Author: Sébastien Magro

  • Le confinement a mis à l’honneur les métiers du numérique dans les musées

    Le confinement a mis à l’honneur les métiers du numérique dans les musées

    Alors que la crise sanitaire a forcé les établissements patrimoniaux à fermer leurs portes pour une durée indéterminée (très peu ont rouvert depuis le 11 mai), ils regorgent de créativité pour continuer d’exister sur le web. Mais si les musées ont été prompts à diffuser leurs infos, photos et vidéos, c’est que les politiques de numérisation et de valorisation des collections ne datent pas d’hier.

    L’incontournable défi #gettychallenge lancé par le Getty Museum , la minute anthropologique du quai Branly , les fils de tweets à grand renfort de gifs du Musée Saint-Raymond de Toulouse , une visite guidée du Muséum d’histoire naturelle d’Angers dans «  Animal Crossing  » … Dès les premiers jours du confinement, les musées n’ont pas manqué d’inventivité pour assurer leur visibilité sur le web. Tout est bon pour garder le contact avec des publics qui ne peuvent plus visiter les établissements : contenus pédagogiques et humoristiques, décryptages d’œuvres, défis et autres quiz.

    Là où d’autres secteurs ont connu des retards (outils en ligne non fonctionnels, serveurs surchargés, etc.), la culture s’est rapidement adaptée car nombre de musées, d’archives et de bibliothèques disposent de riches collections numérisées et savent les valoriser. La situation actuelle met en évidence le travail de fond effectué toute l’année par les équipes web : alimentation des sites internet, animation des réseaux sociaux et mise à jour des bases de données des collections. Ces tâches, parfois ingrates, sont d’ordinaire éclipsées par de gros projets plus prestigieux mais aussi plus éphémères. À la BnF, la cheffe du service web Claire Séguret est catégorique : « La crise sanitaire repositionne nos métiers aux avant-postes ». Noémie Couillard, chercheuse indépendante, docteure en muséologie et en info-com, confirme: « il est rare d’avoir une telle couverture médiatique sur les sites web de musées, notamment dans la presse nationale. » En temps normal, les projets qui incluent des technologies plus spectaculaires, comme les projections monumentales ou les reconstitutions en réalité virtuelle, ont davantage la faveur des médias. Or, si les musées sont aujourd’hui en mesure de diffuser leurs catalogues d’œuvres numérisées, c’est parce qu’ils ne s’y sont pas mis hier : en France, l’histoire commence il y a près de 50 ans…

    Des bornes interactives en 1986

    Les premières bases de données indexant des collections muséales apparaissent dans les années 1970, dans le cadre de programmes de recherche lancés par le Ministère des Affaires culturelles. L’objectif est alors d’établir un état des lieux informatisés des connaissances sur le patrimoine. En 1975, les collections de peinture des musées français sont rassemblées au sein de la base Joconde. Elle est suivie en 1978 des bases Sigal (qui deviendra Dracar en 1991) pour les sites archéologiques, Arcade pour la commande d’œuvres d’art par l’État et Mérimée pour le patrimoine architectural.

    Capture d'écran de la base Joconde (12 janvier 2022)
    Le portail Joconde existe toujours et propose une collection patrimoniale en ligne (capture d’écran)

    Alors que les ordinateurs personnels pénètrent dans le quotidien des Français⋅e⋅s, ils vont faire leur apparition dans les espaces d’exposition. Les musées de sciences et de société sont précurseurs en la matière. Les ordinateurs et l’interactivité qu’ils proposent s’inscrivent dans le prolongement des manips, ces dispositifs manuels incontournables de la vulgarisation scientifique, qui permettent de comprendre le cycle de l’eau ou d’explorer le squelette d’un dinosaure. Ainsi, en 1986, la Cité des Sciences et de l’Industrie et le musée d’Orsay, fraîchement ouverts, sont les premiers musées en France à présenter des bornes multimédias. En 1989, au Musée Dauphinois de Grenoble, des postes en accès libre permettant de consulter une base de données iconographiques dans le cadre de l’exposition « Quelle mémoire pour demain ? ». Omer Pesquer, consultant indépendant pour le secteur culturel, rappelle : « Les dispositifs interactifs, comme ceux qui se déclenchent lorsque les visiteur⋅se⋅s s’approchent, ce n’est pas nouveau ». En 1995, il conçoit une borne interactive qui s’active grâce à un détecteur de présence pour l’exposition « Mesures & démesure », à la Cité des Sciences. Dans un message vidéo diffusé sur un écran tactile, l’utilisateur⋅trice se voit alors proposer de choisir parmi plusieurs visuels. Il ou elle a ensuite accès aux résultats du sondage constitué des choix des visiteur⋅se⋅s précédent⋅e⋅s.

    Tandis que l’informatique se démocratise, les années 1990 voient l’émergence de la médiation culturelle, discipline qui définit l’ensemble des ressources à la disposition des institutions patrimoniales pour diffuser les savoirs et « expliquer » autant les œuvres que les concepts. Les outils multimédias s’ajoutent aux dispositifs scripto-visuels classiques des musées (cartels, textes de salle, illustrations, etc.) et aux actions de médiation présentielle (visites guidées, ateliers, conférences, etc.) et participent à l’appropriation des collections par les publics.

    Une visite virtuelle 15 ans avant le Google Art Project

    En 1992, la base Joconde est portée sur le Minitel, alors fleuron des télécoms françaises. Plus qu’une simple base de données photographiques, elle donne accès à des notices d’œuvre détaillées. Le musée Picasso et le Louvre sont aussi présents sur le nouveau terminal, et proposent des informations pratiques pour préparer sa visite, accessibles respectivement par le 3615 Picasso et le 3615 Louvre. Mais dans les années 1990, c’est le CD-Rom qui domine l’actualité numérique dans les musées. Parus en 1996, deux objets phares ont marqué les esprits : « Découvrir le Musée d’Orsay », qui proposait une visite virtuelle permettant de zoomer sur les œuvres (15 ans avant le Google Art Project), et « Versailles 1685 : complot à la cour du Roi Soleil », l’un des premiers jeux vidéo éducatifs ayant pour décor un établissement patrimonial. Malgré leur succès, ces CD-Rom culturels ne survivront pas à l’obsolescence technique du format, comme l’indique Noémie Couillard : « ce sont des produits éditoriaux qui ont connu une existence fugace et qui sont morts assez rapidement. ». Faute d’une stratégie numérique soutenue par la direction, les projets multimédias étaient souvent portés de manière individuelle par des agents évoluant au sein de petites équipes. Entre le renouvellement du personnel, les changements de prestataires et la fermeture des PME en charge de la réalisation de ces CD-Rom, les contenus se sont perdus.

