Category: médiation

  • La narration transmedia au service de la médiation

    La narration transmedia au service de la médiation

    Suite de ma série d’article consacré à la médiation sur supports numériques avec la première tentative du musée du quai Branly d’utiliser la narration transmedia.

    L’origine du projet et ses objectifs

    À l’occasion de l’exposition “Indiens des Plaines”, nous avons mis en place L’opération #LesBisons. Nous souhaitions tester un dispositif transmedia léger, au déploiement simple, avec pour objectif d’approcher “les non-publics”, qui ne sont pas d’ordinaire intéressés par notre programmation, avec une manière décalée de prendre connaissance de l’existence de l’exposition et de son propos. Le dispositif a été mis en place dans le cadre d’une co-production avec Michel Reilhac, Bruno Masi et leur équipe.

    Les différentes étapes

    Dès le 22 mars : un compte Twitter et un mot-dièse

    Première étape : le musée crée (discrètement) un compte Twitter @wacochachi, et un mot-dièse, #LesBisons. Ce personnage fictif, mais inspiré de faits réels, publie des messages destinés à planter le décor, en décrivant brièvement la vie quotidienne des Indiens des Plaines avant l’arrivée des Européens en Amérique du Nord. Quelques jours avant les projections, le passage des bisons y est annoncé.

    Samedi 28 mars : des projections mystères dans Paris

    Dix jours avant l’ouverture de l’exposition au public, un film de 5 min montrant des bisons parcourant les Grandes Plaines est projeté dans une dizaine de lieux à Paris, le soir du samedi 28 mars 2014¹. Deux équipes suivant deux itinéraires, l’un nord-sud-ouest et l’autre est-ouest, s’arrêtent ponctuellement pour projeter le film et se retrouvent au musée du quai Branly. Le compte Twitter et le hashtag apparaissent à la fin du film et sur des cartes de visite distribuées par l’équipe. 

    Du lundi 30 mars au vendredi 4 avril : une autre porte d’entrée

    En parallèle à cette première piste, j’ai improvisé une autre porte d’entrée – qu’on appelle rabbit hole dans le vocabulaire du transmedia, en référence à l’entrée du terrier du lapin blanc d’ « Alice au pays des merveilles”. J’ai pris en photo deux petites figurines en forme de bisons devant les entrées de certains musées parisiens, avec le mot-dièse #LesBisons pour inciter mes abonnés sur Twitter à découvrir le compte @Wacochachi.

    Vendredi 4 avril : dévoilement et lancement du jeu

    Quatre jours avant le dévoilement de l’exposition au public, le musée révéle être à l’origine des projections, dans un making-off posté sur notre chaîne YouTube. Après la projection, le compte de Wacochachi lance un jeu de piste, invitant les participants à retourner sur les lieux de passages des bisons, pour y découvrir des indices permettant de reconstituer une phrase mystère.

    Vendredi 18 avril : fin du jeu

    Après deux semaines d’exploitation et quatre symboles à identifier, le jeu se termine le soir du Before consacré à l’exposition. Les participants doivent identifier quatre personnes dans la foule, portant ces symboles, qui leur délivrent quatre morceaux de la phrase à trouver, et la tweeter en s’adressant à Wacochachi.

    Une première tentative riche d’enseignements

    L’ensemble du projet a davantage tendu vers une campagne de communication s’appuyant sur une production audiovisuelle qui, au lieu de constituer un point d’entrée dans la narration, est devenue centrale au point d’éclipser le jeu. A titre personnel, je regrette que nous ne soyons pas parvenus à installer un véritable dispositif de médiation à travers une expérience en ligne et hors ligne. Le jeu, notamment, aurait nécessité plus de temps de réalisation, de même qu’un budget propre. 

    Néanmoins, les conclusions que nous avons tirées de cette expérience viennent nourrir nos réflexions dans la perspective de prochains projets, notamment CULTE, un projet ANR sur trois ans, porté par ma collègue Candice Chenu de la Direction des public. Le musée collabore avec un laboratoire de recherche du CNAM, une PME et un bureau d’évaluation pour la conduite de ce projet, qui proposera une expérience transmédia au coeur des collections du musée.

    Dans le dernier article de cette série, je proposerai quelques éléments de réflexion autour de la notion de “méditation numérique”, en synthèse des trois articles illustrés d’exemples du musée du quai Branly.

    Cet article et les trois autres consacrés à la “médiation numérique” sont basés sur mon intervention le mercredi 3 décembre 2014 avec Gonzague Gauthier à l’École la Panacée, en partenariat avec l’Université Montpellier III. Merci à Eli Commins et Éva Sandri pour leur accueil et l’organisation de cette rencontre.

    ¹ Et accessoirement, le samedi de la #MuseumWeek 2014.

  • Les applications mobiles : la médiation dans la poche

    Les applications mobiles : la médiation dans la poche

    Après avoir évoqué les réseaux sociaux comme supports numériques de médiation, je vous propose d’étendre ma réflexion aux applications mobiles. Parmi les applications proposées par le musée, trois sont orientées vers la médiation in situ. Je précise que les deux premières ont été conçues par mes collègues de la Direction des publics et que, même si je les ai accompagnées, je n’ai pas directement travaillé sur ces projets.

    De la musique au musée… au Musée en musique

    La réserve des instruments de musique © musée du quai Branly, photo Nicolas Borel.
    La réserve des instruments de musique © musée du quai Branly, photo Nicolas Borel

    Traversant le musée sur 6 niveaux, la réserve des instruments de musique est une imposante colonne transparente, offrant un aperçu sur les collections, sans être toutefois accessible aux publics. Elle fait régulièrement l’objet d’une incompréhension : pourquoi ne peut-on pas y entrer ? Pourquoi est-elle si mal éclairée ? Les agents d’accueil, les guides-conférenciers et, à chaque fois que possible, les supports d’information expliquent qu’il s’agit d’une réserve, et qu’elle n’est pas visitable pour des raisons liées à la conservation préventive de la collection d’instruments de musique. Cette incompréhension a été confirmée par l’une des nos enquêtes de publics. Le service de la médiation et de l’accueil y a vu l’opportunité de valoriser les collections en créant une application, projet porté par Candice Chenu, en charge des outils numériques de médiation à la Direction des publics.

    Le Musée en musique
    Le Musée en musique

    « Le Musée en musique » est une application proposée pour les terminaux Android. Réalisée dans le cadre d’un mécénat de compétence d’Orange, elle est disponible en ligne sur Google Play ou sur des terminaux prêtés à l’accueil du musée. Elle contient une sélection d’une vingtaine de pièces, accompagnées de commentaires textuels, de captations sonores et de vidéos issues de nos collections d’ethno-musicologie. La navigation repose principalement sur la technologie NFC/RFID, dont les bornes sont placées sur les vitres de la réserve, mais une navigation linéaire classique est également possible. En parallèle à l’application, une mallette pédagogique a été développée, comprenant un plateau de jeu et des smartphones. Il est utilisé dans des actions de médiation hors les murs, notamment en bibliothèque ou pour le milieu associatif.

    Une application pour tous

    L’application « Les Experts quai Branly » fonctionne exclusivement sur iPad et, pour le moment, elle est uniquement disponible in situ, sur des terminaux prêtés gratuitement à l’accueil du musée. Elle a été imaginée en collaboration avec Signes de Sens, qui travaille sur l’accessibilité universelle, et a bénéficié du mécénat de la Fondation Orange et de la Fondation d’entreprise France Télévisions. Le principe est le suivant : les utilisateurs suivent un ethnologue facétieux dans une exploration des quatre continents couverts par le musée (quatre applications distinctes ont été développées).

    Le personnage s’exprime en LSF, la langue des signes française, principalement utilisée par la population sourde. Il est accompagné d’une voix off et ses paroles apparaissent également en sous-titres. L’objectif était de s’adresser au plus grande nombre de visiteurs avec le même outil, que chacun peut s’approprier. Un objectif qui semble atteint, puisque les retours montrent que l’application est populaire, bien sûr auprès des visiteurs sourds mais aussi auprès de ceux en situation de handicap mental, notamment en raison du travail effectué autour d’une langue simple et accessible. En outre, l’application a été distinguée par trois prix, qui s’ajoutent à ceux reçus par le musée pour l’ensemble de sa politique générale d’accessibilité.

