Author: Sébastien Magro

  • Avec et sans peinture : retour sur un atelier participatif au MAC/VAL

    Avec et sans peinture : retour sur un atelier participatif au MAC/VAL

    Avec et sans peinture au MAC/VAL
    Avec et sans peinture au MAC/VAL

    Il y a quelques jours se tenait le colloque-événement Participa(c)tion au MAC/VAL, qui m’a invité à proposer un atelier. En collaboration avec les équipes du service des publics, nous avons conçu “Avec et sans peinture”, un atelier en ligne et hors ligne, invitant les visiteurs à participer à la création des contenus autour des œuvres du Parcours #6, le prochain accrochage du musée, qui sera consacré à la peinture et débutera en janvier 2014. Après une première phase sur la page Facebook du musée en novembre 2013, je vous propose de revenir en quelques mots sur l’atelier qui s’est tenu le dimanche 8 décembre.

    Participez en trois étapes faciles !

    À leur arrivée au salon, les visiteurs étaient accueillis par trois médiateurs du MAC/VAL, Alice Martel et moi-même. Il leur était proposé de choisir une œuvre issue des collections, représentée sur une fiche papier plastifiée, parmi deux groupes : des œuvres exposées actuellement et d’autres, déjà montrées pour certaines, qui rejoindront le Parcours #6. Ensuite, les visiteurs devaient tirer au sort un défi, dans une liste de 16 défis aussi variés que : “Vous êtes l’artiste, présentez-nous votre travail”, “Décrivez l’œuvre à quelqu’un qui n’est pas là”, “Retrouvez l’œuvre dans les salles et prenez-vous en photo avec” ou encore “Dessinez l’œuvre d’un seul trait”. Enfin, les visiteurs avaient le choix entre quatre principaux modes d’expression : le support papier pour l’écrit et le dessin, une cabine vidéomaton, un point d’enregistrement audio et un poste connecté à la page Facebook de l’événement.

    Quels retours ?

    Au total, je pense que nous avons eu une bonne cinquantaine de participations de toute sorte [MÀJ du 12/12/13 : 61 participations exactement], avec un public plutôt familial. J’ai été aussi étonné que ravi de voir l’enthousiasme des visiteurs, dont la plupart se sont prêtés au jeu avec bonheur. L’énergie d’un jeune visiteur, à peine âgé de 10 ans, qui a insisté pour accomplir le maximum de défis avec deux œuvres qu’il avait choisies, m’a vraiment impressionné — son père a du insister plusieurs fois avant qu’il ne consente à renoncer à compléter sa quête au moment où l’atelier se terminait.

    Si la localisation de l’atelier, dans le salon du MAC/VAL où sont placées les machines à café, a été un facteur intéressant pour “attraper” des visiteurs au vol, sa tenue en parallèle aux conférences publiques et aux performances a peut-être réduit la fréquentation. La signature de la décharge autorisant le musée à exploiter les productions des participants et, le cas échéant, leurs sons et leurs images, n’a pas non plus posé problème. Enfin, à première vue, pas vraiment de participations fantasques : l’accompagnement par les médiateurs sur place à permis d’éviter les ados qui lancent l’enregistrement, font quelques grimaces et partent en pouffant.

    Et la suite ?

    Avec et sans peinture au MAC/VAL
    Le mur des participations écrites et dessinées

    Le MAC/VAL définira prochainement des critères pour la sélection d’un certain nombre de participations, qui seront valorisées dans le cadre du prochain accrochage temporaire. J’ai proposé au musée que les productions des visiteurs soient mises en valeur à la fois en ligne (ce qui ne devrait pas être un problème sur le site du musée) et dans l’espace physique de l’exposition, dans la limite des possibilités techniques. Le MAC/VAL profitera sans doute de son comité de visiteurs pour sélectionner les participations les plus pertinentes et travailler à leur valorisation, peut-être sous la forme d’un journal de l’exposition, en parallèle au discours institutionnel du musée. Enfin, un verbatim des participants pourrait aussi être envisagé, quelque soit le support de leur proposition.

    Je profite de l’occasion pour remercier Stéphanie et Alice pour leur invitation, Marion, Gilles, Arnaud pour leur collaboration, ainsi qu’Irène, Adrien et Abdel pour la qualité de leur accueil au musée.

  • Des mondes, des rencontres, une médiation ?

    Des mondes, des rencontres, une médiation ?

    Les 17, 18 et 19 octobre derniers, le colloque “Les Mondes de la médiation culturelle” se tenait à Paris 3, à l’initiative du GDRI Opus 2 CNRS. Les 21 et 22 octobre avaient lieu les Rencontres numériques autour de la médiation, organisées par le ministère de la culture. Ayant assisté aux deux (mais pas dans leur intégralité), je vous propose un bref aperçu de ces deux conférences, accompagnées de quelques réflexions que j’en ai tirées.

