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  • Enceintes connectées : l’IA n’existe pas

    Enceintes connectées : l’IA n’existe pas

    Que se passe-t-il quand vous demandez à Siri l’âge de Donald Trump ? Comment Google Home transmet-il à l’ampoule de votre salon l’ordre de s’éteindre ? Qui explique à Alexa où trouver votre morceau favori sur Spotify ? En dépit des fantasmes d’algorithmes tout-puissants, assistants vocaux et enceintes connectées nécessitent, dès leur création, une importante intervention humaine.

    Ce samedi après-midi de décembre, avec ma sœur et ses enfants, nous ne sommes pas l’unique famille à venir visiter la galerie de paléontologie du Muséum national d’Histoire naturelle. Il faut bien occuper les 45 minutes passées à faire la queue dans le froid. L’un de mes neveux, 8 ans, demande au smartphone de sa mère : « OK Google, images de tricératops ». Sans attendre, des images de dinosaures à trois cornes s’affichent sur l’écran. Devant la facilité déconcertante avec laquelle son fils utilise ce service, lui qui ne maîtrise pas encore tout à fait le clavier et dont l’orthographe est pour le moins créative, ma sœur me demande, l’œil goguenard : “Dis tonton, comment ça marche un assistant vocal ?” Ça tombe bien, la file avance lentement et un panneau annonce encore 30 minutes d’attente…

    Anatomie d’une intelligence artificielle

    Google Assistant, Siri ou Cortana sont présents dans nos smartphones et nos ordinateurs. Selon Google, 20 % des requêtes seraient actuellement faites avec la voix. Les assistants vocaux équipent également les enceintes connectés proposées par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) :  Google Home, HomePod ou encore Amazon Echo. En 2018, on trouve leurs courbes sobres ou leurs couleurs high-tech (voir encadré) dans les foyers de plus d’1,7 million de français·e·s.

    Une enceinte connectée, c’est un ordinateur sans écran et sans clavier

    Les enceintes connectées sont équipées d’une alimentation électrique, d’un microprocesseur (le « cerveau » qui effectue les calculs), d’une connexion internet et d’un microphone : ce sont des ordinateurs. Et, comme les ordinateurs et les smartphones, elles s’appuient sur un système d’exploitation. Si vous utilisez un PC, vous êtes sans doute « sous Windows » ; si vous avec un Mac, vous connaissez Mac OS X ; si vous utilisez un iPhone, c’est iOS et si ce n’est pas le cas, c’est sans doute Android, le système de Google. De même, comme Google Home est équipé de Google Assistant, Apple HomePod s’appuie sur Siri tandis qu’Alexa anime les enceintes Amazon Echo (mais également 200 000 autres produits, pas tous vendus par Amazon). Enfin, Cortana est l’assistant vocal proposé par Microsoft. Ce sont des logiciels propriétaires : leur code est fermé et ne peut être consulté si vous n’êtes pas employé·e ou sous-traitant·e de l’entreprise qui les commercialise.

     

    Le modèle de Google Assistant, c’est l’ordinateur central qui répond aux capitaines des vaisseaux de « Star Trek », et la firme de Mountain View ne s’en cache pas. “Comme J.A.R.V.I.S., qui accompagne Tony Stark dans son armure d’Iron Man”, précise l’un de mes neveux. Les intelligences artificielles (IA) qui s’activent à la voix ne se limitent d’ailleurs plus à la science-fiction, puisque dans la comédie dramatique « Her » de Spike Jonze, Scarlett Johansson prête sa voix à Samantha.

    Les assistants vocaux s’activent à l’aide d’un wake word, littéralement, « un mot qui réveille » : « OK Google », « Dis Siri » ou « Alexa » (ce qui n’est pas sans poser de problème si c’est votre prénom). Pourquoi la voix ? Parce qu’elle est jugée plus rapide : 210 mots à la minute contre 70 à l’écrit. Mais aussi parce qu’elle permet de lancer une tâche lorsque les mains sont déjà occupés à cuisiner, à bricoler ou à faire le ménage.

    Les assistant vocaux s’activent à l’aide d’un wake word, littéralement, « un mot qui réveille ».

    Une fois l’enceinte activée, les utilisateur·trice·s peuvent exprimer leur demande. Comme pour toute requête dans un moteur de recherche, la connexion internet est indispensable pour transmettre les données aux serveurs de la marque, majoritairement situés aux États-Unis pour les géants du numérique. L’étape suivante est appelée speech to text : l’IA transcrit la commande vocale en une demande écrite, qui va elle-même subir un traitement statistique permettant d’en identifier les mots-clés.

