Quand la muséographie des sciences et des arts emprunte à l’installation ou à d’autres formes de travail plasticien, quand la singularité du regard ou le paradoxe de l’attitude devient le critère de choix du “conservateur invité” chargé de réaménager le musée, quand le catalogue tourne, entre traité de philosophie et livre d’artiste, à l’oeuvre originale, sans guère de lien avec la tradition descriptive, l’identité du musée lui-même devient floue.
Musée et muséologie, Dominique Poulot, éd. La Découverte, 2009.
Hier, Gonzague Gauthier et moi animions un atelier dans le cadre des Journées du management culturel. Organisées par les étudiants du master management culturel de l’Université Paris Dauphine, ces journées réunissaient des professionnels de la culture issus de nombreuses institutions franciliennes autour d’un programme de conférences, tables-rondes et ateliers pratiques. L’atelier s’intitulait “Créer l’événement sur internet : la stratégie du buzz”, un titre que nous n’avons pas choisi et qu’il conviendrait d’analyser plus avant, tant le terme buzz1, relié l’instantanéité, est antinomique avec le temps de l’exposition, par définition plus long que la tendance sur le net.
Le déroulement de l’atelier
Pour ouvrir la séance, nous avons demandé aux participants de répondre à trois questions : “Quel est l’objectif des réseaux sociaux pour vous ?”, “Dans quel domaine professionnel évoluez-vous/souhaitez-vous évoluer ?” et “Qu’est-ce que le management culturel ?”. Chaque réponse devait tenir en un mot (voire une expression), sur un post-it. Pendant que Gonzague se présentait et présentait le Centre Pompidou, je triais les réponses, en créant des nuages de tag sur le mur. Après ma propre présentation, nous avons fait un rapide tour de table pour connaître les situations professionnelles de chacun des participants.
Cette entrée en matière nous a permis d’en apprendre plus sur les participants et de préciser leurs attentes par rapport à l’atelier. Avec plus de temps, nous aurions voulu valoriser davantage cet petit exercice. Nous avons ensuite détaillé plusieurs exemples, pas toujours issus de nos institutions elles-mêmes, parmi lesquels le principe du livetweet, le bad buzz de la Tate lors de l’opération #askacurator, Ema, Richter et Facebook et même le gros monsieur tout nu de La Redoute (je m’abstiens de mettre un lien sur celui-ci, vous ne m’en voudrez pas ?).
Pour conclure, nous avons listé quelques concepts et outils : créer des rendez-vous sur les réseaux sociaux ; créer l’attente avec le teasing ; créer du lien avec la communauté ou la conversation numérique ; rapprocher le community management du customer relationship management (CRM) ; enfin, la digitalisation de l’entreprise avec la mutualisation des tâches.
Quelques observations
Premier constat, après un rapide tour de table de la vingtaine de participants, il s’avère que la majorité était issue du spectacle vivant et de la musique. Une seule participante travaillait sur des expos, et une autre a déclaré travailler avec des musées en tant que consultante. Nous nous sommes donc efforcé d’intégrer autant que possible des références, comparaisons et mises en parallèles avec les arts du spectacle et la musique, dans un esprit d’atelier pratique. Une collaboration plus poussée avec les organisateurs nous aurait permis de préciser davantage les orientations à donner à cet atelier en fonction du profil des inscrits, notamment.
En outre, nous avons pu constater qu’en réponse à la première question, “Quel est l’objectif des réseaux sociaux pour vous ?”, la majorité des participants ont répondu “communiquer” ou “la communication”. La notion de conversation (échange et partage) est arrivée en deuxième position, assez loin. Faut-il avoir peur que les futurs managers de la culture soient toujours dans une logique de diffusion d’un message unique vers un public passif et non engagé ? Un atelier aussi court et un panel aussi restreint ne permet pas de tirer de telle conclusion. Néanmoins, nous profité de l’occasion pour rappeler les principes des réseaux sociaux : la conversation, l’échange direct et la plus grande proximité avec l’institution que dans un schéma classique de communication.
En outre, nous avons étions quelque peu étonnés de voir la faible présence de l’événement sur les réseaux sociaux. La couverture sur Twitter était assez minime : quelques personnes ont livetweeté (parmi lesquelles Gilles Duffau), mais assez peu pour un programme aussi dense sur deux jours. Le hashtag, #JMC2012, n’est pas présent sur le profil Twitter des JMC, et il n’est pas systématiquement utilisé par le compte. Il semble que les organisateurs n’aient pas vraiment pris le temps d’investir les réseaux sociaux, ce qui est assez regrettable, compte-tenu de la richesse du programme. Une chaîne YouTube ou un partenariat avec Dailymotion permettrait de retransmettre une captation de certaines des conférences, un compte Soundcloud de diffuser les enregistrements sonores et un compte Flickr, les photos. D’ailleurs, si nous avons été photographiés et enregistrés, aucune autorisation ne nous a été fait signer.