    « Versailles 1685 : complot à la cour du Roi Soleil » est devenu un classique du jeu vidéo éducatif français

    L’entrée sur Internet

    Le secteur culturel s’empare d’Internet dès la fin des années 1990. Ainsi, le Ministère de la Culture et de la Communication ouvre son site web en juillet 1994. La même année, le musée des Arts et Métiers est le premier site de musée français à proposer des informations sur les collections, des expositions en ligne et des contenus pédagogiques. Le web prend de l’importance et devient un outil central dans la relation entre institutions et publics, si bien qu’à la fin des années 2000, il est indispensable de proposer un site au goût du jour. Avant de rejoindre la BnF, Claire Séguret a été responsable de la communication du musée de Cluny. Elle se voit confier la coordination de la refonte du site web dès son arrivée en 2009. Le musée « pâtissait d’une image un peu vieillissante, parce que le Moyen Âge c’était ringard. Si on n’y mettait pas des moyens modernes, ça ne pouvait pas marcher ». Elle convainc sa hiérarchie de voir grand. Le nouveau site dispose d’un agenda, d’une sélection de fiches-œuvres et d’un généreux footer, le bloc qui affiche l’essentiel de l’arborescence d’un site, en pied de page. Ces fonctionnalités, aujourd’hui considérées comme attendues, constituent à l’époque « une réorganisation intellectuelle complète de la manière de présenter les informations ». Le site du musée de Cluny illustre ainsi une évolution majeure qu’ont connue les sites web de musée au début des années 2010, en passant de sites « vitrines », très institutionnels, à des sites de contenus riches, valorisant davantage les collections.

    Capture d'écran du site web du musée du Moyen Âge (Cluny) cadrée sur la section "Les oeuvres incontournables"
    Le site actuel du musée de Cluny propose des expositions en ligne, des dossiers thématiques, des visites virtuelles de collection… (capture d’écran)

    Des musées sur Twitter dès 2008

    Si les audioguides n’ont pas attendu Apple pour intégrer des contenus multimédias, les iPod, iPhone et iPad vont accompagner le basculement des compagnons de visite vers l’image et l’interaction, à la fin des années 2000. Les applications mobiles des musées proposent des jeux géolocalisés (PLUG en 2009), la reconnaissance d’image (Blinkster en 2012) et bientôt, la réalité augmentée (Histopad en 2013). Du côté du web, alors que les vitesses de chargement augmentent, les musées se tournent vers la vidéo, qui devient un support de diffusion privilégié pour la communication institutionnelle autant que pour la médiation culturelle. Fin 2007, le musée du quai Branly est le premier à créer une chaîne sur YouTube. Au même moment, Les Abattoirs, centre d’art moderne et contemporain de Toulouse, arrive sur Facebook puis sur Twitter début 2008. Dans la première moitié des années 2010, les musées français ajoutent les réseaux sociaux à la liste des outils à leur disposition pour remplir leurs missions de service public. Les usages que les musées font de Twitter attirent l’attention de la firme à l’oiseau bleu, qui cherche à conquérir de nouveaux marchés. Le secteur culturel paraît idéal pour s’éloigner des journalistes et du public sportif, alors majoritaires dans les utilisateur⋅trice⋅s de la plateforme. Fin 2013, les bureaux parisiens contactent une douzaine d’établissements patrimoniaux pour organiser la première #MuseumWeek en mars 2014, devenue depuis un événement culturel international. Pour les musées, l’enjeu est plus pragmatique. Si l’idée d’aller chercher un public jeune et branché a, un temps, été associée au déploiement d’actions sur les réseaux sociaux, on sait aujourd’hui qu’il s’agit plutôt de s’adapter à des pratiques numériques transgénérationnelles et ancrées dans la vie quotidienne.

    Vers un « service public numérique »

    À l’heure où certaines missions des musées sont compromises (collecter et étudier), d’autres réduites au minimum (conserver) ou remises en question (exposer), il reste possible de valoriser et de diffuser les savoirs malgré la pandémie de Covid-19. Pour Noémie Couillard, l’enjeu actuel des sites web de musées, c’est l’éditorialisation des ressources : « Il ne s’agit pas seulement de mettre à disposition des informations, des photos, des vidéos ; mais de proposer les outils qui vont avec pour se les approprier. » Ces dix dernières années, dans certains établissements a émergé « l’idée d’un service public numérique, qui viendrait doubler le service public offert sur place ». Par exemple, Philharmonie à la demande, la bibliothèque numérique de la Cité de la Musique ou Retronews, le site de presse qui revisite l’actualité à la lumière des trésors de la BnF. Valoriser son offre culturelle en s’appuyant sur la vie quotidienne des publics, c’est ce que le marketing appelle le newsjacking. Mais c’est aussi un des piliers de l’interprétation telle que définie par Freeman Tilden et qui a inspiré la médiation culturelle.

    En participant à les ancrer dans le présent, la crise sanitaire renvoie les musées à leur rôle social, à l’image de la Casemate, centre de sciences de Grenoble, qui a mis les imprimantes 3D de son fablab au service des soignant⋅e⋅s pour fabriquer des visières de protection. Et ça, ce n’est pas nouveau, comme le rappelle Claire Séguret, non sans humour : « Vous savez, ça fait dix ans qu’on me dit que le numérique dépoussière les musées. Je pense que là, les étagères brillent. »

    Article initialement publié le 19 mai 2020 sur le Digital Society Forum, un projet financé par Orange et dépublié fin 2021.

  • Enceintes connectées : l’IA n’existe pas

    Enceintes connectées : l’IA n’existe pas

    Que se passe-t-il quand vous demandez à Siri l’âge de Donald Trump ? Comment Google Home transmet-il à l’ampoule de votre salon l’ordre de s’éteindre ? Qui explique à Alexa où trouver votre morceau favori sur Spotify ? En dépit des fantasmes d’algorithmes tout-puissants, assistants vocaux et enceintes connectées nécessitent, dès leur création, une importante intervention humaine.

    Ce samedi après-midi de décembre, avec ma sœur et ses enfants, nous ne sommes pas l’unique famille à venir visiter la galerie de paléontologie du Muséum national d’Histoire naturelle. Il faut bien occuper les 45 minutes passées à faire la queue dans le froid. L’un de mes neveux, 8 ans, demande au smartphone de sa mère : « OK Google, images de tricératops ». Sans attendre, des images de dinosaures à trois cornes s’affichent sur l’écran. Devant la facilité déconcertante avec laquelle son fils utilise ce service, lui qui ne maîtrise pas encore tout à fait le clavier et dont l’orthographe est pour le moins créative, ma sœur me demande, l’œil goguenard : “Dis tonton, comment ça marche un assistant vocal ?” Ça tombe bien, la file avance lentement et un panneau annonce encore 30 minutes d’attente…

    Anatomie d’une intelligence artificielle

    Google Assistant, Siri ou Cortana sont présents dans nos smartphones et nos ordinateurs. Selon Google, 20 % des requêtes seraient actuellement faites avec la voix. Les assistants vocaux équipent également les enceintes connectés proposées par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) :  Google Home, HomePod ou encore Amazon Echo. En 2018, on trouve leurs courbes sobres ou leurs couleurs high-tech (voir encadré) dans les foyers de plus d’1,7 million de français·e·s.

    Une enceinte connectée, c’est un ordinateur sans écran et sans clavier

    Les enceintes connectées sont équipées d’une alimentation électrique, d’un microprocesseur (le « cerveau » qui effectue les calculs), d’une connexion internet et d’un microphone : ce sont des ordinateurs. Et, comme les ordinateurs et les smartphones, elles s’appuient sur un système d’exploitation. Si vous utilisez un PC, vous êtes sans doute « sous Windows » ; si vous avec un Mac, vous connaissez Mac OS X ; si vous utilisez un iPhone, c’est iOS et si ce n’est pas le cas, c’est sans doute Android, le système de Google. De même, comme Google Home est équipé de Google Assistant, Apple HomePod s’appuie sur Siri tandis qu’Alexa anime les enceintes Amazon Echo (mais également 200 000 autres produits, pas tous vendus par Amazon). Enfin, Cortana est l’assistant vocal proposé par Microsoft. Ce sont des logiciels propriétaires : leur code est fermé et ne peut être consulté si vous n’êtes pas employé·e ou sous-traitant·e de l’entreprise qui les commercialise.

