Author: Sébastien Magro

  • Le Musée de la Civilisation à Québec perd son fondateur

    Le Musée de la Civilisation à Québec perd son fondateur

    Musée de la Civilisation, Québec
    Musée de la Civilisation, Québec

    C’est avec une profonde tristesse que toute l’équipe du Musée de la civilisation reçoit l’annonce du décès de monsieur Roland Arpin, son directeur général fondateur. Plus de dix ans après son départ de la direction, le souffle de ce visionnaire est tout aussi inspirant.

    En créant le Musée de la civilisation, Roland Arpin avait réussi à incarner un renouvellement de la muséologie, mettant au cœur de ses préoccupations les publics en leur offrant des projets novateurs qui les interpelleraient, souhaitant faire de son musée une véritable agora. Devançant les tendances, dans une muséologie audacieuse, il avait inscrit à la programmation dès l’ouverture du Musée des thèmes encore inexplorés d’enjeux sociaux et environnementaux.

    Le nouveau directeur général du Musée, Michel Côté, qui a eu la chance de travailler avec monsieur Arpin pendant plusieurs années, souligne que « le projet culturel conçu par monsieur Arpin pour ce premier musée de société au pays, garde toute sa pertinence et son actualité. Il a également eu une approche originale de la muséologie en axant les actions en fonction des publics ». Madame Margaret Delisle, présidente du conseil d’administration du Musée, déclarait quant à elle « tant dans la fonction publique québécoise que dans le milieu culturel, la figure de Roland Arpin sera celle d’un exceptionnel mentor et d’une source d’inspiration ». Cet intellectuel qui souhaitait amener à la barre des témoins de grands penseurs dans son musée savait aussi reconnaître l’importance, le poids des gestes du quotidien. On se rappelle l’exposition de préouverture Hommages aux bâtisseurs où étaient mis en vedette tous ceux qui avaient contribué à la construction de ce musée dont il ne doutait pas qu’il ferait une différence dans le portrait culturel de Québec. Pendant ses 14 années de présence au Musée, il aura arpenté ses salles d’expositions, discutant avec les visiteurs, se penchant avec tendresse vers les enfants qui lui importaient tant, échangeant avec les membres de l’équipe sur leurs projets, leurs défis.

    Ce penseur a tout au long de sa carrière cherché à comprendre son monde, LE monde. Sa réflexion sur la société québécoise, sujet de prédilection, se nourrissait de sa curiosité pour les autres sociétés, les autres systèmes politiques et culturels et a coloré son action au Musée de la civilisation qu’il voulait certes ancré dans l’histoire, mais surtout ouvert à l’actualité et préoccupé de son devenir. Cet immense pédagogue n’a eu de cesse de se préoccuper de faire partager les savoirs, de les rendre accessibles au plus grand nombre. Il croyait à la démocratisation des connaissances, loin du populisme, soucieux de rejoindre tous les publics et avait fait de cette volonté son credo pour le musée qu’il a fondé.

    Curieux des choses, des hommes, Roland Arpin avait une foi indéfectible dans sa société, la critiquant certes à l’occasion, mais offrant toujours des pistes de réflexion, des actions. Politiques culturelle, linguistique, du patrimoine, il allait de soi qu’il s’implique, consulte, discute, propose. Il a été à ce titre un acteur majeur de la vie culturelle et intellectuelle du Québec.

    « Dans un monde tranquille nous avons reçu la passion du monde ». Ces mots d’Anne Hébert rappellent à l’équipe du Musée de la civilisation que ce grand humaniste et visionnaire qu’était Roland Arpin aura légué sa passion du monde. Elle lui en est reconnaissante.

    Source : communiqué de presse du MCQ. Plus d’information sur le site du MCQ et sur la page Facebook du Musée.

  • “En verre, sous verre et… sans verre” au MAC, Montréal

    “En verre, sous verre et… sans verre” au MAC, Montréal

    Capture d’écran de la page de l'expos sur le site du MAC
    Capture d’écran de la page de l’expos sur le site du MAC

    Dans le cadre de l’événement « Montréal, ville de verre », le Musée d’art contemporain de Montréal présente une sélection d’oeuvres issues de ses collections et réunies autour du verre. L’exposition explore diverses thématiques liées à ce matériaux : transparence, solidité, rigidité mais aussi poésie et violence.