    Une offre de médiation coordonnée

    Application PHQ4
    Application PHQ4

    L’application PHQ4, disponible gratuitement pour iOS à l’automne 2013, a été développée et exploitée à l’occasion de Photoquai, la biennale de photographie qui a lieu sur le quai Branly en face du musée, les années impaires et est consacrée aux photographes émergents non-occidentaux. Elle a été réalisée dans le cadre d’un partenariat avec les étudiants en multimedia de Gobelins, l’école de l’image, et en collaboration avec notre producteur délégué, ARTER et précisément Clélia Dehon, en charge de l’offre de médiation autour de Photoquai.

    Cette application proposait des contenus institutionnels, textes et images présentant la biennale et son fonctionnement, ainsi que des notices pour chacun des 42 photographes sélectionnés en 2013. Mais la véritable plus-value résidait dans les six parcours de médiation, proposés en échos aux visites qui étaient présentées in situ, complétés par des interviews vidéos des photographes exposés.

    Photoquai 2013 a été, pour le musée, la première occasion de présenter une offre de médiation cohérente, déclinée sur plusieurs supports. Les visites guidées, les parcours contenus dans l’application et la ligne éditoriale sur la page Facebook créée pour l’occasion proposaient ainsi une expérience globale.

    Des outils numériques complémentaires

    Ces applications, principalement tournées vers un usage in situ, constituent des outils de médiation que les visiteurs peuvent utiliser seuls ou en groupe, en famille ou entre amis, et qui viennent compléter les informations accessibles dans les espaces d’expositions. Les captations sonores, les vidéos, les textes enrichissent l’expérience de l’utilisateur lorsqu’il souhaite approfondir sa visite. Ces outils répondent également à un besoin d’information sur les objets exposés, en partie lié aux choix scénographiques sur le plateau des collections, besoin qui a été mis en évidence lors de nos enquêtes auprès des publics. À l’exception des Experts quai Branly, pour le moment uniquement disponible sur des iPads prêtés par le musée, ces applications offrent l’avantage de s’installer directement sur les terminaux personnels des visiteurs.

    Après avoir abordé les réseaux sociaux comme outils de « médiation numérique », dans le prochain article de la série, je reviendrai sur la première expérience de narration transmedia mise en place par le musée.

    Cet article et les trois autres consacrés à la “médiation numérique” sont basés sur mon intervention le mercredi 3 décembre 2014 avec Gonzague Gauthier à l’École la Panacée, en partenariat avec l’Université Montpellier III. Merci à Eli Commins et Éva Sandri pour leur accueil et l’organisation de cette rencontre.

  • Facebook et Twitter comme outils de « médiation numérique »

    Facebook et Twitter comme outils de « médiation numérique »

    L’expression « médiation numérique » semble de plus en plus populaire, alors que les professionnels des musées se forment au numérique. Je ne suis pas fan de ce terme : l’ajout de l’adjectif « numérique » au nom « médiation » sous-entend que cette pratique aurait une nature fondamentalement différente d’une médiation non numérique. À mon sens, il n’y a qu’une seule médiation, la médiation culturelle, héritée de plus de trente ans de réflexion en muséologie, à la fois par les professionnels des musées et dans diverses champs de la recherche en sciences humaines, parmi lesquels la sociologie, l’esthétique et les sciences de l’art. Ces pratiques ont pour objet la transmission d’un message aux visiteurs, pour leur permettre d’appréhender des éléments qui ne sont pas immédiatement explicites à propos des œuvres, des objets ou des concepts exposés. Des différences existent entre les écoles de muséologie, notamment en fonction des pays,  on parle d’interpretation ou d’educational programs dans le monde anglo-saxon, et parfois d’interprétation au Québec et ailleurs dans le monde francophone.

    En l’état actuel de ma réflexion, je ne suis pas sûr que les méthodes et les techniques qui sont mobilisées dans le cadre d’actions sur des supports numériques diffèrent tant que ça de celles qui sont à l’œuvre dans les actions de médiation dite traditionnelle, qu’il s’agisse de supports papier (textes de salle ou de section, cartels, dépliants type “journal de l’exposition”, etc.) ou d’actions de médiation présentielle (c’est-à-dire qu’elles nécessitent la présence in situ des visiteurs ainsi que de représentants du musée : visite guidée ou contée, ateliers en groupe, spectacles vivants, etc.). Je vous propose donc d’explorer quelques pistes de réflexion autour de la médiation sur supports numériques, illustrées d’exemple issus des projets mis en place au musée du quai Branly, que ce soit en ligne ou hors ligne, in situ ou hors les murs.

    Je commence avec les réseaux sociaux, et je complèterai par d’autres articles autour des applications mobiles et des dispositifs de narration transmedia, avant de proposer quelques éléments de réflexion.

    Sur Facebook : s’appuyer sur la vie quotidienne de nos visiteurs

    Sur les réseaux sociaux, aussi souvent que possible, nous nous efforçons de nous appuyer sur l’actualité. Renvoyer les visiteurs à leur vie quotidienne permet de leur montrer les collections sous un angle décalé et surprenant. Nous avons consacré des albums photos à l’éducation chez les peuples dont le musée traite lors de la rentrée des classes ou à leurs conditions de vie face au froid de l’hiver. C’est un exemple que je cite souvent (notamment ici), mais je continue de penser qu’il est pertinent.

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    Vivre la neige à travers les collections Asie et Amériques

    En février 2013, la France a connu un épisode neigeux, un événement qui a toujours pour conséquence une certaine frénésie dans la capitale. Plusieurs de mes confrères et consœurs d’autres établissements ont posté des photos de leur jardin ou de leur terrasse sous la neige. Bien que le musée comprenne un superbe jardin qui fait entièrement partie de son architecture, j’ai d’abord voulu me concentrer sur nos collections, toujours dans l’objectif de les valoriser. J’ai demandé aux responsables des collections Asie et Amériques de m’aider à sélectionner des pièces issues de leurs aires géographiques respectives. Ainsi, j’ai posté un petit album photos de pièces représentatives des conditions de vie avec la neige et le froid pour les populations Nganassan et Nivkh pour l’Asie et Yupik, Montagnais et Sioux pour les Amériques. Cet album a généré plus de 400 likes, une centaine de partages et quelques commentaires. Le lendemain, j’ai tout de même posté un second album sur la thématique, avec des photos du jardin sous la neige cette fois. Cet album a eu plus de succès que le précédent, ce qui m’a un peu déçu à titre personnel, mais c’est une autre histoire.

    Même s’il commence à dater, je continue de penser que cet exemple est assez représentatif de ce que nous nous efforçons de mettre en place. Ici, nous utilisons un ressort traditionnel de la médiation : aller chercher le public en lui parlant de ce qui lui est familier. Ce déplacement des techniques vers les supports numériques ne créé pas en soi une médiation fondamentalement différente. La seule différence ici est propre aux réseaux sociaux : les visiteurs peuvent réagir et interagir directement avec le musée.

    Sur Twitter : associer les abonnés les plus investis à nos actions en ligne

    J’ai déjà eu l’occasion de parler de #jourdefermeture, ainsi que de nos actions pendant la #MuseumWeek (ici et ). Plus récemment, nous avons associé un de nos plus fidèles abonnés sur Twitter à nos actions en ligne, à l’occasion du lancement de l’exposition « L’Éclat des ombres, L’Art en noir et blanc des Îles Salomon ». Cet abonné, Laurent Granier (@perlesduquai) est, à titre personnel, un collectionneur passionné d’arts d’Afrique et d’Océanie. Depuis environ deux ans, il participe spontanément à la médiation autour de nos collections, sans être d’ordinaire relié à la programmation. En effet, il a entrepris d’explorer les bases de données du musée pour en extraire ses coups de cœur, en s’efforçant notamment de montrer des pièces non exposées sur le Plateau des collections, notre espace d’exposition permanente. Il bénéficie d’une communauté d’abonnés restreinte mais très impliquée, constituée de musées confrères, de responsables de collection de musées et d’autres collectionneurs.