Actualité muséogeek chargée à la rentrée ! Voici un petit aperçu de conférences et événements auxquels je participe ou j’assiste, ainsi qu’une publication à venir.
Septembre
Le jeudi 13 septembre, j’interviendrai lors d’un débat public organisé par l’association Bête à bon dieu production sur le thème Culture et Communication : les outils de communication à travers les nouvelles technologies à l’Atelier numérique, de Versailles.
Le vendredi 21 septembre, j’interviendrai lors d’un atelier professionnel dans le cadre des Journées du management culturel à l’initiative de l’association des étudiants du Master Management des organisations culturelles de l’Université Paris-Dauphine. Gonzague Gauthier, du Centre Pompidou, sera de la partie et merci à Clélia Dehon de nous avoir suggérés aux organisateurs.
Octobre
La semaine du 8 octobre, je serai à Montréal pour assister au colloque de l’AVICOM, la branche audiovisuelle et numérique de l’ICOM, l’International Council of Museums. Le thème de cette édition est Le développement des nouvelles technologies et la naissance de nouveaux métiers de la muséologie. Quelques français parmi les intervenants : Agnès Alfandari et Catherine Guillou du musée du Louvre, Christophe Courtin, camarade muséomixeur du Château des ducs de Bretagne à Nantes ainsi que Gonzague Gauthier (voir son appel à participation concernant son intervention). Ce colloque sera pour moi l’occasion de rencontrer certains de mes homologues de Montréal et d’ailleurs dans le monde, d’échanger sur nos pratiques respectives.
J’interviendrai ensuite, le jeudi 18 octobre, dans le cadre du stage professionnel “Médiation numérique documentaire” à l’ENSSIB, à Lyon. Je présenterai quelques exemples d’outils numériques de médiation dans les musées, autour des dispositifs participatifs, notamment.
À noter également en octobre : la deuxième édition de Museomix aura lieu les 19, 20 et 21 octobre au musée Gallo-Romain de Fourvière, à Lyon aussi, ainsi que les Rencontres culture numérique qui se tiendront au 104, à Paris les 30 et 31 octobre. Thème cette année : Médiation & numérique dans les équipements culturels. J’aurai sans doute l’occasion d’y revenir.
Novembre
J’aurai l’occasion d’en reparler prochainement : j’ai été invité à participer au premier MOOC francophone, un format de cours particulier en ligne (MOOC signifie Massive Open Online Course). Intitulé ITyPA, pour “Internet, tout y est pour apprendre !”, ce cours sera consacré à la création et à la structuration de son environnement d’apprentissage personnel. Je proposerai une intervention le jeudi 22 novembre à 18h, autour de la création de communautés en ligne basée sur mon expérience des musées. Pour plus d’informations sur le format MOOC, Thot Cursus propose un article très bien fait sur le sujet.
Décembre
Le 11 décembre, j’interviendrai en ouverture du colloque Constructions mémorielles participatives – Collections et mises en réseau en lien avec les deux Guerres mondiales, à l’invitation de Serge Chaumier, professeur à l’Université d’Artois. Ma communication portera sur les logiques participatives dans la médiation. Ces deux journées d’étude auront lieu au In Flanders Fields Museum, à Ypres en Belgique.
Enfin, pour le mois de décembre, je prépare également un article à paraître dans le bulletin de l’AMCSTI, la publication de l’association des musées et centres pour le développement de culture scientifique technique et industrielle. Ce numéro aura pour thème l’innovation, et mon article traitera des dispositifs participatifs dans les musées de société.
Je ne manquerai pas de reparler de tout cela ici, ainsi que sur Twitter .
Mise à jour du 29/09/12 : ajout de la conférence ENSSIB en octobre et du MOOC en novembre.