    Les Mondes : le point sur la médiation en sciences humaines et sociales

    les_mondes_mediation_2013
    Il y a quelques mois, Noémie Couillard et moi avons soumis une proposition de communication autour des formes émergentes de médiation associant les publics, qui a été acceptée. Alors que l’assistance et les intervenants étaient majoritairement composés de chercheur-se-s et des étudiant-e-s en sciences humaines et sociales, j’étais un des rares professionnels à intervenir.

    À noter : Noémie et moi étions les seuls (ou presque) à livetweeter, preuve que cette pratique ne s’est pas encore répandu dans toutes les sphères de la recherche. Et un livetweet bien pauvre, en raison d’une mauvaise couverture 3G et de l’absence d’un réseau wifi.

    Comme souvent, les matinées étaient occupées par des séances plénières en amphi, interventions de grands noms de la médiation tels que Claire Merleau-Ponty ou Élisabeth Caillet, pour ne citer qu’elles. Les après-midi étaient consacrées à des présentations courtes assemblées autour de différentes thématiques, parmi lesquelles “Médiations et publics éloignés” ou “Médiations muséales”. Vendredi après-midi, la séance à laquelle Noémie et moi participions s’intitulait “Médiation numériques et nouveaux dispositifs”. En quelques minutes, nous avons présenté quelques initiatives – certaines issues des communautés de visiteurs et d’autres, d’institutions – qui tendent vers des formes de médiation participative. Cette présentation a été l’occasion pour moi d’aborder la question des jeunes publics sur les réseaux sociaux, j’y reviendrai prochainement.

    Le matin du vendredi 18, Claire Merleau-Ponty a conclu son intervention en déclarant : “Aujourd’hui, la médiation est l’égal de la conservation”. Si cette phrase était clairement un message d’espoir et de motivation adressée à communauté professionnelle qui semble toujours souffrir de mépris au sein de bien des institutions, je ne peux m’empêcher de me demander s’il ne s’agissait pas également d’un acte d’auto-persuasion devant un public conquis, dans lesquels les conservateurs, s’il y en avait, représentaient une minorité déjà elle aussi acquise à la cause.

    Quoiqu’il en soit, assister à ce colloque m’a permis de confirmer une intuition sur laquelle je fonde une grande part de mon travail : les outils numériques, et notamment les réseaux sociaux, peuvent devenir des supports de médiation. À travers les communication aux quelles j’ai assistées et les échanges avec d’autres participants, j’ai pu constater à quel point certaines des interactions qui naissent sur Twitter, par exemple, se rapprochent d’actions de médiation présentielle, dont le seul support ne suffit pas à conditionner un changement radical dans la définition de la médiation.

    Les Rencontres : le numérique continue à se développer dans la culture

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    Organisées par le Ministère de la Culture et de la Communication depuis 2009, les Rencontres numériques permettent aux professionnels de la culture de partager leurs bonnes pratiques, mais aussi de découvrir des exemples de projets développés dans tous les secteurs : spectacle vivant, musée, cinéma, archives et bibliothèques, etc. Vous pouvez retrouver les tweets échangés avec le mot-dièse #RencNum13.

    Lors des deux conférences, j’ai eu l’occasion d’assister à des présentations autour du dispositif “Léon Vivien, 1914“, une page Facebook portée par le Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux. Pour les “Mondes”, ce sont deux chercheurs, Céline Schall et Jean-Christophe Villatte, qui ont présenté les résultats de leur étude sur le sujet. Lors des Rencontres, c’est Michel Rouger, directeur du musée, et Lyse Hautecoeur, chargée de la communication, qui sont revenus sur l’historique du projet. Tandis que les agents du musée reconnaissaient un certain opportunisme autour d’un dispositif développé grâce au mécénat de compétence de l’agence de publicité DDB, les chercheurs se sont focalisés sur les publications de la page, cherchant à établir si elles constituaient une médiation innovante. Je regrette qu’ils aient choisi de se focaliser sur les publications, listant les contenus éditoriaux et mettant de côté la viralité en renonçant à étudier les partages — à moins qu’il s’agisse d’un choix en raison de la courte durée des présentations.