    Au printemps dernier, Laurent a créé une timeline personnalisée, une sorte d’exposition en ligne, consacrée à une anthropologue qui a travaillé au musée de l’Homme, l’un des ancêtres du quai Branly. Suite à cette opération, nous avons eu envie de lui proposer de mettre en place quelque chose ensemble, et il nous a devancé en nous proposant de couvrir la semaine de lancement de l’exposition « Salomon », une zone géographique dont il est fan. Nous avons donc organisé une rencontre avec la commissaire Magali Melandri, responsable des collections Océanie au musée, qui a permis de définir ensemble le contexte de l’intervention de Laurent.

    Les tweets qu’il a publiés, thématisés quotidiennement par support, sont venu éclairer le propos de l’exposition, approfondissant certains points non traitées dans l’exposition. Ce dispositif a été une belle occasion d’associer directement un visiteur passionné et érudit à la création du discours entourant l’exposition. Celui-ci ne se substitue pas à celui de la commissaire, qui se déploie notamment dans l’exposition physique et sur divers supports, mais il vient la prolonger en ligne, auprès d’une communauté de fans de nos thématiques.

    Dernier exemple en date, certes plus anecdotique, mais qui a fait parler de lui : vendredi 28 novembre, à l’occasion du dévoilement du teaser de Star Wars VII, attendu pour décembre 2015, j’ai posté un tweet qui y faisait allusion. Ce message, simple clin d’œil un peu geek aux utilisateurs de Twitter, sans hashtag et avec une faute d’orthographe à Tataouine (village tunisien lieu du tournage de la première trilogie qui a inspiré le nom de la planète Tatooine), a été retweeté plus de 1000 fois, soit un record absolu pour le compte Twitter du musée. Mon seul regret ici est de ne pas avoir plus véritablement mettre en place une action de médiation à proprement parler puisque, compte-tenu des limites de la plateforme et de notre site actuel, je n’ai pas pu accompagner les quatre pièces sélectionnées de leur notice ou d’éléments contextuels. Ici, on touche aux limites entre médiation et communication, l’un des principaux enjeux de la présence des institutions culturelles sur les réseaux sociaux, sur lequel j’aurai l’occasion de revenir.

    Dans le prochain article de cette série, j’évoquerai les applications mobiles comme outils de médiation.

    Cet article et les trois autres consacrés à la “médiation numérique” sont basés sur mon intervention le mercredi 3 décembre 2014 avec Gonzague Gauthier à l’École la Panacée, en partenariat avec l’Université Montpellier III. Merci à Eli Commins et Éva Sandri pour leur accueil et l’organisation de cette rencontre.

  • Ceci n’est pas une histoire du participatif au musée

    Ceci n’est pas une histoire du participatif au musée

    Voici un texte sur lequel j’ai travaillé à l’occasion de ma participation au colloque-événement Participa(c)tion au MAC/VAL en décembre 2013, qui n’a finalement pas été utilisé par le musée. Il s’agit d’une tentative de replacer les enjeux de la participation des publics dans une continuité historique. Je le reproduis ici dans son intégralité, avec les précautions d’usages : malgré mes efforts dans la préparation de ce texte, je ne suis ni historien, ni chercheur en sciences sociales, mais un simple professionnel qui réfléchit à sa pratique.

    Il est d’usage de dire que les “nouvelles” technologies et les pratiques qui y sont associées introduisent un changement de paradigme dans la relation entre visiteurs et institutions culturelles : s’il est vrai que les réseaux sociaux et l’ensemble des dispositifs numériques permettent un niveau d’interaction jamais atteint entre musées et visiteurs, la participation de ces derniers n’est pas apparue avec le bouton “J’aime” de Facebook et elle ne s’y limite pas. Comment associer les publics pour leur offrir une visite enrichissante ? Comment leur permettre de découvrir et de s’approprier la diversité des collections ? Les questions entourant l’engagement des visiteurs ont émergées bien avant les années 2000 et s’inscrivent dans une évolution marquée par des initiatives politiques, des choix stratégiques autant que des avancées technologiques. Sans ambition scientifique, on se propose d’en retracer les principales étapes et d’en observer les conséquences pour l’institution et les publics.

    Des collections privées aux expositions publiques

    Si les premières collections assemblées par les princes et les marchands européens au début du XVII°s préfigurent l’apparition des musées, ces galeries restent longtemps réservées aux élites intellectuelles et commerçantes. Tout autre public, qu’on n’appelle pas encore “grand”, en est exclu. De riches collectionneurs, peu nombreux, partagent leurs collections composées d’art religieux dans un entre-soi qui verra émerger la notion d’exposition. On ne peut donc pas encore parler de public, mais la participation est là : ceux qui exposent sont les mêmes que ceux qui visitent.

    À la fin du XVIII°s et au début du XIX°s, les révolutions politiques et sociales en Amérique du Nord et en Europe sont à l’origine d’une première étape de démocratisation des musées, qui deviennent symboles de la grandeur d’une nation et se doivent d’être au service du peuple. Les artistes et les étudiants bénéficient d’abord de cette ouverture puis, progressivement, la visite devient accessible à tous. Dès les prémices de ce qui deviendra l’institution muséale, trois enjeux relatifs à l’accès aux collections apparaissent. Le premier est d’ordre géographique : le visiteur n’a accès qu’aux musées dans lesquels il se déplace. Le suivant est économique : bien que les collections ne soient plus privées, il reste un droit d’entrée à régler. Aujourd’hui encore, malgré des grilles tarifaires avantageuses, une sortie familiale au musée s’accompagne de dépenses. Dernier enjeux : comment rendre le musée accessible à l’ensemble des visiteurs, issus de cultures et de classes sociales diverses, tout en garantissant la cohérence et la pertinence scientifique du propos ?

    D’un objet à un autre, d’un visiteur à un autre

    Au début des années 1970, l’idée d’un patrimoine lié à une communauté et à un territoire émerge : c’est l’apparition de l’écomusée, qui associe les habitants de la région à tous les niveaux de décision et de production. Les premiers naissent dans les parcs naturels (Ouessant, Marquèze), puis leurs thématiques se diversifient : certains sont consacrés à la technique (le chemin de fer à Mulhouse), d’autres aux cultures urbaines (Fresnes). Ils se multiplient et, dans les années 1990, on recense plus de 250 écomusées et musées de société en France. Parallèlement, au début des années 1980, le Mouvement international pour une nouvelle muséologie (MINOM) fait son apparition. Se plaçant dans le prolongement de l’écomusée, ses partisans soutiennent le rôle social voire environnemental du musée et aspirent au développement de la pluridisciplinarité. Ils souhaitent inventer de nouvelles manières d’entrer en interaction avec les publics, en s’inspirant notamment de ce qui est fait dans les musées de science : une médiation ludique, qui associe le visiteur à la manipulation de machines lui permettant de comprendre les concepts exposés (Palais de la Découverte, 1937).

    Ces deux modèles rompent avec les codes du musée d’art classique : ils ne s’intéressent plus seulement aux beaux-arts, mais aussi aux arts populaires, et misent sur l’interdisciplinarité plutôt que sur la spécialisation. Les publics, associés à la création des exposition, deviennent acteurs – certains vont jusqu’à dire auteurs – du musée. Avec ce changement progressif d’objet apparaissent des impératifs pédagogiques : comment susciter la curiosité des visiteurs ? Comment articuler et présenter un discours pour que la visite sont instructive ?

    Vers la pédagogie

    Dans les années 1980, les ordinateurs arrivent dans les institutions publiques. Dans la continuité des manips, les bornes interactives font ainsi leur apparition. Elles permettent aux publics d’explorer les documents relatifs aux collections (Musée d’Orsay, 1986) ou d’apprendre de manière ludique (Cité des Sciences, 1986). Parallèlement, la numérisation des bases de données des collections permet aux conservateurs de structurer davantage l’information. D’abord accessible aux agents du musée avec la création de réseaux internes, ces bases deviennent consultables de l’extérieur avec l’arrivée d’internet. En permettant la consultation des notices d’œuvres, ces dispositifs – sites internet (Louvre, 1995) et CD-Rom (Versailles, 1996) – mettent à la disposition des visiteurs des connaissances qui, jusque là, étaient réservées aux personnels des musées.

