Category: musée

  • 2021 dans le retro

    2021 dans le retro

    Comme l’an dernier, je m’essaie à l’exercice du bilan – majoritairement professionnel, mais pas que – de l’année qui s’achève. 

    Deux charges d’enseignement et diverses interventions

    Entre janvier et avril 2021, je suis intervenu dans deux formations : auprès des L1 Info-com de Paris 8 autour des bases de la muséologie et de la médiation culturelle et scientifique, et auprès des M1 Intelligence économique/Communication des organisations de l’IAE de Poitiers sur le planning stratégique et les tendances de la communication en ligne. Compte-tenu du contexte sanitaire, la majorité des cours ont eu lieu en distanciel, avec un retour en présentiel ou en format hybride au tout début du printemps. Je ne reviendrai pas sur la complexité à mener ce type de cours, car d’autres l’ont fait mieux que moi, mais je retiens de cette période la motivation et l’enthousiaste des étudiant⋅es qui sont souvent resté⋅es investi⋅es jusqu’à la fin. J’ai notamment eu beaucoup de plaisir à construire mon cours de L1, un exercice de pédagogie assez nouveau pour moi, qui ai pris l’habitude de travailler avec des masters, après avoir débuté l’enseignement avec des premières années de BTS en 2011.

    En septembre, je suis retourné à Poitiers pour deux séances autour de la vie en agence, et du coaching des étudiant⋅es sur un projet professionnel qui les occupe une bonne partie de l’année. C’est toujours une expérience stimulante. Ces derniers jours, je suis intervenu dans un jury de master à Sciences Po, dans un séminaire de master à Lille et, la semaine prochaine, je parlerai à l’ICART du rôle social des musées à travers l’exemple des parcours et thématiques queer/LGBT.

    Merci à Marion Coville de Poitiers et Morgan Corriou de Paris 8 pour leur confiance réitérée, ainsi qu’aux autres contacts professionnels qui me sollicitent ponctuellement.

    Reportages et interviews pour le Programme Société numérique

    Comme l’an dernier, j’ai continué à collaborer avec les chercheurs François Huguet, Clément Mabi et Emmanuel Vergès sur une série de reportages et d’interviews autour des conférences NEC, Numérique en commun(s) pour le compte du programme Société numérique de l’ANCT (Agence nationale de la cohésion des territoires). L’équipe s’est étoffée avec l’arrivée de la journaliste Claire Richard, de la designer Zoé Aegerter et de la chercheuse indépendante Yaël Benayoun. Nous avons remporté un marché public dans le cadre d’un groupement d’indépendant⋅es, ce qui nous permet de prolonger le travail engagé en 2020.

    Au premier semestre, j’ai couvert deux rencontres, l’une en ligne et l’autre à Montpellier. Depuis la mi-novembre, je me suis rendu à Saint-Denis de la Réunion et à Annecy en Haute-Savoie, et j’irai bientôt à Maubeuge, dans les Hauts-de-France, pour suivre d’autres NEC.

    Les premiers carnets, relatifs aux événements de 2020, sont consultables en ligne : Bordeaux, Hauts-de-France, Occitanie et Atlantique. J’y ai interrogé des professionnel⋅les et associatif⋅ves autour des enjeux de la médiation et de l’inclusion numériques, et j’y propose des articles de formats variés : reportages, articles de synthèse, entretiens croisés ou interviews individuelles.

    Formation d’enseignant de yoga

    Eh oui ! C’est la nouveauté de l’année : j’ai suivi une formation de prof de yoga en ligne. Je pratique le yoga depuis 2011, principalement dans le studio Ashtanga Yoga Paris. Après quelques années d’hésitation, une pratique assidue pendant le premier confinement m’a convaincu de me lancer dans une formation d’enseignant.

    Malheureusement, entre un nouvel épisode de Covid en avril et mes engagements professionnels rémunérateurs, je ne suis pas parvenu à consacrer autant de temps que je le souhaitais à cette formation et je me hâte de finaliser mes devoirs avant le 31/12 pour pouvoir obtenir mon certificat. Néanmoins, j’ai commencé à enseigner avec un petit groupe d’élèves, des proches qui ont accepté d’être mes cobayes et qui ont profité de mes premiers cours. Je les remercie, ainsi que mes profs, ancien⋅nes et actuel⋅les, pour leur soutien dans ce projet.

    Rôle social des musées

    Toute l’année, j’ai profité de mes déplacements professionnels et personnels pour visiter plusieurs musées, parmi lesquels le Museon Arlaten, le Rijksmuseum et l’Amsterdam Museum, le Musée de Villèle et Stella Matutina à la Réunion. Je continue ma veille sur le rôle social des musées et je m’intéresse principalement à la manière dont les musées d’arts et les musées de société abordent l’héritage colonial et présentent l’histoire de leurs collections. En 2022, j’envisage de prolonger ce travail et de le formaliser, au-delà de mes cours.

    Et demain ?

    Mi-janvier, je reprendrai les cours à Poitiers puis à Paris 8, où je donnerai également un atelier professionnel en L2. J’aurai ainsi le plaisir de retrouver mes L1 de l’an dernier pour approfondir la production de dispositifs de médiation culturelle et scientifique sur des supports numériques. Sur l’année, j’ai encore cinq autres conférences NEC à couvrir un peu partout dans l’Hexagone. Si tout se passe bien, je mettrai en place une activité de prof de yoga même si je ne sais pas encore dans quel cadre et à quel rythme. J’ai également d’autres projets d’écriture, autour d’objets de la culture et des industries culturelles, que j’espère pouvoir développer en 2022, sans parler du retour du podcast La Bascule que Charles Roncier et moi préparons ces derniers mois.

    Pas plus que l’an dernier (peut-être même encore moins), je ne me sens journaliste. Certain⋅es de mes proches ont commencé à me qualifier de chercheur indépendant, ce qui me gêne énormément car je le suis encore moins. Journaliste, j’en ai au moins le diplôme (bout de papier reçu du CELSA cet été !), mais chercheur, je n’en ai même pas la formation. Comme l’an dernier, je réitère mon positionnement professionnel : je travaille – c’est-à-dire que je lis, j’écris et j’enseigne – sur les musées, le numérique, les luttes queer/LGBT, et parfois leurs croisements. Cette année, j’ai affiné ces thématiques en approfondissant mon travail sur le rôle social des musées et sur les enjeux de l’inclusion numérique. Dans les mois qui viennent, je souhaite “muscler” mon discours en lisant encore plus sur ces sujets et en organisant davantage ma pensée. Ce n’est pas une promesse que je vous fais, lecteurs et lectrices, mais plutôt un pense-bête, un fil rouge que je m’attribue.

    L’année 2022 s’annonce complexe, entre la crise sanitaire qui n’en finit pas et l’élection présidentielle qui nous réserve sans doute quelques émotions fortes. Restons mobilisé⋅es, patient⋅es et bienveillant⋅es, car on va en avoir besoin.

  • 2020 dans le rétro

    2020 dans le rétro

    L’année qui s’achève a été tour à tour étrange, incertaine, inquiétante, voire carrément surréaliste. Paradoxalement, ma réorientation professionnelle s’est plutôt bien passée. Elle l’a été parce que tout est possible quand on croit en ses rêves dans notre belle start-up nation j’ai bénéficié du filet de sécurité que constituent les acquis sociaux que les récents gouvernements successifs s’évertuent à détricoter. J’ai également récolté les fruits d’années d’investissement dans un réseau professionnel, dont je n’avais pas imaginé la générosité et la réactivité. Retour sur cette folle année, donc. 

    Résumé des épisodes précédents

    En octobre 2019, je quitte le musée du quai Branly après pas loin de 8 ans de service, et je suis diplômé du master de journalisme du CELSA. En novembre, je rejoins Datagif comme chef de projets. En janvier 2020, les boss de l’agence et moi-même convenons, d’un commun accord, de déclarer ma période d’essai infructueuse. Erreur de casting, malentendu sur les attentes de part et d’autre, on s’est trompés, on se quitte bons amis. À peine le temps de digérer la déception et de m’inscrire à Pôle Emploi que la crise sanitaire commence et, avec elle, le premier confinement. Je profite de l’occasion pour me lancer comme journaliste indépendant, dans un contexte pour le moins difficile, mais l’actualité me donne quelques idées de piges.

    Deux articles publiés dans la presse en ligne

    En mai, je publie Le confinement a mis à l’honneur les métiers du numérique dans les musées dans le Digital Society Forum. L’occasion de mettre l’une de mes vieilles marottes, l’histoire du numérique dans les musées, en perspective avec l’actualité, à l’époque toute récente, du début de la crise sanitaire. Mon passé dans les musées me permets de m’appuyer sur un solide réseaux de professionnel⋅le⋅s : j’interviewe Noémie Couillard (Voix Publics), Claire Séguret (Bnf) et Omer Pesquer (indépendant).

    Merci à Claire Richard pour sa confiance et son accompagnement éditorial bienveillant.