     

    Le modèle de Google Assistant, c’est l’ordinateur central qui répond aux capitaines des vaisseaux de « Star Trek », et la firme de Mountain View ne s’en cache pas. “Comme J.A.R.V.I.S., qui accompagne Tony Stark dans son armure d’Iron Man”, précise l’un de mes neveux. Les intelligences artificielles (IA) qui s’activent à la voix ne se limitent d’ailleurs plus à la science-fiction, puisque dans la comédie dramatique « Her » de Spike Jonze, Scarlett Johansson prête sa voix à Samantha.

    Les assistants vocaux s’activent à l’aide d’un wake word, littéralement, « un mot qui réveille » : « OK Google », « Dis Siri » ou « Alexa » (ce qui n’est pas sans poser de problème si c’est votre prénom). Pourquoi la voix ? Parce qu’elle est jugée plus rapide : 210 mots à la minute contre 70 à l’écrit. Mais aussi parce qu’elle permet de lancer une tâche lorsque les mains sont déjà occupés à cuisiner, à bricoler ou à faire le ménage.

    Les assistant vocaux s’activent à l’aide d’un wake word, littéralement, « un mot qui réveille ».

    Une fois l’enceinte activée, les utilisateur·trice·s peuvent exprimer leur demande. Comme pour toute requête dans un moteur de recherche, la connexion internet est indispensable pour transmettre les données aux serveurs de la marque, majoritairement situés aux États-Unis pour les géants du numérique. L’étape suivante est appelée speech to text : l’IA transcrit la commande vocale en une demande écrite, qui va elle-même subir un traitement statistique permettant d’en identifier les mots-clés.

    En vidéo | Science-fiction, les IA au cinéma

    Par exemple, dans la phrase « Alexa, commande-moi une pizza quatre fromages », l’enceinte envoie un enregistrement sonore aux serveurs d’Amazon. Ces quelques mots sont alors analysés par l’IA, qui identifie commande, pizza et quatre-fromages comme les mots-clés pour rechercher un restaurant susceptible de livrer chez vous, en se basant sur votre géolocalisation. Enfin, Alexa répond avec une proposition (et non des centaines de pages comme le ferait un moteur de recherche sur écran). C’est l’opération inverse, text to speech, qui nécessite que la machine transforme une information écrite en son, à l’aide d’un synthétiseur vocal.

    Les chercheur·se·s Kate Crawford et Vladan Joler proposent un schéma très exhaustif détaillant l’anatomie d’une IA, en y intégrant matières premières nécessaires, infrastructures techniques, corps de métier sollicités et niveau de rémunération. Je vous propose ici une version plus légère, qui se concentre sur le chemin parcouru par l’information lors d’une requête auprès d’une enceinte connectée.

    Que se passe-t-il lorsque vous posez une question à une enceinte connectée ? / Sébastien Magro, 2019
    Que se passe-t-il lorsque vous posez une question à une enceinte connectée ? / Sébastien Magro, 2019

    Des enceintes connectées, mais pas si intelligentes

    « Les IA ont besoin d’apprendre et, pour cela, elles s’appuient sur le machine learning, ou apprentissage machine », précise le sociologue Antonio Casilli, enseignant à Telecom ParisTech et chercheur associé à l’EHESS. « Cette technique consiste à proposer à l’ordinateur suffisamment d’exemples, pour voir émerger des patterns. » Il faut notamment que la machine identifie des schémas récurrents, c’est-à-dire qu’elle « comprenne » les différentes tournures de phrases pour une même commande, et qu’elle intègre les variantes de prononciations et d’accents.

    Contrairement aux êtres humains, qui apprennent à partir d’exemples peu nombreux, il faut plusieurs milliers de requêtes pour que les intelligences artificielles « apprennent ».

    Dans la file d’attente du Muséum, nous dépassons une statue de stégosaure qui joue à cache-cache dans les fougères. À partir d’ici, on nous promet 15 min d’attente. Ma sœur : “Donc, si je comprends bien, les enceintes connectées ne sont pas intelligentes, elles ont besoin qu’on les entraîne, c’est ça ?” En effet, demander à Siri de noter un rendez-vous, rechercher l’adresse d’un musée grâce à Alexa ou commander un Uber avec « OK Google » : tout cela participe à améliorer les IA qui équipent ces services. De même, vérifier les résultats proposés par une enceinte, à partir d’un smartphone ou d’un ordinateur, améliore ses réponses à venir. En somme, c’est un travail que les utilisateur·trice·s fournissent gratuitement aux constructeurs.

    [su_box title=”À quoi ces objets doivent-ils ressembler ?”]

    Comment dessiner un objet qui obéit à la voix, sans être manipulé ? Deux tendances émergent :

    Enceinte connectée Google Home
    Enceinte connectée Google Home / photo Google

    • Google fait le choix de l’objet familier dont les formes évoquent la décoration intérieure, voire le soin. Les courbes et les couleurs neutres, « naturelles », dominent l’ensemble de l’offre. L’enceinte de milieu de gamme, Google Home, n’est pas sans évoquer un diffuseur d’huiles essentielles, tandis qu’à l’entrée de gamme, Google Home Mini est un simple galet, sans angle saillant.
    • De leur côté, Apple et Amazon assument la référence à la science-fiction avec des formes plus futuristes. Le vocabulaire est résolument technique : les enceintes HomePod et Amazon Echo sont noires ou blanches, avec des touches lumineuses de couleurs vives, par exemple quand Siri écoute, ou lorsqu’Alexa traite une question.

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    Les êtres humains derrière les machines

    En l’état actuel des choses, l’intelligence artificielle n’est donc pas autonome : elle repose principalement sur le travail d’êtres humains. Avant la commercialisation de ces services, les algorithmes qui traitent les données sont programmées par des ingénieur·e·s. Puis, pendant leur utilisation, ces programmes sont régulièrement “entraînés” par leurs utilisateur·trice·s. Mais d’autres humain·e·s interviennent : des centaines de milliers de personnes, principalement basées dans les pays émergents, traitent également les données, produites majoritairement par les utilisateur·trice·s des pays riches, le plus souvent pour des salaires dérisoires.

    Derrière les assistants vocaux qui équipent les enceintes connectées, des travailleur·se·s du clic.

    Les travailleur·se·s du clic ne sont que très rarement employé·e·s par les GAFAM, car ces fonctions sont souvent délocalisées et externalisées à travers des chaînes de sous-traitance. La plupart sont recruté·e·s pour des contrats à durée déterminée ou payé·e·s à la pièce. Parmi les tâches qui leur sont proposées figure la comparaison de deux fichiers : une piste son, de quelques secondes à peine, prononcée par l’utilisateur·trice et le texte “compris” par la machine. Les travailleur·se·s du clic doivent le corriger si nécessaire, et l’annoter avec des mots-clés pour le rendre traitable par l’algorithme.