    Un bouton “Publier”…

    Apparus au début des années 2000, les sites qui constituent ce qu’on a appelé le web 2.0 permettent aux utilisateurs de produire facilement leurs propres contenus (textes, photos, sons, vidéos) et de les publier rapidement sur le web, pour les partager avec leur communauté. Spontanément, beaucoup de visiteurs se photographient devant les œuvres à l’aide de leur smartphone, et partagent ces photos avec leurs proches. Certains racontent leur visite en direct à l’aide de Twitter et d’autres, sur leur blog une fois rentrés chez eux. Ces pratiques, qui dépassent le simple témoignage, participent à l’appropriation des collections par les publics (voir les travaux d’André Gunthert et ceux de Bernard Stiegler). En investissant les plateformes plébiscitées par les visiteurs, les institutions culturelles continuent d’explorer de nouvelles manières d’interagir avec leurs publics.

    Une nouvelle fonction se crée : le community management – ou administration de communauté en ligne -, qui est une interface entre le musée et ses visiteurs. Porteur de la voix de l’institution auprès des publics, le community manager se fait l’écho de la programmation du musée, en s’adaptant parfois aux codes propres à internet. Mais son rôle est également de transmettre la parole des publics au sein de l’institution, complétant alors le travail effectué par les autres agents en contact direct avec les visiteurs. Dépassant la transmission d’un discours entourant les objets, il fait également émerger une nouvelle forme de médiation socio-technique mettant en relation à la fois les visiteurs et les objets, les visiteurs et le personnel du musée, les visiteurs entre eux.

    … et un champ de recherche

    Si les musées ne peuvent exposer l’intégralité de leurs collections en permanence, ils peuvent offrir l’accès aux savoirs qui les entourent. Le site internet du musée du quai Branly propose, depuis l’ouverture en 2006, l’intégralité des bases de données de ses collections : plus de 300 000 notices pour les objets, auxquelles s’ajoutent les ressources de l’iconothèque, de la médiathèque, des archives et de la documentation. Plus récemment, plusieurs grands musées européens (Centre Pompidou, Rijksmuseum) ont choisi de mettre les bases de données au cœur des refontes de leurs sites. Sur le modèle des moteurs de recherche, l’investigabilité – la possibilité d’effectuer des recherches dans une base de données – s’est rendue indispensable pour les visiteurs.

    Progressivement, les sites de musées passent de sites vitrines, valorisant la programmation et les informations pratiques, à des sites de contenu, mettant en avant la richesse de collections et les informations qui y sont liées. De nouvelles problématiques apparaissent, tant techniques et éditoriales que stratégiques : comment offrir aux visiteurs la meilleure expérience utilisateur ? Ergonomie et design d’interface, efficacité de l’indexation posent de nouvelles questions – dont la réponse est parfois du côté des visiteurs, comme le montrent les exemples d’indexation collaborative. S’ils ne remplacent pas la visite physique du musée – dont l’expérience s’enrichit de l’architecture du bâtiment, de la scénographie et surtout de la confrontation physique avec les œuvres – ces modules d’exploration, sur les sites des musées ou externalisés (comme le Google Art Project) permettent “d’amener les collections” aux visiteurs en ligne.

    Quelle participation pour demain ?

    À travers son site internet, sa présence sur les réseaux sociaux et, éventuellement, ses applications mobiles, le musée contemporain prolonge le projet de l’écomusée, que ses fondateurs décrivaient comme “éclaté”, parce que pluridisciplinaire et délocalisé. En permettant la circulation gratuite et dématérialisée des informations entourant les collections, le numérique abolit les distances et permet de répondre, au moins en partie, aux contraintes géographiques et économiques évoquées plus haut. Le bâtiment-musée s’autonomise, tandis que ses avatars en ligne prolongent et complètent l’offre de médiation et d’information. Alors qu’ils offrent l’opportunité de construire un véritable musée hors les murs, les outils numériques révèlent plus que jamais l’hétérogénéité des publics. Qu’est-ce que réunit les visiteurs qui prennent plaisir à partager, en ligne, des photos de leur visite et ceux qui partagent leur mécontentement face à une visite qui leur est imposée ? Experts ou novices, curieux ou blasés, investis ou indifférents : le défi demeure pour le musée de réussir à échanger avec tous ses publics. Heureusement, il n’a jamais eu autant de moyens à sa disposition pour y parvenir.

    Merci à l’indispensable chronologie du numérique dans les musées, par Omer Pesquer, l’article de “Petite chronologie du numérique dans les musées” de Florence Belaën sur le C/Blog (qui semble avoir disparu), ainsi qu’à la complicité de Noémie Couillard et de Fred Pailler.

  • Étude de cas sur #coulissesMW, la première journée de la #MuseumWeek

    Étude de cas sur #coulissesMW, la première journée de la #MuseumWeek

    Après avoir rapidement listé ce que le musée du quai Branly a posté pendant la #MuseumWeek, je vous propose de me concentrer sur la journée du lundi, avec le mot-dièse #coulissesMW et de l’explorer sous trois aspects : l’organisation, la communication et la médiation. Bien sûr, ce choix est un prétexte pour aborder plus généralement l’opération sous ces trois aspects.

    Organisation

    Cette première journée à mobilisé une douzaine d’agents, principalement de trois services de la direction du patrimoine des collections (le DPC) : la régie des collections, l’atelier de restauration et la conservation. Il a été nécessaire d’obtenir l’autorisation de la part d’Yves Le Fur, directeur du DPC pour que ses agents soient associés, à l’aide d’une note interne lui présentant le projet. Puis, j’ai rencontré individuellement certains des responsables de service pour leur expliquer le fonctionnement de Twitter et leur présenter ce que j’avais prévu de faire pour cette journée.

    La journée elle-même elle s’est divisée en quatre parties :

    • première partie de la matinée sur le plateau des collections (l’espace des collections permanentes), avec la pose d’un pagne sur une statue de culture nkhisi en compagnie de deux agents du pôle restauration.
    • deuxième étape dans l’atelier de restauration conservation préventive avec les agents qui y travaillent, ainsi qu’un zoom sur les scan 3D, portés au musée par Christophe Moulherat, l’un des responsables scientifiques, qui a présenté le principe.
    • ensuite retour sur le plateau des collections pour le réaménagement de deux vitrines de la zone Amériques à l’occasion de l’exposition “Indiens des Plaines”. Pour ces trois étages, j’ai globalement posté en temps réel, avec quasiment un livetweet de la présentation de Christophe pour le scan 3D.
    • enfin, dernière étape, après le déjeuner et toute l’après-midi pour une visite les réserves en compagnie de l’un des agents qui les coordonne, Fabrice Sauvagnargues. Il n’aurait pas été possible d’accéder aux réserves sans l’accord du directeur du DPC, car cette zone est rarement accessible aux agents qui n’y travaillent pas. J’ai pu notamment montrer aux visiteurs des pièces en attente pour être photographiés, d’autres en attente d’être envoyées en itinérance, ou encore que certaines des nouvelles acquisitions. D’un point de vue pratique, comme il n’est pas possible d’accéder au réseau à partir des réserves, j’ai pris des notes et des photos, j’ai tout posté une fois remonté à a surface.

    Communication

    Du point de vue éditorial et institutionnel, il y avait plusieurs enjeux dans cette première journée : tout d’abord, il fallait trouver le ton, un ton qui soit propre à la dimension événementielle de la semaine, avec une couverture en temps réel conséquente, mais en même temps, une tonalité qui s’inscrive dans ce que nous faisons habituellement sur Twitter. Il était également important de respecter toutes les recommandations de sécurité et de confidentialité, notamment pour les informations et les photographies montrant des manipulations d’œuvres ou des zones à accès restreint des réserves. En outre, le scan 3D était un sujet assez délicat à traiter pour moi, alors que j’avais eu peu de temps pour me documenter en amont sur ce projet, qui est régulièrement montré dans des publications scientifiques mais encore peu connue de nos publics plus généraliste, et auquel il était important d’expliquer la démarche.