    En juin, mon premier article parait dans Slate : #BlackLivesMatter, l’assourdissant silence des musées français. C’est l’occasion de revenir sur les réactions contrastées des musées au mouvement contre le racisme et les violences policières, suite à l’assassinat de Georges Floyd par des policiers blancs. Cet article me permet de valoriser le travail de femmes, dont certaines racisées, dans une démarche de visibilisation importante à mes yeux : Anne Lafont, historienne de l’art ; Katia Kukawka, conservatrice en cheffe du musée d’Aquitaine, ainsi qu’une community manager anonyme de mon réseau.

    Stratégie éditoriale et community management pour l’Inrap

    En juin, l’Inrap me contacte pour assister l’équipe web sur les Journées européennes de l’archéologie, devenues un événement semi en ligne, semi en présentiel, en raison du contexte sanitaire. Je collabore alors avec Blandine Texier, l’une de mes anciennes étudiantes à Paris 3. J’en profite : rappelez-vous de toujours soigner l’accompagnement de vos étudiant⋅e⋅s et de vos stagiaires. Non seulement elles et ils sont l’avenir de votre profession mais en plus, elles et ils sont vos futur⋅e⋅s collègues. Transmettez-leur vos valeurs, respectez-les même lorsque leurs avis divergent du vôtre, encouragez-les à prendre la parole, soyez constructifs et constructives lorsqu’elles et ils font des bourdes. Et surtout : faites-leur confiance.

    Merci à Omer Pesquer qui a soufflé mon nom à l’Inrap.

    Production et coordination éditoriale du podcast La Bascule

    En octobre, le journaliste scientifique Charles Roncier et moi-même dévoilons notre podcast La Bascule. Nous y donnons la parole aux personnes qui prennent la PrEP, la prophylaxie pré-exposition, qui protège du VIH/sida. Ce projet, dont j’ai déjà parlé ici, a démarré en 2019 quand j’ai convaincu Charles de la pertinence d’un podcast consacré au sujet. Nous produisons la globalité du travail ensemble, avec une grande fluidité et beaucoup de spontanéité dans notre collaboration. Nous sélectionnons les témoignages et réalisons l’écriture générale des épisodes ensemble. Dans le détail, Charles assure les interviews et écrit l’essentiel de ses interventions. Il s’occupe du pré-découpage, du montage et du mixage des épisodes. De mon côté, je coordonne les prises de contact avec les interviewé⋅e⋅s, et je prends en charge la préparation des grilles d’interviews, la recherche des ressources et les publications sur les réseaux sociaux.

    Merci encore Charles de sa confiance.

    Community management pour le colloque #MediaSex2020

    En novembre, j’ai assuré une aide éditoriale et le community management du colloque Médiatiser les sexualités, organisé en ligne par Rennes 2 et Lille 3. Ce projet m’a donné l’opportunité de travailler sur des sujets aussi variés que l’économie des plateformes numériques, les normes de genre dans les industries culturelles ou le traitement journalistique des sexualités. La stimulation intellectuelle de porter le message d’universitaires m’a rappelé le plaisir que j’avais à travailler sur des contenus scientifiques quand j’étais au musée du quai Branly.

    Merci à Florian Vörös et Béatrice Damian-Gaillard pour leur confiance.

    Reportages pour le Programme Société numérique

    Depuis l’été, je réalise une série de reportages dans le cadre d’une mission pour le Programme Société numérique. J’interviewe des acteurs et des actrices de la médiation/inclusion numérique qui participent aux conférences NEC, Numérique en commun(s). Les enjeux du secteur recoupent ceux de la culture : connaître ses publics, évaluer ses actions en ligne et hors ligne, créer des synergies entre les structures. Quand c’était possible, je me suis déplacé à Lens, à Bordeaux et dans la région d’Avignon, mais l’essentiel du travail se fait à présent en ligne et au téléphone. À ce jour, j’ai réalisé une vingtaine d’interviews en mois de 3 mois et, à terme, je vais livrer un total de 7 articles longs, aux formats variés (entretiens croisés, interviews thématiques, reportages, etc). C’est un projet exigeant mais très formateur et, il faut bien le reconnaître, clairement plus rémunérateur que les piges dans la presse.

    Merci à François Huguet qui a pensé à moi pour l’accompagner sur ce projet.

    Et demain ?

    J’ai accepté deux charges de cours qui m’occuperont de janvier à avril 2021. La première me mènera à Poitiers avec des masters de l’IAE, sur le planning stratégique et la communication institutionnelle (merci à Marion Coville d’avoir pensé à moi). La seconde est à Paris 8 avec des L1 Info-Comm, autour des basiques de la médiation culturelle et scientifique (merci à Maxime Cervulle d’avoir glissé mon nom à la responsable de la formation).

    J’ai quelques autres pistes de projet d’ici le printemps 2021 mais rien de signé encore. Bien sûr, Charles et moi allons continuer la Bascule, et nous avons déjà des idées pour les prochaines saisons. À part ça, je n’ai aucune visibilité sur le reste de l’année, qui s’annonce particulièrement rude pour les indépendant⋅e⋅s, compte-tenu du contexte sanitaire, économique et social. Et au mois d’août, j’aurai 40 ans.

    Si l’essentiel de mon travail relève des techniques du journalisme, je ne l’effectue pas pour des entreprises de presse, et c’est pourquoi j’ai toujours du mal à m’identifier comme journaliste. De manière générale, je préfère mettre en avant les sujets sur lesquels je travaille, comme je le fais sur Twitter, plutôt que de revendiquer une profession. Je travaille – c’est-à-dire que je lis, j’écris et j’enseigne – sur les musées, le numérique, les luttes queer/LGBT et leurs croisements.

    Je ne suis pas inquiet, je ne suis pas confiant, je ne suis pas résigné. Nous traversons une époque compliquée, marquée par la destruction de notre modèle social, l’érosion de la confiance dans les institutions et les médias, et un glissement chaque jour confirmé vers l’autoritarisme, réclamé par certain⋅e⋅s. Au milieu de tout cela, je m’efforce de continuer à travailler en portant les valeurs de solidarité, de curiosité intellectuelle et de bienveillance qui sont les miennes. C’est la manière dont je milite, c’est ce que j’ai trouvé de mieux pour continuer d’avancer dans l’incertitude et l’impermanence.

    Merci aussi à fp, qui continue de me faire profiter de ses conseils avisés.

  • Cinquante ans de pratiques culturelles en France

    Cinquante ans de pratiques culturelles en France

    Cinquante ans de pratiques culturelles en France
    Cinquante ans de pratiques culturelles en France

    L’étude “Cinquante ans de pratiques culturelles en France”, coordonnée par le statisticien Philippe Lombardo et le sociologue Loup Wolff, a été publiée par le Ministère de la Culture le 10 juillet 2020.

    Très attendue car la dernière datait de 2008, cette sixième enquête depuis les années 1970 est ambitieuse (9200 personnes interrogées en 2018). Elle permet de dresser le bilan de cinquante ans de pratiques culturelles en France métropolitaine. Six grandes tendances émergent :

    • Sur la période, la part de la culture dans le quotidien des Français⋅e⋅s n’a cessé de croître, avec une diversification des pratiques. La télévision et la radio, si elles se maintiennent, sont concurrencées par les outils et plateformes numériques, surtout chez les moins de 35 ans.
    • Justement, les pratiques culturelles numériques ont connu une explosion ces dix dernières années, surtout les jeux vidéo. Il me semble dommage que les auteurs ne mettent pas en perspective leurs observations avec l’évolution des technologies numériques (notamment la fibre en fixe et la 4G en mobile), ainsi que celle des plateformes (la plupart des plateformes apparaissent entre la fin des années 2000 et le début des années 2010).
    • Les Français⋅e⋅s fréquentent les lieux culturels avec assiduité et, sur la période, c’est notamment le développement de cette pratique chez les plus de 40 ans qui explique sa large diffusion. Mais les 25-39 ans s’illustrent par leur manque d’intérêt pour le spectacle vivant.
    • Corollaire de l’explosion des pratiques numériques, les pratiques culturelles s’homogénéisent sur le territoire, avec une réduction des écarts. En revanche, la fréquentation des lieux patrimoniaux reste l’apanage des plus diplômé⋅e⋅s (je ne vous ferai pas l’insulte de vous suggérer de relire Bourdieu)
    • La centralité du numérique caractérise les pratiques culturelles des générations les plus récentes : les plus jeunes délaissent la TV et la radio au profit des réseaux sociaux numériques pour s’informer. Ce qui ne les empêchent pas de continuer à fréquenter des lieux culturels.
    • Les personnes nées entre 1945 et 1954 structurent le paysage français par l’intensité de leurs pratiques culturelles. Elles sont plus engagées que les générations d’avant et d’après, laissant craindre un effondrement de certaines pratiques, compte-tenu de leur vieillissement.

    L’enquête complète est disponible sur le site du Ministère. En complément, je vous suggère de consulter également la dernière édition du baromètre du numérique de l’Arcep (chiffres au 30 juin 2019).

  • Le musée à l’ère numérique : ressources

    Le musée à l’ère numérique : ressources

    Entre 2014 et 2018, j’ai fait partie des professionnel⋅le⋅s associé⋅e⋅s au master “Muséologie et nouveaux médias” (devenu depuis “Musées et nouveaux médias, mention Direction de projets ou d’établissements culturels”) de l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle. J’ai notamment eu en charge le cours “Le musée à l’ère numérique : stratégies, dispositifs et usages”, qui avait pour objet un panorama des usages du numérique fait par les établissements patrimoniaux, en relation avec les pratiques des publics.