    À écouter | Antonio Casilli, sociologue : « Les intelligences artificielles ont besoin d’être entraînées »

    Ces personnes réalisent jusqu’à 180 micro-tâches par heure, soit plusieurs milliers par jour. Elles sont peu payées : quelques centimes d’euros lorsqu’elles vivent en Europe mais encore moins dans les pays asiatiques, africains ou d’Amérique du Sud où l’on parle de centimes de centimes par tâche. Les plus aisé·e·s se connectent depuis leur foyer, car elles et ils disposent des meilleurs équipements informatiques. Mais beaucoup travaillent depuis les cybercafés, à l’université ou à l’école. Les régions les plus concernées sont Madagascar et l’Afrique de l’Ouest pour le traitement des données francophones ; pour les anglophones, c’est l’Asie pacifique, avec notamment l’Inde et les Philippines.

    Pour ces personnes, il est impossible de créer les solidarités professionnelles qui émergent lorsqu’on travaille à l’usine ou dans un bureau. La plupart d’entre elles ne savent pas que des milliers de travailleur·se·s assurent les mêmes tâches. Antonio Casilli précise : « S’ils en ont conscience, c’est au niveau local, avec les 4 ou 5 personnes qui les ont initiées au micro-travail. ». L’éclatement géographique joue aussi, car les plateformes de micro-travail suivent le soleil : lorsque la journée se termine dans la Silicon Valley, elle commence à Hyderabad, en Inde, ce qui permet un service continu.

    [su_box title=”Dans les coulisses de Cortana : témoignage de Julie, transcriber“]
    En mai 2018, La Quadrature du Net, association de lutte pour les libertés en ligne, rapporte le témoignage de Julie, opératrice pour un sous-traitant de Microsoft. En 2017, pendant 8 mois, elle a été transcriber, c’est-à-dire transcriptrice : elle écoutait de courtes séquences enregistrées par Cortana, puis vérifiait leur transcription écrite pour s’assurer que l’intelligence artificielle avait bien compris le sens des phrases.

    [/su_box]

    L’intervention humaine par micro-tâches se soustrait à l’IA au point que, pour Antonio Casilli, une partie de l’intelligence artificielle est elle-même artificielle : lorsque la machine n’est pas en mesure de comprendre une requête, des personnes prennent le relais et saisissent “à la main” la demande dans la base de données.

    À lire aussi | Enceintes connectées et confidentialité des données : entretien avec Nina Gosse, avocate

    Pour le moment, le modèle économique des enceintes connectées repose majoritairement sur la récolte et la commercialisation des données des utilisateur·trice·s – surtout pour Google et Amazon, moins pour Apple et Microsoft. Le traitement de ces données permet un profilage précis qui peut être vendu aux marques pour qu’elles diffusent de la publicité ou des partenariats commerciaux sur les enceintes connectées. Si l’on reprend l’exemple de la commande de pizza, Amazon propose déjà cette fonctionnalité pour Alexa, en partenariat avec Domino’s. Les fabricants d’enceintes connectées n’ont donc pas intérêt à ce que l’importance de l’intervention humaine soit connue : ils doivent entretenir l’image de produits innovants pour continuer de séduire une clientèle issue des classes moyennes et supérieures.

    L’intelligence artificielle autonome est encore loin

    Les enceintes connectées et les assistants vocaux peuvent rendre bien des services, mais ces objets ne sont pas magiques. Comme pour la plupart des outils numériques, les utilisateur·trice·s ignorent souvent que leur usage a un coût économique et humain, ainsi qu’un impact écologique. En prendre conscience amène à faire des choix en conséquence. Quant à une intelligence artificielle parfaitement autonome, même les géants de la Silicon Valley en sont encore loin – n’en déplaise aux plus angoissants scénarios des films de science-fiction.

    Nous passons le guichet de la galerie de paléontologie, l’attente se termine. Ma sœur reprend son téléphone : “Vous n’en aurez pas besoin dans le musée, tonton et moi allons vous faire la visite…”.

  • Antonio Casilli, sociologue : « Les intelligences artificielles ont besoin d’être entraînées »

    Antonio Casilli, sociologue : « Les intelligences artificielles ont besoin d’être entraînées »

    Couverture de l'ouvrage "En attendant les robots" d'Antonio A. Casilli / photo Sébastien Magro
    Couverture de l’ouvrage “En attendant les robots” d’Antonio A. Casilli / photo Sébastien Magro

    “OK Google”, “Dis Siri”, “Alexa…” Ces quelques mots, vous les avez entendu autour de vous, ou peut-être les prononcez vous-même régulièrement. Les assistants vocaux proposés par les GAFAM – les fameux Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft – prennent de plus en plus de place dans notre quotidien. Ils équipent nos smartphones mais s’invitent également à la maison, à travers les enceintes connectées que les géants du numérique commercialisent depuis 2014.

    Derrière ces intelligences artificielles, il y a souvent des êtres humains, en chair et os, qui traitent nos données et ce, pas toujours dans les meilleures conditions. Pour en parler, je suis allé rencontrer Antonio Casilli, sociologue, enseignant-chercheur à Télécom ParisTech et chercheur associé à l’EHESS, et qui vient de publier l’enquête “En attendant les robots”, aux éditions du Seuil (janvier 2019).

    [su_box title=”Entretien avec Antonio Casilli”]

    [su_audio url=”http://blog.sebastienmagro.net/wp-content/uploads/2019/02/ITW-AAC-FINAL.mp3″]

    [/su_box]

    À lire aussi | Enceintes connectées : l’IA n’existe pas
  • Enceintes connectées et confidentialité des données : entretien avec Nina Gosse, avocate

    Enceintes connectées et confidentialité des données : entretien avec Nina Gosse, avocate

    Quels sont les enjeux juridiques qui entourent les enceintes connectées et les assistants vocaux ? En écho à mon enquête sur les humain·e·s derrière les robots, j’ai rencontré l’avocate Nina Gosse, qui intervient principalement en droit de la propriété intellectuelle et les technologies d’information et de communication, au sein du cabinet De Gaulle Fleurance & Associés. Elle travaille notamment sur les problématiques liés à la vie privée et, plus largement, à l’exploitation des données.

    Concrètement, quels sont les risques en termes de confidentialité des données pour les utilisateur·trice·s des enceintes connectées ? À quoi s’exposent-ils et elles ?

    Les enceintes connectées sont destinées à être pleinement intégrées à nos vies quotidiennes et donc à « connaître » notre intimité. Les points de vigilance concernent la confidentialité des échanges, qu’une enceinte pourrait enregistrer, ainsi qu’une éventuelle utilisation commerciale des données de l’utilisateur, un profilage publicitaire de ce dernier sur la base de ses interactions avec son enceinte. Bien sûr, il ne s’agit là que de « risques » et non d’un constat absolu.

    Ce qui est essentiel, en revanche, c’est que les utilisateur·trice·s soient mis en mesure de comprendre l’utilisation qui est faite de leurs données et des paramétrages possibles de leurs enceintes. À cet égard, on observe une prise de conscience progressive au sein du public, qui doit trouver comme réponse une véritable éducation au numérique, tant des pouvoirs publics que des entreprises. La confiance sera toujours source de valeur ajoutée.