    Parmi les douze pièces présentées, quelques unes émergent, toutes d’auteurs québécois : il y a d’abord « Le tournis » (2008) de Gwenaël Bélanger (dont on conseille le site, bien construit et très complet), une vidéo fascinante, représentant un miroir qui éclate, cadré au plus proche du sol. Accompagnée d’une bande sonore agressive, la projection, réalisée en stop-motion, mêle poésie et malaise physique avec une certaine habilité. Puis viennent deux pièces de Claudie Gagnon, « Les hôtes » (2007), une impressionnante table dressée de vaisselle en verre, surmontée par « Le grand veilleur » (2007), un lustre de verre. L’opulence et la débauche de moyens de l’installation semblent nous interroger sur la futilité du luxe et de la société de consommation. Elle installe un malaise qui nait de la confrontation entre la puissance de l’accumulation et fragilité apparente de la vaisselle exposée. Enfin, « Classifié » (2003) de Claude Hamelin, un meuble de rangement en verre, qui renferme des tas de papiers blancs soigneusement disposés et qui n’est pas sans évoquer le monde du travail et son obsession pour le classement. À ce propos on conseille la lecture d’un article d’Élise Thierry consacré à cette oeuvre sur le blog Les archives à l’affiche.

    Malgré ces quatre pièces de qualité, l’exposition peine à installer une cohérence entre les oeuvres, et aucun dialogue entre elles ne semble émerger.

    Exposition du 24 avril au 3 octobre 2010, commissaire : Josée Bélisle, conservatrice de la collection permanente du MAC. J’ai visité l’exposition le 21 juillet 2010.

  • “Willy Ronis, une poétique de l’engagement” à la Monnaie de Paris

    “Willy Ronis, une poétique de l’engagement” à la Monnaie de Paris

    À l’occasion du centenaire de la naissance de Willy Ronis et moins d’un an après sa disparition, le Jeu de Paume et la Monnaie de Paris s’associent pour présenter une sélection d’oeuvres issues de la donation faite par le photographe à l’État français. Cette importante collection qui rassemble des milliers de négatifs, de documents, d’albums originaux et de tirages modernes, est conservée par la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, sous la tutelle du ministère de la Culture et de la Communication.

    Les premières salles s’ouvrent sur la vie dans la rue, principalement dans le Paris des années 1950. On y découvre un Willy Ronis très impliqué auprès des travailleurs, à travers plusieurs reportages pour Regards, mais aussi pour Time ou Life. Son indépendance et son engagement politique lui causeront d’ailleurs des difficultés financières et professionnelles : il met rapidement fin à sa collaboration avec les magazines américains, car il n’y trouve pas la liberté qu’il souhaite. D’autres séries témoignent de la solidarité de Willy Ronis avec les travailleurs et de son engagement communiste, avec des photos qui mettent en scène artisans et ouvriers : tissage et soufflage du verre par exemple, mais aussi les conditions de vie modestes des parisiens dans l’après-guerre. Suivent une succession de salles consacrées aux voyages : RDA, Tchécoslovaquie, Turquie ou encore USA. Willy Ronis, qui définit le fait de prendre une photo comme « une aptitude à réagir sur le champ à tout ce qui entre en résonance avec [sa] nature profonde » montre un intérêt certain pour la figure humaine, un sujet vivant et émouvant qui traverse toute sa carrière et reflète sont engagement auprès du courant humaniste. Sa photographie est très spontanée et il montre souvent des personnages dans leur environnement quotidien, en mouvement, parfois même flous. S’il n’a pas la rigueur du cadrage d’Henri Cartier-Bresson, il n’hésite pas à être très proche de ses sujets et apprécie les compositions hautes, avec un horizon placé au deux tiers de l’image. Excellent technicien, il insiste sur l’importance de faire ses propres tirages, seul garant d’un résultat à la hauteur de ses exigences artistiques. L’exposition se termine sur une dernière salle confuse, où se mélangent nus féminins, portraits (dont Picasso, Sartre et Capa) et scènes de genre avec chatons.

    Les efforts de médiation semblent réduits au minimum : au milieu de l’exposition, on trouve une chronologie de la vie de Ronis, accompagnée d’une interview audio du photographe ainsi qu’une salle de projection vidéo présentant des interviews croisées de membres de sa famille et de collaborateurs. Si toutes les photographies portent un cartel précis et complet, il n’y a aucun texte de salle, seulement quelques cartels développés. Il s’agit de commentaires de Willy Ronis sur son travail, mais on ne trouve aucune explication ou analyse extérieure qui permettrait une médiation entre les oeuvres et le public. Il n’y a pas non plus de titre dans les salles, ce qui permettrait de distinguer les différentes parties et leurs articulations.