    En vidéo | Science-fiction, les IA au cinéma

    Par exemple, dans la phrase « Alexa, commande-moi une pizza quatre fromages », l’enceinte envoie un enregistrement sonore aux serveurs d’Amazon. Ces quelques mots sont alors analysés par l’IA, qui identifie commande, pizza et quatre-fromages comme les mots-clés pour rechercher un restaurant susceptible de livrer chez vous, en se basant sur votre géolocalisation. Enfin, Alexa répond avec une proposition (et non des centaines de pages comme le ferait un moteur de recherche sur écran). C’est l’opération inverse, text to speech, qui nécessite que la machine transforme une information écrite en son, à l’aide d’un synthétiseur vocal.

    Les chercheur·se·s Kate Crawford et Vladan Joler proposent un schéma très exhaustif détaillant l’anatomie d’une IA, en y intégrant matières premières nécessaires, infrastructures techniques, corps de métier sollicités et niveau de rémunération. Je vous propose ici une version plus légère, qui se concentre sur le chemin parcouru par l’information lors d’une requête auprès d’une enceinte connectée.

    Que se passe-t-il lorsque vous posez une question à une enceinte connectée ? / Sébastien Magro, 2019
    Que se passe-t-il lorsque vous posez une question à une enceinte connectée ? / Sébastien Magro, 2019

    Des enceintes connectées, mais pas si intelligentes

    « Les IA ont besoin d’apprendre et, pour cela, elles s’appuient sur le machine learning, ou apprentissage machine », précise le sociologue Antonio Casilli, enseignant à Telecom ParisTech et chercheur associé à l’EHESS. « Cette technique consiste à proposer à l’ordinateur suffisamment d’exemples, pour voir émerger des patterns. » Il faut notamment que la machine identifie des schémas récurrents, c’est-à-dire qu’elle « comprenne » les différentes tournures de phrases pour une même commande, et qu’elle intègre les variantes de prononciations et d’accents.

    Contrairement aux êtres humains, qui apprennent à partir d’exemples peu nombreux, il faut plusieurs milliers de requêtes pour que les intelligences artificielles « apprennent ».

    Dans la file d’attente du Muséum, nous dépassons une statue de stégosaure qui joue à cache-cache dans les fougères. À partir d’ici, on nous promet 15 min d’attente. Ma sœur : “Donc, si je comprends bien, les enceintes connectées ne sont pas intelligentes, elles ont besoin qu’on les entraîne, c’est ça ?” En effet, demander à Siri de noter un rendez-vous, rechercher l’adresse d’un musée grâce à Alexa ou commander un Uber avec « OK Google » : tout cela participe à améliorer les IA qui équipent ces services. De même, vérifier les résultats proposés par une enceinte, à partir d’un smartphone ou d’un ordinateur, améliore ses réponses à venir. En somme, c’est un travail que les utilisateur·trice·s fournissent gratuitement aux constructeurs.

    [su_box title=”À quoi ces objets doivent-ils ressembler ?”]

    Comment dessiner un objet qui obéit à la voix, sans être manipulé ? Deux tendances émergent :

    Enceinte connectée Google Home
    Enceinte connectée Google Home / photo Google

    • Google fait le choix de l’objet familier dont les formes évoquent la décoration intérieure, voire le soin. Les courbes et les couleurs neutres, « naturelles », dominent l’ensemble de l’offre. L’enceinte de milieu de gamme, Google Home, n’est pas sans évoquer un diffuseur d’huiles essentielles, tandis qu’à l’entrée de gamme, Google Home Mini est un simple galet, sans angle saillant.
    • De leur côté, Apple et Amazon assument la référence à la science-fiction avec des formes plus futuristes. Le vocabulaire est résolument technique : les enceintes HomePod et Amazon Echo sont noires ou blanches, avec des touches lumineuses de couleurs vives, par exemple quand Siri écoute, ou lorsqu’Alexa traite une question.

    [/su_box]

    Les êtres humains derrière les machines

    En l’état actuel des choses, l’intelligence artificielle n’est donc pas autonome : elle repose principalement sur le travail d’êtres humains. Avant la commercialisation de ces services, les algorithmes qui traitent les données sont programmées par des ingénieur·e·s. Puis, pendant leur utilisation, ces programmes sont régulièrement “entraînés” par leurs utilisateur·trice·s. Mais d’autres humain·e·s interviennent : des centaines de milliers de personnes, principalement basées dans les pays émergents, traitent également les données, produites majoritairement par les utilisateur·trice·s des pays riches, le plus souvent pour des salaires dérisoires.

    Derrière les assistants vocaux qui équipent les enceintes connectées, des travailleur·se·s du clic.

    Les travailleur·se·s du clic ne sont que très rarement employé·e·s par les GAFAM, car ces fonctions sont souvent délocalisées et externalisées à travers des chaînes de sous-traitance. La plupart sont recruté·e·s pour des contrats à durée déterminée ou payé·e·s à la pièce. Parmi les tâches qui leur sont proposées figure la comparaison de deux fichiers : une piste son, de quelques secondes à peine, prononcée par l’utilisateur·trice et le texte “compris” par la machine. Les travailleur·se·s du clic doivent le corriger si nécessaire, et l’annoter avec des mots-clés pour le rendre traitable par l’algorithme.

