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  • Rencontre avec Mathieu Harel-Vivier, plasticien et photographe

    Rencontre avec Mathieu Harel-Vivier, plasticien et photographe

    Contreforme, Mathieu Harel-Vivier (2009)
    Contreforme, Mathieu Harel-Vivier (2009)

    On poursuit les rencontres avec Mathieu Harel-Vivier, 27 ans, plasticien et photographe, qui vit et travaille à Rennes.

    Parle nous de ton parcours, comment es-tu arrivé à la photographie ?

    J’ai suivi un cursus complet en arts plastiques jusqu’au master à l’Université Rennes 2 avant de mener un travail de recherche en thèse au sein de l’équipe d’accueil “Arts : pratiques et poétiques dans le laboratoire l’œuvre et l’image”. J’ai écrit un mémoire de master intitulé Figure de l’absence, une pratique du sténopé, dans lequel il s’agissait de développer une étude théorique, en corrélation avec un travail artistique sur le sténopé employé dans un dispositif de mise en scène pour générer une image. Refusant la conception d’une image vécue comme preuve d’existence et souhaitant ne pas documenter le réel, j’ai choisi de m’intéresser au médium, à ses caractéristiques temporelles, à sa mise en espace. Aussi, c’est avec un regard constamment porté sur l’extérieur et via la pratique – quelques heures passées dans le labo – que je me suis intéressé à la photo.
    Une autre pratique, cette fois documentaire, m’a mené vers un usage différent de la photographie. Après avoir travaillé avec Alexandre Perigot à plusieurs reprises, j’ai réalisé les visuels de ses expositions à Bialystok, Lisbonne, ou Cajarc. Depuis, j’ai régulièrement l’occasion de répondre à des missions pour photographier des expositions. J’ai par exemple été sollicité pour l’élaboration du catalogue lors de la première édition des Ateliers de Rennes – Biennale d’art contemporain.

    Quels sont les photographes (ou les courants photographiques) qui te touchent, dont tu apprécies le travail ?
    J’apprécie profondément le travail d’un artiste lorsque l’expérience liée à la production de l’oeuvre est envisagée comme une modification des perceptions habituelles, en somme lorsqu’il transforme notre rapport à la réalité. Sans avoir forcément les mêmes noms en tête que Garance, je suis aussi très intéressé par un travail faisant communiquer photographie et sculpture, et pense par exemple à la série Chair de Richard Artschwager et Ouverture de Jean-Marc Bustamente. Les deux œuvres présentées par Jeff Guess au Mois de la Photo à Montréal concentrent elles aussi une manière de penser la spatialisation de l’image fait un retour sur le principe à l’origine de la formation de l’image. Autour de Foto povera se sont regroupés plusieurs artistes qui possèdent une conception de l’image qui me séduit beaucoup dans la définition qu’en fait Jean-Marie Baldner, “se faire plaisir” d’autant que le terme autour duquel ils se regroupent n’est pas sans lever la polémique. Par ailleurs, plusieurs rencontres avec les œuvres de certains artistes me sont restées en mémoire, comme la pratique de dessins de Richard Fauguet (voir l’exposition Pas vu, pas pris, au Plateau-FRAC Île-de-France en 2009), de scénographie et d’appropriation de John M. Armleder, de fragmentation d’Éric Rondepierre, d’agencement chez Sam Taylor Wood, de narration chez Ulla Von Branderburg et de collage chez John Stezaker

    Aujourd’hui, quelles sont tes différentes activités ?
    Je suis artiste plasticien et photographe. Je prépare en ce moment une exposition au WE Project à Bruxelles avec Etienne De France sur invitation de l’association Sans titre 2006 qui se charge du commissariat. Il s’agit de travailler les relations qu’entretiennent nos deux pratiques. En parallèle à ce travail artistique, je prépare une thèse en arts plastiques sur l’image photographique et m’intéresse aux images en perte de réalité, abstraites et fictionnelles. Je fais partie du comité de lecture de la Revue 2.0.1. (revue de recherche sur l’art du XIXe au XXIe siècle).

    Autrement, je travaille au Centre Culturel Colombier à Rennes, un équipement culturel associatif conventionné par la ville de Rennes sur des missions d’intérêt général à caractère éducatif et culturel. La majorité de ses activités sont orientées vers les arts plastiques. Autour de la programmation en art contemporain se tisse un travail en direction du public de quartier, des scolaires, des étudiants, et dans ce contexte je m’occupe de la coordination des activités et suis responsable des accueils du public scolaire.

