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  • 2021 dans le retro

    2021 dans le retro

    Comme l’an dernier, je m’essaie à l’exercice du bilan – majoritairement professionnel, mais pas que – de l’année qui s’achève. 

    Deux charges d’enseignement et diverses interventions

    Entre janvier et avril 2021, je suis intervenu dans deux formations : auprès des L1 Info-com de Paris 8 autour des bases de la muséologie et de la médiation culturelle et scientifique, et auprès des M1 Intelligence économique/Communication des organisations de l’IAE de Poitiers sur le planning stratégique et les tendances de la communication en ligne. Compte-tenu du contexte sanitaire, la majorité des cours ont eu lieu en distanciel, avec un retour en présentiel ou en format hybride au tout début du printemps. Je ne reviendrai pas sur la complexité à mener ce type de cours, car d’autres l’ont fait mieux que moi, mais je retiens de cette période la motivation et l’enthousiaste des étudiant⋅es qui sont souvent resté⋅es investi⋅es jusqu’à la fin. J’ai notamment eu beaucoup de plaisir à construire mon cours de L1, un exercice de pédagogie assez nouveau pour moi, qui ai pris l’habitude de travailler avec des masters, après avoir débuté l’enseignement avec des premières années de BTS en 2011.

    En septembre, je suis retourné à Poitiers pour deux séances autour de la vie en agence, et du coaching des étudiant⋅es sur un projet professionnel qui les occupe une bonne partie de l’année. C’est toujours une expérience stimulante. Ces derniers jours, je suis intervenu dans un jury de master à Sciences Po, dans un séminaire de master à Lille et, la semaine prochaine, je parlerai à l’ICART du rôle social des musées à travers l’exemple des parcours et thématiques queer/LGBT.

    Merci à Marion Coville de Poitiers et Morgan Corriou de Paris 8 pour leur confiance réitérée, ainsi qu’aux autres contacts professionnels qui me sollicitent ponctuellement.

    Reportages et interviews pour le Programme Société numérique

    Comme l’an dernier, j’ai continué à collaborer avec les chercheurs François Huguet, Clément Mabi et Emmanuel Vergès sur une série de reportages et d’interviews autour des conférences NEC, Numérique en commun(s) pour le compte du programme Société numérique de l’ANCT (Agence nationale de la cohésion des territoires). L’équipe s’est étoffée avec l’arrivée de la journaliste Claire Richard, de la designer Zoé Aegerter et de la chercheuse indépendante Yaël Benayoun. Nous avons remporté un marché public dans le cadre d’un groupement d’indépendant⋅es, ce qui nous permet de prolonger le travail engagé en 2020.

    Au premier semestre, j’ai couvert deux rencontres, l’une en ligne et l’autre à Montpellier. Depuis la mi-novembre, je me suis rendu à Saint-Denis de la Réunion et à Annecy en Haute-Savoie, et j’irai bientôt à Maubeuge, dans les Hauts-de-France, pour suivre d’autres NEC.

    Les premiers carnets, relatifs aux événements de 2020, sont consultables en ligne : Bordeaux, Hauts-de-France, Occitanie et Atlantique. J’y ai interrogé des professionnel⋅les et associatif⋅ves autour des enjeux de la médiation et de l’inclusion numériques, et j’y propose des articles de formats variés : reportages, articles de synthèse, entretiens croisés ou interviews individuelles.

    Formation d’enseignant de yoga

    Eh oui ! C’est la nouveauté de l’année : j’ai suivi une formation de prof de yoga en ligne. Je pratique le yoga depuis 2011, principalement dans le studio Ashtanga Yoga Paris. Après quelques années d’hésitation, une pratique assidue pendant le premier confinement m’a convaincu de me lancer dans une formation d’enseignant.

    Malheureusement, entre un nouvel épisode de Covid en avril et mes engagements professionnels rémunérateurs, je ne suis pas parvenu à consacrer autant de temps que je le souhaitais à cette formation et je me hâte de finaliser mes devoirs avant le 31/12 pour pouvoir obtenir mon certificat. Néanmoins, j’ai commencé à enseigner avec un petit groupe d’élèves, des proches qui ont accepté d’être mes cobayes et qui ont profité de mes premiers cours. Je les remercie, ainsi que mes profs, ancien⋅nes et actuel⋅les, pour leur soutien dans ce projet.

    Rôle social des musées

    Toute l’année, j’ai profité de mes déplacements professionnels et personnels pour visiter plusieurs musées, parmi lesquels le Museon Arlaten, le Rijksmuseum et l’Amsterdam Museum, le Musée de Villèle et Stella Matutina à la Réunion. Je continue ma veille sur le rôle social des musées et je m’intéresse principalement à la manière dont les musées d’arts et les musées de société abordent l’héritage colonial et présentent l’histoire de leurs collections. En 2022, j’envisage de prolonger ce travail et de le formaliser, au-delà de mes cours.

    Et demain ?

    Mi-janvier, je reprendrai les cours à Poitiers puis à Paris 8, où je donnerai également un atelier professionnel en L2. J’aurai ainsi le plaisir de retrouver mes L1 de l’an dernier pour approfondir la production de dispositifs de médiation culturelle et scientifique sur des supports numériques. Sur l’année, j’ai encore cinq autres conférences NEC à couvrir un peu partout dans l’Hexagone. Si tout se passe bien, je mettrai en place une activité de prof de yoga même si je ne sais pas encore dans quel cadre et à quel rythme. J’ai également d’autres projets d’écriture, autour d’objets de la culture et des industries culturelles, que j’espère pouvoir développer en 2022, sans parler du retour du podcast La Bascule que Charles Roncier et moi préparons ces derniers mois.

    Pas plus que l’an dernier (peut-être même encore moins), je ne me sens journaliste. Certain⋅es de mes proches ont commencé à me qualifier de chercheur indépendant, ce qui me gêne énormément car je le suis encore moins. Journaliste, j’en ai au moins le diplôme (bout de papier reçu du CELSA cet été !), mais chercheur, je n’en ai même pas la formation. Comme l’an dernier, je réitère mon positionnement professionnel : je travaille – c’est-à-dire que je lis, j’écris et j’enseigne – sur les musées, le numérique, les luttes queer/LGBT, et parfois leurs croisements. Cette année, j’ai affiné ces thématiques en approfondissant mon travail sur le rôle social des musées et sur les enjeux de l’inclusion numérique. Dans les mois qui viennent, je souhaite “muscler” mon discours en lisant encore plus sur ces sujets et en organisant davantage ma pensée. Ce n’est pas une promesse que je vous fais, lecteurs et lectrices, mais plutôt un pense-bête, un fil rouge que je m’attribue.

    L’année 2022 s’annonce complexe, entre la crise sanitaire qui n’en finit pas et l’élection présidentielle qui nous réserve sans doute quelques émotions fortes. Restons mobilisé⋅es, patient⋅es et bienveillant⋅es, car on va en avoir besoin.

  • 2020 dans le rétro

    2020 dans le rétro

    L’année qui s’achève a été tour à tour étrange, incertaine, inquiétante, voire carrément surréaliste. Paradoxalement, ma réorientation professionnelle s’est plutôt bien passée. Elle l’a été parce que tout est possible quand on croit en ses rêves dans notre belle start-up nation j’ai bénéficié du filet de sécurité que constituent les acquis sociaux que les récents gouvernements successifs s’évertuent à détricoter. J’ai également récolté les fruits d’années d’investissement dans un réseau professionnel, dont je n’avais pas imaginé la générosité et la réactivité. Retour sur cette folle année, donc. 

    Résumé des épisodes précédents

    En octobre 2019, je quitte le musée du quai Branly après pas loin de 8 ans de service, et je suis diplômé du master de journalisme du CELSA. En novembre, je rejoins Datagif comme chef de projets. En janvier 2020, les boss de l’agence et moi-même convenons, d’un commun accord, de déclarer ma période d’essai infructueuse. Erreur de casting, malentendu sur les attentes de part et d’autre, on s’est trompés, on se quitte bons amis. À peine le temps de digérer la déception et de m’inscrire à Pôle Emploi que la crise sanitaire commence et, avec elle, le premier confinement. Je profite de l’occasion pour me lancer comme journaliste indépendant, dans un contexte pour le moins difficile, mais l’actualité me donne quelques idées de piges.

    Deux articles publiés dans la presse en ligne

    En mai, je publie Le confinement a mis à l’honneur les métiers du numérique dans les musées dans le Digital Society Forum. L’occasion de mettre l’une de mes vieilles marottes, l’histoire du numérique dans les musées, en perspective avec l’actualité, à l’époque toute récente, du début de la crise sanitaire. Mon passé dans les musées me permets de m’appuyer sur un solide réseaux de professionnel⋅le⋅s : j’interviewe Noémie Couillard (Voix Publics), Claire Séguret (Bnf) et Omer Pesquer (indépendant).

    Merci à Claire Richard pour sa confiance et son accompagnement éditorial bienveillant.

    En juin, mon premier article parait dans Slate : #BlackLivesMatter, l’assourdissant silence des musées français. C’est l’occasion de revenir sur les réactions contrastées des musées au mouvement contre le racisme et les violences policières, suite à l’assassinat de Georges Floyd par des policiers blancs. Cet article me permet de valoriser le travail de femmes, dont certaines racisées, dans une démarche de visibilisation importante à mes yeux : Anne Lafont, historienne de l’art ; Katia Kukawka, conservatrice en cheffe du musée d’Aquitaine, ainsi qu’une community manager anonyme de mon réseau.

    Stratégie éditoriale et community management pour l’Inrap

    En juin, l’Inrap me contacte pour assister l’équipe web sur les Journées européennes de l’archéologie, devenues un événement semi en ligne, semi en présentiel, en raison du contexte sanitaire. Je collabore alors avec Blandine Texier, l’une de mes anciennes étudiantes à Paris 3. J’en profite : rappelez-vous de toujours soigner l’accompagnement de vos étudiant⋅e⋅s et de vos stagiaires. Non seulement elles et ils sont l’avenir de votre profession mais en plus, elles et ils sont vos futur⋅e⋅s collègues. Transmettez-leur vos valeurs, respectez-les même lorsque leurs avis divergent du vôtre, encouragez-les à prendre la parole, soyez constructifs et constructives lorsqu’elles et ils font des bourdes. Et surtout : faites-leur confiance.

    Merci à Omer Pesquer qui a soufflé mon nom à l’Inrap.

    Production et coordination éditoriale du podcast La Bascule

    En octobre, le journaliste scientifique Charles Roncier et moi-même dévoilons notre podcast La Bascule. Nous y donnons la parole aux personnes qui prennent la PrEP, la prophylaxie pré-exposition, qui protège du VIH/sida. Ce projet, dont j’ai déjà parlé ici, a démarré en 2019 quand j’ai convaincu Charles de la pertinence d’un podcast consacré au sujet. Nous produisons la globalité du travail ensemble, avec une grande fluidité et beaucoup de spontanéité dans notre collaboration. Nous sélectionnons les témoignages et réalisons l’écriture générale des épisodes ensemble. Dans le détail, Charles assure les interviews et écrit l’essentiel de ses interventions. Il s’occupe du pré-découpage, du montage et du mixage des épisodes. De mon côté, je coordonne les prises de contact avec les interviewé⋅e⋅s, et je prends en charge la préparation des grilles d’interviews, la recherche des ressources et les publications sur les réseaux sociaux.

    Merci encore Charles de sa confiance.

    Community management pour le colloque #MediaSex2020

    En novembre, j’ai assuré une aide éditoriale et le community management du colloque Médiatiser les sexualités, organisé en ligne par Rennes 2 et Lille 3. Ce projet m’a donné l’opportunité de travailler sur des sujets aussi variés que l’économie des plateformes numériques, les normes de genre dans les industries culturelles ou le traitement journalistique des sexualités. La stimulation intellectuelle de porter le message d’universitaires m’a rappelé le plaisir que j’avais à travailler sur des contenus scientifiques quand j’étais au musée du quai Branly.

