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  • “Le Louvre pendant la guerre : regards photographiques 1938-1947 » au Musée du Louvre

    (c) Pierre Jahan/Archives des musées nationaux.
    (c) Pierre Jahan/Archives des musées nationaux.

    Le Louvre pendant la guerre, c’est un peu la tarte à la crème de l’histoire du vaisseau amiral des musées de France. Le commissaire Guillaume Fonkenell et son équipe s’en sortent très bien en proposant une exposition simple, dépouillée, extrêmement lisible.

    La scénographie est basique mais efficace : aux murs de l’unique salle carrée sont accrochées les photos de petit format, mélange de tirages d’époque et de reproductions contemporaines. Au centre, un bloc de panneaux présentant quatre faces qui nous mènent de l’accueil du visiteur à la clôture de l’exposition en passant par un montage vidéo et un gros plan sur la Joconde. Le choix d’une organisation à la fois thématique et chronologique est tout à fait pertinent pour le sujet : les premiers panneaux abordent les grands axes de l’histoire du Louvre à travers la guerre, puis viennent les études de cas de la Victoire de Samothrace, de la Joconde et de la Venus de Milo. Le tout adopte une double narration, présentant dans la partie haute les événements historiques et en regard, plus bas, leur influence sur le Louvre.

    Les textes sont claires, abordables et mettent l’accent sur le contexte historique, politique et culturel. Bel effort assez rare pour être souligné, tous les textes, panneaux d’interprétation et cartels y compris, sont trilingues : français, anglais et allemand. Pour chaque photographie, un plan de situation indique avec un point coloré le lieu de prise de vue dans le Palais et ses environs. On découvre avec passion les différentes étapes de la mise en sécurité des oeuvres dans les châteaux aux quatre coins du pays, les saisies par les officiers Nazis, les habiles manoeuvres des conservateurs pour éviter le pillage des collections nationales, le musée quasiment vide au coeur de la guerre, gratuit pour les Allemands, payant pour les Français. C’est passionnant comme un bon polar et fascinant de voir à quel point le patrimoine a été l’enjeu de combats administratifs aussi périlleux que sur le front.

    Parmi la dizaine de photographes présentés, on retiendra l’oeil de Pierre Jahan : “Le chemin des madriers de la Victoire de Samothrace” (21 juin 1945) qui propose une composition géométrique remarquable évoquant les classiques de Rodtchenko et de Moholy-Nagy, ou encore “Plein cadres sur les balayeurs” qui n’est pas sans rappeler les “Raboteurs de parquet” de Caillebotte (1875, conservé au Musée d’Orsay).

    L’exposition est aussi une occasion de dévoiler quelques anecdotes qui ne manquent pas de piquant et participent au mythe du Louvre : la Joconde et sa fameuse caisse marquée “LP0” pour “Louvre Peintures 0” et des trois points rouges, les jardins autour des Tuileries mis en culture à cause des rationnements, le musée touché à deux reprises par des obus ou encore un avion britannique abattu à 200m de la Cour Carrée.

    Au final, une expo inspirée, sobre et efficace, qui démontre qu’on peut faire d’excellentes présentations avec un budget serré et de l’ingéniosité.

    Le Louvre pendant la guerre : regards photographiques 1938-1947 au Musée du Louvre, aile Sully, salle de la maquette, du 7 mai au 31 août 2009. J’ai visité l’expo le mercredi 26 août 2009.

  • “Henri Cartier-Bresson, L’imaginaire d’après nature” au MAMVP

    À l’occasion du centenaire de la naissance d’Henri Cartier-Bresson, le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris présente la reconstitution d’une exposition itinérante réalisée à la fin des années 1970, rassemblant 70 tirages restaurés, et présentée sous sa forme originelle.

    L’exposition offre une organisation assez fluide, cohérente, avec une articulation thématique. La présentation est claire, les textes et cartels sont précis et intelligibles. D’un point de vue formel, les tirages sont collés au mur, ce qui les rend plus proches, plus accessibles qu’encadrés. Cette désacralisation n’est pas sans évoquer certains accrochages de la photographie plasticienne contemporaine, comme par exemple dans l’exposition consacrée à Wolfgang Tillmans au Palais de Tokyo en 2002. Il y aurait lieu de se questionner quant aux modalités de présentation de la photographie au cours de ces 30 dernières années.

    Le problème, lorsque je regarde une photographie d’Henri Cartier-Bresson, c’est que je vois une image générique. Je ne vois plus (ou presque plus) une image originale, neuve, nouvelle. Ses images font aujourd’hui tellement partie de notre patrimoine visuel commun, au point que cette familiarité atténue l’émotion que je devrais ressentir devant des photographies telles que “Le pélerinage de Palni, Tamil Nadas, Inde” (1950).

    Néanmoins, le sens de la composition extraordinaire d’HCB, la rigueur avec laquelle il structure ses images et pour tout dire, son oeil, reste une véritable référence riche d’enseignement dans la lecture d’image : “La composition doit être une de nos préoccupations constantes, mais au moment de photographier elle ne peut être qu’intuitive, car nous sommes aux prises avec des instants fugitifs où les rapports sont mouvants. Pour appliquer le rapport de la section d’or, le compas du photographe ne peut être que dans son œil.”, extrait de L’instant décisif, préface à “Images à la sauvette” (1952).

    Exposition présentée du 19 juin au 13 septembre 2009 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.