Author: Sébastien Magro

  • Where do we go from here?

    Where do we go from here?

    Sur LinkedIn, je vois passer beaucoup de retours d’expérience sur la recherche d’emploi dans le secteur culturel. Certains sont des coups de gueule, d’autres des appels au secours, le mien est sans doute un peu des deux. J’ai décidé de le publier ici aussi parce que c’est mon blog, et j’en fais bien ce que je veux.

    J’ai commencé à chercher un poste il y a un an, alors que ma situation financière était précaire et que les perspectives de développement de mon activité étaient minces.

    Plutôt que la pêche au chalut, j’ai fait le choix de la pêche sélective : je ne réponds qu’à des annonces de postes pour lesquels j’estime avoir une vrai plus-valu, un vrai projet à défendre. J’évite les postes en communication, je me concentre sur la médiation, la documentation, la gestion de projet.

    En septembre 2024, super échange avec une association du secteur, des gens formidables dont j’admire le travail, qui ne m’ont pas pris faute de budget et parce qu’un poste en distanciel intégral n’était pas envisageable. Aucune rancœur : au contraire, une vraie rencontre professionnelle et nous continuons à collaborer sous d’autres formes. Spoiler alert : c’est l’unique expérience positive de la liste.

    En novembre 2024, candidature pour un poste en administration centrale, littéralement dans mon domaine d’expertise et pour lequel ma veille internationale aurait vraiment pu faire la différence. Pour une fois, j’ai reçu une réponse mais elle est négative, et même pas un entretien : “Nous avons reçu près de 200 candidatures”.

    En décembre 2024, premier entretien pour une institution avec laquelle j’ai déjà collaboré : “Mais vous êtes sûr que vous n’allez pas vous ennuyer ? C’est un poste d’exécution, très peu créatif, vous savez”. Étonnamment, j’ai un deuxième entretien en janvier : “Et l’IA, vous en pensez quoi ? Et votre newsletter, elle est à charge ?” Sans réponse après plus d’un mois, je relance. Je reçois une réponse négative et générique.

    Toujours en décembre 2024, je candidate dans un autre musée national pour un poste sur lequel là, aussi, sans fausse modestie, je pense avoir un projet à défendre. En parallèle, échanges courtois ici-même en MP avec le n+1. Puis plus rien. Fin janvier, je constate que le poste a été republié avec quelques modifications à la marge. Je relance, plus aucune réponse.

    Au printemps dernier, mes charges de cours, quelques articles, des conférences et une mission de conseil m’assurent temporairement un revenu décent, m’éloignant des recherches d’emploi.

    Cet été, je candidate pour un poste dans un musée national. Là non plus, aucune réponse et j’apprends par la bande que le poste a été pourvu après l’étude de près de 200 candidatures.

    Cette rentrée, j’ai quelques articles en cours de rédaction et j’ai repris les cours, mais tout cela ne représente que quelques centaines d’euros qui me seront versés dans 3 à 6 mois. En tenant compte du temps de préparation, des dossiers administratifs sur lesquels il manque toujours une attestation ou un justificatif, du montage des partenariats pédagogiques avec les institutions, tout cela pour moins de 40€ nets de l’heure passée devant les étudiant·es, la réalité c’est que les cours sont quasiment du bénévolat. Et ce n’est guère mieux pour les piges, payées 50€ à 70€ nets le feuillet pour des dizaines d’heures d’interviews, de recherche, de lecture, de visites de musées.

    Alors voilà, cinq ans après être devenu indépendant, le constat est le même : mon travail sur le rôle social des institutions patrimoniales est utile au secteur, il est valorisé par les professionnel·les qui s’y intéressent et s’en servent mais je ne suis pas parvenu à trouver un modèle économique viable et personne n’est en mesure de me payer pour le faire. Les échanges que j’ai avec quelques institutions aboutissent quasiment toujours au même point : “On adorerait travailler avec vous mais on n’a pas le budget, pas le cadre qui nous permettrait de vous rémunérer.”

    On est donc arrivé au point où je suis en train de préparer un CV pour candidater à des boulots “alimentaires”. Plutôt qu’à un vernissage, peut-être me croiserez-vous prochainement dans votre épicerie bio de quartier ou à l’accueil de votre salle d’escalade, qui sait ?

  • Goodbye Insta

    Goodbye Insta

    Fin 2006, j’écoutais des podcasts québécois découverts sur MySpace qui parlaient d’un nouveau réseau social, Facebook, je m’y suis inscrit. Sans le savoir, j’étais un early adopter d’une plateforme qui allait devenir centrale dans nos vies. Deux ans après, je suis arrivé sur Twitter, dont je ne savais pas encore le rôle qu’il aurait dans ma carrière, en me permettant de devenir community manager d’un gros musée parisien.

    Comme pour beaucoup d’entre nous, Instagram a pris de plus en plus de place ces dernières années, à mesure que Twitter s’enfonçait dans la désinformation jusqu’à devenir X, jouet tordu de l’homme le plus riche du monde, fasciné par le fascisme. Insta a été pour moi un média pour m’informer, un canal pour communiquer, une appli pour draguer, un support de fantasmes.

    J’ai vécu la fin de Tumblr comme un deuil, mais j’ai tourné la page. J’ai survécu au déclin de Twitter et je m’en suis sevré alors que cette plateforme a été essentielle pour moi personnellement et professionnellement. Instagram va devenir invivable avec les nouvelles règles annoncées par son patron, maintenant que toute la Silicon Valley est rentrée dans le rang – une seule tête, la chevelure orange, rien ne dépasse. Je survivrai à mon départ d’Insta, qui va être progressif.

    En filant la métaphore de la navigation sur la mer (qui était d’usage aux débuts d’internet), nous sommes des exilé·es de ces plateformes qui nous chassent une par une, cherchant le refuge ailleurs. Mais ces mots sont bien trop forts et recouvrent des réalités bien plus dures que l’effort de changer d’appli pour continuer à communiquer, à rêver, à s’engueuler.

    Peut-être sommes nous des nomades, plus vraiment attachés à une bannière numérique mais prêt·es à nous déplacer en masse vers des cieux plus bleus. Mais c’est temporaire, car nul doute que BlueSky, comme les autres, se vendra au plus offrant et deviendra tout autant invivable – il n’y a qu’à voir les accointances de sa boss avec le bitcoin.

    Je ne serais pas la personne que je suis aujourd’hui sans ces outils, mais il est temps d’aller voir ailleurs si j’y suis.

    Ça durera le temps que ça dure, mais pour le moment suis sur BlueSky, sur Mastodon et sur Signal (ID sur demande). La botte de Champollion est au ralenti mais elle est toujours active et, bien sûr, si vous lisez ces lignes, vous savez que mon site est toujours là.

  • 2023 dans le rétro

    2023 dans le rétro

    On dirait que ça devient une habitude : ces trois dernières années, je n’ai quasiment rien publié d’autre ici que ce bilan annuel. Mais c’est un exercice pertinent, et je reviens fréquemment le lire l’année suivante, il me sert de ligne de conduite.

    J’ai voyagé pour l’infolettre La botte de Champollion

    Cette année, je me suis rendu à Madrid en janvier et à Barcelone en juin. En avril et mai, j’ai fait un voyage en Amérique du Nord qui a été l’occasion d’aller à New York, Washington, Baltimore et Montréal. Enfin, en septembre et octobre, je suis allé dans le Pacifique, d’abord en Australie à Sydney et Melbourne, puis en Nouvelle-Calédonie, à Nouméa et ailleurs dans l’archipel, à l’occasion du colloque Patrimoines insulaires. Chacun de ces voyages m’a permis de visiter des musées et de rencontrer des professionnel·les du secteur. Sur l’Amérique du Nord, j’ai publié un article pour ma newsletter et une interview dans le Quotidien de l’Art. Ces déplacements alimentent ma réflexion et donneront lieux à d’autres articles dans les mois à avenir dans ma newsletter et ailleurs. Bien que j’ai reçu de l’aide pour en financer certains, ces voyages constituent un important investissement budgétaire, et j’aborde l’aspect logistique dans le paragraphe dédié, plus bas.