    À écouter | Antonio Casilli, sociologue : « Les intelligences artificielles ont besoin d’être entraînées »

    Ces personnes réalisent jusqu’à 180 micro-tâches par heure, soit plusieurs milliers par jour. Elles sont peu payées : quelques centimes d’euros lorsqu’elles vivent en Europe mais encore moins dans les pays asiatiques, africains ou d’Amérique du Sud où l’on parle de centimes de centimes par tâche. Les plus aisé·e·s se connectent depuis leur foyer, car elles et ils disposent des meilleurs équipements informatiques. Mais beaucoup travaillent depuis les cybercafés, à l’université ou à l’école. Les régions les plus concernées sont Madagascar et l’Afrique de l’Ouest pour le traitement des données francophones ; pour les anglophones, c’est l’Asie pacifique, avec notamment l’Inde et les Philippines.

    Pour ces personnes, il est impossible de créer les solidarités professionnelles qui émergent lorsqu’on travaille à l’usine ou dans un bureau. La plupart d’entre elles ne savent pas que des milliers de travailleur·se·s assurent les mêmes tâches. Antonio Casilli précise : « S’ils en ont conscience, c’est au niveau local, avec les 4 ou 5 personnes qui les ont initiées au micro-travail. ». L’éclatement géographique joue aussi, car les plateformes de micro-travail suivent le soleil : lorsque la journée se termine dans la Silicon Valley, elle commence à Hyderabad, en Inde, ce qui permet un service continu.

    [su_box title=”Dans les coulisses de Cortana : témoignage de Julie, transcriber“]
    En mai 2018, La Quadrature du Net, association de lutte pour les libertés en ligne, rapporte le témoignage de Julie, opératrice pour un sous-traitant de Microsoft. En 2017, pendant 8 mois, elle a été transcriber, c’est-à-dire transcriptrice : elle écoutait de courtes séquences enregistrées par Cortana, puis vérifiait leur transcription écrite pour s’assurer que l’intelligence artificielle avait bien compris le sens des phrases.

    [/su_box]

    L’intervention humaine par micro-tâches se soustrait à l’IA au point que, pour Antonio Casilli, une partie de l’intelligence artificielle est elle-même artificielle : lorsque la machine n’est pas en mesure de comprendre une requête, des personnes prennent le relais et saisissent “à la main” la demande dans la base de données.

    À lire aussi | Enceintes connectées et confidentialité des données : entretien avec Nina Gosse, avocate

    Pour le moment, le modèle économique des enceintes connectées repose majoritairement sur la récolte et la commercialisation des données des utilisateur·trice·s – surtout pour Google et Amazon, moins pour Apple et Microsoft. Le traitement de ces données permet un profilage précis qui peut être vendu aux marques pour qu’elles diffusent de la publicité ou des partenariats commerciaux sur les enceintes connectées. Si l’on reprend l’exemple de la commande de pizza, Amazon propose déjà cette fonctionnalité pour Alexa, en partenariat avec Domino’s. Les fabricants d’enceintes connectées n’ont donc pas intérêt à ce que l’importance de l’intervention humaine soit connue : ils doivent entretenir l’image de produits innovants pour continuer de séduire une clientèle issue des classes moyennes et supérieures.

    L’intelligence artificielle autonome est encore loin

    Les enceintes connectées et les assistants vocaux peuvent rendre bien des services, mais ces objets ne sont pas magiques. Comme pour la plupart des outils numériques, les utilisateur·trice·s ignorent souvent que leur usage a un coût économique et humain, ainsi qu’un impact écologique. En prendre conscience amène à faire des choix en conséquence. Quant à une intelligence artificielle parfaitement autonome, même les géants de la Silicon Valley en sont encore loin – n’en déplaise aux plus angoissants scénarios des films de science-fiction.

    Nous passons le guichet de la galerie de paléontologie, l’attente se termine. Ma sœur reprend son téléphone : “Vous n’en aurez pas besoin dans le musée, tonton et moi allons vous faire la visite…”.

  • Matt Pyke & Friends, “Super Computer Romantics” à la Gaîté Lyrique

    Matt Pyke & Friends, “Super Computer Romantics” à la Gaîté Lyrique

    Matt Pyke & Friends © Universal Everything
    Matt Pyke & Friends © Universal Everything

    Du 21 avril au 27 mai, la Gaîté Lyrique présente Matt Pyke & Friends, “Super-Computer-Romantics”. L’exposition, dont la commissaire associée est Charlotte Léouzon, une collaboratrice de Matt Pyke, présente 12 pièces du designer britannique et a donné lieu à une conférence/rencontre avec les artistes le mercredi 11 mai dernier.