    On peut d’ailleurs regretter que les cinq thématiques – la rue (et surtout Paris), le travail, le voyage, le corps et la vie intime (amis et famille) – n’apparaissent pas plus clairement au fil de l’exposition. Le dépliant qui l’accompagne les évoque, mais qu’en est-il des gens qui n’ont pas pris ce document à l’entrée ? De ce qui ne parlent pas français ? De ce que la lecture d’un long texte rebute ? À propose de l’absence d’explication autour des oeuvres, là aussi, une précision apparaît dans le dépliant : « la présente exposition constitue (…) un premier aperçu de la richesse de ce fonds, dont l’étude rigoureuse et scientifique devra passer encore par un travail de catalogage et une réflexion critique plus poussés ». On peut regretter qu’une telle information ne soit pas présente dans le texte introductif à l’exposition. Au moins pourra-t-on apprécier que l’ensemble de l’exposition soit bilingue français/anglais, en ce qui concerne les cartels et les quelques informations écrites.

    Exposition du 16 avril au 22 août 2010, à la Monnaie de Paris, plus d’information sur le site du Jeu de Paume. J’ai visité l’exposition le 4 juillet 2010.

  • Paprika et Seripop à la Galerie Anatome

    Paprika et Seripop à la Galerie Anatome

    Paprika Seripop à la galerie Anatome
    Paprika Seripop à la galerie Anatome

    La galerie Anatome, bien connue des amateurs de graphisme, d’illustration et d’affiches, expose en ce moment deux studios de création montréalais : Paprika et Seripop.

    Au rez de chaussée de ce très bel espace, Paprika présente un travail élégant et fin, qui ne tombe jamais dans un possible excès de préciosité (voir notamment l’identité de Marie-Yvonne Paint, agent immobilier à Montréal). La typographie joue un rôle important dans la production du duo composé de Joanne Lefebvre et Louis Gagnon, comme l’illustre leurs affiches pour la défunte galerie de design Commissaires (autrefois au 5226 Saint-Laurent) et qui figure parmi leurs travaux les plus remarquables. Ils vont encore plus loin avec leur propre identité, puisque la lettre devient motif sur leur papier à en-tête, leur carte de visite ou leur packaging.

    À l’étage, Seripop propose un travail de sérigraphie dense, coloré, bruyant, qui colonise les murs et les poutres de la galerie. De nombreuses pochettes de disques (dont une pour Arcade Fire) et des affiches de concerts, qui sont complétées par une table de sérigraphie reconstituée dans un coin, ainsi qu’une vidéo illustrant le procédé : les connaisseurs retrouveront passage de la couleur, séchage, toiles à enduire, typon et autres outils.

    Enfin, sur la mezzanine, une brève présentation du paysage graphique de Montréal permet d’en apprendre plus sur l’identité visuelle de la ville, mais aussi sur l’évolution du logo du Canadien (le fameux CH bleu, blanc, rouge) ou encore sur le métro et la STM (la Société des Transports de Montréal). Un hommage est également rendu aux graffitis qui peuplent les murs de la ville (appelés « murales » au Québec) et aux dépanneurs, avec un amusant inventaire photographique.

    La scénographie, d’une grande simplicité, occupe principalement les murs pour y montrer les affiches des deux agences. Des vitrines permettent de consulter les productions de plus petit format, telles que les packagings de Paprika pour la Galerie du Chocolat. Quelques accidents visuels viennent rythmer l’espace. Rien de bien ambitieux donc, mais tout est parfaitement adapté au très bel espace de la galerie Anatome.

    “Paprika Seripop, un regard graphique sur Montréal”, à la galerie Anatome (Paris) jusqu’au 24 juillet 2010. J’ai visité l’exposition le 25 mai.

  • “Gosse de peintre” de Beat Takeshi Kitano à la Fondation Cartier

    “Gosse de peintre” de Beat Takeshi Kitano à la Fondation Cartier

    Beat Takeshi Kitano à la Fondation Cartier
    Beat Takeshi Kitano à la Fondation Cartier

    La Fondation Cartier pour l’art contemporain présente actuellement une exposition conçue expressément pour ses espaces par le japonais Takeshi Kitano. S’il est surtout connu en France pour ses réalisations musclées, mises en scènes d’univers violents empruntes d’humour noir, il se présente souvent au Japon sous les traits de Beat Takeshi, humoriste télévisuel connu pour ses gags absurdes.

    L’exposition, très brouillon, ressemble à un parc d’attraction sur deux étages. Elle va dans tous les sens et ne prend pas vraiment la peine de formuler un propos cohérent. La majorité des oeuvres de Kitano ne dépasseraient pas la galerie de quartier si elles n’étaient signées de sa main. Son trait, autant dans l’illustration que dans la peinture n’a rien de très élégant. L’univers est indéniablement créatif et riche de références, comme en témoignent quelques pièces, telles que le théâtre de marionnette au rez de chaussée, drôle, léger et graphiquement sympathique, mais aussi au sous-sol, la collection de vases, poétiques, simples mais efficaces ou encore les animaux chimériques sont drôles et décalés.