    À toute fin utile et, comme on me demande régulièrement des conseils et des ressources sur le sujet, voici la présentation et le plan du cours, une liste de notions et une bibliographie indicative de ma dernière année, 2017-2018. Ces ressources ont vieilli et ne font pas état de projets qui se sont développés depuis (par exemple, des podcasts et des newsletters consacrés l’actualité muséale).

    À propos du cours

    Le cours présente un panorama général des dispositifs numériques dans un contexte culturel et patrimonial : musées et monuments, centres de sciences, centres d’interprétation, autres lieux à vocation culturelle ou patrimoniale.

    Après une introduction permettant de remettre les dispositifs dans un continuum historique, nous établirons une typologie des dispositifs proposés par les établissements, autant que des usages observés chez les publics, sans qu’ils ne soient à l’initiative des institutions – mettant ainsi en valeur les dimensions participatives et/ou collaboratives de certaines pratiques. Cette typologie couvrira les usages du web (sites web, visites en ligne, réseaux sociaux numériques, etc.), les technologies mobiles (audioguides, applications, QR codes, technologie sans contact, tablettes, lunettes, etc.), les dispositifs in situ et immersifs (bornes multitouch, écrans tactiles, scénographie immersive, etc) pour finir par la narration transmedia, les écritures interactives et les dispositifs prospectifs.

    Renonçant à l’ambition d’exhaustivité, futile alors que les étudiant⋅e⋅s ont facilement accès à l’information, le cours présentera une sélection resserrée d’exemples, sélectionnés pour leur pertinence et étudiés en profondeur. Chaque fois que possible, les aspects techniques (conception, réalisation, maintenance au quotidien) et administratifs (commande publique, enjeux budgétaires, etc) seront abordés, pour répondre aux exigences d’un master préparant les étudiant⋅e⋅s en muséologie à rejoindre le secteur professionnel culturel et patrimonial. Enfin, cette typologie sera également envisagée à la lumière d’enjeux sociaux, juridiques et éthiques, permettant aux étudiant⋅e⋅s d’acquérir les bases d’une distance critique sur leur pratique professionnelle à venir.

    L’approche choisie combine une perspective professionnelle, issue de l’expérience acquise sur le terrain, avec une dimension théorique inspirée des sciences humaines et sociales (sociologie et ethnographie, notamment).

    Plan de cours

    Le cours est découpé en 8 séances de 3h, réparties comme suit :

    1. Introduction générale

    Cette séance proposera un aperçu général du cours et des thématiques abordées, à travers un rapide historique des grandes étapes des dispositifs numériques au musée depuis les années 1970, et l’établissement d’une typologie des dispositifs. Le paysage professionnel sera évoqué : principales initiatives issues de la communauté professionnelle, grandes conférences et ressources de référence, en ligne et hors ligne.

    2. Les dispositifs en ligne 1 : le web

    Après une présentation d’internet, du web et des principaux protocoles qui y sont utilisés, cette séance proposera un panorama des sites web de musées, de leurs offres et de leurs usages : informations pratiques, sites vitrines ou sites de contenus, usages mobiles (en prélude à la séance n°5), etc.

    3. Les dispositifs en ligne 2 : les RSN

    Dans cette séance, les étudiant⋅e⋅s se verront proposer une présentation générale des réseaux sociaux numériques. Dans une première partie théorique, plusieurs définitions du terme « réseau social » seront présentées, confrontant notamment approches SHS et marketing. La seconde partie du cours proposera une prise en main pratique, illustrées d’exemples de terrain et accompagnée d’exercices, individuels et en groupe.

    4. Les dispositifs in situ

    Située à mi-parcours, cette séance présentera les dispositifs in situ : bornes multimédias, écrans et tables tactiles ou non, projections images et/ou sonores, etc. Leurs vocations (médiation, information) et leurs articulations avec les dispositifs non numériques seront évoquées.

    5. Les dispositifs mobiles

    Cette séance proposera un panorama des dispositifs mobiles et de leurs usages : audioguides prêtés par les établissements, smartphones personnels, autres objets connectés mobiles (montres et lunettes notamment). Leurs vocations (médiation, information) et leurs articulations avec les dispositifs non numériques seront évoquées. Cette séance sera également l’occasion d’aborder la personnalisation de la visite.

    6. « Nouvelles écritures » et musée comme terrain d’expérimentation

    Cette séance présentera les formes émergentes de narration (transmedia, ludification, webdocumentaire, BD en ligne, etc). Elle sera aussi l’occasion d’évoquer le musée comme terrain d’expérimentation : fablabs, dispositifs participatifs et collaboratifs, mécénat participatif.

    7. Enjeux politiques des dispositifs numériques dans les musées

    Cette dernière séance sera l’occasion de revenir sur l’ensemble du cours à la lumière d’enjeux sociaux, juridiques et éthiques : privacy, stockage et accès aux données, profilage ; questions de genre, de minorités ; rôle social du musée dans un contexte numérique, etc.

    8. Évaluation

    En complément des présentations orales qui auront lieu lors des séances n°2 à n°7 (10 min de présentation, 5 min de questions, 25 % de la note finale), cette évaluation demandera aux étudiant⋅e⋅s de remplir un QCM (25 % de la note) et de rédiger une note d’intention décrivant un dispositif numérique (50 % de la note), à partir d’un sujet choisi entre trois propositions.

    Voici le sujet proposé lors de l’évaluation :

    Création d’un projet numérique

    Vous choisirez un seul sujet parmi les trois, et présenterez votre proposition de la manière qui vous semble le plus adéquate (texte de présentation, schémas de fonctionnement, croquis d’interface, cartels, etc). Il vous appartient de préciser le périmètre de votre intervention (in situ, hors les murs, mobile, etc) et de justifier vos choix.

    Les critères d’évaluation sont les suivants :

    • cohérence et pédagogie. Votre proposition devra notamment être claire et intelligible pour un public non averti.
    • originalité et créativité. Votre proposition devra se démarquer d’éventuels concurrent⋅e⋅s.
    • réalisme et vraisemblance. Le budget est illimité, mais vous en proposerez une estimation, ainsi qu’un calendrier de réalisation de votre projet.

    1. Vous êtes chef⋅fe de projet numérique au Musée de l’Abeille de Bagnères-de-Bigorre. Votre responsable hiérarchique, la directrice des publics, vous charge de proposer une nouvelle expérience de médiation autour de l’accrochage permanent. Le parcours couvre l’histoire de la domestication de l’abeille de l’Antiquité à nos jours, l’exploitation des produits de la ruche et les enjeux sociaux et environnementaux de l’apiculture de nos jours. Votre expérience doit être en place pour accueillir les publics lors des vacances d’été 2018.

    2. Vous êtes chargé⋅e de communication dans l’agence « Hashtag avec les doigts ». Il vous est demandé de proposer à votre client, le musée du Jeu vidéo de Gif-sur-Yvette, une campagne promotionnelle pour l’exposition « Super Mario : mythe, modèle, muse » qui aura lieu de décembre 2018 à mars 2019. Le client vous demande de « surprendre, faire rêver, mais surtout : faire connaître le musée ».

    3. Vous êtes consultant⋅e indépendant⋅e et répondez à un appel d’offre pour la réalisation de dispositifs éducatifs dans l’exposition « Botticelli : un génie à Florence » qui aura lieu au musée des Beaux-Arts de Lyon, au printemps 2019. Le musée souhaite que vous proposiez trois dispositifs, un pour chacune des trois parties : « Florence 1470 : un état de l’art de la Renaissance », « Jeux de pouvoir à la cour des Médicis » et « Thématiques champêtres et nus féminins ». Les publics visés sont les scolaires de 8 à 12 ans, et le cahier des charges précise que les dispositifs doivent être inclusifs.

    Notions abordées

    • musée
    • informatique, audiovisuel, multimédia, numérique, digital
    • internet, web, protocoles
    • réseaux sociaux, réseaux sociaux numériques, médias sociaux
    • privacy, confidentialités des données
    • dispositifs et outils mobiles
    • médiation culturelle et scientifique sur des supports numériques
    • géolocalisation
    • temporalités et personnalisation de la visite
    • dispositifs immersifs et spectaculaires
    • BYOD, DIY, fablabs
    • production participative des contenus (crowdsourcing), financement participatif (crowdfunding)
    • sociabilités, recommandation sociale, personnalisation de la visite
    • 3D, réalité virtuelle (VR), réalité augmentée (AR)

    Bibliographie indicative

    Numérique, numérique au musée

    • Azemard Ghislaine (dir.) « 100 notions pour le crossmédia », Comptoir des Presses d’Universités, 2013.
    • Barney Darin, Coleman Gabriella, Ross Christine, Sterne Jonathan et Tembeck Tamar (dir.) « The Participatory Condition in the Digital Age », University of Minnesota Press, 2016.
    • boyd danah, « It’s Complicated, The Social Lives of Networked Teens », Yale University Press, 2014.
    • Coleman Gabriella, « Coding Freedom », Princeton University Press, 2013.
    • Couillard Noémie, Coville Marion, Schlageter Karin (dir.), « Les coulisses du musée », Revue POLI n°12, 2016.
    • Magis Christophe, Quemener Nelly et Vörös Florian (dir) « Exploitation 2.0 », Revue POLI n°13, 2017.
    • Simon Nina, « The Participatory Museum », auto-édité et en ligne, 2010.
    • Sanderhoff Merete (dir.), « Sharing Is Caring », Statens Museum for Kunst, 2014.
    • Turner Fred, « From Counterculture to Cyberculture », University of Chicago Press, 2006.
    • Turckle Sherry, « Alone Together », Basic Books, 2012.
    • Zittrain Jonathan, « The Future of the Internet », Penguin Books, 2009.