    À 36 ans, Matt Pyke a travaillé pour de nombreuses marques internationales : AOL, Apple, Nokia, Audi ou encore Chanel. De son propre aveux, son style évolue entre deux écritures visuelles : des travaux très pop, grouillants de références et graphiquement chargés d’un côté et de l’autre, des productions plus minimales dans des atmosphères épurées. Très inspirée de la nature et du vivant, ce qui peut sembler paradoxal pour un motion designer utilisant des outils numériques, il déclare : “I am more interested in reading books and magazines about science and biology than design” (Je m’intéresse davantage aux livres et magazines de science et de biologie qu’à ceux qui traitent de design, à propos de 76 seeds). Sa démarche se caractérise par un travail toujours participatif, en collaboration avec de nombreux intervenants : designers, ingénieurs, programmeurs, artistes, tels que Marcus Wendt et Vera-Maria Glahn du studio Field, Karsten Schmidt de PostSpectacular ou encore son frère Simon Pyke pour la musique.

    Algorythmes pop

    Parmi les douze œuvres présentées, trois ont retenu mon attention : Transfiguration, Supreme Believers et surtout Communion. Le teaser ci-dessous montre un aperçu de Transfiguration, ainsi qu’un extrait de Can’t stop que j’évoquerai plus loin.


    Si la vidéo ne s’affiche pas, cliquez ici.

    Présentée au sous-sol de la Gaîté Lyrique, Transfiguration est une projection sur grand écran accompagnée d’une bande sonore et encadrée par des néons de couleurs. Une forme humanoïde marche, comme indéfiniment, tandis que sa texture se transforme périodiquement : métallique, minéral, poilu, liquide… “Sculpture vivante ou peinture évolutive” selon Charlotte Léouzon, Transfiguration est une pièce surprenante : l’association entre la musique et l’image donne une sensation presque physique du personnage et de ses changements. Lorsqu’il est de pierre, le son est lourd, lorsqu’il devient bulle, un son aérien se fait entendre. Et s’il est de métal, des cliquetis résonnent. Interrogé pendant la conférence sur la temporalité dans son travail, Matt Pyke précise : “There is a momentum in the gallery, a loop, you know that the guy from Transfiguration will continue walking even when I’ll be back in Sheffield (Il y a comme un refrain, une boucle dans l’exposition, qui fait que le gars de Transfiguration continuera de marcher même lorsque je serai rentré à Sheffield).”

    En ce qui concerne l’origine de l’œuvre, il cite le travail du sculpteur taïwanais Ju Ming et plus précisément une pièce qui évoque un homme pratiquant le Tai Chi. L’idée de départ est de concevoir une forme abstraite puis, en la faisant marcher, le spectateur commence à ressentir de l’empathie pour cette forme. Pyke cite aussi l’exemple d’une chaise sur laquelle il place des yeux autocollants, donnant vie au meuble par anthropomorphie. À propos de la signification de Transfiguration, l’artiste évoque le cycle de la vie, l’évolution des technologies primitives vers des matériaux plus modernes, ce qui est complété par Charlotte Léouzon pendant la conférence.


    Si la vidéo ne s’affiche pas, cliquez ici.

    Visible à la fois depuis la mezzanine et le sous-sol, Supreme Believers (réalisée avec Chris Perry et Simon Pyke) est une projection monumentale qui représente des danseurs semblant lutter pour leur survie. Tentant inlassablement d’atteindre l’extrémité gauche de l’écran sans jamais y parvenir, ils sont atomisés avant d’y arriver : leurs corps deviennent des bulles, des cubes ou encore des feuilles emportés par le vent. Plastiquement, on pense aux terribles pouvoirs de Jean Grey/Phoenix dans X-Men 3 ou à une ancienne publicité de Bouygues Telecom pour son iMode au début d’internet sur les portables. Sortes de Sisyphes numériques, ces danseurs semblent évoquer une lutte impossible de l’être humain pour s’élever vers un niveau de spiritualité ou vers une conscience supérieure. Le travail de Matt Pyke n’est pas sans évoquer ces questions, comme le montre la pièce qui m’a le plus marqué, Communion.

    Du spirituel dans l’art et dans le numérique en particulier

    Sorte de cérémonie religieuse chez d’hypothétiques Papous numériques, Communion est une expérience immersive qui allie son, lumière et motion design, et évoque tout à la fois le dancefloor d’une boîte branchée et un sacrement dans une chapelle digitale. Sur les quatre parois quadrillées de la petite salle plongée dans l’obscurité, d’innombrables personnages s’agitent au son d’une entêtante mélopée frénétique, fuyant d’un mur à l’autre, puis remplissant la totalité des parois, disparaissant à nouveau, passant de tons orangés chauds et roses fluos à des bleus et verts froids. Comme dans beaucoup d’autres pièces de Matt Pyke et de ses complices, les personnages de Communions sont générés par un algorythme basé sur la musique, faisant de l’œuvre une expérience unique qui se réinvente en permanence.