    J’ai donné 150h de cours

    Pour la troisième année consécutive, j’ai repris les cours à Paris 8 et à Poitiers, respectivement sur les bases de la muséologie et de la médiation culturelle, et sur la communication institutionnelle et les tendances du secteur. Je suis intervenu à Sup de Pub et au CELSA sur les principes de la communication culturelle et au Dôme de Caen sur le rôle social des musées. J’aime toujours autant enseigner car je trouve très stimulant le contact avec les étudiantes et les étudiants, et parce que je considère qu’il est important de former de futur·es professionnel·les à des pratiques réflexives et inclusives. Mais ces enseignements sont très chronophages (j’ai tendance à ne pas être très regardant quand à mon investissement) pour une rémunération modeste. J’envisage donc de reconsidérer certains de mes cours l’an prochain, pour les recentrer sur les sujets qui sont les miens, dans une perspective de mutualisation de ma charge de travail.

    Comme chaque année, merci à Morgan Corriou de l’Université Paris 8, à Marion Coville et Bruno Vetel de l’IAE Poitiers pour leur confiance réitérée, ainsi qu’aux autres contacts professionnels qui m’ont sollicité : Christophe Pascal (Sup de Pub), François Millet (Le Dôme), Sébastien Appiotti (CELSA).

    J’ai écrit dans La Revue NEC

    Cette année encore, la collaboration avec l’équipe d’indépendantes et d’indépendants constituée de Zoé Aegerter, Yaël Benayoun, Clément Mabi et Claire Richard, sous la houlette de François Huguet a continué autour des rencontres Numérique en commun(s). J’ai assisté à des NEC locaux à Toulouse et à Paris, et le format a évolué, les carnets donnant lieu à une revue dont deux numéros ont parus cette année : Empreinte écologique du numérique (j’y ai écrit un article de synthèse sur la thématique et fait deux interviews tirées du NEC Chambéry en 2022) et Santé et numérique (j’ai écrit sur l’appli AT-PrEP et les dispositifs de médiation numérique qui visent les seniors et les publics en situation de handicap). Un troisième numéro est en cours de préparation et sera publié en début d’année 2024, autour des enjeux de l’illettrisme et de l’illectronisme.

    J’ai rejoint le programme Horizons de Creatis

    Depuis septembre et jusqu’à janvier prochain, je fais partie de la 4e et dernière promo d’Horizons, un programme d’accompagnement des médias proposé par Creatis, qui s’adresse aux productrices et producteurs de podcasts, de newsletters et/ou de contenus vidéos. À ce titre, j’assiste à une série de masterclass animées par des professionnel·les de ces supports, et je bénéficie de séances avec Éric Villemin, coach spécialisé dans les médias numériques. Grâce à ses conseils et à son réseau, je me concentre actuellement sur la définition et la structuration de mon offre, ainsi qu’au choix d’un statut juridique pour mon activité.

    Logistique et conditions matérielles de travail

    Si j’ai pu voyager autant cette année, c’est parce que l’un de mes partenaires (je suis polyamoureux) se déplace fréquemment dans le cadre de son activité professionnelle. Dans certains cas, il m’est possible de l’accompagner, comme pour l’Amérique du Nord au printemps, où nous avons jonglé entre hébergements professionnels et hébergements chez les ami·es (et ami·es d’ami·es) mais j’ai toujours payé les transports moi-même. En ce qui concerne le Pacifique cet automne, l’organisation du colloque a pris en charge mon aller/retour Paris-Nouméa ainsi que l’hébergement sur place, et m’a versé des per diems, comme c’est l’usage. En revanche, le détour par l’Australie a été entièrement financé par mes propres fonds.

    Je suis conscient du caractère privilégié de cette situation et je n’ai pas à me plaindre. Mon rythme professionnel me convient et j’ai la possibilité de travailler sur des sujets qui m’intéressent, dans des contextes stimulants. Mais je réalise aussi que je travaille énormément et, comme pour beaucoup d’indépendantes et d’indépendants, les frontières entre vie privée et vie professionnelle sont poreuses. Cette année, j’ai pris 3 semaines de vraies vacances, où j’ai vraiment décroché, et j’ai été malade 10 jours avec mon 4e Covid au retour de Nouméa.

    Par ailleurs, je suis aussi très seul. Là encore, je n’ai pas à me plaindre, j’habite un appartement fonctionnel de taille raisonnable à Pantin, et j’ai un espace de travail adapté à mes besoins. Mais je ne dois pas oublier de m’aérer l’esprit en prévoyant des plages à l’extérieur, au café ou à la bibliothèque. Je sais également que les échanges avec d’autres professionnel·les, qu’il s’agisse de personne de mon réseaux ou de contacts plus éloignés, sont très stimulants et m’aident à lutter contre le sentiment d’isolement. La pratique du yoga (même si j’ai renoncé à enseigner, cf mon bilan de l’an dernier), les déplacements à vélo, l’escalade dans une salle près de chez moi, et la randonnée l’été permettent également d’assurer ma santé physique et mon équilibre psychique. Bien sûr, je ne pourrais pas faire tout ce que je fais sans le soutien de mes deux partenaires et de mes proches. Les échanges que j’entretiens avec ces personnes nourrissent ma réflexion et me permettent d’avancer, professionnellement et personnellement.

    Malgré la diversité et l’intensité de mon activité professionnelle, ma situation financière est fragile : je suis très dépendant d’une poignée de clients réguliers et je ne suis pas parvenu à mettre en place un fond de roulement suffisant, mais l’accompagnement de Creatis m’a permis d’acquérir de meilleurs réflexes en comptabilité. C’est tout le paradoxe de ma situation actuelle : je remplis une tâche dont je sais qu’elle est utile (les nombreux retours que j’ai sur la newsletter me l’indiquent) mais je peine encore à la rendre financièrement viable.

    Et demain ?

    Comme chaque année depuis 4 ans, de janvier à avril, je serai pris par les enseignements. Je rempile à Paris 8 et à Poitiers pour mes cours habituels, et j’ai accepté des charges de cours plus modestes à Paris 3 et à l’ICART. J’ai quelques autres projets éditoriaux en complément de l’infolettre, dont j’espère parvenir à assurer une meilleure régularité grâce à un planning de production plus rigoureux. Il y aura sans doute quelques déplacements par-ci par-là, mais clairement pas aussi loin qu’en 2023 – et c’est une bonne nouvelle pour mon empreinte carbone.

    Mais mon objectif principal pour l’année est de diversifier mes entrées et de pérenniser mon activité autour de l’héritage colonial et esclavagiste des institutions patrimoniales, dans le prolongement de mon infolettre. Au printemps, je dévoilerai une offre structurée de conférences courtes (1h à 2h), de formations (d’une demi-journée à deux jours complets) et de conseil éditorial (relecture, corrections et recommandations) sur le sujet.

    L’actualité sociale en France et à l’international n’est pas réjouissante et les projections pour 2024 ne sont pas rassurantes. Serrons les rangs, restons concentré·es sur le positif : accordons du temps et de l’attention à ce que nous produisons – nous les minorisé·es, les queers, les racisé·es, les handi·es, nous qui sommes considéré·es comme les “autres” – dans une perspective inclusive et accessible, plutôt qu’aux fantasmes des réacs qui veulent nous diviser et nous faire rentrer dans le rang.

  • 2022 dans le rétro

    2022 dans le rétro

    C’est l’heure du bilan annuel, je reviens sur 2022 alors que l’année s’achève.