    Merci à Florian Vörös et Béatrice Damian-Gaillard pour leur confiance.

    Reportages pour le Programme Société numérique

    Depuis l’été, je réalise une série de reportages dans le cadre d’une mission pour le Programme Société numérique. J’interviewe des acteurs et des actrices de la médiation/inclusion numérique qui participent aux conférences NEC, Numérique en commun(s). Les enjeux du secteur recoupent ceux de la culture : connaître ses publics, évaluer ses actions en ligne et hors ligne, créer des synergies entre les structures. Quand c’était possible, je me suis déplacé à Lens, à Bordeaux et dans la région d’Avignon, mais l’essentiel du travail se fait à présent en ligne et au téléphone. À ce jour, j’ai réalisé une vingtaine d’interviews en mois de 3 mois et, à terme, je vais livrer un total de 7 articles longs, aux formats variés (entretiens croisés, interviews thématiques, reportages, etc). C’est un projet exigeant mais très formateur et, il faut bien le reconnaître, clairement plus rémunérateur que les piges dans la presse.

    Merci à François Huguet qui a pensé à moi pour l’accompagner sur ce projet.

    Et demain ?

    J’ai accepté deux charges de cours qui m’occuperont de janvier à avril 2021. La première me mènera à Poitiers avec des masters de l’IAE, sur le planning stratégique et la communication institutionnelle (merci à Marion Coville d’avoir pensé à moi). La seconde est à Paris 8 avec des L1 Info-Comm, autour des basiques de la médiation culturelle et scientifique (merci à Maxime Cervulle d’avoir glissé mon nom à la responsable de la formation).

    J’ai quelques autres pistes de projet d’ici le printemps 2021 mais rien de signé encore. Bien sûr, Charles et moi allons continuer la Bascule, et nous avons déjà des idées pour les prochaines saisons. À part ça, je n’ai aucune visibilité sur le reste de l’année, qui s’annonce particulièrement rude pour les indépendant⋅e⋅s, compte-tenu du contexte sanitaire, économique et social. Et au mois d’août, j’aurai 40 ans.

    Si l’essentiel de mon travail relève des techniques du journalisme, je ne l’effectue pas pour des entreprises de presse, et c’est pourquoi j’ai toujours du mal à m’identifier comme journaliste. De manière générale, je préfère mettre en avant les sujets sur lesquels je travaille, comme je le fais sur Twitter, plutôt que de revendiquer une profession. Je travaille – c’est-à-dire que je lis, j’écris et j’enseigne – sur les musées, le numérique, les luttes queer/LGBT et leurs croisements.

    Je ne suis pas inquiet, je ne suis pas confiant, je ne suis pas résigné. Nous traversons une époque compliquée, marquée par la destruction de notre modèle social, l’érosion de la confiance dans les institutions et les médias, et un glissement chaque jour confirmé vers l’autoritarisme, réclamé par certain⋅e⋅s. Au milieu de tout cela, je m’efforce de continuer à travailler en portant les valeurs de solidarité, de curiosité intellectuelle et de bienveillance qui sont les miennes. C’est la manière dont je milite, c’est ce que j’ai trouvé de mieux pour continuer d’avancer dans l’incertitude et l’impermanence.

    Merci aussi à fp, qui continue de me faire profiter de ses conseils avisés.

  • Le musée à l’ère numérique : ressources

    Le musée à l’ère numérique : ressources

    Entre 2014 et 2018, j’ai fait partie des professionnel⋅le⋅s associé⋅e⋅s au master “Muséologie et nouveaux médias” (devenu depuis “Musées et nouveaux médias, mention Direction de projets ou d’établissements culturels”) de l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle. J’ai notamment eu en charge le cours “Le musée à l’ère numérique : stratégies, dispositifs et usages”, qui avait pour objet un panorama des usages du numérique fait par les établissements patrimoniaux, en relation avec les pratiques des publics.

    À toute fin utile et, comme on me demande régulièrement des conseils et des ressources sur le sujet, voici la présentation et le plan du cours, une liste de notions et une bibliographie indicative de ma dernière année, 2017-2018. Ces ressources ont vieilli et ne font pas état de projets qui se sont développés depuis (par exemple, des podcasts et des newsletters consacrés l’actualité muséale).

    À propos du cours

    Le cours présente un panorama général des dispositifs numériques dans un contexte culturel et patrimonial : musées et monuments, centres de sciences, centres d’interprétation, autres lieux à vocation culturelle ou patrimoniale.

    Après une introduction permettant de remettre les dispositifs dans un continuum historique, nous établirons une typologie des dispositifs proposés par les établissements, autant que des usages observés chez les publics, sans qu’ils ne soient à l’initiative des institutions – mettant ainsi en valeur les dimensions participatives et/ou collaboratives de certaines pratiques. Cette typologie couvrira les usages du web (sites web, visites en ligne, réseaux sociaux numériques, etc.), les technologies mobiles (audioguides, applications, QR codes, technologie sans contact, tablettes, lunettes, etc.), les dispositifs in situ et immersifs (bornes multitouch, écrans tactiles, scénographie immersive, etc) pour finir par la narration transmedia, les écritures interactives et les dispositifs prospectifs.

    Renonçant à l’ambition d’exhaustivité, futile alors que les étudiant⋅e⋅s ont facilement accès à l’information, le cours présentera une sélection resserrée d’exemples, sélectionnés pour leur pertinence et étudiés en profondeur. Chaque fois que possible, les aspects techniques (conception, réalisation, maintenance au quotidien) et administratifs (commande publique, enjeux budgétaires, etc) seront abordés, pour répondre aux exigences d’un master préparant les étudiant⋅e⋅s en muséologie à rejoindre le secteur professionnel culturel et patrimonial. Enfin, cette typologie sera également envisagée à la lumière d’enjeux sociaux, juridiques et éthiques, permettant aux étudiant⋅e⋅s d’acquérir les bases d’une distance critique sur leur pratique professionnelle à venir.

    L’approche choisie combine une perspective professionnelle, issue de l’expérience acquise sur le terrain, avec une dimension théorique inspirée des sciences humaines et sociales (sociologie et ethnographie, notamment).

    Plan de cours

    Le cours est découpé en 8 séances de 3h, réparties comme suit :

    1. Introduction générale

    Cette séance proposera un aperçu général du cours et des thématiques abordées, à travers un rapide historique des grandes étapes des dispositifs numériques au musée depuis les années 1970, et l’établissement d’une typologie des dispositifs. Le paysage professionnel sera évoqué : principales initiatives issues de la communauté professionnelle, grandes conférences et ressources de référence, en ligne et hors ligne.

    2. Les dispositifs en ligne 1 : le web

    Après une présentation d’internet, du web et des principaux protocoles qui y sont utilisés, cette séance proposera un panorama des sites web de musées, de leurs offres et de leurs usages : informations pratiques, sites vitrines ou sites de contenus, usages mobiles (en prélude à la séance n°5), etc.

    3. Les dispositifs en ligne 2 : les RSN

    Dans cette séance, les étudiant⋅e⋅s se verront proposer une présentation générale des réseaux sociaux numériques. Dans une première partie théorique, plusieurs définitions du terme « réseau social » seront présentées, confrontant notamment approches SHS et marketing. La seconde partie du cours proposera une prise en main pratique, illustrées d’exemples de terrain et accompagnée d’exercices, individuels et en groupe.

    4. Les dispositifs in situ

    Située à mi-parcours, cette séance présentera les dispositifs in situ : bornes multimédias, écrans et tables tactiles ou non, projections images et/ou sonores, etc. Leurs vocations (médiation, information) et leurs articulations avec les dispositifs non numériques seront évoquées.

    5. Les dispositifs mobiles

    Cette séance proposera un panorama des dispositifs mobiles et de leurs usages : audioguides prêtés par les établissements, smartphones personnels, autres objets connectés mobiles (montres et lunettes notamment). Leurs vocations (médiation, information) et leurs articulations avec les dispositifs non numériques seront évoquées. Cette séance sera également l’occasion d’aborder la personnalisation de la visite.

    6. « Nouvelles écritures » et musée comme terrain d’expérimentation

    Cette séance présentera les formes émergentes de narration (transmedia, ludification, webdocumentaire, BD en ligne, etc). Elle sera aussi l’occasion d’évoquer le musée comme terrain d’expérimentation : fablabs, dispositifs participatifs et collaboratifs, mécénat participatif.

    7. Enjeux politiques des dispositifs numériques dans les musées

    Cette dernière séance sera l’occasion de revenir sur l’ensemble du cours à la lumière d’enjeux sociaux, juridiques et éthiques : privacy, stockage et accès aux données, profilage ; questions de genre, de minorités ; rôle social du musée dans un contexte numérique, etc.

    8. Évaluation

    En complément des présentations orales qui auront lieu lors des séances n°2 à n°7 (10 min de présentation, 5 min de questions, 25 % de la note finale), cette évaluation demandera aux étudiant⋅e⋅s de remplir un QCM (25 % de la note) et de rédiger une note d’intention décrivant un dispositif numérique (50 % de la note), à partir d’un sujet choisi entre trois propositions.

    Voici le sujet proposé lors de l’évaluation :

    Création d’un projet numérique

    Vous choisirez un seul sujet parmi les trois, et présenterez votre proposition de la manière qui vous semble le plus adéquate (texte de présentation, schémas de fonctionnement, croquis d’interface, cartels, etc). Il vous appartient de préciser le périmètre de votre intervention (in situ, hors les murs, mobile, etc) et de justifier vos choix.

    Les critères d’évaluation sont les suivants :

    • cohérence et pédagogie. Votre proposition devra notamment être claire et intelligible pour un public non averti.
    • originalité et créativité. Votre proposition devra se démarquer d’éventuels concurrent⋅e⋅s.
    • réalisme et vraisemblance. Le budget est illimité, mais vous en proposerez une estimation, ainsi qu’un calendrier de réalisation de votre projet.

    1. Vous êtes chef⋅fe de projet numérique au Musée de l’Abeille de Bagnères-de-Bigorre. Votre responsable hiérarchique, la directrice des publics, vous charge de proposer une nouvelle expérience de médiation autour de l’accrochage permanent. Le parcours couvre l’histoire de la domestication de l’abeille de l’Antiquité à nos jours, l’exploitation des produits de la ruche et les enjeux sociaux et environnementaux de l’apiculture de nos jours. Votre expérience doit être en place pour accueillir les publics lors des vacances d’été 2018.

    2. Vous êtes chargé⋅e de communication dans l’agence « Hashtag avec les doigts ». Il vous est demandé de proposer à votre client, le musée du Jeu vidéo de Gif-sur-Yvette, une campagne promotionnelle pour l’exposition « Super Mario : mythe, modèle, muse » qui aura lieu de décembre 2018 à mars 2019. Le client vous demande de « surprendre, faire rêver, mais surtout : faire connaître le musée ».

    3. Vous êtes consultant⋅e indépendant⋅e et répondez à un appel d’offre pour la réalisation de dispositifs éducatifs dans l’exposition « Botticelli : un génie à Florence » qui aura lieu au musée des Beaux-Arts de Lyon, au printemps 2019. Le musée souhaite que vous proposiez trois dispositifs, un pour chacune des trois parties : « Florence 1470 : un état de l’art de la Renaissance », « Jeux de pouvoir à la cour des Médicis » et « Thématiques champêtres et nus féminins ». Les publics visés sont les scolaires de 8 à 12 ans, et le cahier des charges précise que les dispositifs doivent être inclusifs.