    Quoiqu’il en soit, c’est une jolie exposition pour les enfants, qui se sont montrés très réceptifs pendant la visite, mais beaucoup moins pour les parents qui feront rapidement le tour.

    “Beat Takeshi Kitano, gosse de peintre”, jusqu’au 12 septembre 2010 à la Fondation Cartier. J’ai visité l’exposition le samedi 27 mars 2010.

  • Rencontre avec Mathieu Harel-Vivier, plasticien et photographe

    Rencontre avec Mathieu Harel-Vivier, plasticien et photographe

    Contreforme, Mathieu Harel-Vivier (2009)
    Contreforme, Mathieu Harel-Vivier (2009)

    On poursuit les rencontres avec Mathieu Harel-Vivier, 27 ans, plasticien et photographe, qui vit et travaille à Rennes.

    Parle nous de ton parcours, comment es-tu arrivé à la photographie ?

    J’ai suivi un cursus complet en arts plastiques jusqu’au master à l’Université Rennes 2 avant de mener un travail de recherche en thèse au sein de l’équipe d’accueil “Arts : pratiques et poétiques dans le laboratoire l’œuvre et l’image”. J’ai écrit un mémoire de master intitulé Figure de l’absence, une pratique du sténopé, dans lequel il s’agissait de développer une étude théorique, en corrélation avec un travail artistique sur le sténopé employé dans un dispositif de mise en scène pour générer une image. Refusant la conception d’une image vécue comme preuve d’existence et souhaitant ne pas documenter le réel, j’ai choisi de m’intéresser au médium, à ses caractéristiques temporelles, à sa mise en espace. Aussi, c’est avec un regard constamment porté sur l’extérieur et via la pratique – quelques heures passées dans le labo – que je me suis intéressé à la photo.
    Une autre pratique, cette fois documentaire, m’a mené vers un usage différent de la photographie. Après avoir travaillé avec Alexandre Perigot à plusieurs reprises, j’ai réalisé les visuels de ses expositions à Bialystok, Lisbonne, ou Cajarc. Depuis, j’ai régulièrement l’occasion de répondre à des missions pour photographier des expositions. J’ai par exemple été sollicité pour l’élaboration du catalogue lors de la première édition des Ateliers de Rennes – Biennale d’art contemporain.

    Quels sont les photographes (ou les courants photographiques) qui te touchent, dont tu apprécies le travail ?
    J’apprécie profondément le travail d’un artiste lorsque l’expérience liée à la production de l’oeuvre est envisagée comme une modification des perceptions habituelles, en somme lorsqu’il transforme notre rapport à la réalité. Sans avoir forcément les mêmes noms en tête que Garance, je suis aussi très intéressé par un travail faisant communiquer photographie et sculpture, et pense par exemple à la série Chair de Richard Artschwager et Ouverture de Jean-Marc Bustamente. Les deux œuvres présentées par Jeff Guess au Mois de la Photo à Montréal concentrent elles aussi une manière de penser la spatialisation de l’image fait un retour sur le principe à l’origine de la formation de l’image. Autour de Foto povera se sont regroupés plusieurs artistes qui possèdent une conception de l’image qui me séduit beaucoup dans la définition qu’en fait Jean-Marie Baldner, “se faire plaisir” d’autant que le terme autour duquel ils se regroupent n’est pas sans lever la polémique. Par ailleurs, plusieurs rencontres avec les œuvres de certains artistes me sont restées en mémoire, comme la pratique de dessins de Richard Fauguet (voir l’exposition Pas vu, pas pris, au Plateau-FRAC Île-de-France en 2009), de scénographie et d’appropriation de John M. Armleder, de fragmentation d’Éric Rondepierre, d’agencement chez Sam Taylor Wood, de narration chez Ulla Von Branderburg et de collage chez John Stezaker

    Aujourd’hui, quelles sont tes différentes activités ?
    Je suis artiste plasticien et photographe. Je prépare en ce moment une exposition au WE Project à Bruxelles avec Etienne De France sur invitation de l’association Sans titre 2006 qui se charge du commissariat. Il s’agit de travailler les relations qu’entretiennent nos deux pratiques. En parallèle à ce travail artistique, je prépare une thèse en arts plastiques sur l’image photographique et m’intéresse aux images en perte de réalité, abstraites et fictionnelles. Je fais partie du comité de lecture de la Revue 2.0.1. (revue de recherche sur l’art du XIXe au XXIe siècle).