    Muséologie générale, pratiques au musée

    • Chaumier Serge et Mairesse François, « La médiation culturelle », Armand Colin, 2013 (2017).
    • Chaumier Serge, Krebs Anne et Roustant Mélanie, « Visiteurs photographes », La Documentation française, 2013.
    • Gob André et Drouguet Noémie, « La muséologie», Armand Colin, 2014.
    • Merleau-Ponty Claire et Ezrati Jean-Jacques, « L’exposition, théorie et pratique », L’Harmattan, 2006.
    • Merleau-Ponty Claire (dir.) « Documenter les collections de musées. Investigation, inventaire, numérisation et diffusion », La Documentation française, 2014.
    • Poulot Dominique, « Musée et muséologie », La Découverte, collection « Repères », 2005.
    • Tobelem Jean-Michel et Barry (de), Marie-Odile, « Manuel de muséographie », Séguier, option culture, 2003.

    Autres sites et blogs dont la consultation régulière est conseillée

  • 5 ouvrages généralistes sur la muséologie et la médiation culturelle

    5 ouvrages généralistes sur la muséologie et la médiation culturelle

    Voici une sélection personnelle de livres que je trouve pertinents et utiles pour aborder la muséologie et la médiation culturelle. Je n’ai pas prétention à ce qu’elle soit représentative et d’autres professionnel.le.s pourraient proposer d’autres ouvrages. Ce n’est pas non plus un classement, c’est pourquoi j’ai adopté l’ordre chronologique des éditions dont je dispose.

    “Manuel de muséographie. Petit guide à l’usage des responsables de musées”, dir. Marie-Odile de Bary et Jean-Michel Tobelem, éd. Seguier, coll. Option Culture, 2006.

    Un ouvrage très pratique, qui s’adresse à des professionnel.le.s de terrain et ne nécessite aucune connaissance universitaire sur le sujet.  19 articles rassemblés en 8 chapitres autour de thématiques telles que la sécurité du public et des objets, la conservation préventive, la communication, le financement. Un excellent aperçu quand on débute et une bibliographie de qualité.

     

    “Musée et muséologie” de Dominique Poulot, éd. La Découverte, coll. Repères, 2009.

    Une approche institutionnelle du musée : histoire, définitions, constitutions des collections, aperçu des politiques culturelles, ouverture sur la muséologie comme discipline scientifique. La lecture est un peu plus ardue que l’ouvrage précédent, mais elle vaut le coup de s’accrocher. Comme d’habitude avec les “Repères” de La Découverte, les encadrés viennent éclairer le propos avec des exemples judicieusement choisis.

     

    “L’exposition, théorie et pratique” de Claire Merleau-Ponty et Jean-Jacques Ezrati, éd. L’Harmattan, coll. Patrimoines et Sociétés , 2010.

    L’un des premiers livres que j’ai lus quand j’ai souhaité approfondir mes connaissances en muséologie. Les ressources théoriques sont habilement intégrées dans un ouvrage très pratique, qui aborde de manière rigoureuse des aspects essentiels mais souvent négligés comme le choix de la typographie des cartels, la qualité de l’éclairage ou le niveau de langue des textes de salles. Le glossaire est très utile, surtout quand on débute.

     

    “La muséologie. Histoire, développement, enjeux actuels”, d’André Gob et Noémie Drouget, éd. Armand Collin, coll. U, Sciences humaines et sociales, 2010.

    Sans doute le plus complet et le plus pédagogue de toute la sélection. Dans une écriture simple et accessible, les auteur.e.s reviennent notamment sur les fonctions du musée (présentation, conservation, recherche scientifique, animation) sans oublier une ouverture sur les études de publics et un chapitre particulièrement bien vu sur l’architecture des établissements.

     

    “La médiation culturelle”, de Serge Chaumier et François Mairesse, éd. Armand Collin, coll. U, Sciences humaines et sociales, 2014.

    L’ouvrage de référence sur la médiation : exhaustif, riche en pistes de réflexion et parfois dense. La première partie est consacrée à présentation la médiation au sein du panorama culturel ; la seconde, plus pratique, aborde le secteur professionnel. L’ouverture sur le numérique me semble un peu légère et n’arrive que dans la conclusion – mais mon regard est évidemment biaisé sur le sujet.

     

    Je m’aperçois que les auteures sont clairement sous-représentées dans cette sélection. Si vous avez des suggestions concernant d’autres ouvrages, notamment rédigés par des femmes, n’hésitez pas à les indiquer en commentaire.

  • 5 choses que j’ai apprises en 5 ans de community management dans un musée

    5 choses que j’ai apprises en 5 ans de community management dans un musée

    Au début de l’année 2017, j’ai fêté mes cinq ans de travail au musée du quai Branly – Jacques Chirac. L’objectif de cet article n’est ni d’établir un bilan de mon action (je n’ai pas quitté le musée), ni de produire un guide pratique du community management pour une institution patrimoniale (il en existe déjà un, proposé par le Ministère de la Culture). En revanche, il me semble qu’un rapide tour d’horizon de ce que j’ai appris de cette expérience pourrait être utile, autant à mes homologues d’autres établissements, qu’à des professionnel.le.s, des étudiant.e.s et des chercheur.se.s de la culture et du numérique.

    1. Connaître son établissement

    Dis comme ça, ça l’air évident, mais c’est un point primordial. Je vais vous faire une confidence : au moment d’arriver au quai Branly, j’étais aussi en discussion pour intégrer le Centre Pompidou. J’étais très enthousiaste à l’idée de travailler sur l’art moderne et l’art contemporain, des collections que je maîtrisais davantage que les objets ethnographiques. Finalement, j’ai eu une réponse positive du quai Branly avant celle de Beaubourg, mais je n’ai jamais regretté : j’ai découvert d’impressionnantes collections et des domaines de recherche passionnants, j’ai appris à prendre du recul sur mes propres pratiques culturelles et numériques, notamment à partir de lecture d’ouvrages d’anthropologie et d’ethnologie.

    Connaître ses collections et sa programmation permet de répondre avec efficacité aux questions des visiteur.se.s en ligne, de gagner du temps au quotidien et de réagir avec pertinence à l’actualité.  Au fil des années, j’ai appris à tirer au mieux partie des nombreux outils qui sont conçus autour de chaque événement, aussi bien à destination des publics que pour un usage interne. Je pense notamment aux supports papiers et en ligne qui sont produits par mes collègues (entre autres des directions des publics et de la communication), et aux visites guidées des expositions, organisées dès l’ouverture par la direction des publics. Bien sûr, au besoin, je vais chercher directement l’information auprès des personnes qui produisent l’événement (directions opérationnelles), ou auprès des personnes qui détiennent les savoirs scientifiques (départements de la recherche et des collections, médiathèque).

    2. Ne pas juger les pratiques de ses publics

    Même si beaucoup d’études dans les musées esquissent le portrait d’un public type sous les traits d’une mère de famille plutôt urbaine, de classe moyenne et éduquée, nos visiteur.se.s ne sont pas un groupe homogène. Ils/elles arrivent parfois avec le décalage horaire, l’excitation d’une visite attendue et préparée depuis des mois ; ou au contraire sans attente, agacé.e.s d’une visite imposée par l’école ou la famille ; ou encore fatigué.e.s par une longue semaine de travail et des enfants qui chahutent. Nos visiteur.se.s ne sont pas tou.te.s blanc.he.s, aisé.e.s, urbain.e.s, valides, hétéros, cisgenres. Ces personnes viennent au musée avec leur propre personnalité, leur identité, ils/elles viennent avec leur parcours de vie, leur histoire personnelle qui influencent leur perception de ce qu’ils/elles voient dans le musée. Beaucoup de gens ne font pas la différence entre un accrochage permanent et une exposition temporaire, certain.e.s n’imaginent pas qu’il puisse se passer autre chose dans un musée que des expositions. En tant que médiateurs.trices en ligne, les community manager se doivent de tenir compte des spécificités de leurs publics. Nous nous frottons à la difficulté de parler à tou.te.s en voulant s’adresser à chacun.e.s, ce qui oblige parfois à segmenter les actions pour plus d’efficacité.

    L’exemple type est le selfie : comme beaucoup de gens perplexes devant le déferlement d’autoportraits d’adolescent.e.s posant dans (les toilettes) des musées, il m’est arrivé de juger cette pratique. Mais, comme le montrent la sociologue Laurence Allard ou l’historien de l’image André Gunthert, même si l’usage du selfie relève d’une mise en scène de soi, il s’agit d’une pratique complexe, qui dépasse l’égocentrisme et met en œuvre des échanges plus riches qu’il n’y parait à première vue. Il est important d’accepter que nous ne pouvons pas comprendre, connaître et/ou partager toutes les pratiques de tous nos publics. Il faut les accepter sans les juger, parfois pour les accompagner, parfois juste pour les observer, en rendre compte à nos hiérarchies qui décideront si elles souhaitent en tenir compte pour adapter l’offre du musée.