    Trois charges d’enseignement et diverses interventions

    Pour la troisième année consécutive, entre janvier et avril 2022, j’ai assuré deux charges de cours : introduction à la muséologie et à la médiation culturelle et scientifique avec les L1 Info-com de Paris 8, et planning stratégique avec les M1 Intelligence économique/Communication des organisations de l’IAE de Poitiers. J’ai également eu le plaisir de retrouver en L2 mes L1 de l’an dernier, car Paris 8 m’a confié un atelier professionnel sur les outils numériques de médiation culturelle et scientifique. En mai, je suis également intervenu à l’ICART et à Lyon 2 autour du rôle social des musées. Enfin, depuis septembre, j’accompagne les L3 Info-com de Paris 8 pour le projet tuteuré du premier semestre de l’année 2022-2023. Ainsi, j’aurai suivi les étudiantes et les étudiants rencontrés en 2020-2021 (année de Covid) pour les trois années de leur licence.

    Comme chaque année, merci à Marion Coville de Poitiers et Morgan Corriou de Paris 8 pour leur confiance, ainsi qu’aux autres contacts professionnels qui m’ont sollicité.

    Reportages et interviews pour le Programme Société numérique

    La mission pour le programme Société numérique de l’ANCT (Agence nationale de la cohésion des territoires) a continué en 2022 avec le groupement constitué autour de François Huguet : Zoé Aegerter, Yaël Benayoun, Clément Mabi, Claire Richard et Emmanuel Vergès. Je me suis déplacé à Chambéry, Besançon, Lalouvesc en Ardèche et Xertigny dans les Vosges pour assurer une série d’articles de synthèses et d’entretiens autour des conférences NEC, Numérique en commun(s) qui paraîtront dans le courant de l’année prochaine. Plusieurs carnets ont été publiés en 2022 et, parmi mes articles, je suis assez fier de celui sur l’accessibilité numérique (La Réunion) et de celui sur la reconnaissance professionnelle de la médiation numérique (Sud Charente).

    Podcast sur le rôle social des musées

    Au printemps, j’ai collaboré avec la médiatrice culturelle et chargée de communication indépendante Bérénice Billiez pour élaborer un cycle de quatre épisodes de son podcast, Culture and Comm, autour du rôle social des musées. Pour ma part, j’ai assuré la production et l’animation des épisodes “Raconter le patrimoine queer/LGBT” et “Héritage colonial et décolonisation des musées”. Vous pouvez les (ré)écouter ici.

    Enseignement du yoga

    Après ma formation de 200h en ashtanga yoga tout début 2022, je n’ai pas réellement mis en place d’actions visant à développer une activité pérenne. Je ne suis pas à l’aise pour jouer l’insta-game et je n’ai pas le niveau des profs les plus populaires. Toutefois, j’ai créé un site web permettant de présenter mon positionnement et mon offre de cours, et j’enseigne ponctuellement à des proches, des ami⋅es d’ami⋅es, et dans mon voisinage. N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez découvrir la richesse et la puissance de l’ashtanga, la dimension ludique du vinyasa ou l’apaisement du yin et du restorative.

    Infolettre La botte de Champollion

    En septembre, j’ai lancé l’infolettre La botte de Champollion, consacrée à l’héritage colonial et esclavagiste des musées, ainsi qu’à leur décolonisation, en France et dans le monde. Deux fois par mois, je partage ma veille sur ces sujets, et je propose des ressources issues de mes lectures, écoutes de podcast, visionnages de films. J’analyse des documents produits par les musées, et je rends compte de conférences. J’interviewe également des universitaires, des activistes, des professionnelles et des professionnels de musée, comme j’ai pu le faire avec Hélène Blais, historienne et commissaire de l’exposition “Visages de l’exploration au XIXe siècle” à la BnF cette année (d’autres entretiens sont en cours de traitement et seront publiés dans les semaines à venir).

    Je souhaite à présent me consacrer au développement de ce projet, à la fois dans le support de la newsletter, mais aussi en proposant du conseil et de la formation sur la décolonisation des musées. La veille que j’effectue sur ces sujets et mon expérience professionnelle de 18 ans à travailler dans/sur/autour des musées, ont de la valeur et il est temps que je monétise ce travail. Vous travaillez dans une institution culturelle, vous voulez engager votre établissement dans une démarche de décolonisation ? Vous souhaitez sensibiliser ou former vos agents sur ces sujets ? Contactez moi !

    Et demain ?

    De janvier à avril compris, je serai occupé par l’enseignement, car je reprends mes deux charges de cours à Paris 8, mon cours en M1 et un nouveau cours en M2 à Poitiers, ainsi qu’un nouveau cours pour une école privée. Pour la suite, c’est un peu plus flou : les NEC devraient reprendre mais le format va évoluer, et je ne perds pas espoir de traiter d’autres sujets qui m’intéressent dans les industries culturelles et créatives. Enfin, comme dit plus haut, j’envisage de réorganiser mon activité autour de la décolonisation des musées, avec la recherche de nouvelles sources de financement.

    En fonction des contextes, je dis aujourd’hui plus facilement que je suis journaliste. Après tout, en plus du diplôme, j’ai produit deux podcasts, j’édite une infolettre bimensuelle et je publie régulièrement des articles dans la presse professionnelle. Mais, comme l’an dernier, je ne crois pas qu’il soit si important d’avoir une étiquette pour définir mon activité. J’ai longtemps travaillé sur le numérique et ses diverses applications dans le secteur culturel. Aujourd’hui, je me tourne vers le rôle social des musées, à travers l’héritage colonial. Comme l’un de mes proches me l’a récemment fait remarquer : dans le fond, je continue de travailler sur la même question : qu’est-ce qu’un musée ? Qu’est-ce qu’un musée quand les pratiques professionnelles internes et les relations avec les publics sont bousculées par le numérique ? Qu’est-ce qu’un musée quand des personnes autrefois invisibilisées s’efforcent de rééquilibrer le débat et d’enrichir l’histoire en complétant le récit officiel ? Je n’y répondrai pas en 2023, mais rien ne nous empêche d’y réfléchir ensemble.

  • Le problème avec Scarlet Witch

    Le problème avec Scarlet Witch

    Sorti en France le 4 mai 2022, Doctor Strange in the Multiverse of Madness est le deuxième opus consacré au Sorcier Suprême. C’est le 28e film de l’univers cinématographique Marvel (ou MCU), dont l’action se déroule après WandaVision, mini-série diffusée début 2020 sur Disney+, et Spider-Man: No Way Home, sorti au cinéma fin 2021. Tous les événements décrits s’inscrivent dans la continuité de la bataille qui a vu les Avengers vaincre Thanos, à la fin d’Avengers: Endgame (2019) et s’appuient sur l’existence du multivers, un réseau d’univers parallèles au nôtre, dans lesquels existent des versions alternatives des personnages.

    Spoiler Alert!  Cet article divulgâche l’intrigue principale du film (ainsi que des éléments clés d’autres films du MCU et de la série WandaVision).

    Wanda Maximoff, présentée comme Scarlet Witch (la Sorcière Rouge dans la VF des comics) pour la deuxième fois seulement depuis le final de la série, est la “méchante” du film. Ayant pris possession du Darkhold, un Livre des Ombres à la sauce Marvel, elle est en mesure d’agir à travers le multivers, et se met en tête de voler les enfants d’une autre version d’elle-même. L’intrigue principale du film voit donc Stephen Strange s’opposer à celle qui fut une co-équipière au sein des Avengers dans une lutte sans merci aux accents horrifiques (zombies et séquences gore comprises), propres au cinéma du réalisateur Sam Raimi, et inhabituels dans le répertoire cinématographique de Marvel.