    Autrement, je travaille au Centre Culturel Colombier à Rennes, un équipement culturel associatif conventionné par la ville de Rennes sur des missions d’intérêt général à caractère éducatif et culturel. La majorité de ses activités sont orientées vers les arts plastiques. Autour de la programmation en art contemporain se tisse un travail en direction du public de quartier, des scolaires, des étudiants, et dans ce contexte je m’occupe de la coordination des activités et suis responsable des accueils du public scolaire.

    À quoi ressemble le paysage culturel rennais ? Quels sont les lieux, les galeries, les artistes ?
    Au regard du nombre de structures, il me semble que le paysage culturel rennais est assez dense en termes de propositions. Si l’on s’en tient aux arts plastiques, Rennes possède de nombreux espaces d’expositions et initiatives en direction de l’art contemporain et des artistes. Le Fond Régional d’art contemporain de Bretagne attend la mise à disposition de ses nouveaux locaux dans le nord-ouest de la ville. Le Musée des beaux-arts réouvre ses portes. L’ERBA (Ecole régionale des beaux-arts) vient de changer de direction et entend promouvoir Les galeries du Cloître comme un espace d’exposition pour les artistes et les étudiants. L’Université Rennes 2 possède un département arts plastiques et un espace d’exposition de haute tenue géré par des étudiants : La galerie Art & Essai.

    En plein centre ville de Rennes se trouve La criée, le centre d’art contemporain en régie municipale. La ville soutient également plusieurs espaces comme 40mcube dédié principalement à la production d’œuvres contemporaines et qui vient d’inaugurer un parc de sculptures. La galerie DMA ouverte en 2008 présente le travail de designers et d’artistes lié aux problématiques art, design et sociétés. La même année des étudiants de l’ERBA ouvrent la galerie Sortie des artistes afin de promouvoir la jeune création. La galerie Oniris représente plusieurs artistes de renommée internationale. Le Centre Culturel Colombier dispose d’un espace d’exposition qu’il met à contribution à travers des résidences d’artistes et une programmation souvent liée aux enjeux de territoires, d’espaces cartographiés, de relation entre espace public et espace privé. Le Grand Cordel est un des lieux qui participent à la vie culturelle avec un espace d’exposition généralement occupé par des jeunes artistes. Le Triangle, plateau pour la danse possède une galerie connue pour la présentation de travaux d’artistes photographes. Le Bon Accueil est également un des lieux reconnus pour son travail d’accompagnement des plasticiens vers l’exposition mais également vers leur professionnalisation via la Fédération des Réseaux et associations d’artistes plasticiens.

    Chaque année fin novembre, un événement se développe autour de l’ouverture au public d’un nombre important d’ateliers et ateliers-logements distribués aux artistes par la ville de Rennes. Et Ce qui vient, en 2010, est la deuxième édition de la Biennale d’art contemporain présentée au Couvent des jacobins et dans plusieurs lieux culturels cités plus haut.

    Peux-tu nous parler plus précisément de ta pratique plastique et photographique ?

    Je m’intéresse en particulier aux modes d’apparition et de fabrication de l’image photographique : réalisées sans appareil, détériorées, projetées ou agencées dans l’espace, je produis des images en perte de réalité. Je porte un grand intérêt à l’économie de production de l’image avec l’utilisation de boîte sténopé en carton, l’intervention directe sur l’image, l’assemblage d’images… À la différence d’un attachement commun à la réalité tendant à nier la matérialité de l’image, le plus souvent je choisis un sujet qui vise à mettre en évidence les qualités des supports photographiques. Parfois proche d’un usage amateur de la photographie, ce travail vise la puissance fictionnelle et onirique de l’image, afin de considérer une image qui ne repose plus seulement sur une dialectique de l’enregistrement documentaire et de la composition picturale. Du Polaroid (Spectre, 2008) aux agencements en constellation de tirages de divers formats (Errance, 2009), ou encore au sténopé (Sténopé, 2005) à l’installation photographique sur table lumineuse (Spectres, 2009), je suis attentif au dialogue qui s’instaure entre la spatialisation de l’image et sa représentation.

    Comment vois-tu ton avenir professionnel ? Dans quelle direction souhaites-tu aller ?
    Je viens d’entrer dans un atelier-logement de la ville au mois de janvier, aussi je vais pouvoir me consacrer davantage à mon travail artistique à ma thèse et réfléchir autrement à la mise en espace de mon travail. Pourquoi pas penser l’image en volume, travailler avec un artiste qui pense les choses de cette manière…

  • Rencontre avec Garance Chabert, commissaire et critique d’art

    Rencontre avec Garance Chabert, commissaire et critique d’art

    "Théâtre de poche", Aurélien Froment, 2007 © Courtesy Motive Gallery.

    Pour inaugurer le cycle des Rencontres du mercredi, Garance Chabert, commissaire et critique d’art, présente son parcours, ses activités et notamment son engagement auprès du collectif Le Bureau/.