Lu ce matin sur Exponaute : Jean-Jacques Ezrati tient un discours plus que discutable sur la photo au musée. Cet éclairagiste-conseil, qui a collaboré avec la Direction des musées de France et le C2RMF sur des questions de conservation et de prévention, tient des propos douteux pour légitimer l’interdiction de la photographie avec flash dans les institutions culturelles, en s’appuyant principalement sur la gêne occasionnée pour les autres visiteurs. Dans les grandes lignes, le propos de l’article est d’apporter la preuve qu’il n’y a aucune légitimité scientifique à interdire la photographie avec flash aux visiteurs amateurs, sans danger pour les œuvres selon Ezrati. Jusqu’ici, tout va bien.
Mais j’attire votre attention sur le dernier paragraphe, qui tend à suggérer la création de “castes” dans les visiteurs : d’un côté, les étudiants et chercheurs qui auraient droit de photographier et de l’autre, les amateurs qui devraient se contenter de “reproductions des œuvres présentes dans les collections publiques [accessibles] gratuitement ou pour quelques centimes d’euros”. Oubliant au passage la fonction d’appropriation de l’oeuvre que joue la photographie (thèse soutenue par Bernard Stiegler, entre autres) et les pratiques contemporaines de la photographie, du partage et des réseaux sociaux.
Cet article est à mettre en perspective avec la photographie de Shakira à Orsay, postée par la chanteuse sur sa page Facebook il y a quelques jours, likée 250 000 fois et partagée 8000 fois. Devant une telle popularité, le musée a bien été obligé de remercier Shakira pour la publicité, rappelant au passage l’interdiction de la photographie en ses murs… Schizophrénie ou opportunisme ?
Je reçois souvent des demandes d’étudiants en histoire de l’art, en muséologie, en communication, parfois même en marketing pour relire leur note d’intention ou leur mémoire – encore plus depuis que j’ai commencé à travailler pour le musée du quai Branly. Et tout comme des professionnels, des étudiants, des mentors m’ont aidé il n’y a pas si longtemps, je fais de mon mieux pour les aider.
Aussi, j’ai pensé que le plus simple serait encore de rassembler quelques ressources qui me semblent fondamentales pour aborder le numérique au musée. C’est donc une approche très généraliste, non spécialisée que je propose ici. N’hésitez pas à en proposer d’autres en complément dans les commentaires.
“So you want to become an apprentice?” Museum of London, février 2011
Jeudi prochain, Samuel Bausson présentera Museomix lors de la conférence MuseumNext, à Barcelone (la conférence affiche complet, mais le programme est en ligne). Je profite de l’occasion pour revenir de manière générale sur cet objet culturel étrangement identifié… Dans un prochain article, je reviendrai avec les membres de l’équipe dont je faisais partie sur notre proposition, “Visite en perspective”.
Museomix n’est pas une conférence, ni un atelier professionnel, encore moins une session de formation. Museomix, c’est “trois jours pour (re)mixer le musée”, organisés par divers acteurs de la culture et du numérique : Buzzéum, l’agence de conseil en communication et stratégie numérique pour la culture de Diane Drubay ; Samuel Bausson, webmaster au muséum d’histoire naturelle de Toulouse ; Nod-A, une agence qui conseille les entreprises dans des pratiques innovantes et collaboratives ; Érasme, le living lab du Département du Rhône ; Julien Dorra, artiste et hacktiviste ainsi que Knowtex, la communauté qui explore la science, la technologie, le design et l’innovation. Cette première édition a été accueillie par Les Arts Décoratifs lors du weekend du 11 novembre 2011, à l’occasion des festivités du 5ème anniversaire de la réouverture de l’institution.
Le format adopté par Museomix est très inspiré par les hackathons organisés dans les communautés du logiciel libre : des équipes constituées de participants présélectionnés mais qui ne se connaissent pas, ont trois jours pour proposer des dispositifs de médiation innovants fonctionnels. Cette formule a beaucoup surpris au départ, notamment parmi les #museogeeks les plus “traditionnels” – ceux issus d’une culture classique histoire de l’art et muséologie. Les méthodes utilisées lors de Museomix sont très proches de ce qui se fait dans le design avec les workshops, c’est pourquoi je n’étais pas surpris et j’ai eu un peu de mal à comprendre ces inquiétudes au début.
Or, dans les musées,le développement d’un projet (exposition, cycle de conférences, de projections, etc) prend facilement 3 mois, 6 mois, parfois plus d’un an. Aussi, il n’était pas étonnant de lire beaucoup d’incrédulité de la part de plusieurs acteurs de la culture, peu réceptifs à l’idée de la création de propositions fonctionnelles, même si elles étaient des prototypes. Quelle ne fut pas la surprise des membres du ministère de la culture en voyant que des équipes d’inconnus de tout horizon pouvaient proposer des dispositifs de médiation pertinents, s’appuyant sur les outils numériques en à peine trois jours de travail !
