jonathan Chibois.

    5. What has been your most memorable museum experience?

    I remember a few visits that had some impact on me as a kid: the Egyptian Museum in Torino, Italy, with my grand-father; the Archeological Park of Bibracte, France and, of course, the Louvre, that I have been visiting quite often for years, now.

    6. What is the most popular post on your blog?

    My most read blog posts are a three part-post that I wrote in 2011 (Le musée participatif (1/3) : état des lieux, Le musée participatif (2/3) : quelques initiatives and Le musée participatif (3/3) : synthèse et bibliographie). It was supposed to be some kind of an intention letter or abstract for a PhD I was planning to start. It’s a kind of “state of the art” for participatory initiatives in museums, mainly in France. Even if I wrote in few years ago and the examples I listed are quite old (in a web-culture perspective), these three texts are still my most read posts.

    7. What was the last museum you visited and how was it?

    I visited the Bill Viola Exhibition at the Grand Palais last week (it’s not exactly a museum, it’s more of a gallery that hosts large exhibitions). I discovered Bill Viola something like 14 or 15 years ago, when I started studying Art History at the École du Louvre. I was amazed at his work at that time. Now, I must admit that I am less into it: the spiritual themes didnt’s impress the way they did when I was younger. Also, I am wondering if visiting video art should not evolve, now that movies and TV series use quite the same graphic and artistic vocabulary. Viola’s very last piece in the exhibition, dated 2013, has a lot in common with what you see in recent TV shows such as Top of the Lake, Game of Thrones or True Blood. Anyway, it was a very interesting visit, since Grand Palais is a beautiful place.

    8. Share your favourite photo with us that you took at a museum.

    #PaDeBo_13Here it is… I took this picture a few year ago at Centre Pompidou. The view on Paris from Centre Pompidou’s 5th floor is astounding. For me, this picture also deals with the inside/outside theme, art being inside as well as outside the museum. My Flickr photostream shows other views on the outside of museums that I took in Copenhagen, Montreal and other places.

    9. If time and money were not an issue, which museum in the world would you most like to visit?

    When I answered Museum Minute’s ‘Meet a Museum Blogger’ series, I talked about how much I love France National Museum of Natural History, in Paris. Now I’d really like to visit NHM London, I think I have a thing for natural science museums.

    10. There are many big and famous museums, but which is your personal favourite ‘hidden gem’?

    I would say Copenhagen’s Louisiana Museum of Modern Art. It is not a ‘small museum’, since it is quite reknown, but it’s a very suprising place: you arrive in what seems to be a standard European suburban neighbourhood, with tiny family houses and when you get into it, it’s something as huge as NYC’s MoMA, with large galleries, splendid park with sculptures and high-quality exhibitions. I took a few pictures there when I visited in Summer 2012.

    11. Do you have any insider tips on any of the museums you have visited or blogged about?

    • Enjoy Montreal’s Quartier Latin which is gathers great cultural institutions such as Musée d’art contemporain de Montréal, Grande Bibliothèque and Cinémathèque québécoise.
    • Use Copenhagen Card when visiting Copenhagen, it offers many free attractions and avantages, such as free admission for 75 museums and attraction.
    • When visiting with your family or if you are teens interested in visiting museums (which is great), don’t forget that many museums are free for visitors under 25 in France and UE, it’s always great news!

    Next please!

    As I’ve answered my set of questions, I am passing Best Blog Blogstöckchen to some of my favorite blogs and bloggers: Alli Burness, who blogs about her museums world tour on Museum in a Bottle ; Russel Dornan from the Wellcome Collection, that I recently discovered ; my friend Gonzague Gauthier from Centre Pompidou. Here are my questions for you (I also chose to keep them as is):

    1. Who are you and what do you like about blogging?
    2. What is the most popular post on your blog?
    3. And which post on your blog is your personal favourite?
    4. If you had a whole week just to blog: which subject would you like to thoroughly research and write about?
    5. If you could ask anyone at all to write a guest post for your blog (you can be as utopian as you like), who would you chose and what would you ask them to write about?
    6. What has been your most memorable museum experience?
    7. What was the last museum you visited and how was it?
    8. Share your favourite photo with us that you took at a museum.
    9. If time and money were not an issue, which museum in the world would you most like to visit?
    10. There are many big and famous museums, but which is your personal favourite ‘hidden gem’?
    11. Do you have any insider tips on any of the museums you have visited or blogged about?

    And here’s what you have to do:

    • Answer the eleven questions – you can adapt them a little to fit your blog, if you like.
    • Include the Best Blog image in your post, and link back to the person who nominated you (that would be me, by the way, or more specifically, this blog post).
    • Devise eleven new questions – or feel free to keep any of these ones here if you like them – and pass them on to how ever many bloggers you would like to.

    I look forward to reading your answers!