    Il est essentiel que les utilisateur·trice·s soient en mesure de comprendre l’utilisation qui est faite de leurs données et des paramétrages possibles de leurs enceintes

    Apple HomePod / photo Apple
    Apple HomePod / photo Apple

    La sécurité est aussi très importante dans la mesure où il est établi que les objets connectés sont en proie aux risques de piratage : dès lors que se connecter à internet devient une fonction intégrante d’objets du quotidien, les concepteurs de ces équipements doivent faire face aux risques de « cyber » attaques. Des spécialistes de la sécurité ont mis en garde contre ce nouveau type d’attaque après avoir recensé plusieurs milliers d’enceintes connectées contrôlables à distance. Dans le pire des cas, cela permettrait par exemple de contrôler des serrures grâce à une commande vocale intégrée…

    Un objet connecté peut aussi être une ressource pour un hacker mal intentionné qui pourrait lui faire envoyer d’énormes volumes de données vers des sites officiels, dont les serveurs tomberaient alors sous le poids des requêtes (attaque par déni de service ou DDoS). Il faut donc sécuriser l’internet des objets pour gagner la confiance des utilisateurs. À cet égard, l’Union européenne est en train de créer un nouveau cadre européen de certification de cybersécurité des produits.

    Quel cadre juridique protège les données des utilisateur·trice·s des enceintes connectées ? Le RGPD, entré en application en mai 2018 à l’échelle européenne, est-il applicable à ces objets ? Si oui, comment protège-t-il les Européen·ne·s ?

    Les règles applicables en matière de protection des données personnelles ont effectivement vocation à s’appliquer. Le traitement des données vocales sera d’autant plus sensible en présence d’un système de reconnaissance de la voix de l’utilisateur·trice (biométrie vocale). En France, ce droit reposait jusqu’ici essentiellement sur la Loi Informatique et Libertés. Comme vous l’indiquez, il faut aussi compter à présent sur le RGPD, directement applicable dans tous les États membres depuis le 25 mai 2018. Ce dernier concerne tout acteur traitant des données personnelles s’il est (i) établi au sein de l’Union européenne ou, (ii) propose ses produits ou services à des personnes situées dans l’Union ou encore, (iii) suit les comportements sur internet de personnes situées dans l’Union.

    Les assistants vocaux peuvent apparaître aux yeux des utilisateur·trice·s comme des « boîtes noires ».

    Le RGPD renforce les obligations des fabricants d’enceintes connectées ou de concepteurs de logiciels : par exemple, fournir une information précise et intelligible aux utilisateurs, sécuriser toute la chaîne de traitement des données, notifier les éventuelles failles de sécurité… Le RGPD offre également plus de droits aux personnes sur l’utilisation qui est faite de leurs données. Concernant l’obligation d’information, les assistants vocaux peuvent apparaître aux yeux des utilisateurs comme des « boîtes noires », c’est-à-dire que leur fonctionnement parait opaque (comme beaucoup d’autres technologies innovantes). De manière générale, parvenir à expliquer ce genre d’outils aux personnes est un véritable défi.

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    Toutefois, il est important de souligner que le RGPD, dans son contenu, ne révolutionne pas le droit applicable. Pour autant, en prévoyant notamment une hausse notable des sanctions et en obligeant les organisations à mettre en place de véritables procédures de gestion des données, il implique des efforts et investissements très importants pour beaucoup d’entre elles. D’autres textes sont pertinents, notamment le futur Règlement européen dit « e-privacy » qui vise à protéger les données de communications électroniques et réguler le tracking sur les terminaux des utilisateurs. On peut aussi penser aux règles protectrices des consommateurs ou celles relatives à la cybersécurité.

    Google Home Max / photo Google.
    Google Home Max / photo Google.

    Les entreprises qui dominent le marché sont états-uniennes, quels sont les recours juridiques dont les Européen·ne·s bénéficient en cas de contentieux ? Y a-t-il des conflits entre les juridictions ?

    Le champ d’application territorial du RGPD fait que celui-ci pourra s’appliquer à des sociétés établies aux États-Unis, soit parce qu’elles ont un établissement au sein de l’Union, soit parce qu’elles s’adressent au marché européen ou encore parce qu’elles « profilent » ses ressortissants. Le RGPD garantit le droit des personnes concernées à un recours au juge et rappelle que ces dernières pourront saisir une juridiction (ou une autorité de contrôle) de l’État Membre dans lequel elles sont établies. Le RGPD introduit, en outre, la possibilité de mener des actions collectives.

    Par ailleurs, en droit de la consommation, sont présumées abusives les clauses qui suppriment ou entravent l’exercice d’actions en justice ou des voies de recours par le consommateur. C’est d’ailleurs dans ce sens que s’était prononcée, en 2016, la Cour d’appel de Paris dans l’affaire opposant Facebook à un utilisateur qui avait publié sur son mur une photographie de l’œuvre « L’Origine du monde » de Gustave Courbet. Tout comme le juge en première instance, le 12 février 2016, la Cour d’appel a jugé que la clause attributive de compétence des CGU (conditions générales d’utilisation) de Facebook au juge californien en cas de contentieux était inopposable à ses utilisateurs en France.

    On a vu récemment un utilisateur allemand d’Alexa recevoir les informations de connexion d’un autre utilisateur, après avoir réclamé un export des données le concernant. Avez-vous connaissance de cas similaires en France ? Si oui, comment ont-ils été abordés ?

    Amazon Echo Dot / photo Amazon
    Amazon Echo Dot / photo Amazon

    A priori, cet utilisateur a exercé son droit d’accès auprès de la société Amazon pour connaître les données que l’entreprise détenait sur lui (article 15 du RGPD) et Amazon se serait trompée en lui communiquant un fichier d’un autre utilisateur. Il s’agit d’une erreur humaine dont l’écho médiatique démontre à quel point le sujet est devenu sensible et comment, indépendamment de toute sanction, une mauvaise gestion de ces sujets peut entacher l’image d’une marque, a fortiori d’une entreprise innovante.

    Je n’ai pas connaissance de cas similaire mais je conseillerais dans un pareil cas de notifier immédiatement la CNIL de cet incident s’il peut entraîner un risque pour la personne concernée voire, auprès de cette dernière, dès lors qu‘il s’agit d’une atteinte à la confidentialité des données (même par négligence) et que cela limitera le bad buzz.

    La CNIL est méfiante sur le principe des micros ouverts en permanence, et suggère aux utilisateur·trice·s d’éteindre, voire de débrancher les enceintes lorsqu’elles ne sont pas utilisées. Google, Apple et Amazon précisent que leurs produits sont équipés de boutons permettant d’interrompre manuellement les micros. Qu’en pensez-vous ?

    Il est effectivement important de choisir des équipements qui proposent une désactivation. Les enceintes sont programmées pour détecter les mots-clés et enregistrer nos demandes, seule la désactivation permettra d’éviter les enregistrements non souhaités. De manière générale, les fabricants d’objets connectés ont tout intérêt à mettre l’utilisateur en capacité de décider.

  • Vidéo : les IA au cinéma

    Vidéo : les IA au cinéma

    Les interactions entre humains et machines sont un incontournable des films de science-fiction. Voici une rapide sélection de scènes, tout à fait subjective et pas du tout exhaustive.