    Communion, Matt Pyke & Friends © DR
    Communion, Matt Pyke & Friends © DR

    Simon Pyke précise : “it’s tribal music with a big vocal sound, like a collective & religious experience (C’est une musique tribale avec une importante partition vocale, comme une expérience religieuse collective)”. Pour ma part, j’ai pensé aux passages de rituels dans Sa majesté des mouches de William Golding remixés par Yuksek, quelque chose d’à la fois érotique et effrayant, sensuel et fascinant. C’est une véritable expérience à vivre et rien de ce que vous pourrez lire ici ou ailleurs ne rendra la réalité d’y être confronté.

    Science feat. Nature

    Parmi les autres pièces, on peut citer Can’t Stop, un autoportrait psychédélique de l’artiste en penseur (devant la grand salle, premier étage) qui n’est pas sans évoquer Magritte par sa force surréaliste. L’exposition montre également deux œuvres très graphiques : Electric Trees, dans une alcôve du sous-sol et 76 seeds. Dans Electric Trees un tube néon de lumière noire, relié à un capteur de présence, ne s’active que lorsqu’un visiteur pénètre l’alcôve et révèle les feuilles des arbres dessinées selon un algorythme récursif.

    Electric Trees, Matt Pyke & Friends © Maxime Dufour
    Electric Trees, Matt Pyke & Friends © Maxime Dufour

    Enfin, avec 76 seeds, une série de croquis dessinés quotidiennement, le designer inverse les rôles et devient la machine. Pendant 76 jours, il a dessiné en suivant les instructions d’une application iPhone développée exprès, selon quatre critères : l’énergie, le comportement, la complexité et la matière. Le résultat donne un assemblage hétérogène de croquis aux traits divers, mouvants, surprenants qui n’est pas sans évoquer un cabinet de curiosité graphique à l’ère du numérique.

    Designer ou artiste ?

    Conférence autour de l'exposition "Matt Pyke & Friends" © Sébastien Magro
    Conférence autour de l'exposition "Matt Pyke & Friends" © Sébastien Magro

    Pendant la conférence, l’épineuse question de la relation entre design et art se pose. Pour Charlotte Léouzon, nous vivons une époque de décloisonnement entre les disciplines, les artistes sont aujourd’hui tout autant directeurs artistiques que plasticiens et passent souvent de productions de commandes à des œuvres “à vocation artistique”. Venant appuyer son propos, Marcus Wendt précise que Londres lui semble plus ouverte à ce décloisonnement, là où l’Allemagne pratique une séparation plus radicale entre art et design, raison du déménagement de Field pour la capitale britannique. Pour conclure, Matt Pyke se définit comme designer avant tout : les marques et les projets publicitaires qu’il conçoit pour elles lui permettent de développer son travail artistique. Mais ces deux démarches ne sont pas opposées ou parallèles mais entrelacées, puisqu’à plusieurs reprises, des éléments fonctionnels ou formels présents dans ses œuvres ré-apparaissent dans ses annonces publicitaires et réciproquement.

    La conférence a été également l’occasion de découvrir d’autres travaux de Matt Pyke et de ses compagnons, telle que leur première pièce présentée au public, Forever, montrée en 2009 au Victoria & Albert Museum de Londres et réalisée en collaboration avec Karsten Schmidt et Simon Pyke. Un autre très beau projet de Matt Pyke est Advanced Beauty, une série de 18 sculptures sonores produites en collaboration avec son frère Simon et des artistes américains et britanniques pour la plupart, que vous pouvez retrouver en podcast sur iTunes et en rétrospective à la Gaîté le dimanche 22 mai de 14h à 18h. Ci-dessous, quelques images du projet et son making-off.


    Si la vidéo ne s’affiche pas, cliquez ici.

    Pour approfondir

    À propos de l’exposition, je vous suggère la lecture des articles de Libération et Les Échos qui consacrent un petit sujet vidéo à l’expo. Côté blogs, voyez Eye Magazine (En) et lisez l’article de Noëmie Roussel sur ZestForArt. Enfin, Carpe Webem propose une réflexion sur la nature de l’art numérique à travers le travail de Matt Pyke.

    Je vous incite à visiter le site de Matt Pyke car, au-delà d’y voir des photos de l’exposition, vous pourrez y apercevoir quelques instantanés du chantier de la Gaîté. La préparation de l’exposition ayant débutée il y a plus de 2 ans, le designer et son équipe ont appréhendé les espaces d’exposition du lieu, allant même jusqu’à concevoir un modèle 3D qui a été utile au personnel de la Gaîté.

    Vous pouvez en savoir plus sur le travail de Charlotte Léouzon sur son blog ou sur le site de son agence, Va Voom.