    Femme au bord de la crise de nerfs

    Mais revenons en arrière. Wanda Maximoff apparaît pour la première fois dans une scène post-crédits de Captain America: The Winter Soldier (2014). Avec son frère jumeaux Quicksilver (Vif-Argent dans la VF des comics), elle devient l’alliée d’Ultron, une intelligence artificielle opposée à Tony Stark/Iron Man et à l’équipe des Vengeurs dans Avengers: Age of Ultron (2015). Après avoir compris les funestes projets de l’android, elle le trahit pour rejoindre les Avengers. Dans les cinq films suivants, elle est un personnage puissant mais souvant secondaire, prenant ses marques au sein de l’équipe. Elle construit une relation amoureuse avec Vision, un être synthétique conçu par Stark et Bruce Banner/Hulk, jusqu’à la mort de celui-ci aux mains du Thanos, dans Endgame.

    Dans WandaVision, la superhéroïne prend en otage une ville entière, dans une mise en scène bourrée d’allusion aux sitcom états-uniennes des années 1950 à 2000. Inconsolable après la mort de son compagnon, et pas vraiment consciente de ses actes, Wanda Maximoff met en place the Hex, un puissant sortilège qui fait entrer les habitant⋅es de Westview dans une fiction idéale – ou presque… Dans l’épisode final, Wanda Maximoff lève le sort, libère la ville, renonçant au passage à Vision et à ses fils Billy et Tommy, qu’elle avait (re)créés de toute pièce par la seule force de sa magie. Alors qu’elle semble avoir trouvé la paix, la scène post-crédit la montre plongée dans le Darkhold. Tandis que ses enfants (mais de quel univers ?) l’appellent au secours, le thème musical de Doctor Strange retentit, annonçant la présence de Wanda Maximoff dans le prochain film.

    Insolite dans sa forme car les quatre premiers épisodes sont très déroutants, WandaVision a offert au personnage un arc narratif dense, riche en émotions, laissant à l’intrigue le temps nécessaire pour se déployer. La série a également permis à l’actrice Elizabeth Olsen de montrer son talent tout en nuance, à travers les errances du personnage. Contrairement aux films, WandaVision aborde avec subtilité la santé mentale, le deuil et la résilience. Mais l’ensemble était déjà marqué par une vision très hétéronormée de la famille, forcément nucléaire, petite bourgeoise et banlieusarde. La satire que constitue les clins d’œil aux diverses séries TV avec lesquelles Wanda Maximoff a grandi, de I love Lucy à Malcom, en passant par Full House (La Fête à la maison) et Bewitched (Ma Sorcière bien-aimée), ne suffit à pas remettre en question la norme : une famille états-unienne respectable, c’est un papa, une maman (réfugiée parfaitement intégrée à l’Amérique au point d’avoir perdu son accent comme son frère lui fait remarquer), et deux garçons. Qu’importe qu’il soit un android, qu’elle soit une sorcière, et les enfants, des créations magiques.

    Dans Doctor Strange in the Multiverse of Madness, Scarlet Witch apparaît rapidement comme ayant succombé aux forces du Mal. Obsédée par la quête de ses enfants, elle n’est plus à un meurtre près : “Defender Strange” au début du film, des élèves de Kamar-Taj pendant une bataille pour prendre le sanctuaire,  l’intégralité de l’équipe des Illuminati dont les morts sont particulièrement explicites et gore. Son seul but : tuer America Chavez pour récupérer son pouvoir, qui permet à l’adolescente de passer d’un univers à l’autre.

    Bien que le film ait été écrit, réalisé et produit par trois hommes, il passe aisément le test de Bechdel. Celui-ci veut qu’au moins deux personnages féminins soient clairement identifiables et nommés ; que ces deux femmes discutent au moins une fois dans le film, et qu’elles parlent d’autre chose que d’un homme. Ici, on voit plusieurs interactions entre les trois principaux personnages féminins que sont Scarlet Witch, America Chavez et Christine Palmer qui, bien qu’elles soient unies par leur relation avec Stephen Strange, disposent d’arcs narratifs clairement distincts, avec des motivations qui leur sont propres. De plus, la bataille des Illuminati donnent l’occasion des interactions entre Wanda Maximoff, Captain Carter et Captain Marvel.

    Mais là où la série apportait de l’épaisseur et de la sensibilité, dans le film, le personnage est unidimensionnel, peu nuancé et obsessionnel. Le seul argument qui parvient à faire renoncer Scarlet Witch : confrontée aux enfants de l’autre version d’elle-même qu’elle convoitait, elle les effraie, ils la repoussent. Elle répète alors une phrase prononcée plus tôt lorsqu’elle voulait convaincre Strange du bien fondé de sa quête : I am a mother, not a monster (“Je suis une mère, pas un monstre”) mais ne peut finir, prenant conscience du mal qu’elle a fait autour d’elle. Le film se clôt sur son suicide et la destruction du Darkhold, dans tous les univers.

    Le trope de trop

    Sur l’ensemble de son évolution (et sous réserve d’une réapparition ultérieure dans la saga, puisque le multivers permet d’imaginer à peu près tout), la version MCU de Wanda Maximoff/Scarlet Witch puise à la fois dans le personnage tel qu’il est représenté dans les comics, et dans l’arc narratif de Jean Grey/Phoenix dans la période Dark Phoenix. D’abord une adolescente inconsciente de l’étendu de ses pouvoirs, elle se révèle une force surnaturelle, capable de manipuler la réalité autant que de l’anéantir. Par deux fois, dans la série et dans le film, elle devient une furie, emprisonnant et assassinant sans répit celles et ceux qui lui barrent la route.

    Affiche du film Doctor Strange in the Multivers of Madness (Sam Raimi, Marvel Studios/Disney, 2022)
    Affiche du film Doctor Strange in the Multivers of Madness (Sam Raimi, Marvel Studios/Disney, 2022)

    Alors une question demeure : pourquoi tout est toujours pardonné aux superhéros masculins, et pas à leurs alter-ego féminins ? Stark/Iron Man (dans tous les Iron Man), Peter Quill/Star-Lord (dans tous les Gardians of the Galaxy), Stephen Strange (Doctor Strange), et même Captain America dans Captain America: Civil War, tous enfreignent les lois (morales et/ou juridiques) et sont pardonnés, voire célébrés. Au contraire, les femmes prennent les rôles de mères sacrificielles pour l’équipe (Gamora dans Infinity War, Black Widow dans Endgame), de guérisseuses (Black Panther sauvé par sa mère, sa sœur et sa compagne) ou de médiatrices (Pepper Potts pour Tony Stark, Mantis pour les Gardiens de la Galaxie). Tout est résumé dans cette réplique, prononcée par Scarlett Witch et mise en exergue dès la bande-annonce :

    “You break the rules, and become a hero. I do it, and I become the enemy. It doesn’t seem fair.”

    Qu’on peut traduire par : “Tu enfreins les règles, et tu deviens un héro. Je fais de même, et je deviens l’ennemie. Ce n’est pas juste.”

    Et c’est à mon sens tout le problème du film : il n’offre aucune rédemption à Scarlet Witch. Ou plutôt, il annule la closure que WandaVision lui avait offert. Wanda Maximoff y est à nouveau représentée sous les traits archétypaux de la sorcière, réduite à une folie destructrice en raison de sa souffrance. La répétition de ce motif caricatural, qui flirte avec la misogynie, ne manque pas d’ironie quand on voit que les studios Disney/Marvel travaillent à une meilleur visibilité des femmes et, plus largement, de toutes les minorités dans les films récents… Nous y reviendrons.

  • 2021 dans le retro

    2021 dans le retro

    Comme l’an dernier, je m’essaie à l’exercice du bilan – majoritairement professionnel, mais pas que – de l’année qui s’achève. 