    3. Ne pas projeter ses propres pratiques sur les publics

    C’est un corollaire du point précédent : il est facile d’imaginer ses publics avoir les mêmes usages des réseaux sociaux que les siens, notamment dans le microcosme que certaines plateformes constituent. Passer à côté d’un réseau qui gagne en popularité parce qu’on n’en a pas un usage personnel, baser sa ligne éditoriale sur ses propres centres d’intérêt : le risque est grand de manquer de lucidité et de vouloir calquer son propre usage sur les comptes qu’on anime pour son institution.

    Un exemple parlant est l’opération que j’ai mise en place sur Twitter lors de la sortie de Star Wars VII. Suite au succès du tweet faisant référence au dévoilement de la bande-annonce du film en novembre 2014 (qui reste à ce jour notre tweet le plus populaire), l’année suivante, j’ai préparé une douzaine de tweets basés sur les collections et les « emprunts » de la saga Star Wars aux populations non occidentales, avec la complicité des responsables des collections qui m’ont proposé de nombreuses idées sur les costumes, les coiffures, les langues, etc.

    Bien sûr, je n’aurais pas travaillé sur ces publications si je n’avais pas eu un matériau adapté et, bien sûr, elles ont eu du succès, en partie due à leur programmation qui coïncidait avec la sortie du film sur les écrans. Néanmoins, j’ai pris conscience par la suite que le point de départ du projet était mon propre intérêt pour la saga Star Wars… Mais à vouloir parler aux geeks, n’ai-je pas exclu une partie de nos abonné.e.s, moyennement (voire pas du tout) intéressé.e.s par les histoires de Jedi et de droids ? L’équilibre est subtil, mais il convient de trouver la bonne dose, en choisissant les plateformes les plus appropriées et en n’essayant pas à tout prix de rebondir à tout ce qui « fait le buzz ». Dans la continuité du point précédent, il convient d’accepter qu’on ne peut pas parler à tout le monde et qu’il faut parfois ne s’adresser qu’à un segment, au moins temporairement.

    4. S’attendre à tout

    Même (et surtout) à l’imprévu. Des situations de crises au niveau national en passant par les bad buzz visant l’établissement qu’on représente, le community management nécessite d’accepter l’imprévu et, plus généralement, toutes les choses sur lesquelles on n’a pas de prise. Quand je dis qu’il faut s’attendre à tout, c’est vraiment à tout : même à un paragraphe plus court.

    5. Savoir lâcher prise

    Quand on est jeune et/ou qu’on débute dans une institution, il peut être difficile de prendre la distance : on s’investit beaucoup car on prend à cœur notre travail, on se sent porté par sa mission de service public et par un optimisme sans faille… Et puis, un jour, on est confronté.e à l’agressivité, à l’hostilité, aux trolls. Comme dans tous les métiers, on doit vivre avec la frustration, la colère, l’incompréhension. Mais plus que dans bien des métiers, la mission de community management nous engage à « faire corps » avec l’institution, à la porter et parfois la représenter, même quand on n’est pas au bureau.

    Pourtant, il faut apprendre à se déconnecter le soir, le weekend et pendant ses vacances. Avec le temps qui passe, on apprend à lâcher prise : on met de la distance entre son travail et le reste de sa vie, on s’investit dans d’autres projets, quitte à perdre une partie de la passion qui nous animait autrefois. En portant la voix de l’institution auprès des publics, et celles des publics auprès de la direction de l’établissement, on joue un rôle crucial de pivot mais on n’est pas l’institution. Renoncer à la passion initiale permet de faire émerger une certaine sérénité, car on gagne en confiance en acceptant qu’on ne peut pas répondre à tout, ni à tou.te.s. Accepter de reconnaître le modeste périmètre de son intervention, c’est commencer à en prendre possession.

    Voilà

    Je rappelle au passage que je n’ai jamais été l’unique CM du musée du quai Branly – Jacques Chirac, car les pages Facebook de la Médiathèque et du salon de lecture, des Before, et du Théâtre Claude Lévi-Strauss ont toujours été administrées respectivement par les agents de la médiathèque, de la direction des publics et du service de l’auditorium. En outre, depuis 3 ans, nous utilisons un outil tiers pour l’administration des différents comptes, et 10 à 12 personnes produisent des contenus et publient régulièrement sur les comptes du musée. Je profite de l’occasion pour les remercier de leur investissement et leur créativité au quotidien !

  • Trois autres musées à Bruxelles

    Trois autres musées à Bruxelles

    Après un premier article consacré au Musée du Cinquantenaire, voici le deuxième article consacré à ma visite de Bruxelles en mars 2016. J’y présente un aperçu rapide de trois institutions : le musée de la Ville de Bruxelles, le musée des instruments de musique et BOZAR.

    Le musée de la Ville de Bruxelles

    Situé sur la très touristique Grand-Place, le musée de la Ville de Bruxelles présente des collections beaux-arts éclectiques, datant du Moyen-Âge à l’époque contemporaine. Le bâtiment est intéressant, c’est une sorte de château/manoir sur trois étages. Côté pratiques des publics et équipements numériques, la photographie est autorisée sans flash, un audioguide classique par saisie d’une suite de chiffres est proposé (je ne l’ai pas pris) mais il n’y a pas de réseau wifi.

    Côté médiation, la gestion des langues est astucieuse : les cartels et textes de salles sont proposés en français et en néerlandais, mais des fiches de salles en anglais et en allemand sont aussi disponibles. Des dispositifs interactifs et ludiques permettent l’appropriation, à travers la découverte de l’histoire de Bruxelles et de la Belgique. Choix intéressant dans les sections traitant de l’urbanisme et de la ville : plusieurs pièces sont considérées comme des documents avant d’être des œuvres d’art. Leurs cartels indiquent d’abord ce qu’elles représentent dans le contexte de l’époque et/ou dans le propos de la salle, avant d’indiquer, dans une police de caractères plus petite, l’artiste, le titre et les informations techniques.

    Le dernier étage est quasiment exclusivement consacrée à la restauration d’un carton de tapisserie de la Renaissance (XVI°s). On peut observer en direct le travail des restauratrices, à travers une paroi vitrée et même entrer dans l’atelier, en petits groupes. Plusieurs dispositifs à manipuler permettent d’explorer l’univers de ce carton, son rôle dans la réalisation d’une tapisserie, etc. Ces installations sont ludiques et engageantes pour les visiteur.se.s, à travers des outils simples mais efficaces, à l’image du puzzle aimanté illustré ci-dessus.

    Le musée des instruments de musique (mim)

    Le musée des instruments de musique se visite avec un audioguide inclus dans le prix d’entrée, bien fait, simple à utiliser, qui fonctionne par saisie d’une suite de chiffre, généralement indiquée au sol devant les vitrines. En revanche, aucun autre dispositif numérique une fois entré dans le parcours, qui propose des dispositifs scripto-visuels classiques : panneaux associant textes, photos et parfois schéma. Comme je suis arrivé moins d’une heure avant la fermeture du musée, on m’a suggéré de commencer par le 4ème étage pour suivre la fermeture progressive des salles. J’ai livetweeté ma visite et le compte du musée a aimé quelques-uns de mes tweets.

    À lire aussi, l’article de Culturez-vous : Visite musicale dans le MIM, le Musée des Instruments de Musique, à Bruxelles

    BOZAR

    Gigantesque bâtiment, avec un dédale de salles et un grand auditorium, BOZAR est une sorte de mélange entre le Palais de Tokyo et le Grand Palais parisiens. Lors de ma visite, on pouvait y voir des expositions sur un prix de design industriel, le peintre Rembrandt, le designer Van Doesburg et le plasticien Daniel Buren.

    À l’entrée, les visiteur.se.s sont invité.e.s à faire part de leur visite sur les réseaux socionumériques, notamment en utilisant le wifi qui leur est proposé. Malheureusement, la photographie est interdite, même sans flash, dans les expositions. Malgré de nombreuses mentions et l’usage du hashtag suggéré, je n’ai eu aucune interaction avec le compte Twitter de BOZAR.

    Dans le prochain, j’évoquerai le Muséum d’Histoire naturel. Dans le dernier article de la série consacrée aux musées de Bruxelles, je reviendrai sur les dispositifs hors les murs du Musée royal de l’Afrique centrale, actuellement en travaux.

  • Visite du Musée du Cinquantenaire à Bruxelles

    Visite du Musée du Cinquantenaire à Bruxelles

    Au début du mois de mars 2016, avant les attentats du 22, j’ai passé une semaine à Bruxelles, et j’en ai profité pour visiter quelques musées. Voici le premier article d’une petite série consacrée à ces visites.

    Le Musée du Cinquantenaire tire son nom du cinquantenaire de l’indépendance de la Belgique, célébré en 1880. Il fait partie des Musées Royaux d’Art et d’Histoire, avec les musées d’Extrême-Orient, la Porte de Hal et le Musée des Instruments de musique, et se situe au cœur du Parc du Cinquantenaire, dans lequel se trouvent d’autres musées : Musée de l’Armée, de l’Aviation et de l’Automobile.