    J’ai visité l’exposition une première fois le 4 mai dans le cadre des Rencontres culture numérique, puis en visite guidée avec l’artiste le 11 mai. J’ai assisté à la conférence le même jour, à 19h.
    MÀJ du 18/05/11 : ajout du lien vers le blog ZestForArt.

  • Matt Pyke & Friends, “Super Computer Romantics” à la Gaîté Lyrique

    Matt Pyke & Friends, “Super Computer Romantics” à la Gaîté Lyrique

    Matt Pyke & Friends © Universal Everything
    Matt Pyke & Friends © Universal Everything

    Du 21 avril au 27 mai, la Gaîté Lyrique présente Matt Pyke & Friends, “Super-Computer-Romantics”. L’exposition, dont la commissaire associée est Charlotte Léouzon, une collaboratrice de Matt Pyke, présente 12 pièces du designer britannique et a donné lieu à une conférence/rencontre avec les artistes le mercredi 11 mai dernier.

    À 36 ans, Matt Pyke a travaillé pour de nombreuses marques internationales : AOL, Apple, Nokia, Audi ou encore Chanel. De son propre aveux, son style évolue entre deux écritures visuelles : des travaux très pop, grouillants de références et graphiquement chargés d’un côté et de l’autre, des productions plus minimales dans des atmosphères épurées. Très inspirée de la nature et du vivant, ce qui peut sembler paradoxal pour un motion designer utilisant des outils numériques, il déclare : “I am more interested in reading books and magazines about science and biology than design” (Je m’intéresse davantage aux livres et magazines de science et de biologie qu’à ceux qui traitent de design, à propos de 76 seeds). Sa démarche se caractérise par un travail toujours participatif, en collaboration avec de nombreux intervenants : designers, ingénieurs, programmeurs, artistes, tels que Marcus Wendt et Vera-Maria Glahn du studio Field, Karsten Schmidt de PostSpectacular ou encore son frère Simon Pyke pour la musique.

    Algorythmes pop

    Parmi les douze œuvres présentées, trois ont retenu mon attention : Transfiguration, Supreme Believers et surtout Communion. Le teaser ci-dessous montre un aperçu de Transfiguration, ainsi qu’un extrait de Can’t stop que j’évoquerai plus loin.


    Si la vidéo ne s’affiche pas, cliquez ici.

    Présentée au sous-sol de la Gaîté Lyrique, Transfiguration est une projection sur grand écran accompagnée d’une bande sonore et encadrée par des néons de couleurs. Une forme humanoïde marche, comme indéfiniment, tandis que sa texture se transforme périodiquement : métallique, minéral, poilu, liquide… “Sculpture vivante ou peinture évolutive” selon Charlotte Léouzon, Transfiguration est une pièce surprenante : l’association entre la musique et l’image donne une sensation presque physique du personnage et de ses changements. Lorsqu’il est de pierre, le son est lourd, lorsqu’il devient bulle, un son aérien se fait entendre. Et s’il est de métal, des cliquetis résonnent. Interrogé pendant la conférence sur la temporalité dans son travail, Matt Pyke précise : “There is a momentum in the gallery, a loop, you know that the guy from Transfiguration will continue walking even when I’ll be back in Sheffield (Il y a comme un refrain, une boucle dans l’exposition, qui fait que le gars de Transfiguration continuera de marcher même lorsque je serai rentré à Sheffield).”

    En ce qui concerne l’origine de l’œuvre, il cite le travail du sculpteur taïwanais Ju Ming et plus précisément une pièce qui évoque un homme pratiquant le Tai Chi. L’idée de départ est de concevoir une forme abstraite puis, en la faisant marcher, le spectateur commence à ressentir de l’empathie pour cette forme. Pyke cite aussi l’exemple d’une chaise sur laquelle il place des yeux autocollants, donnant vie au meuble par anthropomorphie. À propos de la signification de Transfiguration, l’artiste évoque le cycle de la vie, l’évolution des technologies primitives vers des matériaux plus modernes, ce qui est complété par Charlotte Léouzon pendant la conférence.


    Si la vidéo ne s’affiche pas, cliquez ici.

    Visible à la fois depuis la mezzanine et le sous-sol, Supreme Believers (réalisée avec Chris Perry et Simon Pyke) est une projection monumentale qui représente des danseurs semblant lutter pour leur survie. Tentant inlassablement d’atteindre l’extrémité gauche de l’écran sans jamais y parvenir, ils sont atomisés avant d’y arriver : leurs corps deviennent des bulles, des cubes ou encore des feuilles emportés par le vent. Plastiquement, on pense aux terribles pouvoirs de Jean Grey/Phoenix dans X-Men 3 ou à une ancienne publicité de Bouygues Telecom pour son iMode au début d’internet sur les portables. Sortes de Sisyphes numériques, ces danseurs semblent évoquer une lutte impossible de l’être humain pour s’élever vers un niveau de spiritualité ou vers une conscience supérieure. Le travail de Matt Pyke n’est pas sans évoquer ces questions, comme le montre la pièce qui m’a le plus marqué, Communion.