Après une brève visite introductive dans les espaces des Arts Décoratifs, les équipes sont constituées de la sorte : des porteurs de projets ont quelques minutes pour convaincre, ils présentent leur proposition, axée sur l’un des 15 espaces préalablement sélectionnés par les organisateurs. Pour ma part, j’ai proposé un projet autour de l’accueil Rotonde, niveau 3 du musée. Chacun des participants est alors libre de rejoindre l’équipe de son choix sachant que, pour être valides, les équipes doivent contenir un designer, un développeur/bidouilleur, un blogueur, un médiateur/professionnel de la culture (le masculin est utilisé pour alléger le texte).
Une fois les 11 équipes complètes, le travail peut commencer : repérages d’abord, plans et définition du projet, allers-retours fréquents entre l’espace qui accueillera le dispositif et la bibliothèque, où les museomixeurs ont installé leurs quartiers. Soutenus par les organisateurs, les participants sont régulièrement visités par les muséopropulseurs, un petit groupe de professionnels de musées qui ne “jouent” pas, mais veillent à la cohérence et à l’adéquation des projets avec les réalités institutionnelles. En outre, un atelier équipé d’outils de prototypage rapide, de découpe adhésive et d’imprimantes est à la disposition des participants, ainsi qu’un certain nombre de dispositifs proposés par Érasme.
À la fin de chaque journée, les équipes doivent livrer une vidéo qui synthétise l’avancée de leur travail. C’est un défi très stimulant pour des participants dont tous ne maîtrisent pas l’art du montage (et encore moins les logiciels) mais aussi très stressant car il faut faire avancer en parallèle le travail en lui-même et sa restitution. Le dimanche après-midi, après trois jours d’intense labeur, des heures et des heures de travail, peu de sommeil, du stress et beaucoup de plaisir, les visiteurs ont pu découvrir les 11 dispositifs in situ, présentés et “médiatisés” par les équipes conceptrices.
Des points forts
Parmi les points forts, une coordination plutôt bien rodée de la part de l’équipe d’organisation, avec une méthodologie rigoureuse dans le déroulement de ces trois jours au programme chargé. D’autre part, la qualité de l’accueil, le sourire et la bonne volonté des hôtesses et des gardiens ont également rendu les choses simples, alors que nous arrivions un peu comme des extraterrestres avec nos écrans tactiles, nos appareils photos et nos carnets de croquis au milieu de leurs espaces de travail.
Ensuite, la diversité des participants, issus de culture et de formations très différentes, a été aussi une des grandes forces de Museomix. Des designers, des enseignants, des chercheurs, des étudiants, des médiateurs, des historiens de l’art, des professionnels du numérique qui n’avaient a priori que peu de chance de se croiser. Tous se sont retrouvés dans un même lieu, pendant trois jours, pour travailler bénévolement (l’inscription était même payante, pour couvrir les repas qui nous étaient fournis par la bienveillante équipe d’organisation), sans aucune garantie quelconque que leur travail servirait à quoique ce soit, autour d’une seule et même envie : remixer le musée, bousculer ses habitudes, lui injecter des outils et des codes propres au numérique.
Des regrets ?
Malgré tout l’enthousiasme créé par ce moment dense et riche en émotion, j’ai quelques regrets, des critiques plutôt constructives pour l’organisation d’un prochain événement. Tout d’abord, en terme de calendrier, le choix de faire coïncider Museomix avec les 5 ans de la réouverture des Arts Décoratifs ne me semble pas le plus efficace en terme de communication. Museomix a été noyé au milieu de nombreux autres événements liés à l’anniversaire de l’institution, ce qui ne lui a pas permis d’avoir toute l’exposition médiatique dont il aurait pu bénéficier. Mais c’était une première et il fallait convaincre…
Ensuite, le choix du lieu de travail : bien que la bibliothèque des Arts Déco soit un très bel espace, il n’est pas des plus souples ni des plus adaptés pour travailler. Ne pas pouvoir y manger, y boire, ne pas pouvoir y punaiser, scotcher, coller des documents imposait une grande “sagesse” dans les méthodes de travail, particulièrement frustrante quand on l’habitude de “s’étaler” et de profiter des murs et des parois pour créer son propre espace de travail, son cocon créatif.