    À quoi ressemble le paysage culturel rennais ? Quels sont les lieux, les galeries, les artistes ?
    Au regard du nombre de structures, il me semble que le paysage culturel rennais est assez dense en termes de propositions. Si l’on s’en tient aux arts plastiques, Rennes possède de nombreux espaces d’expositions et initiatives en direction de l’art contemporain et des artistes. Le Fond Régional d’art contemporain de Bretagne attend la mise à disposition de ses nouveaux locaux dans le nord-ouest de la ville. Le Musée des beaux-arts réouvre ses portes. L’ERBA (Ecole régionale des beaux-arts) vient de changer de direction et entend promouvoir Les galeries du Cloître comme un espace d’exposition pour les artistes et les étudiants. L’Université Rennes 2 possède un département arts plastiques et un espace d’exposition de haute tenue géré par des étudiants : La galerie Art & Essai.

    En plein centre ville de Rennes se trouve La criée, le centre d’art contemporain en régie municipale. La ville soutient également plusieurs espaces comme 40mcube dédié principalement à la production d’œuvres contemporaines et qui vient d’inaugurer un parc de sculptures. La galerie DMA ouverte en 2008 présente le travail de designers et d’artistes lié aux problématiques art, design et sociétés. La même année des étudiants de l’ERBA ouvrent la galerie Sortie des artistes afin de promouvoir la jeune création. La galerie Oniris représente plusieurs artistes de renommée internationale. Le Centre Culturel Colombier dispose d’un espace d’exposition qu’il met à contribution à travers des résidences d’artistes et une programmation souvent liée aux enjeux de territoires, d’espaces cartographiés, de relation entre espace public et espace privé. Le Grand Cordel est un des lieux qui participent à la vie culturelle avec un espace d’exposition généralement occupé par des jeunes artistes. Le Triangle, plateau pour la danse possède une galerie connue pour la présentation de travaux d’artistes photographes. Le Bon Accueil est également un des lieux reconnus pour son travail d’accompagnement des plasticiens vers l’exposition mais également vers leur professionnalisation via la Fédération des Réseaux et associations d’artistes plasticiens.

    Chaque année fin novembre, un événement se développe autour de l’ouverture au public d’un nombre important d’ateliers et ateliers-logements distribués aux artistes par la ville de Rennes. Et Ce qui vient, en 2010, est la deuxième édition de la Biennale d’art contemporain présentée au Couvent des jacobins et dans plusieurs lieux culturels cités plus haut.

    Peux-tu nous parler plus précisément de ta pratique plastique et photographique ?

    Je m’intéresse en particulier aux modes d’apparition et de fabrication de l’image photographique : réalisées sans appareil, détériorées, projetées ou agencées dans l’espace, je produis des images en perte de réalité. Je porte un grand intérêt à l’économie de production de l’image avec l’utilisation de boîte sténopé en carton, l’intervention directe sur l’image, l’assemblage d’images… À la différence d’un attachement commun à la réalité tendant à nier la matérialité de l’image, le plus souvent je choisis un sujet qui vise à mettre en évidence les qualités des supports photographiques. Parfois proche d’un usage amateur de la photographie, ce travail vise la puissance fictionnelle et onirique de l’image, afin de considérer une image qui ne repose plus seulement sur une dialectique de l’enregistrement documentaire et de la composition picturale. Du Polaroid (Spectre, 2008) aux agencements en constellation de tirages de divers formats (Errance, 2009), ou encore au sténopé (Sténopé, 2005) à l’installation photographique sur table lumineuse (Spectres, 2009), je suis attentif au dialogue qui s’instaure entre la spatialisation de l’image et sa représentation.

    Comment vois-tu ton avenir professionnel ? Dans quelle direction souhaites-tu aller ?
    Je viens d’entrer dans un atelier-logement de la ville au mois de janvier, aussi je vais pouvoir me consacrer davantage à mon travail artistique à ma thèse et réfléchir autrement à la mise en espace de mon travail. Pourquoi pas penser l’image en volume, travailler avec un artiste qui pense les choses de cette manière…

  • Je vous ai manqué ?

    Métro de Montréal, station Mont-Royal (c) Sébastien Magro.
    Métro de Montréal, station Mont-Royal (c) Sébastien Magro.