    Du spirituel dans l’art et dans le numérique en particulier

    Sorte de cérémonie religieuse chez d’hypothétiques Papous numériques, Communion est une expérience immersive qui allie son, lumière et motion design, et évoque tout à la fois le dancefloor d’une boîte branchée et un sacrement dans une chapelle digitale. Sur les quatre parois quadrillées de la petite salle plongée dans l’obscurité, d’innombrables personnages s’agitent au son d’une entêtante mélopée frénétique, fuyant d’un mur à l’autre, puis remplissant la totalité des parois, disparaissant à nouveau, passant de tons orangés chauds et roses fluos à des bleus et verts froids. Comme dans beaucoup d’autres pièces de Matt Pyke et de ses complices, les personnages de Communions sont générés par un algorythme basé sur la musique, faisant de l’œuvre une expérience unique qui se réinvente en permanence.

    Communion, Matt Pyke & Friends © DR
    Communion, Matt Pyke & Friends © DR

    Simon Pyke précise : “it’s tribal music with a big vocal sound, like a collective & religious experience (C’est une musique tribale avec une importante partition vocale, comme une expérience religieuse collective)”. Pour ma part, j’ai pensé aux passages de rituels dans Sa majesté des mouches de William Golding remixés par Yuksek, quelque chose d’à la fois érotique et effrayant, sensuel et fascinant. C’est une véritable expérience à vivre et rien de ce que vous pourrez lire ici ou ailleurs ne rendra la réalité d’y être confronté.

    Science feat. Nature

    Parmi les autres pièces, on peut citer Can’t Stop, un autoportrait psychédélique de l’artiste en penseur (devant la grand salle, premier étage) qui n’est pas sans évoquer Magritte par sa force surréaliste. L’exposition montre également deux œuvres très graphiques : Electric Trees, dans une alcôve du sous-sol et 76 seeds. Dans Electric Trees un tube néon de lumière noire, relié à un capteur de présence, ne s’active que lorsqu’un visiteur pénètre l’alcôve et révèle les feuilles des arbres dessinées selon un algorythme récursif.

    Electric Trees, Matt Pyke & Friends © Maxime Dufour
    Electric Trees, Matt Pyke & Friends © Maxime Dufour

    Enfin, avec 76 seeds, une série de croquis dessinés quotidiennement, le designer inverse les rôles et devient la machine. Pendant 76 jours, il a dessiné en suivant les instructions d’une application iPhone développée exprès, selon quatre critères : l’énergie, le comportement, la complexité et la matière. Le résultat donne un assemblage hétérogène de croquis aux traits divers, mouvants, surprenants qui n’est pas sans évoquer un cabinet de curiosité graphique à l’ère du numérique.

    Designer ou artiste ?

    Conférence autour de l'exposition "Matt Pyke & Friends" © Sébastien Magro
    Conférence autour de l'exposition "Matt Pyke & Friends" © Sébastien Magro

    Pendant la conférence, l’épineuse question de la relation entre design et art se pose. Pour Charlotte Léouzon, nous vivons une époque de décloisonnement entre les disciplines, les artistes sont aujourd’hui tout autant directeurs artistiques que plasticiens et passent souvent de productions de commandes à des œuvres “à vocation artistique”. Venant appuyer son propos, Marcus Wendt précise que Londres lui semble plus ouverte à ce décloisonnement, là où l’Allemagne pratique une séparation plus radicale entre art et design, raison du déménagement de Field pour la capitale britannique. Pour conclure, Matt Pyke se définit comme designer avant tout : les marques et les projets publicitaires qu’il conçoit pour elles lui permettent de développer son travail artistique. Mais ces deux démarches ne sont pas opposées ou parallèles mais entrelacées, puisqu’à plusieurs reprises, des éléments fonctionnels ou formels présents dans ses œuvres ré-apparaissent dans ses annonces publicitaires et réciproquement.

    La conférence a été également l’occasion de découvrir d’autres travaux de Matt Pyke et de ses compagnons, telle que leur première pièce présentée au public, Forever, montrée en 2009 au Victoria & Albert Museum de Londres et réalisée en collaboration avec Karsten Schmidt et Simon Pyke. Un autre très beau projet de Matt Pyke est Advanced Beauty, une série de 18 sculptures sonores produites en collaboration avec son frère Simon et des artistes américains et britanniques pour la plupart, que vous pouvez retrouver en podcast sur iTunes et en rétrospective à la Gaîté le dimanche 22 mai de 14h à 18h. Ci-dessous, quelques images du projet et son making-off.