    Pendant les Rencontres, une autre intervention qui a retenu mon attention est la présentation de la stratégie et de la méthodologie sur les réseaux sociaux de Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF, par deux des membres de son équipe, Claire Chemel et Louis Jaubertie. Après une présentation des plateformes sur lesquelles le service est présent, ils ont détaillé leur fonctionnement interne et sont revenus sur les outils utilisés, parmi lesquels Hootsuite et LaterBro pour la programmation des publications, Diigo pour la veille et le raccourcisseur d’URL Bitly. Un travail en équipe, sans hiérarchie entre les six membres, qui sont à parité de genre et à parité entre deux directions¹. Avec cette présentation, Gallica montre qu’il est possible pour une institution aussi importante que la BnF d’instaurer un fonctionnement dynamique, avec un circuit de validation souple reposant sur la confiance de la direction. Plus largement, elle montre qu’avec patience et bonne volonté, il est possible concilier numérique et institutions culturelles.

    Dernier point que je retiendrai de ces Rencontres : les professionnels du numérique dans la culture se mobilisent, notamment à travers deux initiatives, #CMmin et Muzeonum. #CMmin rassemble les community managers des institutions placées sous la tutelle du Ministère de la Culture. Les Rencontres ont été l’occasion d’ouvrir ce groupe aux CM d’autres établissements, et de présenter quelques exemples des formes que peut prendre ce poste dans des structures diverses : une association pour la Cinémathèque française, un CCSTI pour La Casemate, un nouveau musée national pour le MuCEM ou encore un théâtre national pour le Théâtre national de Strasbourg. Deux dispositifs ont brièvement été évoqués : Ask A Curator par Claire Seguret du musée de Cluny et #jourdefermeture par votre humble serviteur. Une enquête de grand ampleur a été annoncée, conduite par Noémie Couillard dans le cadre de sa recherche et soutenue par le MCC, qui permettra de dessiner un portrait plus précis du community management dans les institutions culturelles en France.

    Enfin, Muzeonum, que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ici, est une communauté de professionnels du numérique dans la culture, fondée en 2011 par Omer Pesquer. Pour la première fois dans un contexte institutionnel, cette initiative portée par une communauté active et mobilisée, a bénéficié d’une visibilité conséquente. La prise de conscience de l’existence de réseaux connexes à celui des #museogeeks, avec les #theatrogeeks, les #scientigeeks et les #bibliogeeks est également un signe encourageant pour le développement d’une dynamique plus large, non limitée aux musées.

    Pour conclure

    Ces deux conférences, bien qu’adressées à des publics différents, m’ont permis de constater la vitalité des initiatives numériques dans bien des établissements, autant que l’intérêt de la recherche pour ces territoires relativement nouveaux. L’existence d‘un questionnement entourant une “médiation numérique”, de ses propriétés et de ses différences avec les dispositifs classiques émerge également, et l’idée même de cette médiation n’est plus un tabou. J’y reviendrai prochainement.

    ¹ Je n’ai pas retrouvé lesquelles dans le livetweet et dans mes notes.

    Mise à jour du 04/11/13 à 11h54 : ajout des postes de Michel Rougier et Lyse Hautecoeur du musée de la Grande Guerre de Meaux, suite aux précisions apportées par Florence Vielfaure.
  • “Le propre de l’interprétation…”

    Le propre de l’interprétation est de stimuler chez le visiteur le désir d’élargir l’horizon de ses intérêts et de ses connaissances (…) non par des sermons, ni par des cours magistraux, mais par de la provocation.

    BRINGER J.-P., “Espace” n°95, 1989 in DE BARY, M.-O. et TOBELEM, J.-M., “Manuel de Muséographie”, éd. Seguier, 1998.

  • “Joëlle Le Marec souligne que…”

    Joëlle Le Marec souligne que la parole du public demeure « introuvable » (2008) c’est-à-dire que l’attention est portée sur le fait même de mettre en place des dispositifs participatifs et de développer une ingénierie de la communication que de véritablement prendre en compte cette parole.

    Noémie Couillard, À la recherche de la muséologie participative : jalons historiques, enjeux et tensions.

  • “Pour capter le public de demain…”

    Pour capter le public de demain, les musées vont devoir proposer avant tout des expériences à vivre plutôt que de proposer une liste d’offres associées à un format (exposition, conférence, lecture…) ou à un support (web, tablette…).

    Maud Dahlem, chef de projets numériques du Muséum de Toulouse, “Expériences collaboratives avec le public à partir des réseaux sociaux” in “Musées et collection publiques de France”, n°267, 2013.

  • Proposition de métaphore pour illustrer la narration transmedia

    Proposition de métaphore pour illustrer la narration transmedia

    La narration transmedia, c’est comme les douze travaux d’Hercule : chaque tâche constitue une histoire cohérente et auto-suffisante qu’on peut raconter séparément, mais en racontant les douze travaux, on développe un univers encore plus riche, basé sur les mêmes personnages, le même contexte, les mêmes dynamiques.