    Plus généralement, les objectifs en termes de communication pour le musée lors de la #MuseumWeek était à la fois de se positionner comme innovant les réseaux sociaux et d’être identifié par les utilisateurs de Twitter qui n’auraient pas connaissance de notre présence sur la plateforme. À cet égard, nous estimons que nous avons atteint une partie des objectifs puisque que le musée a gagné 1500 nouveaux abonnés pour la seule semaine de la #MuseumWeek, ce qui constitue à peu près le double des nouveaux abonnés sur une semaine ordinaire. En outre, l’augmentation à continué dans les semaines qui ont suivi, notamment avec l’ouverture d’#IndiensdesPlaines et l’opération #LesBisons [article à venir] entre le 28 mars et le 8 avril. En revanche, parmi les nouveaux abonnés, peu ont continué à être actifs après la semaine.

    Nous avons mis en place plusieurs relais à la fois en ligne et hors ligne pour mettre en avant l’événement :

    • sur le site du musée : une page dans la rubrique “Programmation/Fêtes et événements” ainsi qu’une bannière en page d’accueil
    • sur Facebook : une bannière spéciale pour la #MuseumWeek et un album avec le websérie “Histoires d’objets” le mercredi, consacrée aux coups de cœur des conservateurs.
    • in-situ : deux écrans dans la signalétique dynamique, l’un annonçant la semaine en général et le second annonçant le programme quotidien.

    En outre, nous avons bénéficié d’une belle couverture dans les médias, avec plusieurs articles citant explicitement les publications du musée, parmi lesquelles l’article du Monde, illustré avec une de nos peaux peintes, merveilleuse publicité pour l’exposition “Indiens des Plaines” qui ouvrait deux semaines après la #MuseumWeek.

    Médiation

    Les actions qui ont été développés lors de cette plongée dans les coulisses s’inscrivent dans la continuité de ce que nous nous efforçons de mettre en place avec #jourdefermeture. Il s’agit à la fois de montrer les collections mais également d’accompagner les visiteurs dans leur découverte des métiers du musée, de ses espaces, de son quotidien. L’objectif était donc de dépasser la simple narration de pour atteindre un niveau un peu plus exigeant, en ajoutant autant que possible des éléments d’information qui viennent enrichir l’expérience du visiteur et lui permettre de retirer quelques connaissances de cet échange sur Twitter. Il s’agit également de sortir de l’événementialité (j’emprunte le terme à la sociologue Louise Merzeau lors de son dernier séminaire chez Antonio Casilli), propre à la programmation articulée autour d’expositions, de spectacles et de rencontres, pour porter un discours plus généraliste sur le musée, ses fonctions, sa vocation et ses activités.

    Le travail effectué sur les #coulissesMW me semble donc clairement dépasser le cadre de la communication, institutionnelle ou promotionnelle. La cinquantaine de tweets postés sur cette journée ont permis de d’approfondir le propos sur ses collections, d’entrer dans des espaces qui ne sont pas habituellement montrés aux visiteurs, alors même que les collections étant nationales, ces pièces appartiennent aux citoyens, elles font partie du bien commun. Et de cette manière, ces publications sur Twitter viennent répondre en partie aux missions qui sont celles du musée : documenter, conserver et exposer le patrimoine national, mais aussi accueillir et informer les visiteurs.

    Bilan pour le musée du quai Branly

    L’organisation de la semaine a fait l’objet d’une bonne perception à l’interne, avec beaucoup d’agents très impliqués. L’événement a reçu la validation et le soutien des cinq directions principalement concernées, notamment celle du patrimoine et des collections, ce qui a permis une vraie plongée dans les réserves et dans la régie des œuvres, rarement montrée jusqu’à présent sur Twitter. Les effets de cette sensibilisation des agents continuent de se faire sentir plusieurs semaines après l’événement, et facilitent les perspectives de développement d’autres projets en ligne.

    Pour le formuler manière plus personnelle, j’avoue que j’ai eu le plaisir de voir mes collègues mobilisés, réactifs et disponibles et je sais que je suis très chanceux d’avoir, au musée du quai Branly, une majorité d’agents ouverts au numérique en général, et notamment aux réseaux sociaux. J’ai eu de nombreuses propositions spontanées de la part de certain-e-s conservateurs, régisseurs-ses, chargé-e-s de production, enthousiastes à l’idée de participer à ce type de projet, c’est pourquoi je profite de l’occasion pour les remercier à nouveau.

    En outre, comme indiqué plus haut, nous avons observé une vraie augmentation des abonnés, avec le doublement des nouveaux abonnés par rapport à une semaine habituelle. Le nombre d’abonnés continue d’augmenter, à la fois en raison de la semaine des musées, mais également comme le résultat de nos efforts de coordination pour apporter de la visibilité aux réseaux sociaux en ligne et hors ligne (affichage in-situ dans les expositions et d’autres espaces du musée, lettre d’information aux adhérents, site internet, etc).

    Quelques réflexions dans la perspective d’une prochaine édition

    Pour une prochaine édition, il est évident qu’il faudra faire preuve de davantage de coordination à l’international, notamment pour avoir les mêmes mots-dièses en France et à l’étranger, mais également plus de collaboration en amont pour créer des échanges avec des institutions dont les thématiques ou l’actualité sont proches.

    La communication de Twitter basée sur “les douze grands musées parisiens qui créent la semaine des musées” est à discuter, et elle a été source d’échanges parfois vifs entre institutions, comme en témoigne l’article de mon confrère Gonzague Gauthier. Si elle valorise ces institutions, elle dessert franchement les plus modestes qui n’en sont pas moins dynamiques voire, pour certaines, encore plus créatives que les grosses. À titre personnel, je m’attendais à une approche plus communautaire de la part de Twitter, auréolée de son image de start-up californienne, qui a fait au contraire un choix très hiérarchique, assez institutionnel, de s’adresser à des musées en prenant davantage en compte le prestige et le capital social hors ligne que leurs pratiques en ligne.

    Quoiqu’il en soit, cette semaine a été une formidable occasion de montrer le dynamisme des musées et, plus largement, des institutions culturelles, sur les réseaux sociaux. Au musée du quai Branly tout comme chez plusieurs de mes confrères et consœurs, plusieurs abonnés se sont révélés, tout comme des agents à l’interne. En outre, je persiste à penser que les outils tels que Twitter permettent d’aller plus loin que la seule communication de l’institution, pour s’inscrire dans une continuité éditoriale qui dépasse l’événement. Enfin, il me semble qu’il serait pertinent de bien associer les actions en ligne à des événements et/ou à une visibilité hors ligne.

  • La #MuseumWeek au musée du quai Branly

    La #MuseumWeek au musée du quai Branly

    À l’occasion de #SiliconValois, une rencontre est organisée mardi 27 mai 2014 pour revenir sur la #MuseumWeek, dont on a beaucoup parlé, notamment , ici ou encore . Voici un bref résumé des actions portées par le musée du quai Branly sur Twitter lors cette semaine, qui sera suivi d’un deuxième article prenant pour point de départ la journée du lundi, prétexte à un rapide bilan des enseignements de l’expérience.

    Lundi 24 mars, #coulissesMW

    La première journée, consacrée aux coulisses, a été l’occasion de montrer à nos communautés en ligne l’envers du décor, selon quatre séquences principales :

    • Début de la matinée : sur le plateau, installation d’un pagne sur une statue en zone Afrique.
    • Fin de la matinée : les scans 3D et les équipements d’analyse des pièces.
    • Début de l’après-midi : retour sur le plateau pour un mouvement des œuvres en vitrines Amériques à l’occasion de l’exposition “Indiens des Plaines”.
    • Après-midi : visite des réserves.

    Mardi 24 mars, #quizzMW

    La deuxième journée a été consacrée à des questions posées par le musée à ses visiteurs.

    • Le matin : des questions sur l’histoire du musée, les artistes et auteurs associés à sa conception, l’architecture.
    • L’après-midi : des questions autour des collections, notamment africaines et océaniennes, sur propositions de conservatrices Océanie et Afrique, ainsi qu’en « ping-pong » avec certains de nos confrères dont les collections sont parfois proches.

    Mercredi 26 mars, #loveMW

    La troisième journée a donné lieu à de multiples interprétations selon les musées participants. Le musée du quai Branly a choisi de valoriser ses pièces emblématiques, notamment en mettant en avant les deux saisons de la websérie “Histoires d’objets”, dans laquelle conservateurs, chercheurs et personnalités du musée présentent une pièce des collections. Cette série a également a fait l’objet d’un relais sur Facebook. En revanche, l’Asie n’étant pas encore représentée dans cette websérie, quelques pièces ont été mises en avant par des photos, grâce à la complicité d’une des responsables des collections.