    Si la vidéo ne s’affiche pas, cliquez ici.

    Pour approfondir

    À propos de l’exposition, je vous suggère la lecture des articles de Libération et Les Échos qui consacrent un petit sujet vidéo à l’expo. Côté blogs, voyez Eye Magazine (En) et lisez l’article de Noëmie Roussel sur ZestForArt. Enfin, Carpe Webem propose une réflexion sur la nature de l’art numérique à travers le travail de Matt Pyke.

    Je vous incite à visiter le site de Matt Pyke car, au-delà d’y voir des photos de l’exposition, vous pourrez y apercevoir quelques instantanés du chantier de la Gaîté. La préparation de l’exposition ayant débutée il y a plus de 2 ans, le designer et son équipe ont appréhendé les espaces d’exposition du lieu, allant même jusqu’à concevoir un modèle 3D qui a été utile au personnel de la Gaîté.

    Vous pouvez en savoir plus sur le travail de Charlotte Léouzon sur son blog ou sur le site de son agence, Va Voom.

    J’ai visité l’exposition une première fois le 4 mai dans le cadre des Rencontres culture numérique, puis en visite guidée avec l’artiste le 11 mai. J’ai assisté à la conférence le même jour, à 19h.
    MÀJ du 18/05/11 : ajout du lien vers le blog ZestForArt.

  • Je vous ai manqué ?

    Métro de Montréal, station Mont-Royal (c) Sébastien Magro.
    Métro de Montréal, station Mont-Royal (c) Sébastien Magro.

    Voici plus d’un mois que je n’ai pas mis à jour ce blog, et pourtant je ne cesse pas d’enregistrer de nouveaux brouillons de billets ! En attendant, je souhaite vous faire partager quelques rencontres/liens/événements glanés ça et là et qui valent le détour…

    [Photo]
    Mathieu Harel-Vivier est un jeune plasticien, photographe et critique d’art que j’ai rencontré lors de mon séjour au MPM au début du mois. Basé à Rennes, il intervient dans la médiation et la coordination au Centre Culturel Colombier. Je vous proposerai prochainement une entrevue avec lui pour un gros plan sur son travail et sa pratique photographique.
    – SB est une galeriste anonyme à Paris. Avec Léonore Forêt, elle a créé la Galerie Miniature, galerie sans lieu, qui propose des tirages petits formats de jeunes photographes émergents. Je publierai également un échange avec SB, où elle nous présentera les enjeux du projet dans le contexte des galeries photos actuelles.
    Nicolas Havette est un jeune photographe. Diplômé de l’Ecole nationale supérieure de photographie d’Arles, il a beaucoup voyagé en Asie du sud-est, en Afghanistan, en Europe de l’est. Aujourd’hui il partage son temps entre la France et le Cambodge, où il a créé le PPP, Photo Phnom Penh, le premier festival de photo cambodgien. Je publierai aussi une interview de Nicolas.

    [Design]
    Claire Ferreira est une jeune et talentueuse designer produit. Après un BTS à l’Ecole Boulle, un DSAA à Olivier-de-Serres, son projet de diplôme pour le Master au Royal College of Arts lui vaut quelques publications, voir notamment l’article dans Yatzer.
    – Apple vient de dévoiler quelques nouveautés : un iMac dont l’écran de 27″ de diagonal s’approche dangereusement d’un téléviseur, le MacBook revisité avec une coque unibody en polycarbonate, toujours plus vert, le Mac mini perfectionné et plus performant. Mais la véritable innovation c’est l’application de la technologie multi-touch sur la Magic Mouse, qui fait complètement disparaître les boutons au profil d’une surface intégralement tactile.
    – Ouverture à Paris du Lieu du design voulu par Jean-Paul Huchon. Son emplacement géographique sur la rue du Faubourg St-Antoine le place dans une culture très design produit (voire carrément mobilier), son équipe de “gouvernance” (je cite le terme utilisé sur le site) ne semble pas contenir une seule personne en dessous de 50 ans, son identité visuelle lourde et datée, réalisée par une agence que je ne porte pas dans mon coeur… Bref, tout cela me fait un peu peur quand à la vocation de ce lieu et à ses futures actions. Mais ne soyons pas pessimiste, un tel lieu manquait réellement à Paris, laissons le projet évoluer et on verra.

    [Mode]
    – Quelques semaines après la parution du livre de son compagnon, Scott Schuman a.k.a The Sartorialist, la brillante bloggeuse de mode Garance Doré inaugure la nouvelle version de Vogue.com en proposant son carnet de note de la Fashion Week aux côtés de Carine Roitfeld. Une jolie manière de visiter les coulisses des défilés, avec la fraîcheur de la plume de Garance et ses photographies toujours impeccables.

    Je vous laisse sur ces belles images et je vous donne rendez-vous dans les prochains jours pour une série de billets autour de la photo.