  • About #jourdefermeture

    About #jourdefermeture

    Note: this is my first blogpost in English, I hope readers who do not read French will enjoy it, and I’ll do my best to translate some of my other major articles (such as Qui sont les #museogeeks ?), as well as publish original content in English. In the meantime, I suggest you may use Google Translate, which usually allows to get the main idea. Thanks!

    #jourdefermeture at Montreal's MAC

    In the beginning was the hashtag

    Back at the end of summer 2012, some French museums were chatting on Twitter about what usually happens in their premises when they are closed to the public. What was a mere answer to a visitor’s question about opening days became an online interpretation tool.

    Here is a short explanation about the #jourdefermeture initiative and how some museums use this hashtag. Translation note: I find it quite difficult to translate jour de fermeture, which literally means ‘closing day’ or ‘day(s) the museums are closed to visitors’. Some museums tweeting in English use #closingday, but I understand it doesn’t cover the full meaning of the concept.

    Basically, #jourdefermeture is a hashtag that French-speaking museums use on Mondays and Tuesdays – depending on their closing day – to invite visitors backstage. Cultural institutions mainly share photographies of the mounting and dismounting of exhibitions as well as traveling exhibitions, permanent collections re-arranging, and any kind of info related to what is going on at the museum while it’s closed to visitors.

    How is #jourdefermeture used by museums?

    The hashtag serves for interpretation and educational purposes, even with only 140 characters. It also serves one of the main missions given to museums: providing visitors with information about how the institution works, about the collections and the conservation of the works of art, and about other fields of interests such as PR, funding or security at the museum. While satisfying the curiosity of visitors, #jourdefermeture also helps to answer questions asked by frustrated visitors who cannot access the premises¹, and helps reducing the gap between museums and theirs users.

    From a PR point of view, this simple hashtag has a potentially powerful reach when museums join forces in a common movement. But there are also drawbacks: as often, big popular museums tend to be over-exposed. Pictures posted by the Louvre, the Palace of Versailles or the Pompidou Center get more visibility than “smaller” museums, thanks to their numerous followers. Nevertheless, other non-museum institutions tend to adopt #jourdefermeture like @forumdesimages, for instance, which is an cinema and TV-oriented art center in Paris.

    As for technical aspects, this initiative is a light project for teams dealing with social media: a smartphone with a photography functionality is sufficient (but many museums prefer browsing their professional photographies when they have such a database). And it is flexible: no compulsory participation, and museums are free to participate when they have relevant content to publish on Mondays or Tuesdays.

    Thanks to social media (and community managers friendship on an international level), #jourdefermeture is now used by french museums, from the smaller ones to the internationally renowned, both in Paris and elsewhere in France, as well as a growing number of Swiss museums (e.g., @MAHGeneve) and French Canadian museums (among them are @pointeacalliere, @mnbaq and @mcqorg) – no Belgian museums has joined the movement for now. Thus, #jourdefermeture opens the way to new collaborations between cultural institutions, sharing their most precious asset: their collections.

    Elsewhere, in the UK and the US, it seems like such an initiative wouldn’t be as popular, since many museums are open 7 days a week in London, among others, and several New York based museums recently decided to do the same. If you live in a city and/or country where museums never close, I’d be glad to read your thoughts on the question, feel free to comment!

    Further reading (in French)

  • “The lesson to be learned is that…”

    The lesson to be learned is that there is a place for both the physical and the digital, with one complementing and leveraging the other. The physical museum offers visitors the opportunity to experience the real object and to share their impressions with family and friends, and also provides the content, expertise, and collections that digital museums draw upon. Digital access can then pro- vide limitless opportunities for engagement and lifelong learning.

    “Best of Both Worlds – Museums, Libraries, and Archives in a Digital Age” by G. Wayne Clough, Secretary of the Smithsonian Institution.

  • “L’approche comportementale est…”

    (…) L’approche comportementale est une recherche fondamentale qui s’intéresse à connaître le visiteur tandis que l’évaluation des expositions est une recherche appliquée destinée à améliorer le fonctionnement de ces dernières.

    “La muséologie”, André Gob et Noémie Drouguet, éd. Armand Colin, p. 95.

  • “Des études plus récentes ont completé…”

    Des études plus récentes ont complété, actualisé et élargi vers d’autres catégories de musées les données fournies par Bourdieu et Darbel. Leurs résultats ne remettent pas en cause les principales conclusions de l’étude initiale. Elles permettent toutefois de constater que l’image des visiteurs est plus diversifiés lorsque les catégories de musées prises en compte sont plus variées (musées de sciences et techniques, musées de société), phénomène déjà observé par Bourdieu et Darbel en ce qui concerne les musées d’arts décoratifs.

    “La muséologie”, André Gob et Noémie Drouguet, éd. Armand Colin, p. 92.