    Parle nous de ton parcours, comment t’es-tu intéressée à la photographie ?
    J’ai fait des études d’histoire et d’histoire de l’art, et j’ai conclu mon cursus par un DEA sur les théories postcoloniales et un DESS sur la pratique de l’exposition et de la critique d’art contemporain. Ce qui m’intéressait dans la photographie, c’était son impact dans et sur l’histoire, à quel point elle reflétait et témoignait des structures de représentation d’une société et de sa culture visuelle. J’ai écrit un mémoire sur le festival de photojournalisme de Perpignan, Visa pour l’Image, en pointant les ambiguités d’une manifestation toute tournée vers le passé héroïque de la photographie d’information et refusant d’admettre que le photojournalisme est aujourd’hui avant tout un produit esthétique et culturel. Je l’ai ensuite publié sous forme d’article dans la revue d’histoire de la photographie Études Photographiques, dont je suis secrétaire de rédaction depuis deux ans.

    Quels sont les plasticiens, les photographes (ou les courants artistiques, photographiques) qui te touchent, dont tu apprécies le travail ?
    Je constate qu’aujourd’hui la sculpture est un champ d’expériences artistiques très fécond et dynamique. Même si je ne m’intéresse pas a priori à un médium en particulier, certaines pratiques faisant communiquer la photographie et la sculpture m’intéressent particulièrement (le travail d’Etienne Bossut ou de Raphaël Zarka par exemple). Je travaille aussi actuellement sur les pratiques réinvestissant et associant subjectivement des images déjà produites dans des configurations très différentes (le tableau, la vidéo, la conférence, l’installation etc.). Je pense à de jeunes artistes comme Clément Rodzielski, Aurélien Froment, Ryan Gander, mais aussi Barbara Bloom, Luis Jacob, Johannes Wohnseifer ou Tacita Dean. En vrac, je suis aussi très sensible au travail d’Isabelle Cornaro, Emilie Perotto, Gaëlle Boucand, ou encore Till Roeskens, qui ont des pratiques très différentes les unes des autres.

    Aujourd’hui, quelles sont tes différentes activités ?
    Je travaille au sein d’une collection très importante de photographies du XIXe siècle, la Société française de photographie, ou je suis administratrice et secrétaire de rédaction de la revue Études Photographiques. Je m’occupe surtout de l’iconographie de la revue, de sa fabrication et de sa diffusion. Parallèlement, j’écris sur l’art contemporain, surtout des monographies de jeunes artistes ou des comptes-rendus d’exposition pour la revue Art21 ou pour des catalogues spécifiques. Enfin, je suis commissaire d’exposition dans un collectif de curators qui s’appelle Le Bureau/.

    Peux-tu nous parler davantage du Bureau/ ? Quelle est votre vocation, quelles sont vos activités ?
    Le Bureau/, qui regroupe sept commissaires, s’est constitué en 2004 dans l’idée de proposer des dispositifs d’exposition qui permettent d’une part de regarder une oeuvre dans différentes configurations afin de multiplier son potentiel sémantique et d’autre part de faire de l’exposition un espace dynamique, croisant des conventions qui ne sont pas forcément celles du monde de l’art (le temps de travail pour l’exposition 35h, le peer-to-peer pour l’expo P2P, la conférence pour proposition de colloque etc.). Nous travaillons ainsi à partir des contraintes inhérentes à un lieu, à sa taille, au public qui le traverse ou le visite etc. Ainsi pour les trois expositions en 2009 de la Maison Populaire à Montreuil, nous avons construit la programmation intitulée Un plan simple d’après la circulation du public quotidien de la structure, à savoir des adhérents traversant l’espace d’exposition pour se rendre à d’autres activités. Les expositions sont ainsi construites frontalement, de manière à être appréhendées d’abord d’un coup d’oeil, même si elles engagent ensuite à s’approcher des oeuvres.

    Comment le Bureau/ se positionne-t-il au sein de la critique d’art et de photographie ?
    Le Bureau/ ne fait pas de critique d’art, même si certains membres du collectif écrivent, et pour le Bureau/ je pense que la photographie est un médium de représentation parmi d’autres, avec une histoire particulièrement intéressante notamment en ce qui concerne son impact sur l’art, sa documentation et sa diffusion. Nous sommes très attentifs aux photographies d’expositions, et nous avons même imaginé l’accrochage de la première exposition de la Maison populaire Perspective en fonction de sa photogénie. Mais je ne crois pas que c’était le sens de ta question !