    Jeudi 27 mars, #imagineMW

    Le jeudi, l’imagination des visiteurs était à l’honneur. Le musée a proposé à ses visiteurs en ligne de compléter des débuts de contes, tous disponibles au salon de lecture Jacques Kerchache. Les visiteurs se sont prêtés au jeu et, parmi les contes, l’un a été particulièrement populaire et a donné lieu à un cadavre exquis original.

    Vendredi 28 mars, #questionMW

    Cette journée a été consacrée aux questions posées par les visiteurs. Trois rendez-vous avaient été prévus :

    • 11h : rendez-vous avec Sarah Frioux-Salgas, commissaire de l’exposition consacrée à Nancy Cunard ;
    • 15h : rendez-vous avec Julien Clément et Jessica de Largy-Healy, adjoints au directeur de la recherche au musée ;
    • 16h : rendez-vous avec Aurélien Gaborit, commissaire de l’exposition Bois Sacré.

    Malheureusement, ces rendez-vous n’ont pas trouvé l’écho attendu. De nombreuses questions ont été posées par nos publics, mais peu en rapport avec ces thématiques. Un échange intéressant a eu lieu avec un abonné, fan inconditionnel du musée, féru d’art africain et océanien. Il a posé de nombreuses questions adressées à Philippe Peltier, responsable des collections Océanie, qui s’est prêté au jeu avec beaucoup de patience.

    Samedi 29 mars, #archiMW

    Le samedi, le musée a mis en avant son architecture, à travers une sélection de photographie du chantier, du jardin, des différents espaces. Quelques vidéos ont été faites à partir de Vine, en direct.

    Dimanche 30 mars, #creaMW

    La dernière journée de la semaine était consacrée à la créativité des visiteurs. Le musée a partagé les dessins, haikus et poèmes produits dans le cadre des actions de la Direction des Publics. Cette journée a été également l’occasion de rendre hommage à la créativité spontanée de nos publics. De nombreuses participations ont été proposées, notamment de la part des agents du musée.

    Retombées dans la presse

    L’événement a fait l’objet de plusieurs parutions presse dans lesquelles le musée a été cité, en voici quelques-unes :

    Pour retrouver tous les tweets du musée lors de la #MuseumWeek

    Pour alléger, je n’ai évidemment pas mis de liens vers la totalité des tweets postés par le musée du 24 au 31 mars 2014. Voici comment les trouver rapidement :

      1. Rendez-vous sur la recherche avancée de Twitter
      2. Dans le champ “Mots/Ces hashtags”, saisissez le mot-dièse recherché, par ex., #coulissesMW
      3. Dans le champ “À partir de ces comptes”, saisissez @quaibranly.
      4. Cliquez sur “Rechercher”

    Et voilà, vous avez l’intégralité des tweets publiés par le musée contenant le mot-dièse #coulissesMW !

  • Trois idées reçues sur le numérique au musée

    Trois idées reçues sur le numérique au musée

    Alors que les dispositifs numériques (réseaux sociaux, dispositif in-situ ou mobile, en ligne ou hors-ligne) sont aujourd’hui omniprésents dans les institutions patrimoniales, il n’est pas rare de tomber sur des articles de blogs, des conférences de professionnels ou encore des discussions de comptoirs qui regorgent d’idées reçues sur le numérique, supposément sauveur ou démon de la culture, selon les paroisses.

    Je vous propose ici quelques notes jetées sur la papier (ou plutôt, à l’écran) autour de trois poncifs : pour les réseaux sociaux, les jeunes publics et le retour sur investissement ; pour les dispositifs in-situ, la confrontation entre expérience esthétique et expérience numérique. Évidemment, il ne s’agit que d’observations personnelles basées sur mon parcours professionnel, non de résultats d’une enquête scientifique. En outre, ces réflexions ne reflètent pas la position officielle du musée du quai Branly sur ces sujets.

    Il faut être sur les réseaux sociaux : c’est là que sont les jeunes

    Justin Bieber sur Twitter
    Justin Bieber et ses 52 millions d’abonnées sur Twitter

    C’est l’une des leçons les plus claires que j’ai tiré en deux ans de community management au quai Branly : la majorité des adolescents se fichent bien que des musées viennent leur parler sur les réseaux sociaux. Le musée du quai Branly a une politique des publics très orientée vers les scolaires, qui bénéficient de conditions de visite spécialement adaptées. Forcément, entre la généralisation des smartphones et le succès grandissant de Twitter auprès des ados, il est très fréquent que certain-e-s parlent de leur visite au musée, pas toujours dans les termes les plus flatteurs. Je m’efforce de les accueillir par un petit mot aussi souvent que possible. J’ai choisi cette attitude car je pense que “la première impression compte”. Si ces gamins ont le sentiment qu’ils sont les bienvenus, qu’ils peuvent poser des questions et avoir des réponses, peut-être auront-ils une image positive du musée. La majorité ne répond pas, beaucoup semblent ressentir ces messages comme une agression, quelques-uns au contraire sont demandeurs d’informations. Enfin, plus rarement, certains ont une attitude provocatrice.

    Comme le montrent les travaux de danah boyd ou de Laurence Allard, les ados considèrent les réseaux sociaux comme des espaces qui leur permettent de se retrouver, de discuter hors du regard de leurs parents. La preuve : ils se méfient à présent de Facebook et lui préfèrent des outils moins “exigeants” comme Twitter ou Snapchat). Ils ont un usage identitaire de Twitter, par affinités, dans laquelle le musée ne cadre pas. Leur logique conversationnelle n’est pas celle de l’institution et, en général, ils ont peu d’abonnés et d’abonnements. Ils parlent entre eux, éventuellement, tentent des interactions avec des marques et/ou des stars qui font partie de leur univers (cf les Directioners, les Beliebers, les Gleeks, etc). Un exemple, plutôt drôle, de ces confrontations entre jeunes utilisateurs et institutions est celui de la préfecture de la Moselle sur Twitter en janvier 2013.

    Alors, faut-il s’acharner à essayer d’établir le contact ? Si oui, comment leur parler ? De quoi ? Quel niveau de langue adopter ? Je n’ai pas de réponse et ma réflexion continue à accompagner ma pratique. Un peu de lecture pour enrichir le débat : Teens, Social Media, and Privacy sur le site de Pew Research Internet Project (mai 2013).

    Le problème avec les réseaux sociaux, c’est qu’on ne peut pas mesurer le véritable impact sur les visiteurs

    Intégration des réseaux sociaux dans l'exposition "Indiens des Plaines"
    Intégration des réseaux sociaux dans l’exposition “Indiens des Plaines”

    L’une des questions les plus fréquemment posées avec les réseaux sociaux est : comment en mesure-t-on l’efficacité sur les utilisateurs ? C’est l’une des problématiques les plus importantes des marques, auxquelles les nombreux gourous 2.0 consacrent beaucoup de temps à conseiller tel outil maison ou tel service tiers censé répondre à toutes leurs attentes. Or, les institutions publiques sont confrontées à des enjeux sensiblement différents : leur objectif n’est pas de développer et d’entretenir une clientèle chargée de consommer des produits, mais de répondre aux besoins d’utilisateurs, d’usagers, de visiteurs.

    Aussi, si un projet comme le NOS (Nouvel Outil Statistique) a toute sa pertinence et s’il est important de mettre au point des outils permettant d’évaluer les actions de community management dans les institutions culturelles, je m’interroge de plus en plus sur l’intérêt de ce type de questions. Ça n’est que mon avis, mais plus le temps passe et plus je pense qu’il est inutile de calculer un quelconque ROI (return on investment, ou retour sur investissement en marketing) pour l’usage des médias sociaux par les musées. À mon sens, il s’agit aujourd’hui d’un service public qui doit être proposé aux visiteurs par les institutions culturelles. Pour autant qu’elles en aient les ressources humaines et financières, elles doivent être présentes sur les réseaux sociaux numériques pour répondre aux besoins que les utilisateurs pourraient exprimer à leurs égards. Bien sûr, quelques milliers de fans sur Facebook et ou d’abonnés sur Twitter n’auront pas la portée d’une campagne d’affichage en 4×3 dans le métro parisien, mais là n’est pas la question. Car dans ces quelques milliers d’abonnés figurent nos plus fidèles visiteurs, ambassadeurs du musée et de ses activités.