    Deux charges d’enseignement et diverses interventions

    Entre janvier et avril 2021, je suis intervenu dans deux formations : auprès des L1 Info-com de Paris 8 autour des bases de la muséologie et de la médiation culturelle et scientifique, et auprès des M1 Intelligence économique/Communication des organisations de l’IAE de Poitiers sur le planning stratégique et les tendances de la communication en ligne. Compte-tenu du contexte sanitaire, la majorité des cours ont eu lieu en distanciel, avec un retour en présentiel ou en format hybride au tout début du printemps. Je ne reviendrai pas sur la complexité à mener ce type de cours, car d’autres l’ont fait mieux que moi, mais je retiens de cette période la motivation et l’enthousiaste des étudiant⋅es qui sont souvent resté⋅es investi⋅es jusqu’à la fin. J’ai notamment eu beaucoup de plaisir à construire mon cours de L1, un exercice de pédagogie assez nouveau pour moi, qui ai pris l’habitude de travailler avec des masters, après avoir débuté l’enseignement avec des premières années de BTS en 2011.

    En septembre, je suis retourné à Poitiers pour deux séances autour de la vie en agence, et du coaching des étudiant⋅es sur un projet professionnel qui les occupe une bonne partie de l’année. C’est toujours une expérience stimulante. Ces derniers jours, je suis intervenu dans un jury de master à Sciences Po, dans un séminaire de master à Lille et, la semaine prochaine, je parlerai à l’ICART du rôle social des musées à travers l’exemple des parcours et thématiques queer/LGBT.

    Merci à Marion Coville de Poitiers et Morgan Corriou de Paris 8 pour leur confiance réitérée, ainsi qu’aux autres contacts professionnels qui me sollicitent ponctuellement.

    Reportages et interviews pour le Programme Société numérique

    Comme l’an dernier, j’ai continué à collaborer avec les chercheurs François Huguet, Clément Mabi et Emmanuel Vergès sur une série de reportages et d’interviews autour des conférences NEC, Numérique en commun(s) pour le compte du programme Société numérique de l’ANCT (Agence nationale de la cohésion des territoires). L’équipe s’est étoffée avec l’arrivée de la journaliste Claire Richard, de la designer Zoé Aegerter et de la chercheuse indépendante Yaël Benayoun. Nous avons remporté un marché public dans le cadre d’un groupement d’indépendant⋅es, ce qui nous permet de prolonger le travail engagé en 2020.

    Au premier semestre, j’ai couvert deux rencontres, l’une en ligne et l’autre à Montpellier. Depuis la mi-novembre, je me suis rendu à Saint-Denis de la Réunion et à Annecy en Haute-Savoie, et j’irai bientôt à Maubeuge, dans les Hauts-de-France, pour suivre d’autres NEC.

    Les premiers carnets, relatifs aux événements de 2020, sont consultables en ligne : Bordeaux, Hauts-de-France, Occitanie et Atlantique. J’y ai interrogé des professionnel⋅les et associatif⋅ves autour des enjeux de la médiation et de l’inclusion numériques, et j’y propose des articles de formats variés : reportages, articles de synthèse, entretiens croisés ou interviews individuelles.

    Formation d’enseignant de yoga

    Eh oui ! C’est la nouveauté de l’année : j’ai suivi une formation de prof de yoga en ligne. Je pratique le yoga depuis 2011, principalement dans le studio Ashtanga Yoga Paris. Après quelques années d’hésitation, une pratique assidue pendant le premier confinement m’a convaincu de me lancer dans une formation d’enseignant.

    Malheureusement, entre un nouvel épisode de Covid en avril et mes engagements professionnels rémunérateurs, je ne suis pas parvenu à consacrer autant de temps que je le souhaitais à cette formation et je me hâte de finaliser mes devoirs avant le 31/12 pour pouvoir obtenir mon certificat. Néanmoins, j’ai commencé à enseigner avec un petit groupe d’élèves, des proches qui ont accepté d’être mes cobayes et qui ont profité de mes premiers cours. Je les remercie, ainsi que mes profs, ancien⋅nes et actuel⋅les, pour leur soutien dans ce projet.

    Rôle social des musées

    Toute l’année, j’ai profité de mes déplacements professionnels et personnels pour visiter plusieurs musées, parmi lesquels le Museon Arlaten, le Rijksmuseum et l’Amsterdam Museum, le Musée de Villèle et Stella Matutina à la Réunion. Je continue ma veille sur le rôle social des musées et je m’intéresse principalement à la manière dont les musées d’arts et les musées de société abordent l’héritage colonial et présentent l’histoire de leurs collections. En 2022, j’envisage de prolonger ce travail et de le formaliser, au-delà de mes cours.

    Et demain ?

    Mi-janvier, je reprendrai les cours à Poitiers puis à Paris 8, où je donnerai également un atelier professionnel en L2. J’aurai ainsi le plaisir de retrouver mes L1 de l’an dernier pour approfondir la production de dispositifs de médiation culturelle et scientifique sur des supports numériques. Sur l’année, j’ai encore cinq autres conférences NEC à couvrir un peu partout dans l’Hexagone. Si tout se passe bien, je mettrai en place une activité de prof de yoga même si je ne sais pas encore dans quel cadre et à quel rythme. J’ai également d’autres projets d’écriture, autour d’objets de la culture et des industries culturelles, que j’espère pouvoir développer en 2022, sans parler du retour du podcast La Bascule que Charles Roncier et moi préparons ces derniers mois.

    Pas plus que l’an dernier (peut-être même encore moins), je ne me sens journaliste. Certain⋅es de mes proches ont commencé à me qualifier de chercheur indépendant, ce qui me gêne énormément car je le suis encore moins. Journaliste, j’en ai au moins le diplôme (bout de papier reçu du CELSA cet été !), mais chercheur, je n’en ai même pas la formation. Comme l’an dernier, je réitère mon positionnement professionnel : je travaille – c’est-à-dire que je lis, j’écris et j’enseigne – sur les musées, le numérique, les luttes queer/LGBT, et parfois leurs croisements. Cette année, j’ai affiné ces thématiques en approfondissant mon travail sur le rôle social des musées et sur les enjeux de l’inclusion numérique. Dans les mois qui viennent, je souhaite “muscler” mon discours en lisant encore plus sur ces sujets et en organisant davantage ma pensée. Ce n’est pas une promesse que je vous fais, lecteurs et lectrices, mais plutôt un pense-bête, un fil rouge que je m’attribue.

    L’année 2022 s’annonce complexe, entre la crise sanitaire qui n’en finit pas et l’élection présidentielle qui nous réserve sans doute quelques émotions fortes. Restons mobilisé⋅es, patient⋅es et bienveillant⋅es, car on va en avoir besoin.

  • 2020 dans le rétro

    2020 dans le rétro

    L’année qui s’achève a été tour à tour étrange, incertaine, inquiétante, voire carrément surréaliste. Paradoxalement, ma réorientation professionnelle s’est plutôt bien passée. Elle l’a été parce que tout est possible quand on croit en ses rêves dans notre belle start-up nation j’ai bénéficié du filet de sécurité que constituent les acquis sociaux que les récents gouvernements successifs s’évertuent à détricoter. J’ai également récolté les fruits d’années d’investissement dans un réseau professionnel, dont je n’avais pas imaginé la générosité et la réactivité. Retour sur cette folle année, donc. 

    Résumé des épisodes précédents

    En octobre 2019, je quitte le musée du quai Branly après pas loin de 8 ans de service, et je suis diplômé du master de journalisme du CELSA. En novembre, je rejoins Datagif comme chef de projets. En janvier 2020, les boss de l’agence et moi-même convenons, d’un commun accord, de déclarer ma période d’essai infructueuse. Erreur de casting, malentendu sur les attentes de part et d’autre, on s’est trompés, on se quitte bons amis. À peine le temps de digérer la déception et de m’inscrire à Pôle Emploi que la crise sanitaire commence et, avec elle, le premier confinement. Je profite de l’occasion pour me lancer comme journaliste indépendant, dans un contexte pour le moins difficile, mais l’actualité me donne quelques idées de piges.