    Voici plus d’un mois que je n’ai pas mis à jour ce blog, et pourtant je ne cesse pas d’enregistrer de nouveaux brouillons de billets ! En attendant, je souhaite vous faire partager quelques rencontres/liens/événements glanés ça et là et qui valent le détour…

    [Photo]
    Mathieu Harel-Vivier est un jeune plasticien, photographe et critique d’art que j’ai rencontré lors de mon séjour au MPM au début du mois. Basé à Rennes, il intervient dans la médiation et la coordination au Centre Culturel Colombier. Je vous proposerai prochainement une entrevue avec lui pour un gros plan sur son travail et sa pratique photographique.
    – SB est une galeriste anonyme à Paris. Avec Léonore Forêt, elle a créé la Galerie Miniature, galerie sans lieu, qui propose des tirages petits formats de jeunes photographes émergents. Je publierai également un échange avec SB, où elle nous présentera les enjeux du projet dans le contexte des galeries photos actuelles.
    Nicolas Havette est un jeune photographe. Diplômé de l’Ecole nationale supérieure de photographie d’Arles, il a beaucoup voyagé en Asie du sud-est, en Afghanistan, en Europe de l’est. Aujourd’hui il partage son temps entre la France et le Cambodge, où il a créé le PPP, Photo Phnom Penh, le premier festival de photo cambodgien. Je publierai aussi une interview de Nicolas.

    [Design]
    Claire Ferreira est une jeune et talentueuse designer produit. Après un BTS à l’Ecole Boulle, un DSAA à Olivier-de-Serres, son projet de diplôme pour le Master au Royal College of Arts lui vaut quelques publications, voir notamment l’article dans Yatzer.
    – Apple vient de dévoiler quelques nouveautés : un iMac dont l’écran de 27″ de diagonal s’approche dangereusement d’un téléviseur, le MacBook revisité avec une coque unibody en polycarbonate, toujours plus vert, le Mac mini perfectionné et plus performant. Mais la véritable innovation c’est l’application de la technologie multi-touch sur la Magic Mouse, qui fait complètement disparaître les boutons au profil d’une surface intégralement tactile.
    – Ouverture à Paris du Lieu du design voulu par Jean-Paul Huchon. Son emplacement géographique sur la rue du Faubourg St-Antoine le place dans une culture très design produit (voire carrément mobilier), son équipe de “gouvernance” (je cite le terme utilisé sur le site) ne semble pas contenir une seule personne en dessous de 50 ans, son identité visuelle lourde et datée, réalisée par une agence que je ne porte pas dans mon coeur… Bref, tout cela me fait un peu peur quand à la vocation de ce lieu et à ses futures actions. Mais ne soyons pas pessimiste, un tel lieu manquait réellement à Paris, laissons le projet évoluer et on verra.

    [Mode]
    – Quelques semaines après la parution du livre de son compagnon, Scott Schuman a.k.a The Sartorialist, la brillante bloggeuse de mode Garance Doré inaugure la nouvelle version de Vogue.com en proposant son carnet de note de la Fashion Week aux côtés de Carine Roitfeld. Une jolie manière de visiter les coulisses des défilés, avec la fraîcheur de la plume de Garance et ses photographies toujours impeccables.

    Je vous laisse sur ces belles images et je vous donne rendez-vous dans les prochains jours pour une série de billets autour de la photo.

  • “Le Louvre pendant la guerre : regards photographiques 1938-1947 » au Musée du Louvre

    (c) Pierre Jahan/Archives des musées nationaux.
    (c) Pierre Jahan/Archives des musées nationaux.

    Le Louvre pendant la guerre, c’est un peu la tarte à la crème de l’histoire du vaisseau amiral des musées de France. Le commissaire Guillaume Fonkenell et son équipe s’en sortent très bien en proposant une exposition simple, dépouillée, extrêmement lisible.

    La scénographie est basique mais efficace : aux murs de l’unique salle carrée sont accrochées les photos de petit format, mélange de tirages d’époque et de reproductions contemporaines. Au centre, un bloc de panneaux présentant quatre faces qui nous mènent de l’accueil du visiteur à la clôture de l’exposition en passant par un montage vidéo et un gros plan sur la Joconde. Le choix d’une organisation à la fois thématique et chronologique est tout à fait pertinent pour le sujet : les premiers panneaux abordent les grands axes de l’histoire du Louvre à travers la guerre, puis viennent les études de cas de la Victoire de Samothrace, de la Joconde et de la Venus de Milo. Le tout adopte une double narration, présentant dans la partie haute les événements historiques et en regard, plus bas, leur influence sur le Louvre.