    Les écrans empêchent les visiteurs de regarder les œuvres

    Capture d’écran du Statens Museum for Kunst, Copenhague sur le Google Art Project
    Capture d’écran du Statens Museum for Kunst, Copenhague sur le Google Art Project

    La multiplication des occasions de consulter des informations sur écrans (qu’ils soient mobiles ou non, et qu’ils soient proposés par le site qu’on visite ou ceux de nos terminaux personnels) pose problème à certains observateurs, qui craignent un éloignement des œuvres. L’exemple le plus frappant de ce danger est le Google Art Project, dont la proposition de visiter les musées du monde entier confortablement installé dans son fauteuil fait craindre à certains l’abandon de la visite physique des lieux. Si je demeure réservé sur les motivations de Google et la participation enthousiaste de bien des établissements culturels dans le monde, il n’en demeure pas moins que ce projet permet une visite en ligne de belle qualité et offre un aperçu de lieux que je ne pourrai sans doute jamais visiter.

    Ironiquement, lors l’apparition de la photographie comme outil de documentation des collections (et la création du catalogue d’exposition tel qu’on le connait aujourd’hui qui en a découlé*), le même argument était utilisé par ses détracteurs : forcément, les visiteurs ne viendraient plus visiter la Grande Galerie de Peinture du Louvre, dès lors qu’ils pourraient se procurer un livre reproduisant les tableaux avec une qualité plus ou moins correcte. Aujourd’hui, les plus hostiles à la valorisation des collections sur formats numériques ne jurent que par les supports éditoriaux papiers, souvent considérés comme bien plus honorables que les dispositifs numériques. Le temps est passé et a rendu le livre légitime alors qu’il n’en est pas moins un support technique, tout comme l’écran. Or, je me rappelle d’un cours de méthodologie à l’École du Louvre dans lequel on nous enjoignait à nous méfier des reproductions des œuvres – les diapos projetées sur l’écran géant de l’amphithéâtre Rohan autant que les vignettes dans les ouvrages de référence -, notamment car elles ne permettent pas toujours de se rendre compte des dimensions des objets représentés, d’une fibule de quelques centimètres à une façade de palais.

    Explorer les trésors des musées grâce à un outil, que ce soit sur papier ou sur écran, est un premier pas dans la découverte de l’œuvre et c’est déjà formidable. Parfois, cette découverte ne va pas plus loin, quelles qu’en soient les raisons (éloignement géographique, prix de la visite, etc). Parfois, cet avant-goût débouchera sur une visite des lieux. Si rien ne remplace la confrontation physique avec les œuvres, les technologies permettent d’en appréhender de multiples aspects. Et réciproquement, si les technologies enrichissent la découverte et la visite, rien ne saurait remplacer la présence de l’œuvre.

    *Voir Culture & musées n°21.

  • La boîte à outils du #selfie au musée

    La boîte à outils du #selfie au musée

    Suite à l’opération #MuseumSelfie qui a lieu chaque année mi-janvier depuis trois ans, eu lieu sur Twitter hier, mercredi 22 janvier 2014, à l’initiative de Mar Dixon (qui blogue sur CultureThemes), voici une courte liste de liens qui peuvent être utiles aux community managers d’institutions culturelles autour de la pratique du #selfie, et plus particulièrement dans les musées. à toutes les personnes qui souhaitent dépasser le “Bouh, quel égocentrisme !” et autres “Ah, les jeunes avec leur portables, ils/elles ne regardent plus les œuvres, ma bonne dame !”

    Qu’est-ce qu’un #selfie ?

    Pistes de réflexion

    Quelques articles sur le sujet du côté des sciences humaines et sociales :

    À propos de #MuseumSelfie

    #MuseumSelfie dans la presse

    #MuseumSelfie en chiffres

    Selon les chiffres publiés le 22 janvier, à 23h (GMT, donc minuit en France) par Mar Dixon, #MuseumSelfie a généré :

    • 21566 tweets
    • 10 238 participants
    • 3791 photos
    • 9 vidéos

    Et bien sûr, les judicieux conseils du Musée de Cluny !

    MÀJ du 23/01/14 à 16h42 : ajout de l’article des Inrocks (merci @gillesduffau), puis du 26/06/14 : ajout des articles du Bonbon et de Grazia (merci @_omr).

  • Avec et sans peinture : retour sur un atelier participatif au MAC/VAL

    Avec et sans peinture : retour sur un atelier participatif au MAC/VAL

    Avec et sans peinture au MAC/VAL
    Avec et sans peinture au MAC/VAL

    Il y a quelques jours se tenait le colloque-événement Participa(c)tion au MAC/VAL, qui m’a invité à proposer un atelier. En collaboration avec les équipes du service des publics, nous avons conçu “Avec et sans peinture”, un atelier en ligne et hors ligne, invitant les visiteurs à participer à la création des contenus autour des œuvres du Parcours #6, le prochain accrochage du musée, qui sera consacré à la peinture et débutera en janvier 2014. Après une première phase sur la page Facebook du musée en novembre 2013, je vous propose de revenir en quelques mots sur l’atelier qui s’est tenu le dimanche 8 décembre.

    Participez en trois étapes faciles !

    À leur arrivée au salon, les visiteurs étaient accueillis par trois médiateurs du MAC/VAL, Alice Martel et moi-même. Il leur était proposé de choisir une œuvre issue des collections, représentée sur une fiche papier plastifiée, parmi deux groupes : des œuvres exposées actuellement et d’autres, déjà montrées pour certaines, qui rejoindront le Parcours #6. Ensuite, les visiteurs devaient tirer au sort un défi, dans une liste de 16 défis aussi variés que : “Vous êtes l’artiste, présentez-nous votre travail”, “Décrivez l’œuvre à quelqu’un qui n’est pas là”, “Retrouvez l’œuvre dans les salles et prenez-vous en photo avec” ou encore “Dessinez l’œuvre d’un seul trait”. Enfin, les visiteurs avaient le choix entre quatre principaux modes d’expression : le support papier pour l’écrit et le dessin, une cabine vidéomaton, un point d’enregistrement audio et un poste connecté à la page Facebook de l’événement.

    Quels retours ?

    Au total, je pense que nous avons eu une bonne cinquantaine de participations de toute sorte [MÀJ du 12/12/13 : 61 participations exactement], avec un public plutôt familial. J’ai été aussi étonné que ravi de voir l’enthousiasme des visiteurs, dont la plupart se sont prêtés au jeu avec bonheur. L’énergie d’un jeune visiteur, à peine âgé de 10 ans, qui a insisté pour accomplir le maximum de défis avec deux œuvres qu’il avait choisies, m’a vraiment impressionné — son père a du insister plusieurs fois avant qu’il ne consente à renoncer à compléter sa quête au moment où l’atelier se terminait.

    Si la localisation de l’atelier, dans le salon du MAC/VAL où sont placées les machines à café, a été un facteur intéressant pour “attraper” des visiteurs au vol, sa tenue en parallèle aux conférences publiques et aux performances a peut-être réduit la fréquentation. La signature de la décharge autorisant le musée à exploiter les productions des participants et, le cas échéant, leurs sons et leurs images, n’a pas non plus posé problème. Enfin, à première vue, pas vraiment de participations fantasques : l’accompagnement par les médiateurs sur place à permis d’éviter les ados qui lancent l’enregistrement, font quelques grimaces et partent en pouffant.

    Et la suite ?

    Avec et sans peinture au MAC/VAL
    Le mur des participations écrites et dessinées

    Le MAC/VAL définira prochainement des critères pour la sélection d’un certain nombre de participations, qui seront valorisées dans le cadre du prochain accrochage temporaire. J’ai proposé au musée que les productions des visiteurs soient mises en valeur à la fois en ligne (ce qui ne devrait pas être un problème sur le site du musée) et dans l’espace physique de l’exposition, dans la limite des possibilités techniques. Le MAC/VAL profitera sans doute de son comité de visiteurs pour sélectionner les participations les plus pertinentes et travailler à leur valorisation, peut-être sous la forme d’un journal de l’exposition, en parallèle au discours institutionnel du musée. Enfin, un verbatim des participants pourrait aussi être envisagé, quelque soit le support de leur proposition.