    “Computer…”

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  • 5 ouvrages généralistes sur la muséologie et la médiation culturelle

    5 ouvrages généralistes sur la muséologie et la médiation culturelle

    Voici une sélection personnelle de livres que je trouve pertinents et utiles pour aborder la muséologie et la médiation culturelle. Je n’ai pas prétention à ce qu’elle soit représentative et d’autres professionnel.le.s pourraient proposer d’autres ouvrages. Ce n’est pas non plus un classement, c’est pourquoi j’ai adopté l’ordre chronologique des éditions dont je dispose.

    “Manuel de muséographie. Petit guide à l’usage des responsables de musées”, dir. Marie-Odile de Bary et Jean-Michel Tobelem, éd. Seguier, coll. Option Culture, 2006.

    Un ouvrage très pratique, qui s’adresse à des professionnel.le.s de terrain et ne nécessite aucune connaissance universitaire sur le sujet.  19 articles rassemblés en 8 chapitres autour de thématiques telles que la sécurité du public et des objets, la conservation préventive, la communication, le financement. Un excellent aperçu quand on débute et une bibliographie de qualité.

     

    “Musée et muséologie” de Dominique Poulot, éd. La Découverte, coll. Repères, 2009.

    Une approche institutionnelle du musée : histoire, définitions, constitutions des collections, aperçu des politiques culturelles, ouverture sur la muséologie comme discipline scientifique. La lecture est un peu plus ardue que l’ouvrage précédent, mais elle vaut le coup de s’accrocher. Comme d’habitude avec les “Repères” de La Découverte, les encadrés viennent éclairer le propos avec des exemples judicieusement choisis.

     

    “L’exposition, théorie et pratique” de Claire Merleau-Ponty et Jean-Jacques Ezrati, éd. L’Harmattan, coll. Patrimoines et Sociétés , 2010.

    L’un des premiers livres que j’ai lus quand j’ai souhaité approfondir mes connaissances en muséologie. Les ressources théoriques sont habilement intégrées dans un ouvrage très pratique, qui aborde de manière rigoureuse des aspects essentiels mais souvent négligés comme le choix de la typographie des cartels, la qualité de l’éclairage ou le niveau de langue des textes de salles. Le glossaire est très utile, surtout quand on débute.

     

    “La muséologie. Histoire, développement, enjeux actuels”, d’André Gob et Noémie Drouget, éd. Armand Collin, coll. U, Sciences humaines et sociales, 2010.

    Sans doute le plus complet et le plus pédagogue de toute la sélection. Dans une écriture simple et accessible, les auteur.e.s reviennent notamment sur les fonctions du musée (présentation, conservation, recherche scientifique, animation) sans oublier une ouverture sur les études de publics et un chapitre particulièrement bien vu sur l’architecture des établissements.

     

    “La médiation culturelle”, de Serge Chaumier et François Mairesse, éd. Armand Collin, coll. U, Sciences humaines et sociales, 2014.

    L’ouvrage de référence sur la médiation : exhaustif, riche en pistes de réflexion et parfois dense. La première partie est consacrée à présentation la médiation au sein du panorama culturel ; la seconde, plus pratique, aborde le secteur professionnel. L’ouverture sur le numérique me semble un peu légère et n’arrive que dans la conclusion – mais mon regard est évidemment biaisé sur le sujet.

     

    Je m’aperçois que les auteures sont clairement sous-représentées dans cette sélection. Si vous avez des suggestions concernant d’autres ouvrages, notamment rédigés par des femmes, n’hésitez pas à les indiquer en commentaire.

  • À propos de la ligne éditoriale de ce blog

    À propos de la ligne éditoriale de ce blog

    Alors que je m’apprête à célébrer mes 6 ans au quai Branly, je commence le master spécialisé en journalisme du CELSA. Jusqu’en février 2019, en parallèle à mon travail au musée, je reprends donc mes études à temps partiel, dans la perspective d’une évolution de ma carrière. J’ai plusieurs envies (podcasts, formats longs, enquêtes) basées sur mes centres d’intérêts personnels et professionnels, mais rien n’est encore fixé.

    La ligne éditoriale de ce blog va progressivement évoluer : je continuerai d’y parler musée et numérique, mais d’autres thématiques émergeront sans doute, toujours dans une perspective réflexive sur les secteurs professionnels dans lesquels j’évolue. Il servira peut-être aussi de bac-à-sable pour des sujets ou des formats que je souhaite tester.

    En attendant, sachez qu’un CDD de 7 mois est en cours de recrutement pour venir en renfort dans mon service, toutes les infos sont .

  • 5 choses que j’ai apprises en 5 ans de community management dans un musée

    5 choses que j’ai apprises en 5 ans de community management dans un musée

    Au début de l’année 2017, j’ai fêté mes cinq ans de travail au musée du quai Branly – Jacques Chirac. L’objectif de cet article n’est ni d’établir un bilan de mon action (je n’ai pas quitté le musée), ni de produire un guide pratique du community management pour une institution patrimoniale (il en existe déjà un, proposé par le Ministère de la Culture). En revanche, il me semble qu’un rapide tour d’horizon de ce que j’ai appris de cette expérience pourrait être utile, autant à mes homologues d’autres établissements, qu’à des professionnel.le.s, des étudiant.e.s et des chercheur.se.s de la culture et du numérique.

    1. Connaître son établissement

    Dis comme ça, ça l’air évident, mais c’est un point primordial. Je vais vous faire une confidence : au moment d’arriver au quai Branly, j’étais aussi en discussion pour intégrer le Centre Pompidou. J’étais très enthousiaste à l’idée de travailler sur l’art moderne et l’art contemporain, des collections que je maîtrisais davantage que les objets ethnographiques. Finalement, j’ai eu une réponse positive du quai Branly avant celle de Beaubourg, mais je n’ai jamais regretté : j’ai découvert d’impressionnantes collections et des domaines de recherche passionnants, j’ai appris à prendre du recul sur mes propres pratiques culturelles et numériques, notamment à partir de lecture d’ouvrages d’anthropologie et d’ethnologie.

    Connaître ses collections et sa programmation permet de répondre avec efficacité aux questions des visiteur.se.s en ligne, de gagner du temps au quotidien et de réagir avec pertinence à l’actualité.  Au fil des années, j’ai appris à tirer au mieux partie des nombreux outils qui sont conçus autour de chaque événement, aussi bien à destination des publics que pour un usage interne. Je pense notamment aux supports papiers et en ligne qui sont produits par mes collègues (entre autres des directions des publics et de la communication), et aux visites guidées des expositions, organisées dès l’ouverture par la direction des publics. Bien sûr, au besoin, je vais chercher directement l’information auprès des personnes qui produisent l’événement (directions opérationnelles), ou auprès des personnes qui détiennent les savoirs scientifiques (départements de la recherche et des collections, médiathèque).