    Notions abordées

    • musée
    • informatique, audiovisuel, multimédia, numérique, digital
    • internet, web, protocoles
    • réseaux sociaux, réseaux sociaux numériques, médias sociaux
    • privacy, confidentialités des données
    • dispositifs et outils mobiles
    • médiation culturelle et scientifique sur des supports numériques
    • géolocalisation
    • temporalités et personnalisation de la visite
    • dispositifs immersifs et spectaculaires
    • BYOD, DIY, fablabs
    • production participative des contenus (crowdsourcing), financement participatif (crowdfunding)
    • sociabilités, recommandation sociale, personnalisation de la visite
    • 3D, réalité virtuelle (VR), réalité augmentée (AR)

    Bibliographie indicative

    Numérique, numérique au musée

    • Azemard Ghislaine (dir.) « 100 notions pour le crossmédia », Comptoir des Presses d’Universités, 2013.
    • Barney Darin, Coleman Gabriella, Ross Christine, Sterne Jonathan et Tembeck Tamar (dir.) « The Participatory Condition in the Digital Age », University of Minnesota Press, 2016.
    • boyd danah, « It’s Complicated, The Social Lives of Networked Teens », Yale University Press, 2014.
    • Coleman Gabriella, « Coding Freedom », Princeton University Press, 2013.
    • Couillard Noémie, Coville Marion, Schlageter Karin (dir.), « Les coulisses du musée », Revue POLI n°12, 2016.
    • Magis Christophe, Quemener Nelly et Vörös Florian (dir) « Exploitation 2.0 », Revue POLI n°13, 2017.
    • Simon Nina, « The Participatory Museum », auto-édité et en ligne, 2010.
    • Sanderhoff Merete (dir.), « Sharing Is Caring », Statens Museum for Kunst, 2014.
    • Turner Fred, « From Counterculture to Cyberculture », University of Chicago Press, 2006.
    • Turckle Sherry, « Alone Together », Basic Books, 2012.
    • Zittrain Jonathan, « The Future of the Internet », Penguin Books, 2009.

    Muséologie générale, pratiques au musée

    • Chaumier Serge et Mairesse François, « La médiation culturelle », Armand Colin, 2013 (2017).
    • Chaumier Serge, Krebs Anne et Roustant Mélanie, « Visiteurs photographes », La Documentation française, 2013.
    • Gob André et Drouguet Noémie, « La muséologie», Armand Colin, 2014.
    • Merleau-Ponty Claire et Ezrati Jean-Jacques, « L’exposition, théorie et pratique », L’Harmattan, 2006.
    • Merleau-Ponty Claire (dir.) « Documenter les collections de musées. Investigation, inventaire, numérisation et diffusion », La Documentation française, 2014.
    • Poulot Dominique, « Musée et muséologie », La Découverte, collection « Repères », 2005.
    • Tobelem Jean-Michel et Barry (de), Marie-Odile, « Manuel de muséographie », Séguier, option culture, 2003.

    Autres sites et blogs dont la consultation régulière est conseillée

  • Le confinement a mis à l’honneur les métiers du numérique dans les musées

    Le confinement a mis à l’honneur les métiers du numérique dans les musées

    Alors que la crise sanitaire a forcé les établissements patrimoniaux à fermer leurs portes pour une durée indéterminée (très peu ont rouvert depuis le 11 mai), ils regorgent de créativité pour continuer d’exister sur le web. Mais si les musées ont été prompts à diffuser leurs infos, photos et vidéos, c’est que les politiques de numérisation et de valorisation des collections ne datent pas d’hier.

    L’incontournable défi #gettychallenge lancé par le Getty Museum , la minute anthropologique du quai Branly , les fils de tweets à grand renfort de gifs du Musée Saint-Raymond de Toulouse , une visite guidée du Muséum d’histoire naturelle d’Angers dans «  Animal Crossing  » … Dès les premiers jours du confinement, les musées n’ont pas manqué d’inventivité pour assurer leur visibilité sur le web. Tout est bon pour garder le contact avec des publics qui ne peuvent plus visiter les établissements : contenus pédagogiques et humoristiques, décryptages d’œuvres, défis et autres quiz.

    Là où d’autres secteurs ont connu des retards (outils en ligne non fonctionnels, serveurs surchargés, etc.), la culture s’est rapidement adaptée car nombre de musées, d’archives et de bibliothèques disposent de riches collections numérisées et savent les valoriser. La situation actuelle met en évidence le travail de fond effectué toute l’année par les équipes web : alimentation des sites internet, animation des réseaux sociaux et mise à jour des bases de données des collections. Ces tâches, parfois ingrates, sont d’ordinaire éclipsées par de gros projets plus prestigieux mais aussi plus éphémères. À la BnF, la cheffe du service web Claire Séguret est catégorique : « La crise sanitaire repositionne nos métiers aux avant-postes ». Noémie Couillard, chercheuse indépendante, docteure en muséologie et en info-com, confirme: « il est rare d’avoir une telle couverture médiatique sur les sites web de musées, notamment dans la presse nationale. » En temps normal, les projets qui incluent des technologies plus spectaculaires, comme les projections monumentales ou les reconstitutions en réalité virtuelle, ont davantage la faveur des médias. Or, si les musées sont aujourd’hui en mesure de diffuser leurs catalogues d’œuvres numérisées, c’est parce qu’ils ne s’y sont pas mis hier : en France, l’histoire commence il y a près de 50 ans…

    Des bornes interactives en 1986

    Les premières bases de données indexant des collections muséales apparaissent dans les années 1970, dans le cadre de programmes de recherche lancés par le Ministère des Affaires culturelles. L’objectif est alors d’établir un état des lieux informatisés des connaissances sur le patrimoine. En 1975, les collections de peinture des musées français sont rassemblées au sein de la base Joconde. Elle est suivie en 1978 des bases Sigal (qui deviendra Dracar en 1991) pour les sites archéologiques, Arcade pour la commande d’œuvres d’art par l’État et Mérimée pour le patrimoine architectural.

    Capture d'écran de la base Joconde (12 janvier 2022)
    Le portail Joconde existe toujours et propose une collection patrimoniale en ligne (capture d’écran)

    Alors que les ordinateurs personnels pénètrent dans le quotidien des Français⋅e⋅s, ils vont faire leur apparition dans les espaces d’exposition. Les musées de sciences et de société sont précurseurs en la matière. Les ordinateurs et l’interactivité qu’ils proposent s’inscrivent dans le prolongement des manips, ces dispositifs manuels incontournables de la vulgarisation scientifique, qui permettent de comprendre le cycle de l’eau ou d’explorer le squelette d’un dinosaure. Ainsi, en 1986, la Cité des Sciences et de l’Industrie et le musée d’Orsay, fraîchement ouverts, sont les premiers musées en France à présenter des bornes multimédias. En 1989, au Musée Dauphinois de Grenoble, des postes en accès libre permettant de consulter une base de données iconographiques dans le cadre de l’exposition « Quelle mémoire pour demain ? ». Omer Pesquer, consultant indépendant pour le secteur culturel, rappelle : « Les dispositifs interactifs, comme ceux qui se déclenchent lorsque les visiteur⋅se⋅s s’approchent, ce n’est pas nouveau ». En 1995, il conçoit une borne interactive qui s’active grâce à un détecteur de présence pour l’exposition « Mesures & démesure », à la Cité des Sciences. Dans un message vidéo diffusé sur un écran tactile, l’utilisateur⋅trice se voit alors proposer de choisir parmi plusieurs visuels. Il ou elle a ensuite accès aux résultats du sondage constitué des choix des visiteur⋅se⋅s précédent⋅e⋅s.

    Tandis que l’informatique se démocratise, les années 1990 voient l’émergence de la médiation culturelle, discipline qui définit l’ensemble des ressources à la disposition des institutions patrimoniales pour diffuser les savoirs et « expliquer » autant les œuvres que les concepts. Les outils multimédias s’ajoutent aux dispositifs scripto-visuels classiques des musées (cartels, textes de salle, illustrations, etc.) et aux actions de médiation présentielle (visites guidées, ateliers, conférences, etc.) et participent à l’appropriation des collections par les publics.

    Une visite virtuelle 15 ans avant le Google Art Project

    En 1992, la base Joconde est portée sur le Minitel, alors fleuron des télécoms françaises. Plus qu’une simple base de données photographiques, elle donne accès à des notices d’œuvre détaillées. Le musée Picasso et le Louvre sont aussi présents sur le nouveau terminal, et proposent des informations pratiques pour préparer sa visite, accessibles respectivement par le 3615 Picasso et le 3615 Louvre. Mais dans les années 1990, c’est le CD-Rom qui domine l’actualité numérique dans les musées. Parus en 1996, deux objets phares ont marqué les esprits : « Découvrir le Musée d’Orsay », qui proposait une visite virtuelle permettant de zoomer sur les œuvres (15 ans avant le Google Art Project), et « Versailles 1685 : complot à la cour du Roi Soleil », l’un des premiers jeux vidéo éducatifs ayant pour décor un établissement patrimonial. Malgré leur succès, ces CD-Rom culturels ne survivront pas à l’obsolescence technique du format, comme l’indique Noémie Couillard : « ce sont des produits éditoriaux qui ont connu une existence fugace et qui sont morts assez rapidement. ». Faute d’une stratégie numérique soutenue par la direction, les projets multimédias étaient souvent portés de manière individuelle par des agents évoluant au sein de petites équipes. Entre le renouvellement du personnel, les changements de prestataires et la fermeture des PME en charge de la réalisation de ces CD-Rom, les contenus se sont perdus.

    « Versailles 1685 : complot à la cour du Roi Soleil » est devenu un classique du jeu vidéo éducatif français

    L’entrée sur Internet

    Le secteur culturel s’empare d’Internet dès la fin des années 1990. Ainsi, le Ministère de la Culture et de la Communication ouvre son site web en juillet 1994. La même année, le musée des Arts et Métiers est le premier site de musée français à proposer des informations sur les collections, des expositions en ligne et des contenus pédagogiques. Le web prend de l’importance et devient un outil central dans la relation entre institutions et publics, si bien qu’à la fin des années 2000, il est indispensable de proposer un site au goût du jour. Avant de rejoindre la BnF, Claire Séguret a été responsable de la communication du musée de Cluny. Elle se voit confier la coordination de la refonte du site web dès son arrivée en 2009. Le musée « pâtissait d’une image un peu vieillissante, parce que le Moyen Âge c’était ringard. Si on n’y mettait pas des moyens modernes, ça ne pouvait pas marcher ». Elle convainc sa hiérarchie de voir grand. Le nouveau site dispose d’un agenda, d’une sélection de fiches-œuvres et d’un généreux footer, le bloc qui affiche l’essentiel de l’arborescence d’un site, en pied de page. Ces fonctionnalités, aujourd’hui considérées comme attendues, constituent à l’époque « une réorganisation intellectuelle complète de la manière de présenter les informations ». Le site du musée de Cluny illustre ainsi une évolution majeure qu’ont connue les sites web de musée au début des années 2010, en passant de sites « vitrines », très institutionnels, à des sites de contenus riches, valorisant davantage les collections.