    Comment vois-tu évoluer la pratique du commissariat, le rôle du curator ?
    Le commissaire a pris depuis 20 ans une importance croissante dans le champ de l’art, même si aujourd’hui encore, c’est un métier sans statut (voir les enquêtes de l’association Commissaires d’exposition associés), notamment soumis à une variabilité extrême de rémunération sous les formes les plus diverses (droits d’auteur, intermittence, Maison des Artistes etc.). D’un point de vue plus théorique, le rôle de plus en plus visible et affirmé du commissaire a donné lieu dans les années 2000 à la revendication chez certains de leur qualité d’”auteur d’expositions” (notamment Eric Troncy) alors que d’autres mettent en avant le rôle d’intermédiaire, de “médiateur” entre le public et l’artiste. Je pense pour ma part que le commissaire est le premier spectateur et interlocuteur d’un artiste. La question du travail collectif permettait pour le Bureau/, en même temps d’affirmer un travail de scénographie et d’accrochage fort, mais sans mettre en avant la figure, le nom ou le CV du commissaire. Il y a d’ailleurs plusieurs collectifs qui se sont créés en France et à l’étranger depuis quelques années (voir le dossier “Curatoring” dans 02), ce qui est à mon avis symptomatique, et du statut social du commissaire (il est très difficile, du moins pendant plusieurs années, d’en vivre) et de la position de retrait individuel et de réflexion collective des jeunes commissaires.

    L’exposition “Un plan simple 3/3 (écran)” est visible à la Maison Populaire de Montreuil jusqu’au 12 décembre 2009.
    Le “Théâtre de poche” d’Aurélien Froment (2007) a été présenté du 28 août au 11 octobre 2009, à la Bonniers Konsthall de Stockholm (Suède).

  • Je vous ai manqué ?

    Métro de Montréal, station Mont-Royal (c) Sébastien Magro.
    Métro de Montréal, station Mont-Royal (c) Sébastien Magro.

    Voici plus d’un mois que je n’ai pas mis à jour ce blog, et pourtant je ne cesse pas d’enregistrer de nouveaux brouillons de billets ! En attendant, je souhaite vous faire partager quelques rencontres/liens/événements glanés ça et là et qui valent le détour…

    [Photo]
    Mathieu Harel-Vivier est un jeune plasticien, photographe et critique d’art que j’ai rencontré lors de mon séjour au MPM au début du mois. Basé à Rennes, il intervient dans la médiation et la coordination au Centre Culturel Colombier. Je vous proposerai prochainement une entrevue avec lui pour un gros plan sur son travail et sa pratique photographique.
    – SB est une galeriste anonyme à Paris. Avec Léonore Forêt, elle a créé la Galerie Miniature, galerie sans lieu, qui propose des tirages petits formats de jeunes photographes émergents. Je publierai également un échange avec SB, où elle nous présentera les enjeux du projet dans le contexte des galeries photos actuelles.
    Nicolas Havette est un jeune photographe. Diplômé de l’Ecole nationale supérieure de photographie d’Arles, il a beaucoup voyagé en Asie du sud-est, en Afghanistan, en Europe de l’est. Aujourd’hui il partage son temps entre la France et le Cambodge, où il a créé le PPP, Photo Phnom Penh, le premier festival de photo cambodgien. Je publierai aussi une interview de Nicolas.

    [Design]
    Claire Ferreira est une jeune et talentueuse designer produit. Après un BTS à l’Ecole Boulle, un DSAA à Olivier-de-Serres, son projet de diplôme pour le Master au Royal College of Arts lui vaut quelques publications, voir notamment l’article dans Yatzer.
    – Apple vient de dévoiler quelques nouveautés : un iMac dont l’écran de 27″ de diagonal s’approche dangereusement d’un téléviseur, le MacBook revisité avec une coque unibody en polycarbonate, toujours plus vert, le Mac mini perfectionné et plus performant. Mais la véritable innovation c’est l’application de la technologie multi-touch sur la Magic Mouse, qui fait complètement disparaître les boutons au profil d’une surface intégralement tactile.
    – Ouverture à Paris du Lieu du design voulu par Jean-Paul Huchon. Son emplacement géographique sur la rue du Faubourg St-Antoine le place dans une culture très design produit (voire carrément mobilier), son équipe de “gouvernance” (je cite le terme utilisé sur le site) ne semble pas contenir une seule personne en dessous de 50 ans, son identité visuelle lourde et datée, réalisée par une agence que je ne porte pas dans mon coeur… Bref, tout cela me fait un peu peur quand à la vocation de ce lieu et à ses futures actions. Mais ne soyons pas pessimiste, un tel lieu manquait réellement à Paris, laissons le projet évoluer et on verra.