    Le charme d’une architecture caractéristique du XIX°s

    Ses collections traitent de thématiques larges, sur une longue période historique. On y voit la volonté propre au XIX°s de présenter un musée universel, comportant des galeries européennes consacrées à la Préhistoire, à l’Antiquité, au Moyen Âge et aux arts décoratifs. Mais les collections proposent également une importante section consacrée aux civilisations extra-occidentales, avec notamment plusieurs salles autour des Amériques et d’autres autour de l’Océanie, enrichies par une expédition scientifique à l’Île de Pâques en 1934. Les collections africaines, en grande partie héritées du passé colonial de la Belgique, bénéficient d’une institution distincte, le Musée Royal de l’Afrique Centrale actuellement fermé pour rénovation (mais j’y reviendrai dans un prochain article).

    Le bâtiment est impressionnant, et fait de multiples galeries réparties sur de nombreux niveaux. Les salles sont spacieuses, pour la plupart hautes sous plafond et proposent un mélange éclectique d’architectures, notamment un ancien cloître, des escaliers monumentaux (l’idéal pour placer un mât de la Côte Nord-Ouest du Canada) et une grande salle qu’on dirait d’apparat, de part et d’autre de laquelle sont disposées les galeries consacrée aux beaux-arts. La Préhistoire et l’Antiquité sont situées dans les sous-sols, tandis que les collections extra-occidentales sont situées dans l’autre aile du bâtiment. À plusieurs occasions lors de ma visite, un jeudi, je me suis retrouvé seul dans les salles. Il semble que la majorité des visiteur.se.s venaient pour l’exposition temporaire consacrée aux sarcophages égyptiens antiques, mais j’ai vu également beaucoup de scolaires, principalement des ados, dont certains étrangers.

    Des dispositifs de médiation pertinents

    Une large place est accordée à la médiation culturelle, principalement dans les salles les plus récemment aménagées (Préhistoire et Antiquité). Un parcours de visite en 90 min est proposé, permettant de voir les pièces-phares des collections. On trouve aussi au Musée du Cinquantenaire un principe que je nommerais “médiation circulaire” : beaucoup de schémas, de cartes et de maquettes, dans lesquel.le.s un soin particulier a été apporté aux lien entre textes et objets. À plusieurs reprises, j’ai observé l’usage de numéros qui servent à la fois à identifier un artefact, objet ancien ou maquette moderne, mais aussi sa reproduction sur une image. Certaines maquettes de grande taille, manipulables, sont présentées, notamment une machine à tapisserie parfaitement fonctionnelle, sans doute utilisée lors de démonstrations ou d’ateliers. Des textes de qualité, faisant preuve de beaucoup de pédagogie et d’humilité, clairs, ni abscons ni érudits.

    Côté numérique, aucune installation à proprement parler, pas d’audiovisuel non plus. Je n’ai pas identifié le compte Twitter avant la visite, alors qu’il en existe bien un. Malheureusement, aucune interaction même une fois le compte mentionné. Une note à ce propos : il semble que les résultats de recherche ne soient pas traités par Twitter de la même manière sur les terminaux mobiles qu’à partir d’un ordinateur fixe ou portable, c’est bien dommage quand on est en situation de mobilité.

    Au final : un très bel établissement, à ne pas manquer lors d’une visite à Bruxelles, tant pour le lieu extraordinaire que pour la qualité de son propos adressé aux publics.

  • La #MuseumWeek : stop ou encore ?

    La #MuseumWeek : stop ou encore ?

    Alors que la troisième édition de la #MuseumWeek vient de prendre fin, je partage avec vous quelques réflexions à chaud. La première année, j’avais consacré deux articles – plus technique pour l’un et moins critique pour l’autre – à cet événement réunit sur Twitter des centaines de musées dans le monde.

    Ah bah bravo l’entre-soit, on dirait un apéro des Inrocks dans un bar de la rue Oberkampf !

    Sur le fond, l’un des reproches principaux fait à la #MuseumWeek, c’est de verser dans la discussion festive entre community managers, au lieu d’être une célébration de la participation des publics. Le symptôme le plus marquant est l’exemple des #battles, des “batailles” thématiques au cours desquelles les institutions s’échangent des photos de leur toits, de leurs escaliers, de leurs jardins, etc. Est-ce que trop de battles tuent la battle ? Le sentiment qui émerge, c’est une complicité entre musées avec blagues d’initié.e.s et private jokes en pagaille, excluant une véritable participation des publics.

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    Si la question se pose pour les grandes institutions parisiennes, elle se formule tout autrement pour les musées de taille plus modeste, dont les interactions peuvent nourrir un positionnement éditorial pertinent, ainsi que l’inscription au sein d’une dynamique locale : je pense aux musées du Sud-Ouest de la France métropolitaine, qui ont profité de cette édition pour renforcer leur présence en ligne, autant que les relations inter-établissements, ouvrant la voie à de potentielles collaborations. Les battles et autres marques de complicité me semblent aussi avoir une véritable pertinence pour des musées dont les collections sont thématiquement proches : je pense aux interactions (RT, likes et réponses) qui se sont créé assez spontanément entre le compte du musée du quai Branly et le Musée de Nouvelle-Calédonie. Nous n’avions rien préparé en amont, mais nos programmations, nos collections et l’histoire de nos deux institutions étant liées, il était naturel d’avoir ce type d’échanges.

    Mais c’est quoi tous ces mots avec des dièses devant ? J’y comprends rien !

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    Sur la forme, l’impératif de deux hashtags, #MuseumWeek, auquel s’ajoute celui de la thématique quotidienne (#peopleMW, #heritageMW, etc), est assez lourd à mettre en place. Ce format, clairement contraignant, complique le message et rend le discours plus saccadé, moins fluide. Par exemple, pour #zoomMW, j’ai l’impression d’avoir publié deux fois plus de messages pour pouvoir parler de manière précise des objets (à vérifier à tête reposée).

    L’engagement est également un vrai problème : si j’en crois sur mon expérience personnelle au musée du quai Branly, les RT et les likes pleuvent, mais les interactions avec les publics se font rares – sans parler de leurs participations, quasi inexistantes. L’appel que j’ai lancé mercredi pour #architectureMW n’ont pas vraiment donné lieu à un déluge de photos du musée. L’expérience montre que c’est soit sur le long terme que les participations émergent (le temps d’une exposition, par exemple) ou, au contraire, sur un temps très court mais avec une véritable interaction in situ (lors d’un jeu en temps réel, par exemple). Mais le format d’une semaine, pendant laquelle les musées tweetent aux heures de bureau, excluant de fait un grand nombre d’utilisateur/trices de Twitter, a un effet de dilution dans le temps, qui peut expliquer aussi la lassitude exprimée par certain.e.s des plus visiteur.se.s les plus investi.e.s sur la plateforme.

    Plus c’est long, plus c’est bon ?

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    Justement, plusieurs voix se font entendre dénonçant le trop plein. L’événement serait trop long, trop dense, et donnerait lieu à un flux trop important de tweets. Pour les amateur.e.s de sciences et de culture qui suivent beaucoup de musées sur Twitter, une semaine de #MuseumWeek c’est un peu comme binge watcher l’intégrale de Buffy contre les vampires pour la cinquième fois : c’est bon et on aime ça, mais ça finit par devenir étouffant, voire carrément écœurant.

    Autre point : la lassitude qui naît parmi les community managers. Entre les redondances avec #jourdefermeture, la répétition de certaines thématiques (l’architecture, l’amour, les coulisses ont déjà été programmés les années précédentes), et l’esprit de compétition inter-établissements entretenu par le compte officiel, cette troisième édition laisse un goût amer qui se mêle à la fatigue, tant morale que physique. Si on y ajoute la nécessité de travailler le lundi de Pâques et le weekend du 2-3 avril (ou du moins, d’assurer une surveillance sur des publications programmées et de faire les interactions minimums), ça commence à faire beaucoup.

    Mais il y a quand même deux ou trois trucs sympas, non ?

    Heureusement, il y a quand même quelques points franchement positifs : la complicité avec les publics, qu’il s’agisse d’habitué.e.s ou de nouveaux/lles abonné.e.s, mais aussi les visiteur.se.s créatifs/ves qui posent des questions, font preuve de curiosité. Pour la journée #peopleMW, plusieurs établissements, dont le quai Branly, avaient choisi de mettre en avant les agents qui font vivre les musées. À un moment où les conditions de travail dans le service public se dégradent, valoriser l’investissement des agents me semble important, au moins pour deux raisons : à l’interne, cela permet d’entretenir l’adhésion à des valeurs communes et le sentiment d’appartenance à un groupe qui sont parfois mis à mal par le cloisonnement entre directions et entre services ; à l’externe, cela participe à donner un visage à l’institution, à la rendre plus humaine face aux publics.