    Capture d'écran du site web du musée du Moyen Âge (Cluny) cadrée sur la section "Les oeuvres incontournables"
    Le site actuel du musée de Cluny propose des expositions en ligne, des dossiers thématiques, des visites virtuelles de collection… (capture d’écran)

    Des musées sur Twitter dès 2008

    Si les audioguides n’ont pas attendu Apple pour intégrer des contenus multimédias, les iPod, iPhone et iPad vont accompagner le basculement des compagnons de visite vers l’image et l’interaction, à la fin des années 2000. Les applications mobiles des musées proposent des jeux géolocalisés (PLUG en 2009), la reconnaissance d’image (Blinkster en 2012) et bientôt, la réalité augmentée (Histopad en 2013). Du côté du web, alors que les vitesses de chargement augmentent, les musées se tournent vers la vidéo, qui devient un support de diffusion privilégié pour la communication institutionnelle autant que pour la médiation culturelle. Fin 2007, le musée du quai Branly est le premier à créer une chaîne sur YouTube. Au même moment, Les Abattoirs, centre d’art moderne et contemporain de Toulouse, arrive sur Facebook puis sur Twitter début 2008. Dans la première moitié des années 2010, les musées français ajoutent les réseaux sociaux à la liste des outils à leur disposition pour remplir leurs missions de service public. Les usages que les musées font de Twitter attirent l’attention de la firme à l’oiseau bleu, qui cherche à conquérir de nouveaux marchés. Le secteur culturel paraît idéal pour s’éloigner des journalistes et du public sportif, alors majoritaires dans les utilisateur⋅trice⋅s de la plateforme. Fin 2013, les bureaux parisiens contactent une douzaine d’établissements patrimoniaux pour organiser la première #MuseumWeek en mars 2014, devenue depuis un événement culturel international. Pour les musées, l’enjeu est plus pragmatique. Si l’idée d’aller chercher un public jeune et branché a, un temps, été associée au déploiement d’actions sur les réseaux sociaux, on sait aujourd’hui qu’il s’agit plutôt de s’adapter à des pratiques numériques transgénérationnelles et ancrées dans la vie quotidienne.

    Vers un « service public numérique »

    À l’heure où certaines missions des musées sont compromises (collecter et étudier), d’autres réduites au minimum (conserver) ou remises en question (exposer), il reste possible de valoriser et de diffuser les savoirs malgré la pandémie de Covid-19. Pour Noémie Couillard, l’enjeu actuel des sites web de musées, c’est l’éditorialisation des ressources : « Il ne s’agit pas seulement de mettre à disposition des informations, des photos, des vidéos ; mais de proposer les outils qui vont avec pour se les approprier. » Ces dix dernières années, dans certains établissements a émergé « l’idée d’un service public numérique, qui viendrait doubler le service public offert sur place ». Par exemple, Philharmonie à la demande, la bibliothèque numérique de la Cité de la Musique ou Retronews, le site de presse qui revisite l’actualité à la lumière des trésors de la BnF. Valoriser son offre culturelle en s’appuyant sur la vie quotidienne des publics, c’est ce que le marketing appelle le newsjacking. Mais c’est aussi un des piliers de l’interprétation telle que définie par Freeman Tilden et qui a inspiré la médiation culturelle.

    En participant à les ancrer dans le présent, la crise sanitaire renvoie les musées à leur rôle social, à l’image de la Casemate, centre de sciences de Grenoble, qui a mis les imprimantes 3D de son fablab au service des soignant⋅e⋅s pour fabriquer des visières de protection. Et ça, ce n’est pas nouveau, comme le rappelle Claire Séguret, non sans humour : « Vous savez, ça fait dix ans qu’on me dit que le numérique dépoussière les musées. Je pense que là, les étagères brillent. »

    Article initialement publié le 19 mai 2020 sur le Digital Society Forum, un projet financé par Orange et dépublié fin 2021.

  • 5 choses que j’ai apprises en 5 ans de community management dans un musée

    5 choses que j’ai apprises en 5 ans de community management dans un musée

    Au début de l’année 2017, j’ai fêté mes cinq ans de travail au musée du quai Branly – Jacques Chirac. L’objectif de cet article n’est ni d’établir un bilan de mon action (je n’ai pas quitté le musée), ni de produire un guide pratique du community management pour une institution patrimoniale (il en existe déjà un, proposé par le Ministère de la Culture). En revanche, il me semble qu’un rapide tour d’horizon de ce que j’ai appris de cette expérience pourrait être utile, autant à mes homologues d’autres établissements, qu’à des professionnel.le.s, des étudiant.e.s et des chercheur.se.s de la culture et du numérique.

    1. Connaître son établissement

    Dis comme ça, ça l’air évident, mais c’est un point primordial. Je vais vous faire une confidence : au moment d’arriver au quai Branly, j’étais aussi en discussion pour intégrer le Centre Pompidou. J’étais très enthousiaste à l’idée de travailler sur l’art moderne et l’art contemporain, des collections que je maîtrisais davantage que les objets ethnographiques. Finalement, j’ai eu une réponse positive du quai Branly avant celle de Beaubourg, mais je n’ai jamais regretté : j’ai découvert d’impressionnantes collections et des domaines de recherche passionnants, j’ai appris à prendre du recul sur mes propres pratiques culturelles et numériques, notamment à partir de lecture d’ouvrages d’anthropologie et d’ethnologie.

    Connaître ses collections et sa programmation permet de répondre avec efficacité aux questions des visiteur.se.s en ligne, de gagner du temps au quotidien et de réagir avec pertinence à l’actualité.  Au fil des années, j’ai appris à tirer au mieux partie des nombreux outils qui sont conçus autour de chaque événement, aussi bien à destination des publics que pour un usage interne. Je pense notamment aux supports papiers et en ligne qui sont produits par mes collègues (entre autres des directions des publics et de la communication), et aux visites guidées des expositions, organisées dès l’ouverture par la direction des publics. Bien sûr, au besoin, je vais chercher directement l’information auprès des personnes qui produisent l’événement (directions opérationnelles), ou auprès des personnes qui détiennent les savoirs scientifiques (départements de la recherche et des collections, médiathèque).

    2. Ne pas juger les pratiques de ses publics

    Même si beaucoup d’études dans les musées esquissent le portrait d’un public type sous les traits d’une mère de famille plutôt urbaine, de classe moyenne et éduquée, nos visiteur.se.s ne sont pas un groupe homogène. Ils/elles arrivent parfois avec le décalage horaire, l’excitation d’une visite attendue et préparée depuis des mois ; ou au contraire sans attente, agacé.e.s d’une visite imposée par l’école ou la famille ; ou encore fatigué.e.s par une longue semaine de travail et des enfants qui chahutent. Nos visiteur.se.s ne sont pas tou.te.s blanc.he.s, aisé.e.s, urbain.e.s, valides, hétéros, cisgenres. Ces personnes viennent au musée avec leur propre personnalité, leur identité, ils/elles viennent avec leur parcours de vie, leur histoire personnelle qui influencent leur perception de ce qu’ils/elles voient dans le musée. Beaucoup de gens ne font pas la différence entre un accrochage permanent et une exposition temporaire, certain.e.s n’imaginent pas qu’il puisse se passer autre chose dans un musée que des expositions. En tant que médiateurs.trices en ligne, les community manager se doivent de tenir compte des spécificités de leurs publics. Nous nous frottons à la difficulté de parler à tou.te.s en voulant s’adresser à chacun.e.s, ce qui oblige parfois à segmenter les actions pour plus d’efficacité.

    L’exemple type est le selfie : comme beaucoup de gens perplexes devant le déferlement d’autoportraits d’adolescent.e.s posant dans (les toilettes) des musées, il m’est arrivé de juger cette pratique. Mais, comme le montrent la sociologue Laurence Allard ou l’historien de l’image André Gunthert, même si l’usage du selfie relève d’une mise en scène de soi, il s’agit d’une pratique complexe, qui dépasse l’égocentrisme et met en œuvre des échanges plus riches qu’il n’y parait à première vue. Il est important d’accepter que nous ne pouvons pas comprendre, connaître et/ou partager toutes les pratiques de tous nos publics. Il faut les accepter sans les juger, parfois pour les accompagner, parfois juste pour les observer, en rendre compte à nos hiérarchies qui décideront si elles souhaitent en tenir compte pour adapter l’offre du musée.

    3. Ne pas projeter ses propres pratiques sur les publics

    C’est un corollaire du point précédent : il est facile d’imaginer ses publics avoir les mêmes usages des réseaux sociaux que les siens, notamment dans le microcosme que certaines plateformes constituent. Passer à côté d’un réseau qui gagne en popularité parce qu’on n’en a pas un usage personnel, baser sa ligne éditoriale sur ses propres centres d’intérêt : le risque est grand de manquer de lucidité et de vouloir calquer son propre usage sur les comptes qu’on anime pour son institution.

    Un exemple parlant est l’opération que j’ai mise en place sur Twitter lors de la sortie de Star Wars VII. Suite au succès du tweet faisant référence au dévoilement de la bande-annonce du film en novembre 2014 (qui reste à ce jour notre tweet le plus populaire), l’année suivante, j’ai préparé une douzaine de tweets basés sur les collections et les « emprunts » de la saga Star Wars aux populations non occidentales, avec la complicité des responsables des collections qui m’ont proposé de nombreuses idées sur les costumes, les coiffures, les langues, etc.

    Bien sûr, je n’aurais pas travaillé sur ces publications si je n’avais pas eu un matériau adapté et, bien sûr, elles ont eu du succès, en partie due à leur programmation qui coïncidait avec la sortie du film sur les écrans. Néanmoins, j’ai pris conscience par la suite que le point de départ du projet était mon propre intérêt pour la saga Star Wars… Mais à vouloir parler aux geeks, n’ai-je pas exclu une partie de nos abonné.e.s, moyennement (voire pas du tout) intéressé.e.s par les histoires de Jedi et de droids ? L’équilibre est subtil, mais il convient de trouver la bonne dose, en choisissant les plateformes les plus appropriées et en n’essayant pas à tout prix de rebondir à tout ce qui « fait le buzz ». Dans la continuité du point précédent, il convient d’accepter qu’on ne peut pas parler à tout le monde et qu’il faut parfois ne s’adresser qu’à un segment, au moins temporairement.

    4. S’attendre à tout

    Même (et surtout) à l’imprévu. Des situations de crises au niveau national en passant par les bad buzz visant l’établissement qu’on représente, le community management nécessite d’accepter l’imprévu et, plus généralement, toutes les choses sur lesquelles on n’a pas de prise. Quand je dis qu’il faut s’attendre à tout, c’est vraiment à tout : même à un paragraphe plus court.

    5. Savoir lâcher prise

    Quand on est jeune et/ou qu’on débute dans une institution, il peut être difficile de prendre la distance : on s’investit beaucoup car on prend à cœur notre travail, on se sent porté par sa mission de service public et par un optimisme sans faille… Et puis, un jour, on est confronté.e à l’agressivité, à l’hostilité, aux trolls. Comme dans tous les métiers, on doit vivre avec la frustration, la colère, l’incompréhension. Mais plus que dans bien des métiers, la mission de community management nous engage à « faire corps » avec l’institution, à la porter et parfois la représenter, même quand on n’est pas au bureau.

    Pourtant, il faut apprendre à se déconnecter le soir, le weekend et pendant ses vacances. Avec le temps qui passe, on apprend à lâcher prise : on met de la distance entre son travail et le reste de sa vie, on s’investit dans d’autres projets, quitte à perdre une partie de la passion qui nous animait autrefois. En portant la voix de l’institution auprès des publics, et celles des publics auprès de la direction de l’établissement, on joue un rôle crucial de pivot mais on n’est pas l’institution. Renoncer à la passion initiale permet de faire émerger une certaine sérénité, car on gagne en confiance en acceptant qu’on ne peut pas répondre à tout, ni à tou.te.s. Accepter de reconnaître le modeste périmètre de son intervention, c’est commencer à en prendre possession.

    Voilà

    Je rappelle au passage que je n’ai jamais été l’unique CM du musée du quai Branly – Jacques Chirac, car les pages Facebook de la Médiathèque et du salon de lecture, des Before, et du Théâtre Claude Lévi-Strauss ont toujours été administrées respectivement par les agents de la médiathèque, de la direction des publics et du service de l’auditorium. En outre, depuis 3 ans, nous utilisons un outil tiers pour l’administration des différents comptes, et 10 à 12 personnes produisent des contenus et publient régulièrement sur les comptes du musée. Je profite de l’occasion pour les remercier de leur investissement et leur créativité au quotidien !