    Je profite de l’occasion pour remercier Stéphanie et Alice pour leur invitation, Marion, Gilles, Arnaud pour leur collaboration, ainsi qu’Irène, Adrien et Abdel pour la qualité de leur accueil au musée.

  • Des mondes, des rencontres, une médiation ?

    Des mondes, des rencontres, une médiation ?

    Les 17, 18 et 19 octobre derniers, le colloque “Les Mondes de la médiation culturelle” se tenait à Paris 3, à l’initiative du GDRI Opus 2 CNRS. Les 21 et 22 octobre avaient lieu les Rencontres numériques autour de la médiation, organisées par le ministère de la culture. Ayant assisté aux deux (mais pas dans leur intégralité), je vous propose un bref aperçu de ces deux conférences, accompagnées de quelques réflexions que j’en ai tirées.

    Les Mondes : le point sur la médiation en sciences humaines et sociales

    les_mondes_mediation_2013
    Il y a quelques mois, Noémie Couillard et moi avons soumis une proposition de communication autour des formes émergentes de médiation associant les publics, qui a été acceptée. Alors que l’assistance et les intervenants étaient majoritairement composés de chercheur-se-s et des étudiant-e-s en sciences humaines et sociales, j’étais un des rares professionnels à intervenir.

    À noter : Noémie et moi étions les seuls (ou presque) à livetweeter, preuve que cette pratique ne s’est pas encore répandu dans toutes les sphères de la recherche. Et un livetweet bien pauvre, en raison d’une mauvaise couverture 3G et de l’absence d’un réseau wifi.

    Comme souvent, les matinées étaient occupées par des séances plénières en amphi, interventions de grands noms de la médiation tels que Claire Merleau-Ponty ou Élisabeth Caillet, pour ne citer qu’elles. Les après-midi étaient consacrées à des présentations courtes assemblées autour de différentes thématiques, parmi lesquelles “Médiations et publics éloignés” ou “Médiations muséales”. Vendredi après-midi, la séance à laquelle Noémie et moi participions s’intitulait “Médiation numériques et nouveaux dispositifs”. En quelques minutes, nous avons présenté quelques initiatives – certaines issues des communautés de visiteurs et d’autres, d’institutions – qui tendent vers des formes de médiation participative. Cette présentation a été l’occasion pour moi d’aborder la question des jeunes publics sur les réseaux sociaux, j’y reviendrai prochainement.

    Le matin du vendredi 18, Claire Merleau-Ponty a conclu son intervention en déclarant : “Aujourd’hui, la médiation est l’égal de la conservation”. Si cette phrase était clairement un message d’espoir et de motivation adressée à communauté professionnelle qui semble toujours souffrir de mépris au sein de bien des institutions, je ne peux m’empêcher de me demander s’il ne s’agissait pas également d’un acte d’auto-persuasion devant un public conquis, dans lesquels les conservateurs, s’il y en avait, représentaient une minorité déjà elle aussi acquise à la cause.

    Quoiqu’il en soit, assister à ce colloque m’a permis de confirmer une intuition sur laquelle je fonde une grande part de mon travail : les outils numériques, et notamment les réseaux sociaux, peuvent devenir des supports de médiation. À travers les communication aux quelles j’ai assistées et les échanges avec d’autres participants, j’ai pu constater à quel point certaines des interactions qui naissent sur Twitter, par exemple, se rapprochent d’actions de médiation présentielle, dont le seul support ne suffit pas à conditionner un changement radical dans la définition de la médiation.

    Les Rencontres : le numérique continue à se développer dans la culture

    les_rencontres_numeriques

    Organisées par le Ministère de la Culture et de la Communication depuis 2009, les Rencontres numériques permettent aux professionnels de la culture de partager leurs bonnes pratiques, mais aussi de découvrir des exemples de projets développés dans tous les secteurs : spectacle vivant, musée, cinéma, archives et bibliothèques, etc. Vous pouvez retrouver les tweets échangés avec le mot-dièse #RencNum13.

    Lors des deux conférences, j’ai eu l’occasion d’assister à des présentations autour du dispositif “Léon Vivien, 1914“, une page Facebook portée par le Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux. Pour les “Mondes”, ce sont deux chercheurs, Céline Schall et Jean-Christophe Villatte, qui ont présenté les résultats de leur étude sur le sujet. Lors des Rencontres, c’est Michel Rouger, directeur du musée, et Lyse Hautecoeur, chargée de la communication, qui sont revenus sur l’historique du projet. Tandis que les agents du musée reconnaissaient un certain opportunisme autour d’un dispositif développé grâce au mécénat de compétence de l’agence de publicité DDB, les chercheurs se sont focalisés sur les publications de la page, cherchant à établir si elles constituaient une médiation innovante. Je regrette qu’ils aient choisi de se focaliser sur les publications, listant les contenus éditoriaux et mettant de côté la viralité en renonçant à étudier les partages — à moins qu’il s’agisse d’un choix en raison de la courte durée des présentations.

    Pendant les Rencontres, une autre intervention qui a retenu mon attention est la présentation de la stratégie et de la méthodologie sur les réseaux sociaux de Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF, par deux des membres de son équipe, Claire Chemel et Louis Jaubertie. Après une présentation des plateformes sur lesquelles le service est présent, ils ont détaillé leur fonctionnement interne et sont revenus sur les outils utilisés, parmi lesquels Hootsuite et LaterBro pour la programmation des publications, Diigo pour la veille et le raccourcisseur d’URL Bitly. Un travail en équipe, sans hiérarchie entre les six membres, qui sont à parité de genre et à parité entre deux directions¹. Avec cette présentation, Gallica montre qu’il est possible pour une institution aussi importante que la BnF d’instaurer un fonctionnement dynamique, avec un circuit de validation souple reposant sur la confiance de la direction. Plus largement, elle montre qu’avec patience et bonne volonté, il est possible concilier numérique et institutions culturelles.

    Dernier point que je retiendrai de ces Rencontres : les professionnels du numérique dans la culture se mobilisent, notamment à travers deux initiatives, #CMmin et Muzeonum. #CMmin rassemble les community managers des institutions placées sous la tutelle du Ministère de la Culture. Les Rencontres ont été l’occasion d’ouvrir ce groupe aux CM d’autres établissements, et de présenter quelques exemples des formes que peut prendre ce poste dans des structures diverses : une association pour la Cinémathèque française, un CCSTI pour La Casemate, un nouveau musée national pour le MuCEM ou encore un théâtre national pour le Théâtre national de Strasbourg. Deux dispositifs ont brièvement été évoqués : Ask A Curator par Claire Seguret du musée de Cluny et #jourdefermeture par votre humble serviteur. Une enquête de grand ampleur a été annoncée, conduite par Noémie Couillard dans le cadre de sa recherche et soutenue par le MCC, qui permettra de dessiner un portrait plus précis du community management dans les institutions culturelles en France.

    Enfin, Muzeonum, que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ici, est une communauté de professionnels du numérique dans la culture, fondée en 2011 par Omer Pesquer. Pour la première fois dans un contexte institutionnel, cette initiative portée par une communauté active et mobilisée, a bénéficié d’une visibilité conséquente. La prise de conscience de l’existence de réseaux connexes à celui des #museogeeks, avec les #theatrogeeks, les #scientigeeks et les #bibliogeeks est également un signe encourageant pour le développement d’une dynamique plus large, non limitée aux musées.

    Pour conclure

    Ces deux conférences, bien qu’adressées à des publics différents, m’ont permis de constater la vitalité des initiatives numériques dans bien des établissements, autant que l’intérêt de la recherche pour ces territoires relativement nouveaux. L’existence d‘un questionnement entourant une “médiation numérique”, de ses propriétés et de ses différences avec les dispositifs classiques émerge également, et l’idée même de cette médiation n’est plus un tabou. J’y reviendrai prochainement.

    ¹ Je n’ai pas retrouvé lesquelles dans le livetweet et dans mes notes.

    Mise à jour du 04/11/13 à 11h54 : ajout des postes de Michel Rougier et Lyse Hautecoeur du musée de la Grande Guerre de Meaux, suite aux précisions apportées par Florence Vielfaure.