    Deux articles publiés dans la presse en ligne

    En mai, je publie Le confinement a mis à l’honneur les métiers du numérique dans les musées dans le Digital Society Forum. L’occasion de mettre l’une de mes vieilles marottes, l’histoire du numérique dans les musées, en perspective avec l’actualité, à l’époque toute récente, du début de la crise sanitaire. Mon passé dans les musées me permets de m’appuyer sur un solide réseaux de professionnel⋅le⋅s : j’interviewe Noémie Couillard (Voix Publics), Claire Séguret (Bnf) et Omer Pesquer (indépendant).

    Merci à Claire Richard pour sa confiance et son accompagnement éditorial bienveillant.

    En juin, mon premier article parait dans Slate : #BlackLivesMatter, l’assourdissant silence des musées français. C’est l’occasion de revenir sur les réactions contrastées des musées au mouvement contre le racisme et les violences policières, suite à l’assassinat de Georges Floyd par des policiers blancs. Cet article me permet de valoriser le travail de femmes, dont certaines racisées, dans une démarche de visibilisation importante à mes yeux : Anne Lafont, historienne de l’art ; Katia Kukawka, conservatrice en cheffe du musée d’Aquitaine, ainsi qu’une community manager anonyme de mon réseau.

    Stratégie éditoriale et community management pour l’Inrap

    En juin, l’Inrap me contacte pour assister l’équipe web sur les Journées européennes de l’archéologie, devenues un événement semi en ligne, semi en présentiel, en raison du contexte sanitaire. Je collabore alors avec Blandine Texier, l’une de mes anciennes étudiantes à Paris 3. J’en profite : rappelez-vous de toujours soigner l’accompagnement de vos étudiant⋅e⋅s et de vos stagiaires. Non seulement elles et ils sont l’avenir de votre profession mais en plus, elles et ils sont vos futur⋅e⋅s collègues. Transmettez-leur vos valeurs, respectez-les même lorsque leurs avis divergent du vôtre, encouragez-les à prendre la parole, soyez constructifs et constructives lorsqu’elles et ils font des bourdes. Et surtout : faites-leur confiance.

    Merci à Omer Pesquer qui a soufflé mon nom à l’Inrap.

    Production et coordination éditoriale du podcast La Bascule

    En octobre, le journaliste scientifique Charles Roncier et moi-même dévoilons notre podcast La Bascule. Nous y donnons la parole aux personnes qui prennent la PrEP, la prophylaxie pré-exposition, qui protège du VIH/sida. Ce projet, dont j’ai déjà parlé ici, a démarré en 2019 quand j’ai convaincu Charles de la pertinence d’un podcast consacré au sujet. Nous produisons la globalité du travail ensemble, avec une grande fluidité et beaucoup de spontanéité dans notre collaboration. Nous sélectionnons les témoignages et réalisons l’écriture générale des épisodes ensemble. Dans le détail, Charles assure les interviews et écrit l’essentiel de ses interventions. Il s’occupe du pré-découpage, du montage et du mixage des épisodes. De mon côté, je coordonne les prises de contact avec les interviewé⋅e⋅s, et je prends en charge la préparation des grilles d’interviews, la recherche des ressources et les publications sur les réseaux sociaux.

    Merci encore Charles de sa confiance.

    Community management pour le colloque #MediaSex2020

    En novembre, j’ai assuré une aide éditoriale et le community management du colloque Médiatiser les sexualités, organisé en ligne par Rennes 2 et Lille 3. Ce projet m’a donné l’opportunité de travailler sur des sujets aussi variés que l’économie des plateformes numériques, les normes de genre dans les industries culturelles ou le traitement journalistique des sexualités. La stimulation intellectuelle de porter le message d’universitaires m’a rappelé le plaisir que j’avais à travailler sur des contenus scientifiques quand j’étais au musée du quai Branly.

    Merci à Florian Vörös et Béatrice Damian-Gaillard pour leur confiance.

    Reportages pour le Programme Société numérique

    Depuis l’été, je réalise une série de reportages dans le cadre d’une mission pour le Programme Société numérique. J’interviewe des acteurs et des actrices de la médiation/inclusion numérique qui participent aux conférences NEC, Numérique en commun(s). Les enjeux du secteur recoupent ceux de la culture : connaître ses publics, évaluer ses actions en ligne et hors ligne, créer des synergies entre les structures. Quand c’était possible, je me suis déplacé à Lens, à Bordeaux et dans la région d’Avignon, mais l’essentiel du travail se fait à présent en ligne et au téléphone. À ce jour, j’ai réalisé une vingtaine d’interviews en mois de 3 mois et, à terme, je vais livrer un total de 7 articles longs, aux formats variés (entretiens croisés, interviews thématiques, reportages, etc). C’est un projet exigeant mais très formateur et, il faut bien le reconnaître, clairement plus rémunérateur que les piges dans la presse.

    Merci à François Huguet qui a pensé à moi pour l’accompagner sur ce projet.

    Et demain ?

    J’ai accepté deux charges de cours qui m’occuperont de janvier à avril 2021. La première me mènera à Poitiers avec des masters de l’IAE, sur le planning stratégique et la communication institutionnelle (merci à Marion Coville d’avoir pensé à moi). La seconde est à Paris 8 avec des L1 Info-Comm, autour des basiques de la médiation culturelle et scientifique (merci à Maxime Cervulle d’avoir glissé mon nom à la responsable de la formation).

    J’ai quelques autres pistes de projet d’ici le printemps 2021 mais rien de signé encore. Bien sûr, Charles et moi allons continuer la Bascule, et nous avons déjà des idées pour les prochaines saisons. À part ça, je n’ai aucune visibilité sur le reste de l’année, qui s’annonce particulièrement rude pour les indépendant⋅e⋅s, compte-tenu du contexte sanitaire, économique et social. Et au mois d’août, j’aurai 40 ans.

    Si l’essentiel de mon travail relève des techniques du journalisme, je ne l’effectue pas pour des entreprises de presse, et c’est pourquoi j’ai toujours du mal à m’identifier comme journaliste. De manière générale, je préfère mettre en avant les sujets sur lesquels je travaille, comme je le fais sur Twitter, plutôt que de revendiquer une profession. Je travaille – c’est-à-dire que je lis, j’écris et j’enseigne – sur les musées, le numérique, les luttes queer/LGBT et leurs croisements.

    Je ne suis pas inquiet, je ne suis pas confiant, je ne suis pas résigné. Nous traversons une époque compliquée, marquée par la destruction de notre modèle social, l’érosion de la confiance dans les institutions et les médias, et un glissement chaque jour confirmé vers l’autoritarisme, réclamé par certain⋅e⋅s. Au milieu de tout cela, je m’efforce de continuer à travailler en portant les valeurs de solidarité, de curiosité intellectuelle et de bienveillance qui sont les miennes. C’est la manière dont je milite, c’est ce que j’ai trouvé de mieux pour continuer d’avancer dans l’incertitude et l’impermanence.

    Merci aussi à fp, qui continue de me faire profiter de ses conseils avisés.

  • Et si c’était La Bascule ?

    Et si c’était La Bascule ?

    Après un mémoire de recherche, des tonnes de tweets et pas mal de discussions avec mes proches sur le sujet, j’ai finalement mis en ligne mon premier podcast, co-produit avec Charles Roncier, journaliste scientifique (et que j’ai le privilège de pouvoir compter parmi mes ami⋅e⋅s) : La Bascule.