En outre, malgré l’accueil chaleureux qui nous a été réservé par le personnel (relevé plus haut), l’absence d’implication des Arts Décoratifs est très dommage. Si Catherine Collin, la responsable du service des publics ainsi que plusieurs membres des services des systèmes informatiques et de la communication, notamment, ont été réactifs et disponibles pendant les trois jours, il est fort regrettable que l’ensemble de l’institution n’ait pas été mobilisé et associé au projet. D’autres petits détails, plus techniques, comme l’accès aux imprimantes ou la connexion wi-fi, ont parfois posé problème, mais ce n’était rien de vraiment insurmontable et même, j’ai été plutôt étonné de la fluidité de l’ensemble de l’organisation.
En réponse aux problématiques de l’espace de travail soulevés par la bibliothèque, je me dis qu’un module entièrement dédié, spécialement conçu par et pour les museomixeurs serait la solution. Elle pourrait s’inspirer du PTS, la boîte créée par l’agence de Shigeru Ban sur la terrasse du Centre Pompidou lors de la création du Centre Pompidou Metz. Une sorte de soucoupe ou de tente Museomix, qui viendrait se poser dans la cours du bâtiment serait idéale ! Elle permettrait une plus grande souplesse dans les heures de travail – notamment la possibilité de continuer la nuit – et une plus grande adaptabilité aux pratiques des équipes.
Du point de vue de l’organisation, pour un prochain événement, les tâches devraient être mieux réparties entre les membres de l’équipe : communication, coordination technique, logistique, etc. Lors de cette première édition, même si une répartition avait été imaginée, les différentes solicitations des museomixeurs, les affinités personnelles ont parfois primé sur une organisation plus rationnelle.
Pour conlure
Cette première édition de Museomix a été une belle occasion de voir se rassembler des participants très divers avec pour unique point commun la curiosité, l’intérêt pour le musée et le numérique. Le premier jour, étrangement, j’ai ressenti la même chose qu’à ma première Gay Pride : le sentiment de ne pas être seul, de partager un point commun à la fois futile et très significatif avec un grand nombre de personnes. Soudain, le numérique au musée n’était plus pour moi un centre d’intérêt personnel et professionnel, c’était devenu une réalité, partagée par au moins une centaine de personnes capables de donner de leur temps pour un projet utopique : (re)mixer le musée.
Je retire aussi de cette expérience une grande confiance en l’avenir et en l’évolution des institutions culturelles : malgré les lenteurs administratives, malgré leur fonctionnement vertical et hiérarchique, je reste persuadé que les musées ont la possibilité de changer, d’évoluer pour intégrer le numérique dans leur fonctionnement. Plus largement, je crois que les institutions culturelles pourront s’ouvrir aux dimensions participatives et collaboratives qui découlent du numérique, si elles s’appuient sur leur deux grandes forces : la richesse de leurs contenus et l’énergie dont sont capables leurs communautés – les personnels autant que les visiteurs.
La logique communautaire du projet [des écomusées] est définie par la territorialité du champ d’intervention et l’intervention de la population, qui peut “passer du rôle du consommateur du musée à celui d’acteur, sinon d’auteur du musée”. Hugues de Varine-Bohan directeur de l’ICOM [en 1971] y reconnaît le premier musée “éclaté”, c’est-à-dire pluridisciplinaire et délocalisé.
Musée et muséologie, Dominique Poulot, éd. La Découverte, 2009.
(…) il existe une large demande de commémoration d’un passé deshistoricisé, représenté sur le mode de l’exprience partagée. En ce sens, le musée doit à la fois conserver des éléments du passé et en donner conscience, c’est-à-dire construire un récit, sans réduire ses visiteurs au silence mais sans céder non plus aux périls d’une représentation trop empathiqurequi engage des réponses affectives.
Musée et muséologie, Dominique Pouliot, éd. La Découverte, 2009.
Le 30 mars 2012, les pages “fans” sur Facebook sont passées au journal (en anglais timeline), la nouvelle interface du réseau social. Un rapide premier aperçu permet de discerner deux partis-pris sur les choix de couverture, le bandeau d’en-tête de cette nouvelle page :
“Je souhaite ardemment qu’aucune nouvelle structure ne vienne recomposer un cadre de légitimité, ne norme les échanges aussi bien professionnels que commerciaux de la communauté des museogeeks. Pour ce faire, nous avons déjà un tas de grandes messes qui cherchent à défendre leur légitimité plutôt que les possibilités réelles d’empowerment. Peut-être en avons-nous besoin pour nous justifier auprès de nos hiérarchies… mais nous n’en aurons jamais besoin pour parler entre nous. Là, se situe l’empowerment.”