  • La #MuseumWeek : stop ou encore ?

    La #MuseumWeek : stop ou encore ?

    Alors que la troisième édition de la #MuseumWeek vient de prendre fin, je partage avec vous quelques réflexions à chaud. La première année, j’avais consacré deux articles – plus technique pour l’un et moins critique pour l’autre – à cet événement réunit sur Twitter des centaines de musées dans le monde.

    Ah bah bravo l’entre-soit, on dirait un apéro des Inrocks dans un bar de la rue Oberkampf !

    Sur le fond, l’un des reproches principaux fait à la #MuseumWeek, c’est de verser dans la discussion festive entre community managers, au lieu d’être une célébration de la participation des publics. Le symptôme le plus marquant est l’exemple des #battles, des “batailles” thématiques au cours desquelles les institutions s’échangent des photos de leur toits, de leurs escaliers, de leurs jardins, etc. Est-ce que trop de battles tuent la battle ? Le sentiment qui émerge, c’est une complicité entre musées avec blagues d’initié.e.s et private jokes en pagaille, excluant une véritable participation des publics.

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    Si la question se pose pour les grandes institutions parisiennes, elle se formule tout autrement pour les musées de taille plus modeste, dont les interactions peuvent nourrir un positionnement éditorial pertinent, ainsi que l’inscription au sein d’une dynamique locale : je pense aux musées du Sud-Ouest de la France métropolitaine, qui ont profité de cette édition pour renforcer leur présence en ligne, autant que les relations inter-établissements, ouvrant la voie à de potentielles collaborations. Les battles et autres marques de complicité me semblent aussi avoir une véritable pertinence pour des musées dont les collections sont thématiquement proches : je pense aux interactions (RT, likes et réponses) qui se sont créé assez spontanément entre le compte du musée du quai Branly et le Musée de Nouvelle-Calédonie. Nous n’avions rien préparé en amont, mais nos programmations, nos collections et l’histoire de nos deux institutions étant liées, il était naturel d’avoir ce type d’échanges.

    Mais c’est quoi tous ces mots avec des dièses devant ? J’y comprends rien !

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    Sur la forme, l’impératif de deux hashtags, #MuseumWeek, auquel s’ajoute celui de la thématique quotidienne (#peopleMW, #heritageMW, etc), est assez lourd à mettre en place. Ce format, clairement contraignant, complique le message et rend le discours plus saccadé, moins fluide. Par exemple, pour #zoomMW, j’ai l’impression d’avoir publié deux fois plus de messages pour pouvoir parler de manière précise des objets (à vérifier à tête reposée).

    L’engagement est également un vrai problème : si j’en crois sur mon expérience personnelle au musée du quai Branly, les RT et les likes pleuvent, mais les interactions avec les publics se font rares – sans parler de leurs participations, quasi inexistantes. L’appel que j’ai lancé mercredi pour #architectureMW n’ont pas vraiment donné lieu à un déluge de photos du musée. L’expérience montre que c’est soit sur le long terme que les participations émergent (le temps d’une exposition, par exemple) ou, au contraire, sur un temps très court mais avec une véritable interaction in situ (lors d’un jeu en temps réel, par exemple). Mais le format d’une semaine, pendant laquelle les musées tweetent aux heures de bureau, excluant de fait un grand nombre d’utilisateur/trices de Twitter, a un effet de dilution dans le temps, qui peut expliquer aussi la lassitude exprimée par certain.e.s des plus visiteur.se.s les plus investi.e.s sur la plateforme.

    Plus c’est long, plus c’est bon ?

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    Justement, plusieurs voix se font entendre dénonçant le trop plein. L’événement serait trop long, trop dense, et donnerait lieu à un flux trop important de tweets. Pour les amateur.e.s de sciences et de culture qui suivent beaucoup de musées sur Twitter, une semaine de #MuseumWeek c’est un peu comme binge watcher l’intégrale de Buffy contre les vampires pour la cinquième fois : c’est bon et on aime ça, mais ça finit par devenir étouffant, voire carrément écœurant.

    Autre point : la lassitude qui naît parmi les community managers. Entre les redondances avec #jourdefermeture, la répétition de certaines thématiques (l’architecture, l’amour, les coulisses ont déjà été programmés les années précédentes), et l’esprit de compétition inter-établissements entretenu par le compte officiel, cette troisième édition laisse un goût amer qui se mêle à la fatigue, tant morale que physique. Si on y ajoute la nécessité de travailler le lundi de Pâques et le weekend du 2-3 avril (ou du moins, d’assurer une surveillance sur des publications programmées et de faire les interactions minimums), ça commence à faire beaucoup.

    Mais il y a quand même deux ou trois trucs sympas, non ?

    Heureusement, il y a quand même quelques points franchement positifs : la complicité avec les publics, qu’il s’agisse d’habitué.e.s ou de nouveaux/lles abonné.e.s, mais aussi les visiteur.se.s créatifs/ves qui posent des questions, font preuve de curiosité. Pour la journée #peopleMW, plusieurs établissements, dont le quai Branly, avaient choisi de mettre en avant les agents qui font vivre les musées. À un moment où les conditions de travail dans le service public se dégradent, valoriser l’investissement des agents me semble important, au moins pour deux raisons : à l’interne, cela permet d’entretenir l’adhésion à des valeurs communes et le sentiment d’appartenance à un groupe qui sont parfois mis à mal par le cloisonnement entre directions et entre services ; à l’externe, cela participe à donner un visage à l’institution, à la rendre plus humaine face aux publics.

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    En outre, plusieurs “petites” institutions insistent sur l’importance que prend cette opération pour elles. La couverture média (moins importante cette année compte-tenu de l’actualité), le support de Twitter pour la prise en main, le “coup de pouce” aux hashtags : tout cela génère un indéniable dynamisme autour des projets numériques s’appuyant sur l’émulation entre musées d’un même bassin local, pour des structures qui n’ont pas les moyens financiers des gros établissements. À long terme, la #MuseumWeek participe à installer une pédagogie autour des projets numériques, en y associant les équipes “non-numériques” des établissements.

    Enfin – c’est un peu mon cheval de bataille –, il y a les actions de médiation autour des collections, qui ont toujours leur place dans la #MuseumWeek. De nombreux musées les pratiquent, comme les Musées d’Angers ou plusieurs Muséums régionaux, qui ont joué de complicité pour faire découvrir leurs collections de manière décalée. Encore une fois, ceci participe à montrer que Twitter et la #MuseumWeek ne sont pas uniquement des vecteurs de communication mais que chacun établissement peut les utiliser comme il le souhaite.

    Alors, la #MuseumWeek, stop ou encore ?

    Après trois éditions, le temps est venu de se poser pour réfléchir sur la forme de les prochains rendez-vous. Peut-être faut-il simplement en faire moins, adopter une attitude un peu moins “exigeante” avec la #MuseumWeek  ? Cette année, j’ai remarqué que plusieurs établissements tweetaient peu autour de l’événement, parfois en raison de leur programmation ou pour des raisons de disponibilités des agents. Préparer des contenus de qualité demande du temps en amont, et un degré de disponibilité et de concentration important pendant l’événement. La #MuseumWeek est donc un lourd à porter pour les petites équipes numériques. Quand j’y pense, j’ai l’impression que la manière dont la #MuseumWeek est portée à l’international me semble fort différente de la perception française : c’est un événement parmi d’autres qui s’articule autour d’hashtags communs, avec parfois moins d’enjeux de communication institutionnelle qu’en France.

    Au final, j’en viens à me demander (et je crois ne pas être le seul) s’il ne serait pas plus pertinent de recentrer nos efforts sur des événements pré-existants ou dont le déroulement n’est pas exclusivement lié à Twitter : la Nuit des musées, la Fête de la Musique, les événements autour de la francophonie et de l’accessibilité. Relancer de bons projets comme La Nuit tweete (mise en place par Diane Drubay en 2011) pourrait être une piste à explorer. Plutôt que de savoir si la #MuseumWeek permet de faire venir des visiteur.se.s au musée, pourquoi ne pas déployer autant d’efforts pour développer les dispositifs numériques (en ligne et in situ) d’autres événements déjà installés ? Et si on choisissait de se détacher du support pour se recentrer sur les objectifs de l’opération ? Revenir au cœur de l’activité des musées, leurs collections et leur programmation, et garder Twitter à sa place, c’est-à-dire un outil au service de ses utilisateurs/trices.

    Et encore, je ne vous ai pas parlé du mode de gouvernance de la #MuseumWeek. Allez, rendez-vous en mars 2017.

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    Merci aux membres du groupe Facebook de Muzeonum pour les riches échanges qui ont nourri ma réflexion.

  • À propos de la médiation culturelle sur les réseaux socionumériques

    À propos de la médiation culturelle sur les réseaux socionumériques

    Je reproduis ici un article initialement paru dans le numéro 162 de la Lettre de l’OCIM en décembre 2015, sous le titre “De l’usage des réseaux socionumériques comme supports d’une médiation culturelle en ligne : enjeux et perspectives pour les musées francophones”. Les lecteurs/trices habituel.le.s pardonneront la différence de ton par rapport à d’autres articles du blog, ainsi que le propos un peu plus généraliste.

    Les réseaux socionumériques (RSN), apparus au milieu des années 2000, ont été progressivement adoptés par les institutions culturelles et patrimoniales francophones depuis 2010. Au-delà des usages communément attendus de ce type de plate-formes (communication, marketing, informations pratiques), certains établissements y déploient des actions de médiation culturelle en s’appuyant sur les échanges avec leurs abonné.e.s, ainsi que sur ceux qui naissent entre ces publics en ligne.

    S’inscrivant dans le prolongement des actions menées sur le web par les musées, les RSN formulent la promesse de l’appropriation des thématiques par les visiteur.se.s, les invitant à participer à la création du propos qui entoure collections et expositions. À partir d’exemples issus du monde francophone, nous proposons quelques pistes de réflexion sur la nature de cette médiation en ligne, abordant les enjeux de l’ouverture des échanges entre musées et institutions, ainsi que les problématiques professionnelles qui en découlent.

    Les contenus, de la diffusion à la discussion

    Pour les musées qui les utilisent, les plate-formes telles que Facebook, Twitter, Instagram ou Tumblr constituent des supports de diffusion d’informations relatives à l’ensemble de leurs activités. Trois exemples d’usages des RSN par les musées nous permettront d’établir de quelle manière ces dispositifs, qu’on pourrait croire à vocation promotionnelle, relèvent également de la médiation, s’inscrivant dans le prolongement d’actions menées depuis plus de 30 ans.

    Contrairement aux outils traditionnels de communication asymétrique (communiqués et dossiers de presse, relations avec les médias, campagne d’affichage, brochure de saison, etc.), les RSN permettent d’installer une relation plus équilibrée entre le musée et son public, à partir d’un appareil équipé d’une connexion à Internet. Certains musées s’appuient sur les temporalités du quotidien, comme le Château de Versailles qui publie des photos de son jardin sous la neige ou les nombreux musées québécois qui soulignent la Fête nationale le 24 juin. D’autres font référence à la culture populaire : en France, les séries télévisuelles pour les musées d’Angers ou les super-héros pour le musée Saint-Raymond, à Toulouse. Ces publications, si elles peuvent sembler relever d’une communication opportuniste, ancrent les musées dans le quotidien des publics. Elles participent à réduire l’écart avec les visiteur.se.s, favorisant la création et l’entretien d’une relation entre l’institution et ses publics sur laquelle repose toute médiation culturelle, comme le rappellent Serge Chaumier et François Mairesse (1).