    Nous avons rencontré des personnes qui prennent la PrEP ou prophylaxie pré-exposition, un traitement et un protocole de suivi médical qui permet aux personnes séronégatives (mais exposées au VIH) de le rester : en clair, principalement des HSH, des hommes qui font du sexe avec d’autres hommes. Nous avons construit ce podcast dans une perspective journalistique, mais avec une approche qui s’inspire de la médiation scientifique. Nous espérons que “La Bascule” permettra de faire circuler l’information autour de la PrEP, qui constitue un espoir majeur de mettre fin à l’épidémie de VIH/sida dans les prochaines années, au moins dans les pays fortement industrialisés.

    Logo la Bascule

    C’est un moment important pour moi car c’est le premier projet d’envergure que je présente publiquement et qui sort des sujets sur lesquels je travaille depuis des années. J’aurai l’occasion de revenir dans un prochain billet de blog la manière dont les trois sujets qui m’occupent aujourd’hui (musées/politiques culturelles, pratiques et usages du numérique, luttes queer/LGBT) s’articulent autour d’enjeux de pouvoir, et comment ils sont devenus le cœur de mon activité professionnelle.

    Merci à Charles pour sa confiance et son soutien, et merci aux personnes qui ont accepté de nous confier leurs témoignages. Ce projet, dont le dévoilement constitue un chapitre important mais qui n’est que le début, m’a permis d’approfondir ma pratique du journalisme, notamment l’art délicat de l’interview et l’écriture radiophonique, dans la continuité de mon master au CELSA en 2019.

    Vous pouvez retrouver “La Bascule” sur vos applis de podcasts habituelles : Apple Podcasts, Deezer, Google Podcasts et Spotify, ainsi que sur Instagram et Twitter.

  • Cinquante ans de pratiques culturelles en France

    Cinquante ans de pratiques culturelles en France

    Cinquante ans de pratiques culturelles en France
    Cinquante ans de pratiques culturelles en France

    L’étude “Cinquante ans de pratiques culturelles en France”, coordonnée par le statisticien Philippe Lombardo et le sociologue Loup Wolff, a été publiée par le Ministère de la Culture le 10 juillet 2020.

    Très attendue car la dernière datait de 2008, cette sixième enquête depuis les années 1970 est ambitieuse (9200 personnes interrogées en 2018). Elle permet de dresser le bilan de cinquante ans de pratiques culturelles en France métropolitaine. Six grandes tendances émergent :

    • Sur la période, la part de la culture dans le quotidien des Français⋅e⋅s n’a cessé de croître, avec une diversification des pratiques. La télévision et la radio, si elles se maintiennent, sont concurrencées par les outils et plateformes numériques, surtout chez les moins de 35 ans.
    • Justement, les pratiques culturelles numériques ont connu une explosion ces dix dernières années, surtout les jeux vidéo. Il me semble dommage que les auteurs ne mettent pas en perspective leurs observations avec l’évolution des technologies numériques (notamment la fibre en fixe et la 4G en mobile), ainsi que celle des plateformes (la plupart des plateformes apparaissent entre la fin des années 2000 et le début des années 2010).
    • Les Français⋅e⋅s fréquentent les lieux culturels avec assiduité et, sur la période, c’est notamment le développement de cette pratique chez les plus de 40 ans qui explique sa large diffusion. Mais les 25-39 ans s’illustrent par leur manque d’intérêt pour le spectacle vivant.
    • Corollaire de l’explosion des pratiques numériques, les pratiques culturelles s’homogénéisent sur le territoire, avec une réduction des écarts. En revanche, la fréquentation des lieux patrimoniaux reste l’apanage des plus diplômé⋅e⋅s (je ne vous ferai pas l’insulte de vous suggérer de relire Bourdieu)
    • La centralité du numérique caractérise les pratiques culturelles des générations les plus récentes : les plus jeunes délaissent la TV et la radio au profit des réseaux sociaux numériques pour s’informer. Ce qui ne les empêchent pas de continuer à fréquenter des lieux culturels.
    • Les personnes nées entre 1945 et 1954 structurent le paysage français par l’intensité de leurs pratiques culturelles. Elles sont plus engagées que les générations d’avant et d’après, laissant craindre un effondrement de certaines pratiques, compte-tenu de leur vieillissement.

    L’enquête complète est disponible sur le site du Ministère. En complément, je vous suggère de consulter également la dernière édition du baromètre du numérique de l’Arcep (chiffres au 30 juin 2019).

  • Le musée à l’ère numérique : ressources

    Le musée à l’ère numérique : ressources

    Entre 2014 et 2018, j’ai fait partie des professionnel⋅le⋅s associé⋅e⋅s au master “Muséologie et nouveaux médias” (devenu depuis “Musées et nouveaux médias, mention Direction de projets ou d’établissements culturels”) de l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle. J’ai notamment eu en charge le cours “Le musée à l’ère numérique : stratégies, dispositifs et usages”, qui avait pour objet un panorama des usages du numérique fait par les établissements patrimoniaux, en relation avec les pratiques des publics.

    À toute fin utile et, comme on me demande régulièrement des conseils et des ressources sur le sujet, voici la présentation et le plan du cours, une liste de notions et une bibliographie indicative de ma dernière année, 2017-2018. Ces ressources ont vieilli et ne font pas état de projets qui se sont développés depuis (par exemple, des podcasts et des newsletters consacrés l’actualité muséale).

    À propos du cours

    Le cours présente un panorama général des dispositifs numériques dans un contexte culturel et patrimonial : musées et monuments, centres de sciences, centres d’interprétation, autres lieux à vocation culturelle ou patrimoniale.

    Après une introduction permettant de remettre les dispositifs dans un continuum historique, nous établirons une typologie des dispositifs proposés par les établissements, autant que des usages observés chez les publics, sans qu’ils ne soient à l’initiative des institutions – mettant ainsi en valeur les dimensions participatives et/ou collaboratives de certaines pratiques. Cette typologie couvrira les usages du web (sites web, visites en ligne, réseaux sociaux numériques, etc.), les technologies mobiles (audioguides, applications, QR codes, technologie sans contact, tablettes, lunettes, etc.), les dispositifs in situ et immersifs (bornes multitouch, écrans tactiles, scénographie immersive, etc) pour finir par la narration transmedia, les écritures interactives et les dispositifs prospectifs.

    Renonçant à l’ambition d’exhaustivité, futile alors que les étudiant⋅e⋅s ont facilement accès à l’information, le cours présentera une sélection resserrée d’exemples, sélectionnés pour leur pertinence et étudiés en profondeur. Chaque fois que possible, les aspects techniques (conception, réalisation, maintenance au quotidien) et administratifs (commande publique, enjeux budgétaires, etc) seront abordés, pour répondre aux exigences d’un master préparant les étudiant⋅e⋅s en muséologie à rejoindre le secteur professionnel culturel et patrimonial. Enfin, cette typologie sera également envisagée à la lumière d’enjeux sociaux, juridiques et éthiques, permettant aux étudiant⋅e⋅s d’acquérir les bases d’une distance critique sur leur pratique professionnelle à venir.

    L’approche choisie combine une perspective professionnelle, issue de l’expérience acquise sur le terrain, avec une dimension théorique inspirée des sciences humaines et sociales (sociologie et ethnographie, notamment).

    Plan de cours

    Le cours est découpé en 8 séances de 3h, réparties comme suit :

    1. Introduction générale

    Cette séance proposera un aperçu général du cours et des thématiques abordées, à travers un rapide historique des grandes étapes des dispositifs numériques au musée depuis les années 1970, et l’établissement d’une typologie des dispositifs. Le paysage professionnel sera évoqué : principales initiatives issues de la communauté professionnelle, grandes conférences et ressources de référence, en ligne et hors ligne.

    2. Les dispositifs en ligne 1 : le web

    Après une présentation d’internet, du web et des principaux protocoles qui y sont utilisés, cette séance proposera un panorama des sites web de musées, de leurs offres et de leurs usages : informations pratiques, sites vitrines ou sites de contenus, usages mobiles (en prélude à la séance n°5), etc.