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    En outre, plusieurs “petites” institutions insistent sur l’importance que prend cette opération pour elles. La couverture média (moins importante cette année compte-tenu de l’actualité), le support de Twitter pour la prise en main, le “coup de pouce” aux hashtags : tout cela génère un indéniable dynamisme autour des projets numériques s’appuyant sur l’émulation entre musées d’un même bassin local, pour des structures qui n’ont pas les moyens financiers des gros établissements. À long terme, la #MuseumWeek participe à installer une pédagogie autour des projets numériques, en y associant les équipes “non-numériques” des établissements.

    Enfin – c’est un peu mon cheval de bataille –, il y a les actions de médiation autour des collections, qui ont toujours leur place dans la #MuseumWeek. De nombreux musées les pratiquent, comme les Musées d’Angers ou plusieurs Muséums régionaux, qui ont joué de complicité pour faire découvrir leurs collections de manière décalée. Encore une fois, ceci participe à montrer que Twitter et la #MuseumWeek ne sont pas uniquement des vecteurs de communication mais que chacun établissement peut les utiliser comme il le souhaite.

    Alors, la #MuseumWeek, stop ou encore ?

    Après trois éditions, le temps est venu de se poser pour réfléchir sur la forme de les prochains rendez-vous. Peut-être faut-il simplement en faire moins, adopter une attitude un peu moins “exigeante” avec la #MuseumWeek  ? Cette année, j’ai remarqué que plusieurs établissements tweetaient peu autour de l’événement, parfois en raison de leur programmation ou pour des raisons de disponibilités des agents. Préparer des contenus de qualité demande du temps en amont, et un degré de disponibilité et de concentration important pendant l’événement. La #MuseumWeek est donc un lourd à porter pour les petites équipes numériques. Quand j’y pense, j’ai l’impression que la manière dont la #MuseumWeek est portée à l’international me semble fort différente de la perception française : c’est un événement parmi d’autres qui s’articule autour d’hashtags communs, avec parfois moins d’enjeux de communication institutionnelle qu’en France.

    Au final, j’en viens à me demander (et je crois ne pas être le seul) s’il ne serait pas plus pertinent de recentrer nos efforts sur des événements pré-existants ou dont le déroulement n’est pas exclusivement lié à Twitter : la Nuit des musées, la Fête de la Musique, les événements autour de la francophonie et de l’accessibilité. Relancer de bons projets comme La Nuit tweete (mise en place par Diane Drubay en 2011) pourrait être une piste à explorer. Plutôt que de savoir si la #MuseumWeek permet de faire venir des visiteur.se.s au musée, pourquoi ne pas déployer autant d’efforts pour développer les dispositifs numériques (en ligne et in situ) d’autres événements déjà installés ? Et si on choisissait de se détacher du support pour se recentrer sur les objectifs de l’opération ? Revenir au cœur de l’activité des musées, leurs collections et leur programmation, et garder Twitter à sa place, c’est-à-dire un outil au service de ses utilisateurs/trices.

    Et encore, je ne vous ai pas parlé du mode de gouvernance de la #MuseumWeek. Allez, rendez-vous en mars 2017.

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    Merci aux membres du groupe Facebook de Muzeonum pour les riches échanges qui ont nourri ma réflexion.

  • À propos de la médiation culturelle sur les réseaux socionumériques

    À propos de la médiation culturelle sur les réseaux socionumériques

    Je reproduis ici un article initialement paru dans le numéro 162 de la Lettre de l’OCIM en décembre 2015, sous le titre “De l’usage des réseaux socionumériques comme supports d’une médiation culturelle en ligne : enjeux et perspectives pour les musées francophones”. Les lecteurs/trices habituel.le.s pardonneront la différence de ton par rapport à d’autres articles du blog, ainsi que le propos un peu plus généraliste.

    Les réseaux socionumériques (RSN), apparus au milieu des années 2000, ont été progressivement adoptés par les institutions culturelles et patrimoniales francophones depuis 2010. Au-delà des usages communément attendus de ce type de plate-formes (communication, marketing, informations pratiques), certains établissements y déploient des actions de médiation culturelle en s’appuyant sur les échanges avec leurs abonné.e.s, ainsi que sur ceux qui naissent entre ces publics en ligne.

    S’inscrivant dans le prolongement des actions menées sur le web par les musées, les RSN formulent la promesse de l’appropriation des thématiques par les visiteur.se.s, les invitant à participer à la création du propos qui entoure collections et expositions. À partir d’exemples issus du monde francophone, nous proposons quelques pistes de réflexion sur la nature de cette médiation en ligne, abordant les enjeux de l’ouverture des échanges entre musées et institutions, ainsi que les problématiques professionnelles qui en découlent.

    Les contenus, de la diffusion à la discussion

    Pour les musées qui les utilisent, les plate-formes telles que Facebook, Twitter, Instagram ou Tumblr constituent des supports de diffusion d’informations relatives à l’ensemble de leurs activités. Trois exemples d’usages des RSN par les musées nous permettront d’établir de quelle manière ces dispositifs, qu’on pourrait croire à vocation promotionnelle, relèvent également de la médiation, s’inscrivant dans le prolongement d’actions menées depuis plus de 30 ans.

    Contrairement aux outils traditionnels de communication asymétrique (communiqués et dossiers de presse, relations avec les médias, campagne d’affichage, brochure de saison, etc.), les RSN permettent d’installer une relation plus équilibrée entre le musée et son public, à partir d’un appareil équipé d’une connexion à Internet. Certains musées s’appuient sur les temporalités du quotidien, comme le Château de Versailles qui publie des photos de son jardin sous la neige ou les nombreux musées québécois qui soulignent la Fête nationale le 24 juin. D’autres font référence à la culture populaire : en France, les séries télévisuelles pour les musées d’Angers ou les super-héros pour le musée Saint-Raymond, à Toulouse. Ces publications, si elles peuvent sembler relever d’une communication opportuniste, ancrent les musées dans le quotidien des publics. Elles participent à réduire l’écart avec les visiteur.se.s, favorisant la création et l’entretien d’une relation entre l’institution et ses publics sur laquelle repose toute médiation culturelle, comme le rappellent Serge Chaumier et François Mairesse (1).

    #MuseumSelfie pour la #MuseumWeek 2015
    #MuseumSelfie de Beyoncé pour la #MuseumWeek 2015

    Créé à l’initiative de Twitter, la #MuseumWeek est un événement qui a lieu en ligne. En mars 2015, plus de 2800 institutions culturelles dans le monde ont participé à la deuxième édition, tweetant chaque jour autour de thématiques communes, telles que les coulisses le lundi, l’architecture le mercredi ou l’offre adressée aux jeunes publics le vendredi. Au-delà de sa fonction promotionnelle, ce dispositif permet de diffuser des informations qui sortent de la programmation et sont peu ou jamais valorisées le reste du temps. Les institutions assurent la médiation de l’établissement lui-même, évoquant son histoire, son architecture ou les spécificités de son organisation. Un tel usage des RSN fait échos aux pratiques de médiation présentielle telle qu’elle est couramment enseignée : la plupart des visites guidées ou des ateliers s’ouvrent par une présentation de l’institution elle-même.

    En ligne, il est courant d’avoir recours à l’humour. Certains établissements comme le Musée de Cluny, à Paris, ont adopté un ton drôle et souvent décalé sur Twitter, jouant de complicité avec leurs abonnés – ce qui n’empêche pas le compte de traiter du Moyen Âge avec une rigueur toute scientifique. Aller à la rencontre d’éventuel.le.s visiteur.se.s s en utilisant un ton décalé, voire quelque peu provocateur, s’inscrit dans le prolongement des pratiques classiques de la médiation, comme l’indiquent Claire Merleau-Ponty et Jean-Jacques Ezrati : « [le public] espère découvrir et apprendre en même temps qu’il pense se divertir. Il attend que soit stimulée sa curiosité, provoquée son admiration, enrichies ses connaissances et renforcées ou ébranlées ses convictions. » (2)

    La médiation culturelle se construit dans un échange entre les publics et l’institution, qui ne peut faire fi de l’expérience des visiteur.se.s, là où la communication institutionnelle tend vers la diffusion d’un message descendant, adressé à un public captif. Les actions que nous venons de lister permettent aux musées d’installer, de développer et d’entretenir des relations de proximité, de confiance et de complicité avec leurs publics en ligne. Loin de supplanter les outils « traditionnels » de médiation (cartels et textes de salle, dépliants et guides de visite, ateliers, visites guidées et contées, etc), les RSN permettent la mise en place de nouvelles dynamiques entre les institutions et leurs publics.

    Les publics, entre appropriation et participation

    L’usage des RSN par les musées réactive la promesse de l’engagement des publics dans la construction du propos de l’institution, formulée dès les années 1970 par Georges-Henri Rivière et Hugues de Varine à travers le projet des écomusées (3), puis par le mouvement de la Nouvelle muséologie. L’appartenance à un territoire donné fait de ses habitant.e.s une communauté, que l’écomusée souhaite associer à tous les niveaux : création, animation et administration. Or, en ligne, ce qui fait communauté pour les fans d’un musée, c’est leur intérêt pour ses collections et ses thématiques, plus que leur appartenance à un territoire. Pourtant, les RSN ne constituent-ils pas un territoire numérique ? Depuis la popularisation du web dans les années 1990, le vocabulaire qui l’accompagne est caractérisé par d’abondantes références à la navigation (« surfer », « navigateur », « visites », etc.), accentuant l’idée qu’il s’agit d’une terre inconnue à explorer. Si Internet promet de toucher les publics en ligne partout dans le monde, l’expérience montre une réalité plus subtile.