    #MuseumSelfie pour la #MuseumWeek 2015
    #MuseumSelfie de Beyoncé pour la #MuseumWeek 2015

    Créé à l’initiative de Twitter, la #MuseumWeek est un événement qui a lieu en ligne. En mars 2015, plus de 2800 institutions culturelles dans le monde ont participé à la deuxième édition, tweetant chaque jour autour de thématiques communes, telles que les coulisses le lundi, l’architecture le mercredi ou l’offre adressée aux jeunes publics le vendredi. Au-delà de sa fonction promotionnelle, ce dispositif permet de diffuser des informations qui sortent de la programmation et sont peu ou jamais valorisées le reste du temps. Les institutions assurent la médiation de l’établissement lui-même, évoquant son histoire, son architecture ou les spécificités de son organisation. Un tel usage des RSN fait échos aux pratiques de médiation présentielle telle qu’elle est couramment enseignée : la plupart des visites guidées ou des ateliers s’ouvrent par une présentation de l’institution elle-même.

    En ligne, il est courant d’avoir recours à l’humour. Certains établissements comme le Musée de Cluny, à Paris, ont adopté un ton drôle et souvent décalé sur Twitter, jouant de complicité avec leurs abonnés – ce qui n’empêche pas le compte de traiter du Moyen Âge avec une rigueur toute scientifique. Aller à la rencontre d’éventuel.le.s visiteur.se.s s en utilisant un ton décalé, voire quelque peu provocateur, s’inscrit dans le prolongement des pratiques classiques de la médiation, comme l’indiquent Claire Merleau-Ponty et Jean-Jacques Ezrati : « [le public] espère découvrir et apprendre en même temps qu’il pense se divertir. Il attend que soit stimulée sa curiosité, provoquée son admiration, enrichies ses connaissances et renforcées ou ébranlées ses convictions. » (2)

    La médiation culturelle se construit dans un échange entre les publics et l’institution, qui ne peut faire fi de l’expérience des visiteur.se.s, là où la communication institutionnelle tend vers la diffusion d’un message descendant, adressé à un public captif. Les actions que nous venons de lister permettent aux musées d’installer, de développer et d’entretenir des relations de proximité, de confiance et de complicité avec leurs publics en ligne. Loin de supplanter les outils « traditionnels » de médiation (cartels et textes de salle, dépliants et guides de visite, ateliers, visites guidées et contées, etc), les RSN permettent la mise en place de nouvelles dynamiques entre les institutions et leurs publics.

    Les publics, entre appropriation et participation

    L’usage des RSN par les musées réactive la promesse de l’engagement des publics dans la construction du propos de l’institution, formulée dès les années 1970 par Georges-Henri Rivière et Hugues de Varine à travers le projet des écomusées (3), puis par le mouvement de la Nouvelle muséologie. L’appartenance à un territoire donné fait de ses habitant.e.s une communauté, que l’écomusée souhaite associer à tous les niveaux : création, animation et administration. Or, en ligne, ce qui fait communauté pour les fans d’un musée, c’est leur intérêt pour ses collections et ses thématiques, plus que leur appartenance à un territoire. Pourtant, les RSN ne constituent-ils pas un territoire numérique ? Depuis la popularisation du web dans les années 1990, le vocabulaire qui l’accompagne est caractérisé par d’abondantes références à la navigation (« surfer », « navigateur », « visites », etc.), accentuant l’idée qu’il s’agit d’une terre inconnue à explorer. Si Internet promet de toucher les publics en ligne partout dans le monde, l’expérience montre une réalité plus subtile.

    À Nouméa, le Musée de Nouvelle-Calédonie utilise, avec succès, la fonctionnalité « événement » de Facebook pour informer les visiteur.se.s de la tenue d’ateliers et de spectacles, tout autant que pour prolonger ces activités en ligne. Or, avec 47 % des habitant.e.s de l’archipel inscrits sur cette plate-forme (4), les quelque 2200 fans de la page (5) illustrent la pertinence, pour une institution culturelle, d’une stratégie numérique tenant compte des spécificités de son public local. Avec un nombre d’abonnés sur Facebook proche, la situation est pourtant tout autre au musée Jeanne d’Albret (6), à Orthez, petit musée associatif consacré à l’histoire du protestantisme en Béarn. Majoritairement localisé.e.s à l’extérieur de la région Aquitaine, les 2500 fans Facebook (7) sont le résultat d’une stratégie en ligne visant à développer le rayonnement du musée à l’extérieur de son territoire local.

    En utilisant les plate-formes sociales, les publics deviennent actifs dans la diffusion et la publication des contenus qu’ils produisent autour de leur visite. En postant sur les RSN les photos qu’ils prennent ou en écrivant des articles sur leurs blogs, ces visiteur.e.s peuvent même développer des compétences éditoriales et créatives. Autrefois, les commentaires qui naissaient lors d’une visite dépassaient rarement le cadre familial et/ou amical. Aujourd’hui, les musées ont la possibilité de prendre connaissance de ces réactions et de ces productions venant des publics, d’y réagir et/ou de les valoriser s’ils le souhaitent. Au musée du quai Branly, nous avons mis en place un dispositif de médiation associant l’un de nos abonnés les plus investis sur Twitter, @perlesduquai, a.k.a. Laurent Granier. Collectionneur d’art d’Afrique et d’Océanie sans être professionnel du monde scientifique ou culturel, il a entrepris d’explorer les bases de données en ligne du musée, publiant ses coups de cœur sur son compte Twitter. À l’automne 2014, à l’occasion de l’exposition « L’Éclat des Ombres, L’Art en noir et blanc des Îles Salomon », Laurent Granier a publié une série de tweets lors de la semaine d’ouverture, fruit d’une sélection de pièces organisée autour de thématiques qu’il a lui-même définies. En amont, il avait rencontré la commissaire de l’exposition pour évoquer son projet. Ses publications ont enrichi le propos de l’exposition, approfondissant certains points qui n’y étaient pas traités.

    Si ce type de dispositifs tend à créer de nouvelles hiérarchies entre visiteur.se.s investi.e.s et publics moins réactifs, il démontre néanmoins la possibilité pour des personnes qui ne sont pas « qualifiées » (par des études, un diplôme ou une expérience professionnelle dans le secteur culturel) d’être associées à la production du discours entourant une exposition et ce, sur la base d’un savoir développé par curiosité ou par passion. Celui-ci ne se substitue aucunement au discours scientifique, qui se déploie notamment dans l’espace d’exposition et sur bien d’autres supports, mais il vient le prolonger en ligne, auprès des utilisateurs des RSN abonnés aux pages du musée.

    L’essor du community management

    Né avec les prémices du web social (les groupes de discussion en ligne, les forums), le community management a pour objectif d’animer une communauté réunie autour d’un centre d’intérêt ou d’une passion. Or, comme le rappellent Sarah Barrett et Olivier Richard, « si la médiation est une fonction, il n’est pas évident qu’elle s’incarne dans un métier unique » (8). Avec le développement des outils numériques, le  community management tend à devenir un de ces métiers, à la fois partie intégrante de l’institution culturelle et en prise directe avec les publics. L’agent en charge du community management diffuse les réactions et les commentaires des visiteur.se.s sur la programmation et les collections du musée, relayant cette parole  auprès des instances de décision de l’établissement (9).

    Au quotidien, le community management est pratiqué par trois types d’agents : les community managers dont c’est l’une des tâches (exceptionnellement l’unique) ; des médiateurs/trices qui, du fait de leurs fonctions en relation avec les visiteurs sont amené.e.s à intervenir sur les RSN de leur institution ; d’autres agents, dont les fonctions ne sont pas toujours reliées aux publics et qui n’ont pas nécessairement accès aux comptes « officiels » mais qui, par leurs actions sur leurs comptes personnels, participent à l’animation de la communauté des fans du musée, parfois aux plus hauts niveaux de la hiérarchie (10). En France, l’exemple des Musées d’Angers (11) est particulièrement parlant. L’animation des comptes Facebook et Twitter, ouverts respectivement depuis 2010 et 2011, est assurée par une équipe de quatre personnes : une chargée de communication, deux agents du service des publics (une médiatrice et la directrice) et une chargée de récolement. Cette diversité de profils permet d’aborder plusieurs thématiques tout en s’exprimant avec la même voix : tour à tour, les comptes publient informations pratiques, coulisses de montage d’exposition, œuvres sorties des réserves. Plusieurs actions de médiation in situ sont fidèlement adaptées en ligne, en profitant de fonctionnalités propres aux plate-formes, avec un ton léger et décalé qui s’inscrit dans les usages de Twitter.

    Lorsqu’il est formulé comme une mission en tant que telle, le community management est souvent attribué à des agents en charge du site web et/ou des outils traditionnels de communication, assurant une certaine cohérence éditoriale. À l’heure où le nombre d’abonnés ne cesse de croître et où les publics ont pris l’habitude de pouvoir les interpeller en ligne, la reconnaissance de la pertinence de leur travail par leurs hiérarchies constitue un enjeu majeur pour beaucoup d’agents assurant le community management. La création du groupe de travail #CMmin, en 2013, qui réunit les community managers des établissements relevant du Ministère de la Culture et de la Communication, constitue une reconnaissance importante car venant de la tutelle.

    Conclusion

    Toute médiation n’est pas obligatoirement reliée aux RSN et, réciproquement, les RSN ne servent pas qu’à faire de la médiation. Néanmoins, accepter d’entendre les commentaires des publics en ligne, même s’ils ne cadrent pas avec la communication institutionnelle, offre l’opportunité pour les musées d’installer avec ces visiteurs.se.s une collaboration dans l’élaboration du discours entourant les œuvres et la programmation. Une telle dynamique s’inscrit dans le prolongement des missions de médiation et diffusion du savoir qui sont celles des musées. L’enjeu, éminemment politique, c’est l’encapacitation (en anglais, empowerment) qui passe par  l’amélioration de la circulation de l’information, la valorisation de l’investissement des visiteur.se.s et de leurs productions, l’association des publics à la prise de décision.

    Bien que les visiteur.se.s se heurtent aux limites de ces plate-formes– fermeture des écosystèmes, enjeux de propriété intellectuelle, contingences techniques, etc. –, les RSN peuvent être des outils parmi d’autres au service d’une politique d’encapacitation des publics : une authentique co-construction du propos et des contenus, dans laquelle le musée continue de fournir son expertise scientifique sur les collections (documentation, information, exposition, médiation) et les publics peuvent apporter leurs positionnements, leurs interrogations, leurs créations. Mais cet objectif nécessite d’accepter que les RSN puissent être des outils de médiation, en ne les limitant pas à un usage promotionnel.

    1. CHAUMIER Serge, MAIRESSE François, La médiation culturelle, Armand Colin, Paris, 2013, pp. 34.
    2. MERLEAU-PONTY Claire et EZRATI Jean-Jacques, L’exposition, théorie et pratique, L’Harmattan, Paris, 2005.
    3. À ce propos, voir La Muséologie selon Georges-Henri Rivière, collectif, Dunod (Bordas), 1989, et notamment De VARINE Hugues, “La participation de la population. Principes”, pp. 312-315.
    4. Observatoire numérique de Nouvelle-Calédonie, “Faits et chiffres : internet fixe en Nouvelle-Calédonie”, janvier 2014.
    5. Chiffre constaté en juillet 2015.
    6. ABADIE-LABORDE Charlotte, Musée Jeanne d’Albret, intervention aux Rencontres numériques le 7 octobre 2014.
    7. Chiffre constaté en juillet 2015.
    8. RICHARD Olivier et BARRETT Sarah, « Les Médiateurs scientifiques en Europe : une diversité de pratique ; une communauté de besoin. » La Lettre de l’OCIM, n°135 mai-juin 2012, p. 5-12, cité dans CHAUMIER Serge, MAIRESSE François, La médiation culturelle, Armand Colin, Paris, 2013.
    9. À propos de l’ouverture de la médiation culturelle aux outils numériques, voir CHAUMIER Serge, MAIRESSE François, La médiation culturelle, Armand Colin, Paris, 2013, pp. 135 et 138-140.
    10. Comme l’illustre sur Twitter l’activité d’Olivier Gabet, directeur général des Arts Décoratifs, de Philippe Bélaval, président du Centre des Monuments nationaux ou encore de Catherine Pégard, présidente du Château de Versailles.
    11. GUILLEMANT Julie, Musées d’Angers, intervention aux Rencontres numériques le 7 octobre 2014.