    3. Les dispositifs en ligne 2 : les RSN

    Dans cette séance, les étudiant⋅e⋅s se verront proposer une présentation générale des réseaux sociaux numériques. Dans une première partie théorique, plusieurs définitions du terme « réseau social » seront présentées, confrontant notamment approches SHS et marketing. La seconde partie du cours proposera une prise en main pratique, illustrées d’exemples de terrain et accompagnée d’exercices, individuels et en groupe.

    4. Les dispositifs in situ

    Située à mi-parcours, cette séance présentera les dispositifs in situ : bornes multimédias, écrans et tables tactiles ou non, projections images et/ou sonores, etc. Leurs vocations (médiation, information) et leurs articulations avec les dispositifs non numériques seront évoquées.

    5. Les dispositifs mobiles

    Cette séance proposera un panorama des dispositifs mobiles et de leurs usages : audioguides prêtés par les établissements, smartphones personnels, autres objets connectés mobiles (montres et lunettes notamment). Leurs vocations (médiation, information) et leurs articulations avec les dispositifs non numériques seront évoquées. Cette séance sera également l’occasion d’aborder la personnalisation de la visite.

    6. « Nouvelles écritures » et musée comme terrain d’expérimentation

    Cette séance présentera les formes émergentes de narration (transmedia, ludification, webdocumentaire, BD en ligne, etc). Elle sera aussi l’occasion d’évoquer le musée comme terrain d’expérimentation : fablabs, dispositifs participatifs et collaboratifs, mécénat participatif.

    7. Enjeux politiques des dispositifs numériques dans les musées

    Cette dernière séance sera l’occasion de revenir sur l’ensemble du cours à la lumière d’enjeux sociaux, juridiques et éthiques : privacy, stockage et accès aux données, profilage ; questions de genre, de minorités ; rôle social du musée dans un contexte numérique, etc.

    8. Évaluation

    En complément des présentations orales qui auront lieu lors des séances n°2 à n°7 (10 min de présentation, 5 min de questions, 25 % de la note finale), cette évaluation demandera aux étudiant⋅e⋅s de remplir un QCM (25 % de la note) et de rédiger une note d’intention décrivant un dispositif numérique (50 % de la note), à partir d’un sujet choisi entre trois propositions.

    Voici le sujet proposé lors de l’évaluation :

    Création d’un projet numérique

    Vous choisirez un seul sujet parmi les trois, et présenterez votre proposition de la manière qui vous semble le plus adéquate (texte de présentation, schémas de fonctionnement, croquis d’interface, cartels, etc). Il vous appartient de préciser le périmètre de votre intervention (in situ, hors les murs, mobile, etc) et de justifier vos choix.

    Les critères d’évaluation sont les suivants :

    • cohérence et pédagogie. Votre proposition devra notamment être claire et intelligible pour un public non averti.
    • originalité et créativité. Votre proposition devra se démarquer d’éventuels concurrent⋅e⋅s.
    • réalisme et vraisemblance. Le budget est illimité, mais vous en proposerez une estimation, ainsi qu’un calendrier de réalisation de votre projet.

    1. Vous êtes chef⋅fe de projet numérique au Musée de l’Abeille de Bagnères-de-Bigorre. Votre responsable hiérarchique, la directrice des publics, vous charge de proposer une nouvelle expérience de médiation autour de l’accrochage permanent. Le parcours couvre l’histoire de la domestication de l’abeille de l’Antiquité à nos jours, l’exploitation des produits de la ruche et les enjeux sociaux et environnementaux de l’apiculture de nos jours. Votre expérience doit être en place pour accueillir les publics lors des vacances d’été 2018.

    2. Vous êtes chargé⋅e de communication dans l’agence « Hashtag avec les doigts ». Il vous est demandé de proposer à votre client, le musée du Jeu vidéo de Gif-sur-Yvette, une campagne promotionnelle pour l’exposition « Super Mario : mythe, modèle, muse » qui aura lieu de décembre 2018 à mars 2019. Le client vous demande de « surprendre, faire rêver, mais surtout : faire connaître le musée ».

    3. Vous êtes consultant⋅e indépendant⋅e et répondez à un appel d’offre pour la réalisation de dispositifs éducatifs dans l’exposition « Botticelli : un génie à Florence » qui aura lieu au musée des Beaux-Arts de Lyon, au printemps 2019. Le musée souhaite que vous proposiez trois dispositifs, un pour chacune des trois parties : « Florence 1470 : un état de l’art de la Renaissance », « Jeux de pouvoir à la cour des Médicis » et « Thématiques champêtres et nus féminins ». Les publics visés sont les scolaires de 8 à 12 ans, et le cahier des charges précise que les dispositifs doivent être inclusifs.

    Notions abordées

    • musée
    • informatique, audiovisuel, multimédia, numérique, digital
    • internet, web, protocoles
    • réseaux sociaux, réseaux sociaux numériques, médias sociaux
    • privacy, confidentialités des données
    • dispositifs et outils mobiles
    • médiation culturelle et scientifique sur des supports numériques
    • géolocalisation
    • temporalités et personnalisation de la visite
    • dispositifs immersifs et spectaculaires
    • BYOD, DIY, fablabs
    • production participative des contenus (crowdsourcing), financement participatif (crowdfunding)
    • sociabilités, recommandation sociale, personnalisation de la visite
    • 3D, réalité virtuelle (VR), réalité augmentée (AR)

    Bibliographie indicative

    Numérique, numérique au musée

    • Azemard Ghislaine (dir.) « 100 notions pour le crossmédia », Comptoir des Presses d’Universités, 2013.
    • Barney Darin, Coleman Gabriella, Ross Christine, Sterne Jonathan et Tembeck Tamar (dir.) « The Participatory Condition in the Digital Age », University of Minnesota Press, 2016.
    • boyd danah, « It’s Complicated, The Social Lives of Networked Teens », Yale University Press, 2014.
    • Coleman Gabriella, « Coding Freedom », Princeton University Press, 2013.
    • Couillard Noémie, Coville Marion, Schlageter Karin (dir.), « Les coulisses du musée », Revue POLI n°12, 2016.
    • Magis Christophe, Quemener Nelly et Vörös Florian (dir) « Exploitation 2.0 », Revue POLI n°13, 2017.
    • Simon Nina, « The Participatory Museum », auto-édité et en ligne, 2010.
    • Sanderhoff Merete (dir.), « Sharing Is Caring », Statens Museum for Kunst, 2014.
    • Turner Fred, « From Counterculture to Cyberculture », University of Chicago Press, 2006.
    • Turckle Sherry, « Alone Together », Basic Books, 2012.
    • Zittrain Jonathan, « The Future of the Internet », Penguin Books, 2009.

    Muséologie générale, pratiques au musée

    • Chaumier Serge et Mairesse François, « La médiation culturelle », Armand Colin, 2013 (2017).
    • Chaumier Serge, Krebs Anne et Roustant Mélanie, « Visiteurs photographes », La Documentation française, 2013.
    • Gob André et Drouguet Noémie, « La muséologie», Armand Colin, 2014.
    • Merleau-Ponty Claire et Ezrati Jean-Jacques, « L’exposition, théorie et pratique », L’Harmattan, 2006.
    • Merleau-Ponty Claire (dir.) « Documenter les collections de musées. Investigation, inventaire, numérisation et diffusion », La Documentation française, 2014.
    • Poulot Dominique, « Musée et muséologie », La Découverte, collection « Repères », 2005.
    • Tobelem Jean-Michel et Barry (de), Marie-Odile, « Manuel de muséographie », Séguier, option culture, 2003.

    Autres sites et blogs dont la consultation régulière est conseillée