    2. Ne pas juger les pratiques de ses publics

    Même si beaucoup d’études dans les musées esquissent le portrait d’un public type sous les traits d’une mère de famille plutôt urbaine, de classe moyenne et éduquée, nos visiteur.se.s ne sont pas un groupe homogène. Ils/elles arrivent parfois avec le décalage horaire, l’excitation d’une visite attendue et préparée depuis des mois ; ou au contraire sans attente, agacé.e.s d’une visite imposée par l’école ou la famille ; ou encore fatigué.e.s par une longue semaine de travail et des enfants qui chahutent. Nos visiteur.se.s ne sont pas tou.te.s blanc.he.s, aisé.e.s, urbain.e.s, valides, hétéros, cisgenres. Ces personnes viennent au musée avec leur propre personnalité, leur identité, ils/elles viennent avec leur parcours de vie, leur histoire personnelle qui influencent leur perception de ce qu’ils/elles voient dans le musée. Beaucoup de gens ne font pas la différence entre un accrochage permanent et une exposition temporaire, certain.e.s n’imaginent pas qu’il puisse se passer autre chose dans un musée que des expositions. En tant que médiateurs.trices en ligne, les community manager se doivent de tenir compte des spécificités de leurs publics. Nous nous frottons à la difficulté de parler à tou.te.s en voulant s’adresser à chacun.e.s, ce qui oblige parfois à segmenter les actions pour plus d’efficacité.

    L’exemple type est le selfie : comme beaucoup de gens perplexes devant le déferlement d’autoportraits d’adolescent.e.s posant dans (les toilettes) des musées, il m’est arrivé de juger cette pratique. Mais, comme le montrent la sociologue Laurence Allard ou l’historien de l’image André Gunthert, même si l’usage du selfie relève d’une mise en scène de soi, il s’agit d’une pratique complexe, qui dépasse l’égocentrisme et met en œuvre des échanges plus riches qu’il n’y parait à première vue. Il est important d’accepter que nous ne pouvons pas comprendre, connaître et/ou partager toutes les pratiques de tous nos publics. Il faut les accepter sans les juger, parfois pour les accompagner, parfois juste pour les observer, en rendre compte à nos hiérarchies qui décideront si elles souhaitent en tenir compte pour adapter l’offre du musée.

    3. Ne pas projeter ses propres pratiques sur les publics

    C’est un corollaire du point précédent : il est facile d’imaginer ses publics avoir les mêmes usages des réseaux sociaux que les siens, notamment dans le microcosme que certaines plateformes constituent. Passer à côté d’un réseau qui gagne en popularité parce qu’on n’en a pas un usage personnel, baser sa ligne éditoriale sur ses propres centres d’intérêt : le risque est grand de manquer de lucidité et de vouloir calquer son propre usage sur les comptes qu’on anime pour son institution.

    Un exemple parlant est l’opération que j’ai mise en place sur Twitter lors de la sortie de Star Wars VII. Suite au succès du tweet faisant référence au dévoilement de la bande-annonce du film en novembre 2014 (qui reste à ce jour notre tweet le plus populaire), l’année suivante, j’ai préparé une douzaine de tweets basés sur les collections et les « emprunts » de la saga Star Wars aux populations non occidentales, avec la complicité des responsables des collections qui m’ont proposé de nombreuses idées sur les costumes, les coiffures, les langues, etc.

    Bien sûr, je n’aurais pas travaillé sur ces publications si je n’avais pas eu un matériau adapté et, bien sûr, elles ont eu du succès, en partie due à leur programmation qui coïncidait avec la sortie du film sur les écrans. Néanmoins, j’ai pris conscience par la suite que le point de départ du projet était mon propre intérêt pour la saga Star Wars… Mais à vouloir parler aux geeks, n’ai-je pas exclu une partie de nos abonné.e.s, moyennement (voire pas du tout) intéressé.e.s par les histoires de Jedi et de droids ? L’équilibre est subtil, mais il convient de trouver la bonne dose, en choisissant les plateformes les plus appropriées et en n’essayant pas à tout prix de rebondir à tout ce qui « fait le buzz ». Dans la continuité du point précédent, il convient d’accepter qu’on ne peut pas parler à tout le monde et qu’il faut parfois ne s’adresser qu’à un segment, au moins temporairement.

    4. S’attendre à tout

    Même (et surtout) à l’imprévu. Des situations de crises au niveau national en passant par les bad buzz visant l’établissement qu’on représente, le community management nécessite d’accepter l’imprévu et, plus généralement, toutes les choses sur lesquelles on n’a pas de prise. Quand je dis qu’il faut s’attendre à tout, c’est vraiment à tout : même à un paragraphe plus court.

    5. Savoir lâcher prise

    Quand on est jeune et/ou qu’on débute dans une institution, il peut être difficile de prendre la distance : on s’investit beaucoup car on prend à cœur notre travail, on se sent porté par sa mission de service public et par un optimisme sans faille… Et puis, un jour, on est confronté.e à l’agressivité, à l’hostilité, aux trolls. Comme dans tous les métiers, on doit vivre avec la frustration, la colère, l’incompréhension. Mais plus que dans bien des métiers, la mission de community management nous engage à « faire corps » avec l’institution, à la porter et parfois la représenter, même quand on n’est pas au bureau.

    Pourtant, il faut apprendre à se déconnecter le soir, le weekend et pendant ses vacances. Avec le temps qui passe, on apprend à lâcher prise : on met de la distance entre son travail et le reste de sa vie, on s’investit dans d’autres projets, quitte à perdre une partie de la passion qui nous animait autrefois. En portant la voix de l’institution auprès des publics, et celles des publics auprès de la direction de l’établissement, on joue un rôle crucial de pivot mais on n’est pas l’institution. Renoncer à la passion initiale permet de faire émerger une certaine sérénité, car on gagne en confiance en acceptant qu’on ne peut pas répondre à tout, ni à tou.te.s. Accepter de reconnaître le modeste périmètre de son intervention, c’est commencer à en prendre possession.

    Voilà

    Je rappelle au passage que je n’ai jamais été l’unique CM du musée du quai Branly – Jacques Chirac, car les pages Facebook de la Médiathèque et du salon de lecture, des Before, et du Théâtre Claude Lévi-Strauss ont toujours été administrées respectivement par les agents de la médiathèque, de la direction des publics et du service de l’auditorium. En outre, depuis 3 ans, nous utilisons un outil tiers pour l’administration des différents comptes, et 10 à 12 personnes produisent des contenus et publient régulièrement sur les comptes du musée. Je profite de l’occasion pour les remercier de leur investissement et leur créativité au quotidien !

  • Visitors comfort and interpretation at the National Gallery of Denmark

    Visitors comfort and interpretation at the National Gallery of Denmark

    I am currently travelling in Scandinavia, in Copenhagen, Denmark and in Stockholm, Sweden to meet some of my colleagues from other European museums. Here is a first blog post about visitors comfort and some of the in situ interpretation/education installations at the Statens Museum for Kunst, the National Gallery of Denmark, in Copenhagen.

    Visitors comfort

    A lot of efforts are made by the SMK to offer a quality welcome:

    • some very comfy sofas were installed in the entrance hall, and freely usable catalogues are proposed (they aren’t wired, but only bear a ‘SMK property’ sticker)
    • free wifi is offered, with a direct connection and no portal (which might not be a great choice for legal outcomes, but I don’t know about danish law on the matter)
    • every part of the museum is accessible to both wheelchairs and strollers
    • visitor can have a sit in a lot of rooms (at least, all of the larger ones), which is also a good way of appreciating danish design.
    Hall d'accueil du Statens Museum for Kunst, Copehnhague
    Hall d’accueil du Statens Museum for Kunst, Copehnhague

    Interpretation installations

    Drawing room

    A drawing room was created in the ‘Danish and Nordic Arts, 1750-1900’ department. Visitors will find everything that is required to draw: sheets of paper and pencils, light wood boards to put the sheets on, comfortable chairs and even pencil-sharpeners. Many statues are on display, they are either originals or copies from Danish and European sculptors. Once finished, visitors can put their drawings in a box and, from time to time, employees from the museum pick some that are displayed in this very room.