     

  • Une archéologie des premiers sites web de musées en France

    Une archéologie des premiers sites web de musées en France

    Voici un article écrit avec Omer Pesquer, initialement paru dans le numéro 4 de la revue Nichons-nous dans l’internet à l’automne 2015, sous le titre “Les musées à la pointe des NTIC”.

    En juillet 1995, quelques mois après l’arrivée des modems 28.8 Kbps en France, le site du musée du Louvre est inauguré. Contrairement au cliché qui les décrit comme systématiquement en retard sur les avancées technologiques, les institutions culturelles françaises s’emparent très rapidement de cet outil. Dans la seconde partie des années 1990, le Web connaît d’importantes améliorations techniques qui vont permettre son développement et sa diffusion auprès d’un public de plus en plus conséquent. L’évolution des sites web de musées va suivre et accompagner les débuts d’Internet à mesure que le HTML se complexifie, que la vitesse de chargement augmente et que le prix de connexion baisse.

    Pourtant, l’adoption du Web au sein des institutions culturelles ne se fait pas sans heurt : à quel service doit-on confier ce nouvel outil ? Comment il doit être alimenté ? Ces questions se posent avec d’autant plus d’acuité que, dès ses premières années dans les musées, le Web, par essence transversal, relève tout autant de la communication institutionnelle que du service aux visiteurs et bientôt même, de la médiation culturelle.

    À la pointe des NTIC

    Avant l’arrivée du Web, les ordinateurs, présents dans les musées depuis le début des années 1980, sont parfois utilisés comme des bases de données locales. Ainsi en 1989, le Musée Dauphinois à Grenoble, installe des postes en accès libre à l’occasion de l’exposition « Quelle mémoire pour demain ? ». Les visiteurs peuvent y consulter une base de données iconographiques en relation avec l’expo. Outre les ordinateurs personnels, les Nouvelles technologies de l’information et la communication (NTIC) rassemblent de nombreux outils, qu’il s’agisse des bornes interactives, du vidéodisque ou encore du Minitel. Dans les années 1990 d’ailleurs, les musées se déploient sur la boîte marron – à l’époque fleuron de l’industrie française des télécoms – avec notamment 3615 Picasso ou 3615 Louvre. La base Joconde, catalogue collectif du patrimoine national, mis en place la Direction des musées de France en 1975, est accessible sur Minitel dès 1992, puis sur le Web à partir de 1995 (1). Déjà à l’époque, elle se veut plus qu’une simple base de photographies et donne accès à notices détaillées. Le nombre d’objets disposant d’une notice numérique ira croissant au fil des années jusqu’à l’exhaustivité.

    Plus visuels que les bases de données consultables sur Minitel, plus puissants que les sites web de l’époque, les cédéroms donnent aux visiteurs un accès à des contenus éditorialisés, consultables sur leurs propres ordinateurs. C’est pour conquérir un public plus vaste que les musées se tournent vers ce support, si bien que « la France est le leader incontesté des producteurs de cédéroms de la Francophonie » (2). En 1994, le musée du Louvre se lance avec Montparnasse Multimedia (3) pour Le Louvre, peinture et palais. D’autres suivront, qu’ils soient généralistes comme le musée d’Orsay (1996), ou thématiques comme Arman, collectionneur d’Art (1996) et Angkor Cité royale (1997), deux coproductions de la RMN. En 2001, dans son ouvrage Le musée virtuel, le muséologue et philosophe Bernard Deloche s’engage : « Le CD-ROM n’a pas pour tâche de décrire le musée (…) mais de le remplacer. » La promesse est ambitieuse : il ne s’agit pas pour ces outils de paraphraser leur équivalent physique, mais véritablement d’en proposer une alternative. Certains, comme celui musée d’Orsay, proposent des photos panoramiques qui fondent les prémices du Google Art Project : « La technologie Quick Time VR pour vous permettre d’arpenter les salles du musée… comme si vous y étiez. » (4).

    Il y a bientôt 20 ans qu’on peut visiter un musée dans un environnement 3D qui reconstitue le bâtiment, un usage qui s’imposera sous la forme des visites virtuelles, comme celle proposée par le Musée du Louvre en 2000.

    Les premiers sites web de musée sont accueillis avec une certaine défiance par les agents des musées. Mais pourquoi devrait-on favoriser ce support plutôt qu’un autre. Cette interrogation est plus large et concerne l’ensemble du pays : avant 1997, le nombre de foyers français connectés à Internet reste inférieur à 100 000, contre 7,6 millions de terminaux permettant de consulter le Minitel ou autres services télématiques. En septembre 1997, le premier ministre Lionel Jospin réclame pourtant une « migration du Minitel vers Internet » (5). Paradoxalement, les musées sont donc à la fois à la pointe de l’adoption de ces outils mais en interne, les avis sont partagés sur l’usage du Web et ses applications potentielles. « Après tout, n’a-t-on pas déjà identifié la vraie nature de ces millions d’adeptes de la souris : on dit d’eux qu’ils sont des net-surfers, entendant par là que ce sont pas des gens qui vont au fond des choses… », conclut Paul Carpentier, alors directeur de l’accès aux collections et à l’information au Musée canadien des Civilisations, en octobre 1996 lors d’un colloque franco-québécois à Montréal (6).

    Bienvenue dans le World Wide Web

    En 1996, la page d’accueil du ministère de la culture est parfaitement symbolique des débuts du Web de la culture et du Web, tout court. Un menu clairement découpé dans un tableau, une animation en .gif du logo de l’institution (qui, à sa conception, n’a pas été pensé pour se mouvoir), un motif qui se répète à l’infini en image de fond, les liens cliquables en typo Times gras, bleue et soulignée, les badges des prix reçus. En ligne depuis 1er juillet 1994, le site du ministère est le point central du Web culturel français. Il héberge de nombreux autres sites dont ceux du Musée du Louvre, du Musée national des Arts et Traditions populaires (ancêtre du MuCEM) ou du Musée Goupil à Bordeaux. Il propose également un guide de l’Internet culturel permettant de trouver des ressources. Cybermusée ou musée cybernétique sont parfois utilisés pour décrire les extensions en ligne des institutions culturelles. Au milieu des années 1990, le site du Ministère intègre ainsi une cybergalerie, dont le but est de présenter des expositions uniquement visibles en ligne. Expérience qui tournera court, puisque l’espace ne proposera que deux expositions, dont l’une est une création multimédia de Jean-Michel Jarre s’appuyant sur des plug-ins spécifiques.

    À la fin des années 1990, la bataille des navigateurs fait rage entre Internet Explorer et Netscape, et nombreux sont les sites web à suggérer l’un ou l’autre de ces acteurs à leurs visiteurs. Les liens URL permettant de télécharger les deux navigateurs sont intégrés. Au-delà de choix purement technologique, l’expérience proposés au visiteur est déjà centrale. En avril 1998, les actes du colloque « Dispositifs et médiation des savoirs » indiquent : « Ce qui est en train de se jouer, c’est le passage d’une conception de la connaissance comme contenus à une autre, qui la voit comme l’expérience faite d’environnements aménagés, de dispositifs. » (7). En ligne, l’expérience souhaitée est toutefois encore fortement contrainte par l’avancement des technologies et par leur démocratisation. Limiter le temps de chargement est ainsi un enjeu primordial, car le temps de connexion est précieux. C’est pourquoi les sites se doivent d’être efficaces et légers. Souvent, le graphisme et l’ergonomie s’en ressentent, mais certains sites s’en sortent très honnêtement, comme le site du musée Rodin en 1996, par exemple.

    Aujourd’hui, en terme de visites, le Web prend le pas sur les visites in situ dans certaines grandes institutions à la portée internationale, comme le Metropolitan Museum de New York ou le British Museum de Londres. Compter les visiteurs a toujours été une mission des musées, et Internet n’y échappe pas. Les sites de musées ne font pas exception et présentent les compteurs de visite traditionnels du Web vernaculaire des années 1990, comme pouvaient le voir en 1996 les visiteurs du site du Carré d’Art de Nîmes.

    Le casse-tête de l’organigramme

    À ses débuts, le Web dans les musées est une affaire technique avant tout. Lorsque les musées commencent à s’intéresser à Internet et envisagent d’avoir leurs propres sites, c’est souvent un technicien du service informatique s’en charge. Lorsque la question du contenu éditorial émerge, ils se tournent ensuite vers les métiers de la communication, de la production voire des publics. Mais à l’époque, Internet est encore majoritairement utilisé par ceux qui le conçoivent : des ingénieurs et des chercheurs, familiers avec l’informatique et le jargon technique, qu’ils n’hésitent pas à réutiliser. La page d’accueil du musée du Louvre en 1997 parle ainsi de « serveur », et celui du Muséum national d’Histoire naturelle précise même « serveur WWW ».

    La plupart des musées, relevant directement du ministère de la culture ou de collectivités territoriales, restent largement tributaires de leur tutelle pour l’accès aux réseaux, la maintenance et l’entretien des équipements, ce qui ne facilite pas toujours la souplesse. Seuls les grands établissements publics, comme Versailles ou le Centre Pompidou, sont autonomes quant à leurs installations hardware comme software, compte-tenu de leur statut juridique. En revanche, depuis à l’arrivée des CMS (Content management system), même les plus petites structures sont autonomes sur l’administration de leurs contenus éditoriaux.

    Et les visiteurs dans tout cela ?

    Dès leurs débuts, les sites de musées ont plusieurs fonctions : vitrine institutionnelle des établissements, ils sont aussi des outils d’information et ouvrent sur la médiation culturelle. En 1997, le ministère de la culture demande à chacun d’indiquer leur « nom dans la vie réelle » dans un formulaire donnant la parole aux visiteurs. Figure notable des musées, le Livre d’Or est aussi un incontournable du Web vernaculaire des années 1990. A la sortie d’une exposition, le cahier, souvent laissé proche de la sortie, permet aux visiteurs d’inscrire un avis, poser une question, exprimer un regret ou encore de dessiner un zizi. C’est donc naturel pour les institutions patrimoniales de reproduire cette habitude en ligne. La possibilité pour n’importe quel utilisateur de contacter un musée directement, rapidement et sans autre intermédiaire que la machine constitue déjà une évolution remarquable dans la relation entre les publics et l’institution, la rendant plus immédiate, plus proche. Aujourd’hui, elle trouve son prolongement dans la présence et la réactivité des musées sur les réseaux sociaux, face à des visiteurs qui ont intégré ces outils dans leurs pratiques numériques quotidiennes.

    Mais recueillir un commentaire n’est possible qu’une fois la visite effectuée. Aussi, pour l’organiser, les sites deviennent également des supports de la diffusion d’informations pratiques. Un plan permettant de se repérer dans le vaste Hôtel des Invalides est par exemple disponible dès 1998 sur le site du Musée de l’Armée (8). En rendant l’exploration des collections ludique et plus vivante qu’une simple consultation de notices, les musées ouvrent la voie vers des dispositifs de médiation en ligne associant davantage les publics. Et l’utilisation ne s’est pas démentie, puisqu’en 2012, 35 % des Français déclarent avoir utilisé Internet pour la préparation d’une visite au musée (9), et ce chiffre risque fort de continuer à croître avec les usages mobiles.