    [Mode]
    – Quelques semaines après la parution du livre de son compagnon, Scott Schuman a.k.a The Sartorialist, la brillante bloggeuse de mode Garance Doré inaugure la nouvelle version de Vogue.com en proposant son carnet de note de la Fashion Week aux côtés de Carine Roitfeld. Une jolie manière de visiter les coulisses des défilés, avec la fraîcheur de la plume de Garance et ses photographies toujours impeccables.

    Je vous laisse sur ces belles images et je vous donne rendez-vous dans les prochains jours pour une série de billets autour de la photo.

  • Visa pour l’image : l’émergence du web-reportage

    (c) lemonde.fr
    Soren Seelow, Léo Ridet, Bernard Monasterolo, Karim El Hadj (c) lemonde.fr

    Au croisement entre web, photographie et journalisme, le web-reportage fait parler de lui avec la remise, pour la première fois, d’un prix spécial au festival Visa pour l’image de Perpignan, en partenariat avec France 24 et RFI. Le prix a été décerné au très beau et très troublant web-reportage “Le corps incarcéré” de Soren Seelow, Léo Ridet, Bernard Monasterolo et Karim El Hadj, tous membres de la rédaction du Monde Interactif. Un genre émergent à part entière qui reflète l’influence des nouvelles technologies sur le travail des photographes, mais ouvre également de nouvelles pistes pour l’évolution de la pratique de la photographie.

    Voir l’article sur le sujet du 1er septembre 2009 sur lemonde.fr

  • “Le Louvre pendant la guerre : regards photographiques 1938-1947 » au Musée du Louvre

    (c) Pierre Jahan/Archives des musées nationaux.
    (c) Pierre Jahan/Archives des musées nationaux.

    Le Louvre pendant la guerre, c’est un peu la tarte à la crème de l’histoire du vaisseau amiral des musées de France. Le commissaire Guillaume Fonkenell et son équipe s’en sortent très bien en proposant une exposition simple, dépouillée, extrêmement lisible.

    La scénographie est basique mais efficace : aux murs de l’unique salle carrée sont accrochées les photos de petit format, mélange de tirages d’époque et de reproductions contemporaines. Au centre, un bloc de panneaux présentant quatre faces qui nous mènent de l’accueil du visiteur à la clôture de l’exposition en passant par un montage vidéo et un gros plan sur la Joconde. Le choix d’une organisation à la fois thématique et chronologique est tout à fait pertinent pour le sujet : les premiers panneaux abordent les grands axes de l’histoire du Louvre à travers la guerre, puis viennent les études de cas de la Victoire de Samothrace, de la Joconde et de la Venus de Milo. Le tout adopte une double narration, présentant dans la partie haute les événements historiques et en regard, plus bas, leur influence sur le Louvre.

    Les textes sont claires, abordables et mettent l’accent sur le contexte historique, politique et culturel. Bel effort assez rare pour être souligné, tous les textes, panneaux d’interprétation et cartels y compris, sont trilingues : français, anglais et allemand. Pour chaque photographie, un plan de situation indique avec un point coloré le lieu de prise de vue dans le Palais et ses environs. On découvre avec passion les différentes étapes de la mise en sécurité des oeuvres dans les châteaux aux quatre coins du pays, les saisies par les officiers Nazis, les habiles manoeuvres des conservateurs pour éviter le pillage des collections nationales, le musée quasiment vide au coeur de la guerre, gratuit pour les Allemands, payant pour les Français. C’est passionnant comme un bon polar et fascinant de voir à quel point le patrimoine a été l’enjeu de combats administratifs aussi périlleux que sur le front.

    Parmi la dizaine de photographes présentés, on retiendra l’oeil de Pierre Jahan : “Le chemin des madriers de la Victoire de Samothrace” (21 juin 1945) qui propose une composition géométrique remarquable évoquant les classiques de Rodtchenko et de Moholy-Nagy, ou encore “Plein cadres sur les balayeurs” qui n’est pas sans rappeler les “Raboteurs de parquet” de Caillebotte (1875, conservé au Musée d’Orsay).

    L’exposition est aussi une occasion de dévoiler quelques anecdotes qui ne manquent pas de piquant et participent au mythe du Louvre : la Joconde et sa fameuse caisse marquée “LP0” pour “Louvre Peintures 0” et des trois points rouges, les jardins autour des Tuileries mis en culture à cause des rationnements, le musée touché à deux reprises par des obus ou encore un avion britannique abattu à 200m de la Cour Carrée.

    Au final, une expo inspirée, sobre et efficace, qui démontre qu’on peut faire d’excellentes présentations avec un budget serré et de l’ingéniosité.

    Le Louvre pendant la guerre : regards photographiques 1938-1947 au Musée du Louvre, aile Sully, salle de la maquette, du 7 mai au 31 août 2009. J’ai visité l’expo le mercredi 26 août 2009.