    À Nouméa, le Musée de Nouvelle-Calédonie utilise, avec succès, la fonctionnalité « événement » de Facebook pour informer les visiteur.se.s de la tenue d’ateliers et de spectacles, tout autant que pour prolonger ces activités en ligne. Or, avec 47 % des habitant.e.s de l’archipel inscrits sur cette plate-forme (4), les quelque 2200 fans de la page (5) illustrent la pertinence, pour une institution culturelle, d’une stratégie numérique tenant compte des spécificités de son public local. Avec un nombre d’abonnés sur Facebook proche, la situation est pourtant tout autre au musée Jeanne d’Albret (6), à Orthez, petit musée associatif consacré à l’histoire du protestantisme en Béarn. Majoritairement localisé.e.s à l’extérieur de la région Aquitaine, les 2500 fans Facebook (7) sont le résultat d’une stratégie en ligne visant à développer le rayonnement du musée à l’extérieur de son territoire local.

    En utilisant les plate-formes sociales, les publics deviennent actifs dans la diffusion et la publication des contenus qu’ils produisent autour de leur visite. En postant sur les RSN les photos qu’ils prennent ou en écrivant des articles sur leurs blogs, ces visiteur.e.s peuvent même développer des compétences éditoriales et créatives. Autrefois, les commentaires qui naissaient lors d’une visite dépassaient rarement le cadre familial et/ou amical. Aujourd’hui, les musées ont la possibilité de prendre connaissance de ces réactions et de ces productions venant des publics, d’y réagir et/ou de les valoriser s’ils le souhaitent. Au musée du quai Branly, nous avons mis en place un dispositif de médiation associant l’un de nos abonnés les plus investis sur Twitter, @perlesduquai, a.k.a. Laurent Granier. Collectionneur d’art d’Afrique et d’Océanie sans être professionnel du monde scientifique ou culturel, il a entrepris d’explorer les bases de données en ligne du musée, publiant ses coups de cœur sur son compte Twitter. À l’automne 2014, à l’occasion de l’exposition « L’Éclat des Ombres, L’Art en noir et blanc des Îles Salomon », Laurent Granier a publié une série de tweets lors de la semaine d’ouverture, fruit d’une sélection de pièces organisée autour de thématiques qu’il a lui-même définies. En amont, il avait rencontré la commissaire de l’exposition pour évoquer son projet. Ses publications ont enrichi le propos de l’exposition, approfondissant certains points qui n’y étaient pas traités.

    Si ce type de dispositifs tend à créer de nouvelles hiérarchies entre visiteur.se.s investi.e.s et publics moins réactifs, il démontre néanmoins la possibilité pour des personnes qui ne sont pas « qualifiées » (par des études, un diplôme ou une expérience professionnelle dans le secteur culturel) d’être associées à la production du discours entourant une exposition et ce, sur la base d’un savoir développé par curiosité ou par passion. Celui-ci ne se substitue aucunement au discours scientifique, qui se déploie notamment dans l’espace d’exposition et sur bien d’autres supports, mais il vient le prolonger en ligne, auprès des utilisateurs des RSN abonnés aux pages du musée.

    L’essor du community management

    Né avec les prémices du web social (les groupes de discussion en ligne, les forums), le community management a pour objectif d’animer une communauté réunie autour d’un centre d’intérêt ou d’une passion. Or, comme le rappellent Sarah Barrett et Olivier Richard, « si la médiation est une fonction, il n’est pas évident qu’elle s’incarne dans un métier unique » (8). Avec le développement des outils numériques, le  community management tend à devenir un de ces métiers, à la fois partie intégrante de l’institution culturelle et en prise directe avec les publics. L’agent en charge du community management diffuse les réactions et les commentaires des visiteur.se.s sur la programmation et les collections du musée, relayant cette parole  auprès des instances de décision de l’établissement (9).

    Au quotidien, le community management est pratiqué par trois types d’agents : les community managers dont c’est l’une des tâches (exceptionnellement l’unique) ; des médiateurs/trices qui, du fait de leurs fonctions en relation avec les visiteurs sont amené.e.s à intervenir sur les RSN de leur institution ; d’autres agents, dont les fonctions ne sont pas toujours reliées aux publics et qui n’ont pas nécessairement accès aux comptes « officiels » mais qui, par leurs actions sur leurs comptes personnels, participent à l’animation de la communauté des fans du musée, parfois aux plus hauts niveaux de la hiérarchie (10). En France, l’exemple des Musées d’Angers (11) est particulièrement parlant. L’animation des comptes Facebook et Twitter, ouverts respectivement depuis 2010 et 2011, est assurée par une équipe de quatre personnes : une chargée de communication, deux agents du service des publics (une médiatrice et la directrice) et une chargée de récolement. Cette diversité de profils permet d’aborder plusieurs thématiques tout en s’exprimant avec la même voix : tour à tour, les comptes publient informations pratiques, coulisses de montage d’exposition, œuvres sorties des réserves. Plusieurs actions de médiation in situ sont fidèlement adaptées en ligne, en profitant de fonctionnalités propres aux plate-formes, avec un ton léger et décalé qui s’inscrit dans les usages de Twitter.

    Lorsqu’il est formulé comme une mission en tant que telle, le community management est souvent attribué à des agents en charge du site web et/ou des outils traditionnels de communication, assurant une certaine cohérence éditoriale. À l’heure où le nombre d’abonnés ne cesse de croître et où les publics ont pris l’habitude de pouvoir les interpeller en ligne, la reconnaissance de la pertinence de leur travail par leurs hiérarchies constitue un enjeu majeur pour beaucoup d’agents assurant le community management. La création du groupe de travail #CMmin, en 2013, qui réunit les community managers des établissements relevant du Ministère de la Culture et de la Communication, constitue une reconnaissance importante car venant de la tutelle.

    Conclusion

    Toute médiation n’est pas obligatoirement reliée aux RSN et, réciproquement, les RSN ne servent pas qu’à faire de la médiation. Néanmoins, accepter d’entendre les commentaires des publics en ligne, même s’ils ne cadrent pas avec la communication institutionnelle, offre l’opportunité pour les musées d’installer avec ces visiteurs.se.s une collaboration dans l’élaboration du discours entourant les œuvres et la programmation. Une telle dynamique s’inscrit dans le prolongement des missions de médiation et diffusion du savoir qui sont celles des musées. L’enjeu, éminemment politique, c’est l’encapacitation (en anglais, empowerment) qui passe par  l’amélioration de la circulation de l’information, la valorisation de l’investissement des visiteur.se.s et de leurs productions, l’association des publics à la prise de décision.

    Bien que les visiteur.se.s se heurtent aux limites de ces plate-formes– fermeture des écosystèmes, enjeux de propriété intellectuelle, contingences techniques, etc. –, les RSN peuvent être des outils parmi d’autres au service d’une politique d’encapacitation des publics : une authentique co-construction du propos et des contenus, dans laquelle le musée continue de fournir son expertise scientifique sur les collections (documentation, information, exposition, médiation) et les publics peuvent apporter leurs positionnements, leurs interrogations, leurs créations. Mais cet objectif nécessite d’accepter que les RSN puissent être des outils de médiation, en ne les limitant pas à un usage promotionnel.

    1. CHAUMIER Serge, MAIRESSE François, La médiation culturelle, Armand Colin, Paris, 2013, pp. 34.
    2. MERLEAU-PONTY Claire et EZRATI Jean-Jacques, L’exposition, théorie et pratique, L’Harmattan, Paris, 2005.
    3. À ce propos, voir La Muséologie selon Georges-Henri Rivière, collectif, Dunod (Bordas), 1989, et notamment De VARINE Hugues, “La participation de la population. Principes”, pp. 312-315.
    4. Observatoire numérique de Nouvelle-Calédonie, “Faits et chiffres : internet fixe en Nouvelle-Calédonie”, janvier 2014.
    5. Chiffre constaté en juillet 2015.
    6. ABADIE-LABORDE Charlotte, Musée Jeanne d’Albret, intervention aux Rencontres numériques le 7 octobre 2014.
    7. Chiffre constaté en juillet 2015.
    8. RICHARD Olivier et BARRETT Sarah, « Les Médiateurs scientifiques en Europe : une diversité de pratique ; une communauté de besoin. » La Lettre de l’OCIM, n°135 mai-juin 2012, p. 5-12, cité dans CHAUMIER Serge, MAIRESSE François, La médiation culturelle, Armand Colin, Paris, 2013.
    9. À propos de l’ouverture de la médiation culturelle aux outils numériques, voir CHAUMIER Serge, MAIRESSE François, La médiation culturelle, Armand Colin, Paris, 2013, pp. 135 et 138-140.
    10. Comme l’illustre sur Twitter l’activité d’Olivier Gabet, directeur général des Arts Décoratifs, de Philippe Bélaval, président du Centre des Monuments nationaux ou encore de Catherine Pégard, présidente du Château de Versailles.
    11. GUILLEMANT Julie, Musées d’Angers, intervention aux Rencontres numériques le 7 octobre 2014.