    Les musées n’ont pas attendu l’arrivée des géants du numérique pour proposer des dispositifs innovants qui complètent et prolongent la visite.

    Accès à distance aux bases de données, livre d’or électronique ou visite virtuelle dans un univers en 3D existaient dès le milieu des années 1990. Globalement, tout est déjà là : le site web comme outil de communication institutionnelle et comme support de diffusion des informations pratiques, mais aussi les prémices d’une médiation culturelle participative à travers l’appropriation des bases de données. Ces vingt dernières années, les sites des musées se sont développés dans le prolongement de ces actions. Incontestablement, ce qui a changé, c’est l’amélioration technique en terme de chargement et de contenus, la généralisation de ces dispositifs à tous les budgets et le développement de la médiation sur le  Web, tels que parcours thématiques, expositions en ligne ou ressources à télécharger pour approfondir sa visite.

    Alors que le numérique se diffuse dans tous les secteurs de la vie quotidienne et du travail, les musées ne cessent de changer. L’expérience montre que ce changement se fera selon deux temporalités : d’un côté, le temps de l’institution, lent, qui repose sur les évolutions dans les pratiques des agents de musées eux-mêmes et leur validation par les circuits hiérarchiques. De l’autre, le temps de l’audace et de la prise de risque qui, comme on l’a vu, ne manque pas dans les établissements patrimoniaux, véritables laboratoires d’innovations techniques et sociales. Restez connectés, les sites sont en construction…

    Pour aller plus loin, découvrez une sélection de capture d’écran des sites de musées dans les années 1990 sur la page Facebook d’Omer Pesquer.

    Captures d'écran des sites de musées dans les années 1990 sur la page Facebook d'Omer Pesquer
    Captures d’écran des sites de musées dans les années 1990 sur la page Facebook d’Omer Pesquer
    1. Chronologie de la base Joconde sur le site du Ministère de la Culture et de la Communication.
    2. BAILLARGEON Stéphane, « Vers le cybermusée » , Le Devoir, 18 septembre 1999.
    3. Montparnasse Multimédia, une PME, réalisera de nombreuses productions pour la culture jusqu’à sa disparition en 2002. Le cédérom « Le Louvre, peinture et palais » restera son produit phare.
    4. DESALLE Philippe, « Le musée d’Orsay, visite virtuelle sur CD-ROM », Libération, 6 mars 1996.
    5. L’Usine Nouvelle, « Passer du Minitel à Internet, pas si facile ! », L’Usine Nouvelle, 4 septembre 1997
    6. Actes du colloque « La société et le musée, l’une change, l’autre aussi ». Montréal, Musée de Pointe-à-Callière, octobre 1996.
    7. VOL Alexandra, « Tisser des trames de pertinence entre musées, nouvelles technologies et publics », in : Publics et Musées. N°13, 1998. pp. 67-87.
    8. Pour la petite histoire, le Musée de l’Armée ne relève pas du Ministère de la Culture mais de celui de la Défense.
    9. Étude du CREDOC commandée par le Ministère de la Culture et de la Communication, juin 2012 (mise à jour en 2014).

     

  • Elle est pas belle mon étude ?

    Elle est pas belle mon étude ?

    De temps à autre émergent des études réalisées par des agences digitales sur les pratiques en ligne des musées. Ces analyses permettent à leurs auteurs de mettre en avant leurs compétences auprès de potentiels clients et de valoriser leur polyvalence auprès des actuels. Réalisées avec des outils du marketing, elles révèlent souvent une absence de connaissance du contexte — le saviez-vous ? Une institution publique ne se gère pas comme une entreprise, toutes n’ont pas les mêmes moyens financiers et humains, et toutes n’ont certainement pas les moyens des grands groupes. Une fois n’est pas coutume, je me permets un petit billet d’humeur sur cette pratique, vous me pardonnerez donc la relative légèreté du ton que j’adopte.

    Je ne peux m’empêcher d’associer la multiplication récente de ces analyses à la visibilité de la #MuseumWeek. Avec l’importante couverture média dont l’opération a bénéficié en 2014 et encore plus cette année, ces agences doivent se dire : “Chouette, un nouveau marché à conquérir ! Les musées sont des dinosaures sur le web, ils ne savent sans doute pas comment s’y prendre, on va leur apprendre.” Noyées sous des avalanches de chiffres, pas toujours mis en relation de manière pertinente, ces études aboutissent même parfois à des absurdités : l’une des plus récentes annonçait que le Musée d’Orsay et le Grand Palais n’avaient aucune stratégie numérique. J’imagine d’ici la réaction de mes confrères et consœurs.

    You Know Nothing Jon SnowAlors, chers ami.e.s d’agences, que vous soyez fraîchement diplômé.e.s d’un MBA ou que vous soyez des business developers aguerri.e.s et rompu.e.s au digital (#aveclesdoigts), vous souhaitez vous adresser à un marché en plein essors ? Voici quelques conseils :

    Sachez d’abord que les GLAMs (Galleries, Libraries, Archives & Museums) bénéficient d’une longueur d’avance sur les grandes entreprises pour lesquelles vous avez l’habitude de travailler : nous n’avons pas besoin de trouver des contenus à haute valeur ajoutée ou de définir l’ADN de nos marques. Nous les avons déjà : ce sont nos collections et le service public. Le patrimoine national dont nous avons la garde offre des occasions idéales pour mettre en place des dispositifs innovants, reposant sur la complicité avec le public. Des exemples ? #Jourdefermeture, #MuseumSelfie ou encore, justement, la #MuseumWeek.

    Perhaps I Made a Terrible MistakeEnsuite, ne nous prenez pas pour des buses : certains d’entre nous animions déjà des comptes Twitter à 5 chiffres quand vous étiez encore à l’école (de commerce) et le pire c’est que certain.e.s ont justement fait des études de commerce, de marketing, de sciences sociales, et connaissent les outils que vous utilisez. Ne croyez pas que vous allez nous apprendre la vie avec la méthode agile : certes, un musée n’est pas aussi souple qu’une start-up ; certes, dans les gros établissements, les multiples niveaux de validation ralentissent parfois la prise de décision. Mais soyez sûrs que nous travaillons à développer la culture numérique de nos hiérarchies comme de nos collègues, avec des réseaux comme Muzeonum ou des groupes de travail comme la #CMMin, et ce depuis au moins 5 ans. D’un point de vue “métier”, les musées n’ont pas à rougir de leur politique en ligne : la preuve, Twitter est venu nous chercher pour créer la #MuseumWeek, constatant la maturité et la créativité de nos actions.

    More wineOne last thing : pour la prochaine étude, prenez le temps de consulter l’activité en ligne des établissements que vous visez, en dépassant le simple relevé de chiffres et d’interactions. Étudiez le long terme, pas la dernière grosse opération. Cherchez les gens qui animent les comptes que vous citez (il y a souvent des CM derrière… Étonnant, non ?), regardez ce qu’ils postent et comment ils interagissent entre eux.

    Allez, sans rancune.

    Valar Morghulis

  • La narration transmedia au service de la médiation

    La narration transmedia au service de la médiation

    Suite de ma série d’article consacré à la médiation sur supports numériques avec la première tentative du musée du quai Branly d’utiliser la narration transmedia.

    L’origine du projet et ses objectifs

    À l’occasion de l’exposition “Indiens des Plaines”, nous avons mis en place L’opération #LesBisons. Nous souhaitions tester un dispositif transmedia léger, au déploiement simple, avec pour objectif d’approcher “les non-publics”, qui ne sont pas d’ordinaire intéressés par notre programmation, avec une manière décalée de prendre connaissance de l’existence de l’exposition et de son propos. Le dispositif a été mis en place dans le cadre d’une co-production avec Michel Reilhac, Bruno Masi et leur équipe.

    Les différentes étapes

    Dès le 22 mars : un compte Twitter et un mot-dièse

    Première étape : le musée crée (discrètement) un compte Twitter @wacochachi, et un mot-dièse, #LesBisons. Ce personnage fictif, mais inspiré de faits réels, publie des messages destinés à planter le décor, en décrivant brièvement la vie quotidienne des Indiens des Plaines avant l’arrivée des Européens en Amérique du Nord. Quelques jours avant les projections, le passage des bisons y est annoncé.

    Samedi 28 mars : des projections mystères dans Paris

    Dix jours avant l’ouverture de l’exposition au public, un film de 5 min montrant des bisons parcourant les Grandes Plaines est projeté dans une dizaine de lieux à Paris, le soir du samedi 28 mars 2014¹. Deux équipes suivant deux itinéraires, l’un nord-sud-ouest et l’autre est-ouest, s’arrêtent ponctuellement pour projeter le film et se retrouvent au musée du quai Branly. Le compte Twitter et le hashtag apparaissent à la fin du film et sur des cartes de visite distribuées par l’équipe. 

    Du lundi 30 mars au vendredi 4 avril : une autre porte d’entrée

    En parallèle à cette première piste, j’ai improvisé une autre porte d’entrée – qu’on appelle rabbit hole dans le vocabulaire du transmedia, en référence à l’entrée du terrier du lapin blanc d’ « Alice au pays des merveilles”. J’ai pris en photo deux petites figurines en forme de bisons devant les entrées de certains musées parisiens, avec le mot-dièse #LesBisons pour inciter mes abonnés sur Twitter à découvrir le compte @Wacochachi.

    Vendredi 4 avril : dévoilement et lancement du jeu

    Quatre jours avant le dévoilement de l’exposition au public, le musée révéle être à l’origine des projections, dans un making-off posté sur notre chaîne YouTube. Après la projection, le compte de Wacochachi lance un jeu de piste, invitant les participants à retourner sur les lieux de passages des bisons, pour y découvrir des indices permettant de reconstituer une phrase mystère.

    Vendredi 18 avril : fin du jeu

    Après deux semaines d’exploitation et quatre symboles à identifier, le jeu se termine le soir du Before consacré à l’exposition. Les participants doivent identifier quatre personnes dans la foule, portant ces symboles, qui leur délivrent quatre morceaux de la phrase à trouver, et la tweeter en s’adressant à Wacochachi.

    Une première tentative riche d’enseignements

    L’ensemble du projet a davantage tendu vers une campagne de communication s’appuyant sur une production audiovisuelle qui, au lieu de constituer un point d’entrée dans la narration, est devenue centrale au point d’éclipser le jeu. A titre personnel, je regrette que nous ne soyons pas parvenus à installer un véritable dispositif de médiation à travers une expérience en ligne et hors ligne. Le jeu, notamment, aurait nécessité plus de temps de réalisation, de même qu’un budget propre. 

    Néanmoins, les conclusions que nous avons tirées de cette expérience viennent nourrir nos réflexions dans la perspective de prochains projets, notamment CULTE, un projet ANR sur trois ans, porté par ma collègue Candice Chenu de la Direction des public. Le musée collabore avec un laboratoire de recherche du CNAM, une PME et un bureau d’évaluation pour la conduite de ce projet, qui proposera une expérience transmédia au coeur des collections du musée.

    Dans le dernier article de cette série, je proposerai quelques éléments de réflexion autour de la notion de “méditation numérique”, en synthèse des trois articles illustrés d’exemples du musée du quai Branly.

    Cet article et les trois autres consacrés à la “médiation numérique” sont basés sur mon intervention le mercredi 3 décembre 2014 avec Gonzague Gauthier à l’École la Panacée, en partenariat avec l’Université Montpellier III. Merci à Eli Commins et Éva Sandri pour leur accueil et l’organisation de cette rencontre.

    ¹ Et accessoirement, le samedi de la #MuseumWeek 2014.