    Les textes sont claires, abordables et mettent l’accent sur le contexte historique, politique et culturel. Bel effort assez rare pour être souligné, tous les textes, panneaux d’interprétation et cartels y compris, sont trilingues : français, anglais et allemand. Pour chaque photographie, un plan de situation indique avec un point coloré le lieu de prise de vue dans le Palais et ses environs. On découvre avec passion les différentes étapes de la mise en sécurité des oeuvres dans les châteaux aux quatre coins du pays, les saisies par les officiers Nazis, les habiles manoeuvres des conservateurs pour éviter le pillage des collections nationales, le musée quasiment vide au coeur de la guerre, gratuit pour les Allemands, payant pour les Français. C’est passionnant comme un bon polar et fascinant de voir à quel point le patrimoine a été l’enjeu de combats administratifs aussi périlleux que sur le front.

    Parmi la dizaine de photographes présentés, on retiendra l’oeil de Pierre Jahan : “Le chemin des madriers de la Victoire de Samothrace” (21 juin 1945) qui propose une composition géométrique remarquable évoquant les classiques de Rodtchenko et de Moholy-Nagy, ou encore “Plein cadres sur les balayeurs” qui n’est pas sans rappeler les “Raboteurs de parquet” de Caillebotte (1875, conservé au Musée d’Orsay).

    L’exposition est aussi une occasion de dévoiler quelques anecdotes qui ne manquent pas de piquant et participent au mythe du Louvre : la Joconde et sa fameuse caisse marquée “LP0” pour “Louvre Peintures 0” et des trois points rouges, les jardins autour des Tuileries mis en culture à cause des rationnements, le musée touché à deux reprises par des obus ou encore un avion britannique abattu à 200m de la Cour Carrée.

    Au final, une expo inspirée, sobre et efficace, qui démontre qu’on peut faire d’excellentes présentations avec un budget serré et de l’ingéniosité.

    Le Louvre pendant la guerre : regards photographiques 1938-1947 au Musée du Louvre, aile Sully, salle de la maquette, du 7 mai au 31 août 2009. J’ai visité l’expo le mercredi 26 août 2009.

  • “Henri Cartier-Bresson, L’imaginaire d’après nature” au MAMVP

    À l’occasion du centenaire de la naissance d’Henri Cartier-Bresson, le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris présente la reconstitution d’une exposition itinérante réalisée à la fin des années 1970, rassemblant 70 tirages restaurés, et présentée sous sa forme originelle.

    L’exposition offre une organisation assez fluide, cohérente, avec une articulation thématique. La présentation est claire, les textes et cartels sont précis et intelligibles. D’un point de vue formel, les tirages sont collés au mur, ce qui les rend plus proches, plus accessibles qu’encadrés. Cette désacralisation n’est pas sans évoquer certains accrochages de la photographie plasticienne contemporaine, comme par exemple dans l’exposition consacrée à Wolfgang Tillmans au Palais de Tokyo en 2002. Il y aurait lieu de se questionner quant aux modalités de présentation de la photographie au cours de ces 30 dernières années.

    Le problème, lorsque je regarde une photographie d’Henri Cartier-Bresson, c’est que je vois une image générique. Je ne vois plus (ou presque plus) une image originale, neuve, nouvelle. Ses images font aujourd’hui tellement partie de notre patrimoine visuel commun, au point que cette familiarité atténue l’émotion que je devrais ressentir devant des photographies telles que “Le pélerinage de Palni, Tamil Nadas, Inde” (1950).

    Néanmoins, le sens de la composition extraordinaire d’HCB, la rigueur avec laquelle il structure ses images et pour tout dire, son oeil, reste une véritable référence riche d’enseignement dans la lecture d’image : “La composition doit être une de nos préoccupations constantes, mais au moment de photographier elle ne peut être qu’intuitive, car nous sommes aux prises avec des instants fugitifs où les rapports sont mouvants. Pour appliquer le rapport de la section d’or, le compas du photographe ne peut être que dans son œil.”, extrait de L’instant décisif, préface à “Images à la sauvette” (1952).

    Exposition présentée du 19 juin au 13 septembre 2009 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.