    Board games with 17th c. paintings

    At the center of a large room dedicated to large format 17th c. paintings are tables and benches. The tables display board games: a picture of one of the paintings that is hanging on the walls of the room, an abacus to count points and cards bearing pictures of nowadays daily life objects. Each player picks a card and has to tell a story related to both the object on the card and the painting depicted at the center of the table. Players then vote, and the one who has the more votes wins. Bonus line: the museum adopted a non-sexist grammar on the instructions!

    Board games with 17th c. paintings, Statens Museum for Kunst, Copenhagen
    Board games with 17th c. paintings, Statens Museum for Kunst, Copenhagen

    Interactive tables

    Visitors can access further information on selected works from two interactive tables, the one in the ‘Danish and Nordic Arts 1750-1900’ department, the other in the ‘European Arts 1300-1800’ department. Visitors can then browse through fIlmed interviews of curators, art historians and other academics but also contemporary artists who are commenting this selection of works of art. The interviews are in Danish, but English subtitles are available.

    Table interactive, Statens Museum for Kunst
    Interactive Table, Statens Museum for Kunst, Copenhagen

    Travelling through the Ages

    In the ‘European Arts 1300-1800’ department is an installation about 18th c. Grand Tour, when noble men from Europe travelled accross Italy on the search for artists and thinkers from Antiquity and the Renaissance. A portrait of a young noble man is diplayed, facing an audio installation that allows visitors to hear about young Danes in their twenties giving their views about travelling nowadays. Personal experiences are varied, from a young woman who did a world tour to a young man who never left Copenhagen, sharing thoughts about globalization. Audios are in Danish, but card boards with English texts are available.

    ‘I went to SMK and…’

    Last but not least, close to the exit in the entrance hall, is an installation inspired by New York MoMA, ‘I went to SMK and…’. Small cards allow visitors to write about their experience at the museum, and then to put them in a box. Simple but efficient, this is the kind of installations that give another form to the usual visitors books.

    'I went to SMK and...', Statens Museum for Kunst, Copehnhague
    ‘I went to SMK and…’, Statens Museum for Kunst, Copenhagen
  • Accueil et médiation au Statens Museum for Kunst de Copenhague

    Accueil et médiation au Statens Museum for Kunst de Copenhague

    Je voyage actuellement en Scandinavie, cette semaine à Copenhague (Danemark) et la semaine prochaine à Stockholm (Suède) pour rencontrer certain⋅e⋅s de mes confrères et consœurs d’autres établissements européens. Voici un premier article sur l’accueil et quelques-uns des dispositifs de médiation in situ au Statens Museum for Kunst, le Musée national des Beaux-Arts du Danemark, à Copenhague.

    L’accueil des publics

    Le SMK ne ménage pas ses efforts pour proposer une grande qualité d’accueil à ses publics :

    • dans le hall d’entrée, de confortables fauteuils sont placés avec des catalogues à disposition (non scellés, ils sont juste estampillés “propriété du SMK”),
    • le wifi est gratuit et en accès direct, sans portail de connexion (ce qui n’est peut-être pas l’idéal d’un point de vue légal, mais je ne connais pas la législation danoise sur le sujet).
    • tous les espaces sont accessibles en fauteuil ou avec des poussettes.
    • de nombreuses assises sont placées partout dans le parcours, qui permettent au passage d’apprécier le design scandinave.
    Hall d'accueil du Statens Museum for Kunst, Copehnhague
    Hall d’accueil du Statens Museum for Kunst, Copehnhague

    Les dispositifs de médiation

    La salle de dessin

    Dans le parcours “Arts danois et nordiques 1750-1900”, une salle est consacrée au dessin. On y trouve tout le matériel nécessaire : feuilles et crayons, planche de bois pour placer ses feuilles, de confortables assises et même des tailles-crayons fixes. Plusieurs statues sont exposées, originaux ou copies de sculpteurs danois et européens. Une fois terminé, il est possible de laisser son dessin dans un casier et, de temps à autres, les agents du musée en sélectionnent quelques-uns qui sont exposés dans la salle elle-même.

    Les jeux de plateau avec des tableaux du XVII°s

    Au centre d’une large pièce occupée par des grands formats du XVII°s, des assises ont été installées sur le modèle du mobilier de pique-nique dans les jardins publics. Sur ces tables sont proposés des jeux de plateau : la reproduction d’un des tableaux présents dans la salle, un boulier pour compter les points et un jeu de cartons illustrant des objets de la vie quotidienne. Tour à tour, les joueur⋅se⋅s tirent un carton et doivent imaginer une histoire qui met en relation l’objet illustré et le tableau représenté. Les points sont attribués par vote des autres joueur⋅se⋅s. Bonus : le musée a adopté l’écriture épicène dans les instructions du jeux !

    Jeux de plateau avec des tableaux du XVII°s, Statens Museum for Kunst
    Jeux de plateau avec des tableaux du XVII°s, Statens Museum for Kunst

    Les tables interactives

    Deux tables interactives sont disposées dans les parcours “Arts danois et nordiques 1750-1900” et “Art européen 1300-1800”. Elles permettent d’en apprendre davantage sur une sélection d’œuvres. Après avoir choisi la pièce qui l’intéresse, l’utilisateur⋅trice peut visionner des interviews de conservateur⋅trice⋅s, d’historien⋅ne⋅s de l’art et d’autres chercheur⋅se⋅s, mais aussi d’artistes contemporain⋅e⋅s qui commentent l’œuvre. Les films sont en danois et sous-titrés en anglais.

    Table interactive, Statens Museum for Kunst
    Table interactive, Statens Museum for Kunst

    “Les voyages forment la jeunesse”

    Dans une salle du parcours “Art européen 1300-1800”, une sorte d’alcôve a été ménagée. Elle contient un portrait représentant un jeune noble du XVIII°s : l’occasion d’aborder le traditionnel Grand Tour, qui menait les jeunes intellectuels et artistes de l’époque en Italie, sur les traces des philosophes de l’Antiquité et de la Renaissance. En vis-à-vis, des casques permettent d’écouter des Danois⋅se⋅s dans la vingtaine expliquer leur rapport aux voyages aujourd’hui. Les expériences sont variées, de celle qui a fait le tour du monde à celui qui n’a pas quitté Copenhague et s’interroge sur la mondialisation. Les pistes sonores sont en danois, des fiches de salle permettent d’en lire la traduction en anglais.

    “I went to SMK and…”

    Pour finir, dans le hall, proche de la sortie, un dispositif inspiré par le MoMA de New York, “I went to SMK and…” propose aux visiteur.se.s d’écrire sur une fiche leurs souvenirs de visite, puis de la glisser dans un urne. Simple mais efficace, ce dispositif bouscule quelque peu les codes habituels du livre d’or.

    'I went to SMK and...', Statens Museum for Kunst, Copehnhague
    ‘I went to SMK and…’, Statens Museum for Kunst, Copehnhague